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Full text of "Description du Royaume Thai ou Siam : comprenant la topographie, histoire naturelle, moeurs et coutumes, legislation, commerce, industrie, langue, littérature, religion, annales des Thai et précis historique de la mission : avec cartes et gravures"

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'i||ii|iii 



» -H, 'V 






DESCRIPTION 



DO 



ROYAUME THftI OU SIAM 



• " - *■ . . 



• " * ^ h 






/ 



-•♦•- 



•^AGNT. — Imprimerie de Vialat et C>c. 



-^-» — 



■^ 



DESCEIPtiON 



DU 



ROYAME thaï OD SIAM 



COMPBBlfAIVT 

LA TOPOGRAPHIE^ HISTOIRE NATURELLE^ MOEURS ET C0UTU1IE8, 

LÉGISLATION ^ COMMERCE , 

INDUSTRIE, LANGUE^ LITTERATURE, RELIGION, ANNALES DES THAÏ 

ET PRÉCIS HISTORIQUE DE LA MISSION. 

AVEC CARTE ET GRAVURES 



Par Tfl^^ PAI.I.E60IX 

Évéquc de Mallos, vicaire apostolique de Siam. 



TOME PREMIER. 




SE TEND 

AU PROFIT DE LA MISSION DE SIAM, A PARIS 



iaL 



§9ë4 



% 



\%i 






I 



; 



PRÉFACE 



Après avoir passé vingt-quatre ans dans h 

royaunoie de Siam, je^ suis venu en France pou 

les intérêts de ma mission. Mes parents^ mes ami 

et toutes les personnes que j'ai vues m'ont accabi 

de tant de questions touchant cotte contrée loin 

taine et peu connue. Que je me suis déterminé 

rédiger ce petit ouvrage pont satisfaite \à \\x%V^ e> 

i 



— 2 — 

fiosité de chacun, et en particulier des personnes 
qui s'intéressent à la propagation de la foi dans 
les pays infidèles. 



Il serait bien à désirer que, dans chaque mis- 
sion» l'Évéque ou quelqu'un de ses missionnaires 
entreprit un pu?rage de ce genre ; car ordinaire^ 
ment les pays lointains des missions ne sont guère 
connus en Europe que par les relations des voya-^ 
geurS) qui n'ont fait qu^une courte apparition dans 
ces contrées ; qui n'ont pas eu le temps d'en étu- 
dier la langue» les mœurs et la religion. Aussi leurs 
relations fourmillent-elles d'inexactitudes et de 
fausses informations ; tandis qu'un missionnaire 
qui a séjourné longtemps dans une région lointaine 
àont il a fait sa seconde patrie^ qui a étudié à fond 



— 3 — 

la langue, la littérature, Thistoire, les mœurs et 
la religion du pays, qui en a parcouru les princi- 
paux endroits, qui a été en rapports continuels avec 
les grands, les bonzes et toutes les classesi de la so- 
ciété, est sans contredit plus à même qu'aucun 
autre de faire connattre à la France et à TEuropc 
tout ce qu'il y a de curieux et d'intéressant dans 
la taste étendue de paya où il exerce son ministère 
apostolique* 

Sur le point de retourner dans ma mission, je 
lègue donc à mes parents, à mes amis et connais* 
sances ce petit travail, fruit de quelques veilles, 
conune un souvenir de mon court passage au mi- 
lieu d'eux; passage d'un moment, qui bientôt ne 

sera plus que comme un rêve et pour eux et çout 



— 4 — 

moi, jusqu'à ce que nous qous retrouvions réunis 
ensemble dans Jes délices intarissables d'une éter' 
nelle félicité. 




DESCRIPTION 



DU 



ROYAUME DE SIAM 



■«^gj^^A*^-' 



CHAPITRE PREMIER. 



DIVISION GÉOGBAPfilQÛE ET POLITIQUE DU ROYAUME 

DE SIAM. 



»*»W^— "^ 



ÉTENDUE, POSITION ET LIMITES DU ROYAUME. 

Le pays que les Européens nomment Siam> s'ap- 
pelle Muang^Thai (le royaume des libres) ; son an- 
cien nom était Sajâm (race brune), d'où vient le 
nom de Siam. 

Avant que les Portugais se fussent emparés de 
Halacca^ la domination de Siam s'étendait sur 
toute la presqu'île malaise \xx^\ji\Syngapore ; plus 



— 6 — 

tard, à l'instigation et par l'appui des Anglais, les 
États de Djohore, Rumboy SalangorCj Pahang et 
Perah se sont soustraits à l'empire de leur suze- 
raiOf de sorte qu'aujourd'hui le royaume de Siam 

■ 

ne ^mmedce qu'à TririganUy et s'étend âe|nils le 
4*^ degré de latitude nord jusqu'au 22* degré, ce 
qui fait une longueur d'environ quatre cent cin- 
quante lieues. Sa plus grande largeur de l'est à 
l'ouest est d'environ cent cinquante lieues depuis 
le 96* jusqu'au 102* degré de longitude. 

Il est borné au nok*d par plusieurs principautés 
Lao, tributaires d'Ava ou de la Chine ; à l'est par 
l'empire d^Anam ; à l'ouest par la mer et par les 
possessions anglaises de la presqu'île, et au sud par 
les petits royaumes de Pahang et Perah. 



SUFERFIGUS. 



Oiflvàlue la superficie territoriale dii royaume 
de âiam à environ 12,330 milles géographiques 



l^lYtôlOlf K)UttOXJfc. 



Obtrs le iHiyAttitie de Siam proprement 4U, ifm 



oMau cêûtrêf eéi ptt^fs comprefiâ êhcoié ftu midi le 
royaume de Ligor et quatre petits États malais^ à 
saycNir : Qmdah, Patani, Calantan et Jrt n^nnu ; 
à Teilt, Une partie du royaume du CambOge, 
Mùang Koràt et plusieurs principautés lao; au 
nord) les royaumes loo de Xieng^-Mai, delapkUnj 
de Lakhon, Mùang^Phrëy Jlfôttngf*iVten> Mîtafig- 
Lom et iMang-Phrabang. 

Tous ces petits États, tributaires de Siam, sont 
tenus d'offrir toœ les troift ans des arbres d'or 
et d'argent, et de fournir leur contingent de troupes 
quand ils en sont requis. De plui^, chacun de ces 
États paie à sdtt suzerain un tribut d'étain , d'i- 
Toîre, dé betijoîn, Cire, cardatriome, laque, bois 
de tëck ou àtîti*ês productions qui varietit sêlôU le 
pays. 






La population de cë vaste pays ti'ést pasi ëH rft]^ 
pft ivea MU étendue ; elle ne s'élève ^re qu^à 
Al taiiUiotis d'àmëft.. On peut Ito répartir ^^ 



— 8 — 

le$ différentes nations à peu près comme il suit : 

Siamois ou Thai i,900,000 

CaûDois. i,500,000 

Blalais . . 1,000,000 

Lac. . . ^ , 1,000,000 

Cambogîens 500,000 

P^ouans 50,000 

Karieng, Xong^ Lava 50,000 

Total 6,000,000 

ASPBOT DU PATS. 

La grande plaine de Siam est bordée à l'est et 
à Touest p^r deux chaînes de montagnes qui vien- 
nent de la Chine et sont des ramifications de l'jffy- 
malaya. La chaîne qui est à l'est se termine au 
Camboge, et celle de l'ouest s'étend jusqu'à l'ex- 
trémité de la presqu'île malaise. Au nord, ces 
deux chaînes se rapprochent et forment une mul- 
titiiÉk^e petites branches qui font du Lao un pays 
presque tout montagneux. La grande plaine, qui a 
cent cinquante lieues de long sur cinquante de 
large, est sillonnée et arrosée par le grand fleuve 
Më^nam (qui prend sa source en Chine), par plu- 
fimm rivières et des canaux innombrables bordés 
'de Jwmbous, de tamarins et autres aii)re5 fruitiers. 



Elle est aussi parsemée çà et là de groupes d'an- 
tiques palmiersi asile d'une multitude d'oiseaux 
aquatiques. Les montagnes^ qui s'élèvent en am- 
phithéâtre, sont toutes bien boisées, et la plupart 
sont couvertes de forêts presque impénétrables. 
Les bords de la mer présentent des sites très-pitto- 
resques et très-variés ; le long de la côte, de dis- 
tance en distance, on voit s'élever des îles nom- 
breuses, la plupart ornées d'une riche végétation, 
et cependant un très-petit nombre d'entre elles 
sont habitées. 



PORTS. 



Sur ses côtes maritimes, Siam possède un cer- 
tain nombre d'excellents ports; mais je ne parlerai 
ici que du port principal où se fait presque tout le 
commerce. Au fond du golfe et à l'embgltehure 
du fleuve ilfê-iVam, les navires rencontrent une 
longue et large barre formée de boue et de sable, 
sur laquelle il n'y a que trois ou quatre pieds d'eau 
quand la mer est basse ; mais avec l'aide d'un pi« 
lote et de la marée montante^ un navire ordinaire 
passe aisément la barre en suivant le lit du fleuve \ 



— 10 •- 

il entre dans le Më-^Nanif et dans une demi-journée 
il vient jeter Fancre au milieu de la capitale^ par 
une profondeur de cinquante à soixante pieds. Il 
eftt rare de trouver un port aussi vaste, aussi sûr et 
si commode; car il n'y a à craindre ni bancs de 
sable, ni écueils, ni tempêtes, et il pourrait y tenir 
jusqu'à dix mille navires. Ajoutez à cela qu'on est 
h portée des boutiques flottantes, du bazar et des 
magasins^ et que la provision d'eau est très-facile à 
faire, puisque l'eau du fleuve est excellente* 

Il me parait utile de consigner ici une méthode 
fort simple de purifier l'eau des rivières, méthode 
(\m est généralement usitée à Siam. Dans centlitres 
il'eau, par exemple, jetez une cuillerée à café d'a- 
lun en poudre, agitez avec un bâton pendant une 
ou deux minutes, et laisse^ reposer. Dans une 
heui^e ou deux l'eau devient très-4itnpide, et il se 
forme au fond du vase un dépôt abondant. Tous 
ceux îl4 but quelques notions de chimie compren- 
dront aisément que celte méthode est bien préfé*^ 
rable à une simple filtration, parce que l'alun dé- 
compose les sels d'urine et autres sels insalubres, 
tandis que le filtre ne peut en dépouiller l'eau qui 
retient toutes les matières salines en dissolution. 

U faut observer néanmoins que les iiavires d'un 



— Il — 

fort tonnage sont obligés, pour pouvoir passer la 
barre, de décharger une partie de leur cargaison, 
et de la repasser à demi chargés ; la cargaison se 
complète eh dehota de la barte au moyen de grosses 
barques de transport. 



GOLPX, GOURANTS. 



Le golfe de Siam n'est point ^jet aux tempêtes 
ni aii se typhons dévastateurs comme la mer de Ghioie; 
aussi les naufrages y sont extrêmement rares; sa 
profondeur est de neuf à dix toises le long des côtes, 
et de cinquante à soixante au milieu. Depuis le 
mois d'octobre jusqu'à la fin de mars, il y règne un 
courant dont la direction est du nord au sud, et 
depuis le mois d'avril, le courant prend une direc- 
tion contraire, c'est-à-dire qu'il vient du sud aii 
nord ; sa vitesse est de trois milles (une tteue) à 
Theure. Dans les mois de mai, juin et juillet, oii 
éprouve souvent des calmes plats ; la surface du 
golfe est comme un miroir immense qui réfléchit 
Tazur des cieux et les rayons d'un soleil brûlant. 



— 12 — 



t' 



CLIMAT, 

Le climat de Siam est plus ou moins chaud selon 
la latitude ; mais on peut dire que la chaleur y 
est supportable, vu qu'on peut la tempérer par des 
bains et des ablutions fréquentes. D'ailleurs, les 
pluies abondantes qui tombent dans la saison 
chaude rafraîchissent la température. Dans la 
grande plaine, où le vent souffle comme en pleine 
mer, le climat y'est salubre aussi bien pour les 
étrangers que pour les indigènes; mais dans les 
montagnes couvertes d'épaisses forêts il règne 
des fièvres si pernicieuses aux voyageurs, qu'il 
suffit souvent d'y avoir passé une nuit pour être 
attaqué d'une maladie mortelle, qu'on appelle 
fièvre des bois. Quant aux indigènes et aux habi- 
tants des forêts, ils en sont quittes pour des fièvres 
intermittentes, auxquelles ils sont sujets deux ou 
trois fois l'année. 



SÀtSONS, 



A proprement parler, il n'y a que deux saisons, 
celle des pluies et celle de la sécheresse. Dès que 



. — 13 — 

la mousson du 8udH>ue8t commence à souffler, les 
Fents qui ont passé sur les mers amènent chaque 
jour une quantité de nuages blancs qui, le soir, 
s'amoncèlent le long des sommets de la grande 
chaîne de montagnes bornant la partie occidentale 
de Siam; et, lorsque le soleil est sur son déclin, il 
s'élève un vent impétueux ; ces nuages condensés 
sont dispersés au bruit du tonnerre ; et, au milieu 
de la tempête, une pluie abondante arrose toute 
la plaine. Tout le temps des pluies ce phénomène 
se renouvelle presque chaque jour, et tous les soirs 
on est presque sûr d'éprouver un grand orage. 
Quelquefois la pluie dure toute la nuit ; mais les 
pluies durant la journée sont fort rares. 

Quand la mousson du nord vient à souffler, elle 
occasionne quelques fortes pluies qui ne sont pas 
orageuses; mais bientôt le ciel devient d'une sé- 
rénité parfaite et le jour et la nuit. Il règne con- 
stamment un vend du nord-est frais et sec qui de- 
vient un peu froid pendant la nuit de manière à 
faire descendre le thermomètre centigrade de 1 2 
à 10 degrés au dessus de zéro. Cette saison du 
froid ou de la sécheresse est très-agréable et fa- 
vorable à la santé; aussi est-ce Tépoque des fêtes 
et des divertissements. Le temps le plus chaud de 



l'année est te mois de mars et d'Avrtl, où le theN 
mûmètre Mntigrade^ même à l'ombre < monte 
ordinairement de SO à 85 degréB^ 



MOUSSON. 



Il règne à Siam deux moussons ou vents réguliers 
qui soufflent alternativement chacun pendant six 
mois environ. La mousson du sud-ouest commence 
au mois de mars; au moisd'août elle tourne à l'ouest, 
et à la fin de septembre commence la mousson du 
nord et du nord-est, laquelle au mois de février 
tourne au sud-est, puis au sud, enfin au sud-ouest, 
de sorte que la transition d'une mousson à l'autre 
n'est point brusque et subite, mais s'opère comme 
par degrés, le vent parcourant dans l'espace d'une 
année tous les points du compas. 



ROSÉE. 



Chaque année, au mois de mars, et pendant 
une quinzaine de jours, a lieu un phéqomène de 
rosée assez singulier. Au point du jour, l'atmo- 
sphère $e remplit de brouillards épais^ et à peine 



1 



le irieil aMi kvé^ que ces brouiliàrds se riMdveiit 
en une rosée abondante au point de couler, en 
forme de pluie^ des toits des maisons et des feuil- 
les des arbres k 



RlYlÈRES, FLEUVES, INONDATIONS. 



Dans la presqu'île malaise il n'y a que des ruis- 
seaux et des petites ritiëres dont le cours n'est que 
de dix, vingt et tout au plus trente lieues» mais 
dont l'embouchure est considérable et qui peuvent 
servir de port, même pour les petits navires eu- 
ropéens. La partie orientale du Lao et le Camboge 

sont arrosés par un très-grand fleuve appelé Më'^ 
Ktmg^ dont le cours a plus de cinq cents lieues* 
Pour donner une idée de sa largeur, des habitants 
de Lanxang me disaient qu'un éléphant vu à l'autre 
rive ne paraissait pas plus gros qu'un chien ; mais 
à ses embouchures des bancs de sable et des bas- 
fonds gênent la navigation des gros bâtiments. 
Chantkabun a une jolie rivière qui^ dans la saison 
des pluies, inonde et fertilise une petite plaine de 
douze lieues de long. Les fleuves de Pët-RiUy de 
Thà'^hin et de Më-Khlong ont une embouchure 



— i6 -- 

majestueuse et fertilisent aussi la grande plaine de 
Siam par une inondation annuelle, en confondani 
leurs eaux à celles du fleuve ifë-Aam. Le Më-Nam 
(mère des eaux), dont le cours est d'environ trois 
cents lieues, prend sa source dans les montagnes 
de YYunan en Chine, passe à Xieng-Maiy reçoil 
un gros affluent venant de Phitsalôk et, un peu 
plus bas, se divise en plusieurs branches qui ar- 
rosent la grande plaine, viennent se réunir au 
dessus de Bangkok, et enfin se déchargent dans h 
mer à huit lieues au dessous de la capitale. 

Ce fleuve inonde et submerge la plaine une 
fois tous les ans. Dès le mois de juin, ses eaux de- 
viennent rouges du limon qu'elles entraînent, le 
fleuve devient rapide, son niveau s'élève chaque 
jour de quelques pouces^ et à la fin d'août il se ré- 
pand dans les campagnes et monte peu à peu jus- 
qu'à un mètre et quelquefois deux mètres au dessus 
du rivage. Le riz croît à mesure que les eaux mon- 
tent, et l'inondation, loin d'y faire tort, contribue 
au contraire à son développement. Les eaux sta- 
tionnent ainsi dans les campagnes jusqu'au com- 
mencement de novembre; pendant ce temps-là 
une infinité de barques sillonnent la plaine en 
tous sens à travers les rizières espacées de manière 



— 17 — 

à former mille petits canaux laissés libres pour la 
circulation. Enfin les eaux commencent à baisser 
chaque jour un peu jusqu'à ce que le fleuve rentre 
dans son lit et reprenne son niveau ordinaire. Une 
chose qui paraîtra bien extraordinaire, c'est que la 
partie basse de la plaine, à douze lieues de la mer, 
n'est jamais inondée, tandis que la partie supé- 
rieure reste submergée pendant plusieurs mois. 
Tai tâché de me rendre compte de ce phénomène, 
et je ne vois pas d'autr^r manière de l'expliquer 
qu'en l'attribuant à l'effet des marées. Car, quand 
la inarée monte» elle repousse les eaux par une 
force irrésistible, et, dès que la marée descend, ces 
eaux se précipitent dans le lit du fleuve ou des ca- 
naux que la marée leur laisse libre, de manière 
que l'écoulement ayant lieu par le lit du fleuve ou 
des canaux, à mesure que les eaux supérieures 
descendent, elles prennent cette même direction 
d'écoulement sans avoir le temps de se répondre 
dans la partie basse de la plaine. 

De temps en temps il y a des années où les pluies 
sont bien moins abondantes que de coutume ; alors 
le fleuve n'inonde qu'une partie de la plaine ; toutes 
les rizières où l'e^u n arrive pas sont perdues, 
parce que la plante du riz se dessèche et meurt 



— 18 — 

sans poHei* dé fruits^ ce qui occàeionne la cherté 
du ri2, mais jamais la famine. 



FERTILITÉ^ ABONDANQE. 

Je ne sais pas s'il y a au monde une contrée 
aussi fertile quç Siam ; le limon du Më-Ntmi féconde 
tous les ans la plaine qui, presque sans culture, 
fournit une si grande quantité d'excellent riz, que 
non seuletnent il suffît pour nourrir les habitants, 
mais on en exporte encore annuellement en Chine 
et ailleurs plus de cinq cent mille quintaux. Année 
commune, la mesure du riz (de la capacité d'envi- 
ron tingt litres), suffisante pour nourrir un homme 
pendant un mois, ne coûte que quinze sous. Les 
récoltes pourraient être doublées et même triplées ; 
C3àr on ne cultive pas la moitié de la plaine, et^ au 
moy^n d'une irrigation très-facile 5 on pourrait 
faire deux récoltes, tandis que, pai^ paresse, on se 
contenté d'une seule^ 

iPendant l'inondation^ le poisbon se multiplie à 
l'inQni dans les ridères, les roseaux et les herbes 
aquatique^ ( quand le fleuve rentre dans Son lit, 
une partie de» poissons y rentre aussi : on les 



— ID — 

Toit founniller, pour ain^ dire, dans les rivières «t 
les tcanaux ; des nuées de cigognes, de plongeons, 
de pélicans, de canards et autres oiseaux aquati*^ 
ques en font leur pâture jour et nuit. L'autre 
partie des poissons reste dans la plaine et va peu<- . 
pler des milliers d'étangs naturels plantés de lotus, 
de cresson et autres herbes aquatiques. 

Le fond du golfe , oii se jettent quatre grandes 
rivières, est aussi très-poissonneux; une grosse 
espèce de sardine y abopde tellement que , outre 
qu'elle est la priqcipaM«toi*riture du peuple pen- 
dant six mois, on ei^hat|^ énSbjje douze ou quinze 
gros navires pouju^^e d& Java. \ 

La volaille est très«<^^mwune , et une poule se 
vend trois sous; les 4Mty^ abondent; à certaines 
époques on peut acheter mt «ceri pour quatre ou 
cinq francs ; le iPÊict^ est à trois ou quatre sous la 
livre ; pour un fuang (sept sous et demi) on achète 
une charge de bananes ; les fruits et les légumes 
s'y trouvent en abondance. Toutefois, qu'on ne 
s'imagine pas que le bon marché des choses pro- 
vient de la rareté de l'argent ; car le salaire d'un 
ouvrier ordinaire est de vingt à trente sous par 
jour, encore on le nourrit ; le bon marché n'est 
dû qu'à la grande abondance qui règne dans cette 



,/» 



contrée. Ce n'est pas seulement la plaine qnîést 
fertile; dans les vallées, sur tes collines et. même 
dans les hautes montagnes on n'aperçoit partout 
qu'une végétation luxuriante et de riches produc- 
tions. 




■^11^—iaw I II p ■ ■ É » I ». QBI^' '^' 'I 



CHAPITRE DEUXIÈME. 



DES ÉTATS TRIBUTAIRES DE SIAM. 



Les états tributaires de Siam sont : Tringanu^ 
Kalantan, Patani, Quedah, Ligor, le Camboge, 
Kôràty Xieng^Maiy Laphun, Lakhon, Phrë, Nàn^ 
Ludng-Phra''Bang , Mûang-Lomy les principautés 
Cambogiennes et Lao, auxquelles il faut ajouter 
les tribus des Xong^ les Karieng et les Lava. (Pour 
la position de ces Ëtats, voyez la carte de Siam.) 



PORTRAIT DES MALAIS DE LA PRESQU'IlE. 

Avant de parler des quatre États malais, il con- 
vient de donner une légère esquisse de cette na* 



— 22 — 

Hon. Les Malais qui habitent la presqii^tle sont 
originaires de File de Sumatra ; mais il est difficile 
d'assigner répoque de leur émigration. Us ont 
pour caractères distinctifs : le teint brun, le front 
abaissé mais s^rropdi, un n^ss pleiq et lat^e, épais 
à son extrémité ; leurs narines sont écartées, leurs 
pommettes médiocrement élevées, leur bouche très* 
large et la mâchoire supérieure avancée. Cette race 
parait être un mélange de la race nègre et de la 
race mongole. Le Malais a Taspçct farouche^ le 
naturel traître^ sombre et hypocrite ; il est hardi^ 
entreprenant^ féroce dans la guerre^ audacieux^ ar< 
dent au gain» ru^é^ trompeur^ habile marchand^ 
très^adonné à la piraterie qu'il exerce avec des pU 
roguetf trés«*légère8« Les Malais font un gratid 
tisage de bétel et d^aréque, qu'ils mâchent conti<» 
nuellement. Ils vivent de riz, de sagou, de pois» 
sons, de chair de bœuf ou de buffle, de patates et 
de fruits. Us plantent surtout le bananier, la canne 
à sucre, le poivre et quelques arbres fruitiers. 

La langue malaise est une des plus faciles à ap« 
prendre, elle est une des plus douces de l'Orient, 
et composée surtout de voyelles. 

La religion des Malais de la presqu'île est te ma* 
hométisme mêlé de grossières superstitions. Hs sont 



— 23 — 

gouvernée par m r^yiih ou roi« 4ant le premier 
ministre ^'appelle Tomonggong^ Leur habillement 
consiste en un sarong ou large jupe de toile rayée 
avec un caleçon. Leurs cheveux sont noirs, mais 
ils sont toujours rasés et ont la tête entourée d'un 
s^e. turban a l<e qrid qu le poignard est leur arme 
f((yorite ; ils le portent toujours à la ceinture et s'en 
servent avec une grande dextérité» 

VÊtfA de Tringam, situé par le 4* degré de la« 
titude^ est une contrée fertile^ peu montagneuse 
et couverte de forêts. Sa population est d'environ 
SOyOOO àmes^ sans compter di^ à douze mille Ghi« 
dois» Les Malais recueillent For et l'étain dans les 
sables des rivières^ et ces métaux sont pour eux un 
important article de commerce^ 

La ville de Tringanu, résidence du rajah, est 
âtuée à Tembouchure d'une petite rivière, et est 
[protégée par un petit fort bâti sur une colline. Elle 
enferme quinze cents maisons^ en y comprenant 
le quartier chinois, qui est tout bâti en briques, 
aodis que les maisbns des Malais sont pour la plu* 
^ faites de bambous et couvertes en feuilles. Le 



bazar abonde en fruits excellents et à bon marché; 
des lîards d'étain sont la monnaie courante. 



KALANTAK. 

L'État de Kalantan est situé au nord-ouest de 
Tringanu^ dont il est séparé par le petit fleuve 
Batuty et il s'étend jusqu'à un autre fleuve appelé 
Banara qui le sépare de Patani. Sa population, en 
y comprenant les Chinois, s'élève à 65,000 âmes. 
Le pays est divisé en cinquante communes ; il pro- 
duit de l'or, de l'étain et du poivre, que les Malais 
vont vendre à Syngapore. Ils vont aussi chercher 
à Bangkok du fer et d'autres productions qui man- 
quent dans leur pays. Les Chinois de Kalantan, 
comme ceux de Tringanu, sont tous marchands et 
passent le jour à boire le thé, fumer l'opium et 
échanger, à leur grand avantage, quelques mar- 
chandises chinoises contre les riches productions 
du sol. 

PATANf. 

JTAam ou Patani, situé au nord-ouest de Ka-* 
/afiian, est un État riches florissaivV, V^we^ Ke\\J\^ ^\ 



— 28 — 

d'un rapport plus considérable que les autres Iiltats 
malais. Sa population s'élève à 100,000 habitants, 
dont les Siamois forment la majeure partie. Ce 
pays produit du riz, du sel, de Tor et de l'étain. 
Il est diyisé en cinq provinces, dont trois sur le 
littoral et deux dans l'intérieur. Patani est célèbre 
dans les relations des anciens navigateurs ; car il 
leur servait jadis d'entrepôt principal dans leur 
commerce avec Siani, le Camboge et la Chine. 

Autrefois, ce pays était tout malais ; mais comme 
il voulut se soustraire à l'empire de Siam, il fut 
traité en rebelle ; plus dé la moitié des habitants 
furent emmenés captifs et remplacés par des Sia- 
mois. 

ÛUBDAH. 

Quèdah, que les Siamois appellent Mùang-Sai, 
est situé entre le 5^ et le 7® degré de latitude; il est 
séparé de Songkhla et Patani par une chaîne de 
hautes montagnes de formation granitique, dont 
quelques unes ont de quatre à six mille pieds de 
hauteur, et sont assez riches en étain. L'or s'y 
trouve avssj^ maïs en petite quantité, liw xe^Ve^x^ 
mys est couvert de vastes forêts et n'a cas eucOT^ 



— 26 — 

été exploré. Les rivages de la mer sont marécageux:, 
mais très-propres aux plantations de cannes à 
sucre. Le muscadier, le giroflier et le cafier réu$f- 
sissent très-bien sur les collines voisine3 de la mer, 
On compte dans cet Ëtat trente-rsix rivières dont six 
sont navigabl3Sr Le pays e^t divisé en cent cinq 
comtnunes, dont la population monta à 60,006 
&m0s. La m^eure partie est Ma)aiS| le reste est 
Siamois. 

La ville de Quedah^ résidence du rajah, est as« 
lex mal fortifiée et ne compte que sept ou huit 
mille habitants. Depuis que le roi de QuedahA 
cédé Pulopinang aux Anglais, 11 s'est établi un 
commerce actif entre cet État et Ttle de Pulopi^ 
nang. Â une petite distance de la côte, il y a plu-> 
sieurs lies dont la plus grande, nommée Lang- 
Kavi, est très-fertile et peuplée de 5,000 Malais* 
On dit que les forêts de Quedah sont infestées de 
tigres, léopards et autres bêtes féroces. 



LIOOll. 



Ligor^ qu9 les Siamois appellent JI/2^an{/-£a^/ioni 
et dont le vrai nom est Nakhon-si-Thamaràt, est 
aa royaume fondé par un des rois de JuthiUj il y a 



-47 — 

environ quati^ cent cinquante ans. Il est situé entre 
le 7* et le O'' degfé de latitude, ce qui fait cin- 

m 

gitan te lieues de long sur à peu près trente de 
lai^e. Thaltmg et Songkhla sont deux provinces 
faisant partie du royaiime et gouvernées par deux 
princes, parents du roi de Ligor. Plusieurs fois ce 
pays a voulu se soustfaire à Tobéissance de Siam, 
qui toujours a su le reprendre et le gouverner. Le 
roi actuel et ses frèreâ ont même contracté des al- 
liances avec la famille du premier ministre de 
Siam, d'où résulte entre les deux pays une union 
presque indissoluble é 

On peut évaluer la population de Ligdt à 
i 30,000 habitants, dont lès trois quarts sont do 
race siamoise ; le reste est composé dé Chinois, de 
Malais et de quelques tribus aborigènes qui habitent 
les forêts. Ces forêts sont presque impénétrables ; 
il faut s'y frayer un passage avec le fer et le feu. 
C'est là qu'on voit des arbfes gigantesques tout 
droits et n'ayant de branchés qu'à la hauteur de 
cent pieds. A chaque instant il faut passer un ruis- 
seau, un lac, une rivière, car, en général, le pays 
est plat et souvent marécageux. Les rivières et les 
petite lacs ëont infestés de lif ocodiles. 

La ville de Ligotent située dans une plaitie chat*- 



— 28 — 

mante et bien boisée ; elle est entourée d'une en- 
ceinte de murailles en briques avec un fossé pro- 
fond ; elle n'a de remarquable que ses belles 
pagodes; sa population , y compris les Chinois, est 
d'environ 12,000 âmes. La rivière, qui forme le 
port, a deux ou trois brasses de profondeur, et h 
l'embouchure il y a une rade vaste et sûre pour les 
jonques qui viennent y faire le commerce. 

Les principales productions du pays sont : le riz, 
Tétain, l'or, le poivre, les rotins, des bois de tein*- 
ture, l'ivoire, etc. Les galères à rames de Ligor 
sont élégantes et bien équipées, les voiles étant 
faites de toile blanche et non pas de joncs tressés 
comme les voiles des barques malaises. Les orfèvres 
ligoriens ont une industrie qui leur est particu- 
lière ; elle consiste à incruster de feuilles d'or des 
vases d'argent, en formant sur un fond noir des 
dessins fort agréables à l'œil. La religion des Li- 
goriens étant la même que celle des Thai, ce n'est 
pas le lieu d'en parler. 

GAMBOGS. 

Le Camboge s'appelait autrefois Kamphuxa, 
d'oii lui vient le nom de Camboja; aujourd'hui il 



appelle Khmer. C'était autrefois un grand royau- 
16 qui s'étendait depuis le S"" degré 30 minutes 
Bsqu'au 20* d^ré de latitude. Sa domination s'é« 
endait sur plusieurs Ëtats l/ao et même sur Siam. 
Ce n'est que depuis trois cents ans qu'il a perdu sa 
splendeur. Attaqué, harcelé d*un c6tè par Siam, 
de l'autre par la Cochinchine, il a perdu successi- 
Yement presque tout son territoire, et aujourd'hui 
3 ne lui reste plus qu'une étendue d'une quaran- 
taine de lieues divisée en quatre provinces , qui 
sont : Phôtisat ou Poursat, Kampong-Suai, Kam-- 
pong^Som et Kampot ; ces deux dernières sont des 
provinces maritimes. Il y a dix ans, un prince cam« 
b(^en, nommé Ongduang, était gardé en prison 
à Bangkok. On apprit que le roi du Camboge, son 
ftère, réfugié chez les Annamites, venait de perdre 
la vie ; aussitôt le roi de Siam fit sortir Ongduang 
des prisons, lui conféra les insignes royaux, lui 
donna de grandes sommes d'or et d'argent, et le 
fit conduire avec une armée par le généralissime 
siamois qui T installa roi de Camboge où il règne 
maintenant. 

Ce royaume est borné au midi par la mer, au 
nord et à l'ouest par Siam, et le grand fleuve Jlfë- 
Kang lui sert de limite du côté de Test. La ^tie 



ett n'est qa'tme gtniidë plaiHé^ tondll ({ifè Ift (Mirtié 
(Hiiest est toute mdntâgbeuto et coavërté de fb^ét§; 
Se» pniductioiid sont t le rix^ Tivoitie, la soiè^ le 
cardamome, lé bùh d'aigle et là goMine-gutte éH 
gemme du Camboge^ Là (lopblàtioti tcftàlé mèiite 
à peiiie à 500,000 âmes^ dont les sept di^ifettlës 
»ont purs Cambogiens, le reste se 6od3|>esè de 
Siatiiois^ Chinois et Annamites. 

Après le grand fleute Më-Kmtg, ce pa^s tle po^^ 
^de pas de rivière considérable, et l'embduchuli^ 
de la rivière Kampot est le seul port que les Âfl^ 
namites ont laissé aux Gambc^iens. Là sé trouve 
une petite ville du métne nom avec une popula^ 
tion de 3^000 âmes. Il s'y fait un commerce asseÉ 
considérable, puisqu'on y voit ordinairement ùhe 
soixanlaibe de jonques. 

Les Annamites ayant brûlé l'ancienne capitale 
qui était sur le bord du fleuve, lé roi actuel a fixé 
sa résidence à trois lieues de la rive occidentale; 
Cette nouvelle capitale s'appelle Udong ; sa popu- 
lation est d'environ 12,000 habitants. Au mi- 
lieu de la ville est une grande place carrée en- 
tourée d'une muraille avec une porte à chaque 
CÔ16 et jQanquée de tourelles. Dans l'intérieur de 
ce carré ett tiDd autre enceinte de murs qui ren- 



— 31 ^ 

Ane le palais dû tnon&t*que^ palais trèa^modeste 
t qui ti'a rien de retttahjuable. Les maisons de la 
/illesont construites en bambous excepté quelques^ 
unes qui sont en planches; Les autres villes du 
royaume sont peu considérables. Je ne citerai que 
Pong^om^ Kampot et Pihhaluj situées à quelques 
lieues de la capitale. 

ATeitrémité tidrd du Camboge oh trouve un joli 
lac appelé ThaliBsap, qui a vingt lieues de circon- 
férence. Il est extrêmement poissonneux ; tous les 
ans, quand les eaux sont basses, il s'y fait une 
pèche considérable d'un gros poisson très-délicat, 
appelé Mvai, qu'on sale avec les cendres du pal- 
mier, ce qui donne à sa chair une saveur douce 
el sucrée. C'est près des rivages de ce lac que sont 
situées les ruines merveilleuses de Nokorvat. 
Elles consistent en un vaste palais^ en colonnes, 
pyramides et temples ou pagodes, le tout con- 
struit en marbre taillé et ciselé ; on y remarque 
des dômes et des voûtes d'un travail si surprenant, 
que les Cambogiens n'en parlent jamais sans dire 
que c'est l'ouvrage des anges et non pas des 
hommes. Il est probable que ces ruines remontent 
au temps du fameux roi de Camboge Phra- 
Patimm^uriomQ, sous le règne duquel un tala- 



- 32 — 

poin de Ceylan apporta les livres sacrés des Boud* 
dhistes et introduisit la religion de Buddha dans 
cette contrée. 

Pour la physionomie, le teint, la conformation 
et même les mœurs et coutumes, les Gambogiens 
ressemblent un peu aux Siamois; mais ils ont Tair 
plus sombre et plus sauvage ; les femmes travail- 
lent bien la soie et font des langoutis rayés et à 
fleurs très-estimés pour la couleur et la solidité. 
Les Gambogiens ont le secret d'une composition 
métallique noire qu'ils appellent samrit, à laquelle 
ils attribuent des qualités imaginaires ; ils préten* 
denl, par exemple, que dans un vase de celte ma* 
tière, la chaux rouge qu'on mâche avec le bétel ne 
se dessèche jamais, que la surface de l'eau dans 
un bassin de samrit est plus élevée au milieu qu'aux 
bords, etc. 

La langue khmer est fort curieuse; tous les 
mots qui ont rapport à la religion sont du bali 
altéré, le reste est un langage particulier, un peu 
rude à cause de la multiplicité des consoniies, et 
qui n'a aucun rapport avec celui des peuples voi- 
sins. La lettre r est très-fréquente dans leur lan- 
gue, et ils la prononcent en grasseyant comme les 
Parisiens ; leur écriture est belle, mais trop com- 



— 33 — 

pb'quée et difficile à exécuter ; aussi trouye-4-OQ 
difficilement parmi eux de bons copistes. 

Autrefois le Gamboge avait une monnaie qui lui 
était propre; aujourd'hui on fait usage de la mon* 
naie de Siam et de celle de Ck)chincbine ; elle 
consiste en ticaux d'argent» en barres d'ai^ent et 
ea sapéques de zinc ; douze cents sapéques équip- 
eraient à une pièce de cinq francs. 

Il y a environ deux siècles que la re^jgion chré- 
tienne fut introduite au Gamboge par quelques 
centaines de soldats portugais qui, s'étant mis au 
service du roi^ finirent par s'établir dans le pays. 
Elle n'y a jamais fait de grands progrès, peut-être 
à cause des guerres et des bouleversements qui ont 
agité sans cesse ce royaume infortuné. Aujourd'hiii 
il n'y reste que cinq cents chrétiens ; mais le nou- 
veau vicaire apostolique que le Souverain-Pontife 
Tient d'y établir, secondé par ses zélés mission- 
naires, parviendra, nous l'espérons, à replanter la 
foi dans cette intéressante contrée. 

KÔBAT, 

Ge petit Ëtat était autrefois une ville qui servai 
de limites entre Siam et le Gamboge ; c'est de 1 



I 



^ 34 — 

^e laî tient son nom de Nakhon-Raxa-Sêtna 
(ville frontière). Maintenant elle a tin petit roi 
qui goùtërne un territoire d'une quarantaine de 
Héues de Idrig. Kot'àt eât le point culminant «ntre 
Siam et le Cdmboge ; la ville, entourée de mu- 
railles^ est sittiée stiir itti j[)lâtëau d'où la vue do- 
itlinê de toiïi côtéë ; mais poiir y arriver il faut trar 
verser pendant six jdiirs, et toujdurt eh montant, 
une totêi ceièbfè appelée Dong'PhajàrFai (là forêt 
du Toi du feu) ; sbn nom sëUl inspire là terreur, 
et un grand nombre de voyageurs trouvent la 
mort fioufi son ombre funeste. On dit que dans 
plusieurs endroits de cette forêt le terrain contient 
de la mine d'arsénié qiie le voyageur respire ft 
l'état de poussière^ et que c'est pour cela qîi'il ^ 
meurt tant de mohdd* 

La population de Xoràt est d'envitoii 60,00(1 
èmes ; mais la ville n'a que 7,000 habitants, moiiii 
âianlois et moitié Catnbogieils. 11 y a dés mines dd 
cuivre très-abondàntes ; oil y ft établi détîiiëi^élnéni 
quatre ou cinq fabriques de sucre. Le pays fournil 
en outre l'ivoire, des peaux, des cornes, le carda- 
mome, le bois rose, la canelle, etc. 



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la- 



MWl V»' -■ <,„i se toV0»e .^. 

ottbieoseiu ..i qu'ils \e*«®"^ a. toute es 



— 36 — 

pèce. Les arbres et les plantes de cette contrée 
sont à peu près les mêmes qu'à Siam. Dans la partie 
du nord-est, on trouve en abondance l'espèce de 
palmier appelé lan, sur les feuilles duquel on 
écrit les livres de religion, par le moyen d'un petit 
stylet de fer ; après avoir tracé les caractères sur 
les feuilles, on y passe de l'encre qu'on enlève en- 
suite, et il n'en reste que dans les linéaments dé^ 
crits avec le stylet. 

Les Lao ont la même origine que les Thai; leUf 
langage est très^oux et a beaucoup de rapporta 
avec la langue thai, au point que ces deux nationâ 
peuvent s'entendre mutuellement. Leur écriture 
ressemble beaucoup à celle des Khamer ou Càm^ 
bogiens. L'habillement, pour les hommes, consiste 
en un langouti et une veste courte, à quoi ils ajou- 
tent quelquefois un manteau d'étoffe de coton rayé 
en noir et en rouge. Les grands ont des vestes d'iu* 
dienne ou de soie bigarrée avec des filets d'ot* ou 
d'argent* Les hommes gardent les cheveiit à la 
siamoise, c'est-à-dire qu'ils conservent par devant 
une touffe de cheveux et se rasent le reste d& la 
tête à chaque nouvelle lune. Les femmes n'oùt 
qu'une jupe courte rayée de diverses couleurs, 
qu'elles nouent par-devant^ et une écharpe de soie 



— 37 — 

qui flotte sur leur poitrine plutôt qu^elle ne la 
couvre ; cependant^ quand elles sortent de leur vil- 
lage» elles endossent une veste très-étroite et nouent 
autour de leur cou un petit fichu de soie rouge. 
Elles sont^ comparativement, plus blanches que les 
hommes et ont de jolis traits. Elles ont de beaux 
cheveux noirs qu'elles entortillent négligemment 
au dessus de la tête. Hommes et femmes vont or- 
dinairement nu*piedsy et s'ils mettent quelquefois 
des souliers, c'est tout simplement une semelle de 
cuir de buffle attachée au dessus du pied avec des 
cordons de la même matière. Les enfants des deux 
sexes et les femmes portent des colliers de verre 
et d'énormes bracelets d'or ou d'argent aux mains 
etaux pieds. Les enfants portent au cou une plaquo 
de cuivre ou d'argent, sur laquelle sont gravés 
des figures grotesques et des caractères supersti- 
tieux, pour les préserver, disent-ils, des maladies 
et de l'influence des mauvais génies. 

Leurs habitations ne sont qu'une cabane for- 
mée de lattes de bambou artistement entrelacées, 
montée sur huit ou dix colonnes de bois, et cou- 
verte de feuilles ou d'herbes sèches. Le dessous 
de la cabane est pour les buffles, les vaches, les 
cochons, les poules et les canards , tandis que la 



— rts — 

famille couclie pêle-mêle dans le dessus, où il n'y 
a souvent qu'une chambre avec une galerie cou- 
verte où Ton fait la cuisine. Cependant, daiis lés 
villes on trouve quelques maisons en briques et 
des pagodes fort belles, quelquefois même do)*i^ 
à Textérieur comme à Tintérieur. 

Les Lao sont paisibles, soumis, patients, sobres, 
confiants, crédules, superstitieux, fidèles, simples 
et naifs. Ils ont naturellement le vol en horreur ; 
on raconte qu'un de leurs rois faisait frire les 
voleurs dans une chaudière d'huile bouillante; 
mais depuis les ravages des dernières guerres, on 
commence à trouver parmi eux un certain nombre 
de voleurs poussés à la rapine par la misère ou 
par l'esprit de vengeance. 

Leurs aliments sont : du riz gluant, du poisson 
frais, des poules, de la chair de porc, de cerf ou 
(le buffle sauvage et des légumes en abondance. 
Mais leur mets favori, c'est du poisson qu'ils ont 
laissé gâter au soleil et qu'ils mettent ensuite en 
î-auniure. Ils en font une pâte qu'ils mêlent avec 
leur riz, en y ajoutant du piment rouge. Les ser- 
pents, les lézards, les chauves-souris, les rats, les 
grenouilles tout entières sont aussi pour eux un 
^^ier si délicat^ qu'ils regardent comme superflu 



— 30 — 

assaisonner, et ils se contentent de les griller 
is charbons. 

3z les gens du peuple, il est rare de trouver 
vaisselle de terre ou de porcelaine ; ils man- 
dans dés corbeilles tressées avec du rotin 
, et, si vous en exceptez une caisse en bois qui 
mt les beaux habits de soie, on ne voit 
es meubles chez eux que des corbeilles de 
ou de bambou. Point de chaises, point de 
point de lit ; quelques nattes usées, voilà ce 
art en même temps de siège, de table et 

< amusements qu'ils aident le plus sont la 
) et la pêche. J'ai souvent admiré la dextérité 
nfants, qui d'un long javelot perçaient les ' 
ms dans les eaiix claires des torrents, et re- 
mt le soir à leur cabane chargés de leur 
Les armes dont ils se servent pour la chasse 
le fusil, l'arbalète et la sarbacanné, qui est 
ng bambou percé, dont ils font partir, en 
mt, des flèches qui manquent rarement leur 

tre la culture du riz et du maïs, les Lao plan- 
es patates, des courges, le piment rouge, ks 
8 et autres légumes. Pour cela, ils cYiom^JSiewV. 



-^ -io — 

un endroit fertile dans la forêt voisine, en abat- 
tent tous les arbres, et y mettent le feu, ce qu 
donne à la terre une fécondité surprenante. Il 
vendent aux Chinois de Fivpire, des peaux de ti- 
gres et d'autres aninteux sauvages, de la poudn 
d'or, des minerais d'argent et-de cuivre, la gomn» 
gutte, le cardamome, la laque, de la cire, des boii 
de teinture, du coton, delà soie et autres marcba& 
dises qu'ils échangent contre de la vaisselle, des 
verroteries et autres petits objets de Chine. 

Les Lao ne sont pas faits pour la guerre ; soumii 
dès le principe aux rois voisins, jamais ils n'ont si 
secouer ce joug pesant, et s'ils ont tenté quelque 
révoltes, ils n'ont pas tardé à rentrer dans le de- 
voir, comme un esclave rebella quand il voit soi 
maître irrité s'armer d'une verge pour le punir, 

La médecine est très en honneur parmi eux 
mais c'est une médecine empirique et superstitieuse 
Le grand remède universel, c'est de l'eau lustral 
qu'on fait boire au malade, après lui avoir attach< 
des fils de coton bénits aux bras et aux jambes 
pour empêcher l'influence des génies malfaisants 
Il faut avouer cependant qu'ils guérissent, comna 
par enchantement, une foule de maladies avc 
des plantes médicinales incouuues eu Europe, ( 



— 41 — 

qui paraissent douces d'une grande vertu. Dans 
presque tous leurs remèdes il entre quelque chose 
le bizarre et de superstitieux, coranie des os de 
rautour, de tigre, de serpent, de chouette; du 
iel de boa, de tigre, d'ours, de singe; de la corne 
le rhinocéros, de la graisse de crocodile, des bé- 
Eoards et autres substances de ce genre auxquelles 
lis attribuent des propriétés médicinales surémi- 
Deotes. 

Leur musique est très-douce, harmonieuse et 
sentimentale ; il ne faut que trois personnes pour 
former un concert mélodieux. L'un joue d'un 
G^e en bambou, l'autre chante des romances 
ayec l'accent d'un homme inspiré, et le troisième 
frappe en cadence des cliquettes d'un bois sonore, 
qui font bon effet. L'orgue lao est un assemblage 
de seize bambous fins et longs, maintenus dans un 
morceau de boisd'ébène, munis d'une embouchure 
ckYon inspire et aspire le souffle, lequel met en 
vibration de petites languettes d'argent, appUquées 
à une ouverture pratiquée à chaque bambou, et il 
en sort des sons harmonieux pendant que les doigts 
ie promènent avec dextérité sur autant de petits 
tous qu'il y a de tuyaux. Leurs autres instruments 
ressemblent à ceux des Siamois. 



— 42 — 

Les Lao sont de la secte de Buddha, comme 1^ 
Thaï ; ils ont des taiapoins, des pagodes, où ils ho- 
norent la statue d^ Buddha; mais on peut dire 
qu'ils rendent plus de culte aux génies ou démon$ 
qu'à leur idole. Ils croient à plusieurs sortes de 
génies. 1^ Les démons deshois {phi phr aï), qui exe^ 
cent leur empire dans les plus épaisses forêts. Si 
quelqu'un a la témérité d'y pénétrer, et surtout d'^ 
passer la nuit, souvent il disparaît, et on n'en a pli)} 
de nouvelles. D'autres fois, il se trouve transporté 
dans un pays enchanté, où pendant des années 
entières il erre d'illusions en illusions, et, parve- 
nant enfin à s'échapper de cet empire magique, il 
se retrouve à la porte de sa cabane, où il a de I4 
peine à se faire reconnaître par sa femme et sef 
enfants, qui ne pensaient plus à Iqi. Plus souvent 
encore, les démons des bois infligent au témé- 
raire une fièvre maligne, qui le conduit en peu 
de jours au tombeau. 2° Les démons qui causent de 
la frayeur (phi lok). Ces génies se contentent d'efr 
frayer les hommes par toutes sortes d'illusions de 
la vue ou de l'ouïe ; c'est surtout la nuit qu'ils sont 
à rôder autour des habitations, ou le long des che- 
mins, attendant les passants, et se montrant à eu} 
sous des formes monstrueuses. 3° Les génies mal- 



faisants {phi pob). Ils sont très-redoutés, à cause de 
leur insatiable voracité. Quand on veut du mal à 
quelqu'un, on n'a qu'à porter des présents au sor- 
cier qui a ces génies à sa disposition, et dès la nuit 
même, celui-ci en envoie un à la personne à qui 
on veut du mal. Le génie s'insinue furtivement dans 
)e corps de sa victime, se nourrit des entrailles, du 
foie et du cœur de ce pauvre homme qui se dessèche 
de jour en jour, jusqu'à ce qu'enfin il expire. 4° Les 
génies tu télaires {thevadd), qui résident dans chaque 
cabane et protègent la famille. Mais il faut avoir 
soin de bien traiter cet ange protecteur, car autre- 
ment il infligerait des maladies, ferait perdre la ré- 
colle de riz et réduirait ses clients à la misère. Or, 
wici comment on doit servir le génie tutélaire : il 
&ut lui construire à côté de la maison un échafau- 
dage surmonté de petites pyramides, de l'extrémité 
desquelles partent des fils de coton, qui vont se 
rendre dans la maison. C'est par ces fils que le gé- 
niedescend, et, perché sur la pointe des pyramides, 
^' ilfait sentinelle pour écarter les génies malfaisants, 

I * ' 

'': les tigres, les serpents, et en général tout ce qui 
' pourrait nuire au bonheur de ses clients. Dans 
Tendroit le plus honorable de la cabane» il faut 
aussi lui élever un petitautel : c'est là le siège du 



— 44 — 

génie, c'est là qu'il se plaît à rendre ses oracles 
c'est là qu'on le consulte dans tous les cas difficilej 
qu'on lui fait des vœux et des offrandes de bougiez 
de bâtons odoriférants, de riz et d'arak, car il pa 
rait qu'il aime le vin. Tous les jours, matin et soii 
il ne faut pas manquer de lui donner sa plein 
ocuelle de riz tout chaud, dont il savoure la vapeui 
QucFquefois, dit-on, il est arrivé de trouver se 
écuelle vide. 11 paraît que le génie tutélairc est pa; 
sablement jaloux, car il ne permet pas cju'un ctrai 
ger dorme plus de trois nuits dans la cabane des 
clients ; c'est pourquoi les Lao (du moins ceux qi 
j'ai vus) ne donnent l'hospitalité que trois jour 
après lesquels ils vous avertissent de vous pourvo 
ailleurs, pour ne pas encourir l'indignation c 
génie. 

Xf£NG-MAI. 

Xieng-Mai est bâtie au pied et à Test d'une ass 
haute montagne dans une belle et vaste plaine ; e! 
a une double ceinture de murailles, entourées eh 
cune de fossés larges et profonds. L'enceinte inl 
rieure a mille toises de longueur sur neuf cents 
largeur. Les maisons ne se touchent pas, et so 



— 45 — 

entourées d'arbres et de petits jardins, de sorte qu'il 
n'est pas aisé d'en estimer la population, qui peut 
monter à environ 50,000 âmes, en comptant les 
faubourgs qui sont hors des murailles. À la dislance 
de trois ou quatre cents mètres des fortifications, 
coule le Më'Namy dont les bords sont en partie 
garnis de maisons habitées par des banqueroutiers 
de Bangkok, qui se sont réfugiés là, en changeant 
de nom, pour éviter les poursuites de leurs créan- 
ciers. 

Les cochons, les poules, Tarak et le riz sont à 
très-bon marché ; mais il y a peu de poisson et 
presque pas de légumes. L'argent est si rare, que 
peu de familles sont à même d'acheter de la 
viande. On vit communément de riz, sans autre 
assaisonnement que du piment rouge et des petits 
poissons broyés dans la saumure et à demi-pourris. 
Les vaches y sont en grand nombre, mais très-pe- 
Utes, et n'ont presque pas de lait. On se sert des 
bœufs pour le labourage et le transport du riz, du 
coton et autres marchandises. Les éléphants y sont 
aussi très-communs, et y sont employés pour les 
voyages, pour la guerre, pour traîner des arbres et 
porter de lourds fardeaux. La culture se borne au 
riz et aux légumes ; dès que les récoltes sont faites. 



— 46 — 

les habitants se Jivrent aux jeux, VfVQpt d^|[is rof- 

siveté jusqu'au mois de juin, où ils recommencent 

à labpurer leurs champs. Presque tpus les marchés 

se font par échapges; le sel joue un très-grand 

rôle dans les transactions, car il vient de ^angkok, 

et se vend très-cher à Xieng-Mai. Les femnaes sont 

plus actives et plus laborieu^s que |es hommes ^ 

aussi ont-elles assez d'empire pour cha^er leuns 

maris quand elles n'en sont pas contentes. Il y a 
à Xieng-Mai quantité de pagodes, où vivent dans 

l'oisiveté une foule de jeunes talapoins, qui sa- 
vent à peine lire, et qui sont d'une immoralité 
révoltante. 

Sur la haute montagne, au pied de laquelle est 
située Xieng-Mai, il y a un vestige des pieds de 
Buddha, qui est en grande vénération, et il s'y 
fait tous les ans un pèlerinage considérable. 

A trente-cinq lieues au nord de Xieng-Maiy est 
une ville appelée Xieng-RaU située sur une rivière 
qui descend à Molmein. Cette ville a été maintes 
fois prise et reprise, détruite et rebâtie, tantôt par 
les Birmans, tantôt par les Lao, qui sont allés de 
nouveau la coloniser en 1844. 

Le commerce principal de Xieng-Mai consiste 
en riz, coton, ivoire, encens, laque, cire, bois de 



- 47 — 

teinture, etc. Ce sont les Chinois de TYunan qui 

•.I., * f i »♦.! .,t '■•■■Pl' 

vienoent échanger ces marchandises contre des 
soieries, de l'acier, des vases de cuivre, etc., qu'ils 
chargent sur le dos de petite mulets ; ce voyage, 

toujours au milieu des montagnes et des forêts, 

• ..' '» '• ' • ■' . "■ ' " . i" ■ 

dure plus d'un mois. 

Xieng-Mai est une ville très-ancienne, car il est 
rapporté dans les annales de Siam, que Phra- 
Ruàng; qui régnait à Siàm vers l'an 500 de l'ère 
chrétienne, maria son frère à. .une princesse de 
Xieng-Mai, et l'établit souverain de cette contrée. 



LAPHUN. 



Ce petit État est gouverné par un prince qui est 
sous là dépendance du roi de Xieng-Mai, dont il 
est voisin. Le chef-Keu, appelé Laphtm-Xai, est 
une jolie ville, de 12,000 habitants, située dans 
une belle plaine, et sur les bords du fleuve Jtfe- 
ffam. Le sol y est riche, et les productions sont les 
mênaes qu'à Xieng-Mai. 

LAKHON. 

« 

Lakhon est une belle ville de 25,000 habitants; 



— 48 — 

située dans une plaine riche et fertile arrosée par 
une belle rivière qui coule dans une vallée domi- 
née à droite et à gauche par deux, chaînes de mon- 
tagnes couvertes de forêts, où abonde le tek, si 
précieux pour la construction des navires. Cette 
vallée est parsemée de villages et assez bien cul- 
tivée. 



FUKE. 



La capitale de ce petit royaume est aussi située 
dans une autre vallée bordée également par deux 
chaînes de montagnes, et arrosée par une rivière 
qui, au dessous de fâ capitale, coule à travers des 
rochers et forme plusieurs cascades. La plaine est 
bien cultivée et très-fertile. La population de la 
ville appelée Miiang-Phrë ne dépasse pas 15,000 
habitants. 



SAX. 



Le royaume de Nàn est bien plus considérable 
que les trois précédents ; on dit que sa capitale 
renferme au moins 60>000 âmes. Elle est située 
également dans une vallée fertile, et à peu près à 
la même latitude que Xicng-Mai. La rivière forme 



aussi beaucoup de cascades, et ce n'est que dans le 
temps des pluies que les habitants de Mùang-Nàn 
peuvent la descendre avec leurs radeaux de bois de 
tek. Ce pays confine, par le nord, à une tribu de 
hdo appelés Lùy avec lesquels ils sont continuelle-- 
ment en guerre. 

LUAN6-PHRA-BANG. 

Autrefois, sur le grand fleuve du Camboge, ap- 
pelé Jtfê-ffongf, il y avait trois royaumes lao, celui 
de Vieng-Chan, au midi, Luâng-Phra-Bang au 
milieu, et Mûang-Phuen au nord. Mais, depuis que 
les Siamois ont ravagé Vieng-Chariy qui est devenu 
une province de leur royaume, et depuis qu'ils ont 
emmené captifs presque tous les habitants de 
Mûang-Phuen, le royaume de Lmng''Phra''Bang 
8*est étendu au nord, et a pris un grand accrois- 
sement. Aujourd'hui, c'est un pays florissant qui 
fait un commerce considérable avec Siam et avec 
les Chinois Lolos^ qui viennent y trafiquer par le 
nord. La population de la capitale est d'environ 
80,000 âmes. Ce pays est riche en mines et en 
productions diverses, dont nous avons fait l'énu- 
mératiou en parlant des Lao eu général. 



— oO — 



MUANGhLOM. 



En remontant pendant un mois une grosse ri- 
vière, qui vient se jeter dans le Më-Nam, à Juthia^ 
on arrive à un petit État appelé Mùang-Lom, situ6 
au fond d'une vallée entourée de montagnes d6 
toutes parts. C'est un pays fort tranquille, et qui 
n'a jamais figuré dans les guerres qui ont agité les 
contrées voisines. La capitale n'a qu'une popula- 
tion de 9 à 10,000 âmes; le petit roi qui y règne 
entretient l'amitié avec Siam, en envoyant tous les 

ans, comme tribut, des minerais de cuivre, des 
feuilles de palmier pour écrire les livres, de la cire, 
du benjoin, de l'ivoire, de la laque et autres pro- 
ductions du pays, 

PRINCIPAUTÉS LAO ET CAMBOGIENNES TRIBUTAIRES DE SIAM. 

Outre les États tributaires de Siam que nous 
avons décrits, à l'est de Kôràt, entre la province 
de Battabong et le royaume de Lmug-Phra-Bang 
(voyez la carte), il y a encore cinq ou six petits 
États gouvernés par des princeS qui paient tribut à 
Siam. Les deux plus considérables s'appellent Phth 
Khiau (les montagnes vertes), et Suvannaphum 



cpntrée d§ Tor). Ces pays sont en général monta- 
jneux et couverts dé forêls. Je crois inutile d'en 
faire la description, puisque leur population étant 
mélangée deLao et de Cambogiens, il faudrait re- 
jeter ce que nous avons dit de ces deu^ nations. 
Quant aux productions, elles sont les mêmes qu'à 
Siam et au Camboge. Du reste, ces petits États sont 
très-peu connus, vu leur isolement et le manque 
de routes à travers leurs immenses forêts. 



TRIBU DES XONG. 



Au nord de la province de Chanthabun s'élè- 
vent de hautes montagnes qui, dit-on, sont dispo- 
sées de manière à former un cercle ; c'est là qu'ha- 
bite la tribu des Xông qui gardent les gorges et les 
défilés des montagnes et ne laissent pénétrer chez 
«IX que les petits marchands dont ils n'ont rien à 
craindre. >ls obéissent à un chef qui jouit d'une 
autorité absolue et fait observer les lois et les cou- 
tumes. Ces lois, dit-on, sont très-sévères et les 
délits peu fréquents. 

Il est probable que cette tribu était primitive- 
ment composée de Karieng auxquels, à la longue, 
se sont mêlés des déserteurs et des esclaves fugitifs 



— 52 — 

des pays environnants. Aussi, il n'est pas facile de 
faire leur portrait, puisque c'est une race mêlée 
qui tient du Karieng, du Siamois, du Lac et du 
Cambogien. 

L'habillement des hommes consiste en une 
simple toile serrée autour des reins» Qplui dei 
femmes est une jupe d'étoffé grossière et rayée de 
diverses couleurs. Leurs mœurs ont beaucoup de 
ressemblance avec celles des Karieng dont noua 
parlerons plus bas. On dit qu'ils empoisonnent les 
puits et les fontaines qui les avoisinent, afin d'èter 
aux étrangers l'envie de venir communiquer ave(5 
eux. Us abattent des bois de construction, vont re- 
cueillir dans les forêts la gomme gutte, la cire, te 
cardamome, du goudron, des résines, du boi» 
d'aigle et autres productions, et, à l'époque de* 
grandes eaux, ils viennent vendre leurs marchan- 
dises h Ghunlhabun, où ils se procurent des clous, 
des haches, scies et gros couteaux, du sel, du kapL 
et autres objets de stricte nécessité. 

Pour eux, la récolte de la cire est une opératioa 
périlleuse ; les abeilles, presque aussi grosses que 
les hannetons, établissent leurs rayons énormes 
sur les branches supérieures d'un arbre colossal de 
cent cinquante pieds de haut. Or, voici l'expédient 



— 53 — 

nis en usage par les Xông pour y arriver. Us pré- 
parent une grande quantité de lames d'un bois 
rès-dur et les enfoncent une à une dans l'arbre 
jur lequel ils veulent monter, de manière à poser 
an pied sur une de ces lames et tenir l'autre d'une 
main. Avant de faire cette ascension périlleuse, 
ils ne manquent jamais de faire un sacrifice au 
génie du lieu, puis, quand ils se sont approchés le 
plus près possible des rayons de cire, à l'aide d'un 
long et léger bambou, ils les détachent peu à peu 
et les précipitent en bas. 11 faut observer qu'ils ont 
eu la précaution de chasser l'essaim d'abeilles le 
jour précédent par une fumée continuelle et abon- 
dante. 

Quant à la récolte du goudron, elle se fait de la 
manière suivante : à coups de hache ils font une 
entaille très-profonde, en forme de petit four, au 
pied d'un gros arbre résineux; on y allume du feu 
qu'on éteint bientôt : l'huile ou goudron distille et 
s'amasse au fond du creux d'où les Xông la puisent 
tous les jours. Ce goudron est d'un grand usage ; 
mêlé avec de la résine, on s'en sert pour goudron- 
ner les barques ; quand il est bien limpide, il est 
propre à la peinture. Si l'on veut faire des torches, 
on creuse un trou en terre, on y jette des morceaux 



— 54 — 

de bois pourri, après quoi, versant le goudron des- 
sus, on le foule et on le pétrit avec ce bois pourri, 
de manière à en faire une pâte épaisse qu'on fa- 
çonne dans la naain ; puis on Tenveloppe dans de 
longues feuilles qui y adhèrent, ou on le roule 
dans des écorces minces qu'on lie avec du rotin. 

Les montagnes habitées par les Xong recèlent, 
dit-on, des mines et des pierres précieuses qu'ils 
viennent offrir de temps en temps au gouver- 
neur de Chanthabun , auquel ils apportent aussi 
chaque année le tribut fixé par le roi de Siara 
et qu'ils paient en cardamome et autres marchan- 
dises. 



TRIBU DES KARIENG. 



Les Karieng sont les habitants primitifs de Siam. 
Lorsque les Tliai descendirent du nord et fondè- 
rent la ville de Juthia, les Karieng leqr cédèrent le 
pays et se retirèrent dans les montagnes qui sont à 
l'est et à l'ouest, où ils sont encore aujourd'hui. Ils 
ont une stature avantageuse et sont bien constitués, 
agiles, forts, robustes et très-endurcis à la fatigue. 
Accoutumés dès leur jeune âge à errer et travailler 
dans les forêts, i)ssupportent facilement la faim, la 



— 55 — 

soif et toutes sortes de privations. Leur physiono*- 
mie, surtout celle des femmes, porte l'empreinte 
de la douceur et de la bonté. 

L^habillement des hommes est une espèce de 
loge à manches larges et courtes, qui descend jus- 
qu'à mi-jambes ; ils se serrent les reins avec une 
ceinture et s'enveloppent la tête avec une pièce de 
toile. Ils gardent les cheveux longs et ont les oreilles 
percées pour y introduire quelques jolies plumes 
d'oiseaux et des petits cylindres creux en argent. 
Les femmes portent un sarong, ou jupe, sur lequel 
elles ont une veste parsemée de grains de verre ou 
(le petits fruits qui forment des dessins bizarres. 
Wles ont aussi plusieurs colliers et s'enveloppent 
la tête d'un large tissu dont elles laissent flot- 
ter les deux bouts sur leurs épaules. Leurs longues 
oreilles , percées d'un large trou , sont ornées de 
. fleurs, de pierres fines pu de bijoux, d'or ou d'ar* 
sent. 

Les pabanes des Karieng sont faites de bambous 
eln'qrjt, pour y monter, qu'une espèce de juchoir ; 
âes bambous, des calebasses, quelques corbeilles 
et des nattes grossières, voilà tout leur araeuble- 
meot. Très-souvent ces huttes ne leur servent que 
pour un an; car, de môme que les iao, ils 01)1 



— 56 — 

coutume de couperet de brûler chaque année une 
certaine étendue de la forêt pour planter leur riz, 
changeant ainsi de place tous les ans, ce qui les oblige 
à construire souvent de nouveHes cabanes. Les ifa^ 
rieng n'ont pas de lois écrites; les traditions quils 
ont reçues de leurs ancêtres forment toute leur lé- 
gislation. Ils reconnaissent pour chef celui d'entre 
eux qui est le plus habile et qui jouit de plus de 
considération ; du reste, ce chef n'abuse pas de son 
autorité et se contente de jouer parmi eux le rôle 
d'un conseiller et d'un protecteur. 

Il est probable que les Karieng tii*ent leur ori- 
gine des LaOy avec lesquels ils ont plusieurs traits 
de ressemblance. Ils reconnaissent deux génies, 
l'un bon, l'autre mauvais; ils ne rendent aucun 
culte au bon génie, tandis qu'ils font des sacrifices 
de poules, de fruits, de riz, de fleurs, etc., au mau- 
vais génie, lorsqu'ils veulent l'apaiser ou se le 
rendre favorable. • 

Ils n^ont ni bonzes, ni pagodes, ni culte, ni 
prière ; chaque chef de famille fait lui-même le 
sacrifice au mauvais génie toutes les fois qu*ik sont 
attaqués de maladies ou qu'ils ont à craindre 
quelque malheur Voilà en quoi consiste toute leur 
neligion. 



U[i 






Los Karieng sont d'une grande sobriété ; ils ont 
horreur du vol et du mensonge ; la polygamie ne 
se rencontre pas chez eux ; ils sont hospitaliers les 
uns envers les autres, au point que ceux qui voya- 
gent peuvent s'arrêter dans la première maison 
qu'ils rencontrent pour manger, dormir, comme 
s'ils élaient dans leur propre cabane. On dirait que 
la tribu entière ne forme qu'une seule famille, et 
ils partagent volontiers leurs provisions avec ceux 
qui n'en ont plus. 

L'éducation est nulle parmi eux; ils n^ont pas 
de livres; toute leur occupation est la pèche, la 
chasse et la culture du riz et des légumes. On dit 
que celui qui a demandé une fille en mariage, 
avant de pouvoir célébrer les noces, est obligé 
d'escalader la cabane de sa fiancée, après avoir 
terrassé à la lutte un adversaire renommé par sa 
force qui défend le bas de l'échelle. 

Les Karieng brûlent leurs morts, après quoi ils 
prennent un os du crâne qu'ils vont suspendre à un 
arbre avec les habits, les colliers et les armes du 
défunt ; alors ils exécutent des danses et des panto- 
mimes accompagnées de chants lugubres ; ensuite 
quelques-uns des anciens emportent l'os avec tout 
Tattirail du défunt et vont ensevelir secrèteai|g^ 



— :)S — 

lout cela au pied d'une montagne éloignée, recom- 
mandant au mort de ne pas revenir tourmenter sa 
famille, puisqu'on enterre avec lui tout ce qui lui a 
appartenu. 

LAVA. 

La tribu des Lava habite les montagnes de l'ouest 
vers le nord ; elle a beaucoup de rapports avec les 
Karieng pour les mœurs et coutumes; il paraît que 
lés iMva cultivent beaucoup le coton, car les gens 
du peuple à Siam font un grand usage des couver- 
tures de coton et des moustiquaires fabriquées par 
les femmes de cette tribu, qui ont aussi les oreilles 
pendantes et trouées à y loger un œuf de poule. 
Cette tribu tire aussi son origine des Lao*^ elle ne 
quitte jamais ses forêts et fait cependant un com- 
merce assez considérable, par voie d'échange, avec 
quelques marchands chinois et siamois, qui vont 
trouver les Lava jusque dans leurs forêts. 

Pour compléter l'énumération des peuples di- 
vers qui habitent le territoire de Siam, j'aurais en- 
core à parler des Klings, des Arabes, des Pégouans, 
des Barmas, des Annamites et surtout des Chinois 
/r/uî composent environ le tiers de U ^o^w\%i\o\i\*^ 



mais, outre que j'aurai occasion d'en dire quelque 
ebose dans le cours de mon ouvrage, je suppose 
que ces différentes nations sont assez connues d'ail- 
leurs pour me dispenser d'en parler ici. 




■-• --"'^»-<r§r> c- — 



CHAPITRE TROISIÈME. 



DESCRIPTION DE LA CAPITALE ET DES PROVINCES. 



DESCRIPTION DE LA CAPITALE. 



Bangkok (village des oliviers sauvages), est de- 
venu le siège du gouvernement depuis la ruine de 
Juihia. Cette ville n'a pas encore quatre-vingt- 
dix ans d'existence, et compte déjà plus de 
400,000 habitants. Voici l'état de sa population 
actuelle, d'après les ambassadeurs anglais et amé- 
ricains qui l'ont visitée plusieurs fois : 

Chinois payant la taxe. 200,000 

Siamois 120,000 

Cochinchinois ou Anam 12,000 

Canibogiens 10,000 

A reporter. 342,000 




Grande pyrainltle en l'honneur di 



nnrlillia. fi BiingtiDk, :iOO pieds iie. lad 



1 



— 6< — 

Report. 342,000 

Pégouans ' 15,000 

Lao 25,000 

Barmas 3,000 

Malais 45,000 

Chrétiens de diverses nations. ..... 4,000 

Total 404,000 - 

Bangkok a hérité du nom de Juthia, aussi Tap- 
peile-t-on Krung- thèpha-mahor-mkhon-' d^ajut-- 
thaja^mahar-dilok-raxathani y etc., c'est-à-dire 
grande ville. .royale des anges, belle, inexpu- 
gnable, etc. Elle est située sur les deux bords du 
fleuve Më-Nam, à huit lieues de la mer. La ville 
proprement dite forme une île de deux lieues.de 
^ur; elle est entourée de murailles crénelées et 
lée de tours ou bastions de distance en dis- 
!• Située au milieu d'immenses jardins ornés 
|liiiie verdure luxuriante et perpétuelle, elle offre 
itai aspect très-pittoresque; des navires et une 
multitude de jonques pavoisées sont à la file sur 
les deux bords; on voit s'élever dans les airs des 
flèches dorées, des dômes, de hautes pyramides 
d'une structure admirable, garnies de dessins en 
porcelaine de toutes couleurs; les toits étages des 
pagodes, ornés de belles dorures et couverts en 
telles vernissées/ qui réfléchissent les ra^ow^ di^x 

4 




— 62 — 

soleil ; deux rangées de plusieurs milliers de bou- 
tiques flottantes sur des radeaux, qyi se déroulen 
devant vous, en suivant les sinuosités d'un fleuve 
majestueux, sillonné en tous sens par des millien 
de barques, dont la plupart sont très-élégantes ; h 
forteresse blanche comme neige, la ville avec seî 
tours et ses nombreuses porlies; les canaux ali- 
gnés qui traversent la cité, la flèche dorée du palaiJ 
étage à quadruple façade, la variété des édifices î 
rîndienne, à la chinoise, à Tettropéenne ; les cos- 
tumes singuliers 'des diverses nations, le son dès in* 
truments de musique, les chants des comédies, h 
mouvement et la vie qui animent cette grande 
ville, tout cela est pour les étrangers un spectacle 
qui leur cause une agréable surprise. 

Il n'y a pas une seule voiture dans la capitale 
tout le monde va en barque ; le fleuve et les ca- 
naux sont presque les seuls chemins fréquentés 
Ce n'est guère que dans l'intérieur de la cité e 
aux bazars ou marchés qu'on trouve des ruei 
pavées en larges briques. 

Ce qu'il y a de plus remarquable à Bangkok 
c'est le palais et les pagodes royales. Le palais e? 
une enceiAte de hautes murailles, qui a plus d'ur 
quart âe lieue de tour. Tout l'intérieur de cette en- 



- 6.3 - 

ceinte est pavé en belles dalles de marbre ou de 
granit ; il y a des postes militaires et des canons 
braqués de distance en distance; on voit de tous 
côtés une multitude de petits édifices élégants, or- 
nés de peintures et de dorures. Au milieu de la 
grande cour s'élève majestueusement le Mahapra^ 
sat à quatre façades, couvert en tuiles vernissées, 
décoré de sculptures magnifiqueset surmonté d'une 
haute flèche dorée. C'est là que le roi reçoit les 
ambassadeurs; c'est là qu'on place le roi défunt 
dans une urne d'or, pendant près d'un an, avant 
qu'il soit brûlé ; 1^ aussi viennent prêcher les 
talapoins ; la reine et les concubines entendent la 

dicafiop, cachées derrière des rideaux. Â quel- 

ince de là, s'élève la grande salle où le 

ine ses audiences journalières, en présence 

de cent mandarins, prosternés face contre 

)e ; aux portes, sont des statues gigantesques de 
granit, apportées de Chine ; les murailles et les co- 
lonnes de, la salle sont ornées de peintures et de 
dorures magnifiques ; le trône, qui a la forme d'un 
autel, est surmonté d'un dais à sept étages. Les . 
appartements du roi sont attenants à la salle d'au- 
dience; puis viennent le palais de la reine, les 
liaisons des coi^cubines et des dames d'honneurj 




— 64 — 

avec un \aste jardin, qu'on dît être magnifique. 
II y a, en outre, de vastes bâtiments qui renfer- 
ment les trésors du roi, à savoir : l'or, l'argent, 
les pierreries, les meubles et les étoffes précieuses, 

Dans cette vaste enceinte du palais, il y a ur 
tribunal, un théâtre pour les comédies, la biblio- 
thèque royale, d'immenses arsenaux, des écurie! 
pour les éléphants blancs, des écuries pour les che- 
vaux de prix et des magasins de toute sorte de choses 
on y voit aussi une superbe pagode, dont le pavé es 
recouvert de nattes d'argent, et dans laquelle son 
deux idoles ou statues de Buddha, l'une en o 
massif de quatre pieds de haut, l'autre faite d'un 
seule émeraude d'une coudée de haut, évaluée pa 
les Anglais 200,000 piastres (plus d'un million). 

Les pagodes royales sont d'une magnificenc 
dont on ne se fait pas une idée en Europe ; il y e 
a qui ont coûté jusqu'à 200 quintaux d'argeni 
(plus de quatre millions de francs). On en corapt 
onze dans l'enceinte des murs de la ville, et un 
vingtaine en dehors des murs. La pagode Xett 
' phon renferme une statue de Buddha dorman 
longue de cinquante mètres, et parfaitement de 
rée ; dans celle de Bovoranivet^ on a employé, e 
feuilles d'or (pour les dorures seulement), plus é 



iLl 
»te 



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en 
de 



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Eulrée d'une pagode; duu 



I — 65 — 

quatre cent cinquaate onôes d'or. Une pagode royale 
est un grand monastère où logent quatre ou cinq 
cents talapoins avec un millier d'enfants pour les 
servir. C'est un vaste terrain, ou plutôt un grand 
jardin, au milieu duquel s'élèvent quantité de beaux 
édifices, à savoir : une vingtaine de belvédères à 
la chinoise, plusieurs grandes salles rangées sur 
bords du fleuve ; une grande salle de prédica- 
r. deux temples magnifiques, dont Tun pour 
de BuddhUy l'autre pour les prières des 
; deux ou trois cents jolies petites maisons, 
jartie en briques, partie en planches, qui sont la 
demeure des talapoins ; des étangs, des jardins ; 
e douzaine de pyramides dorées ou revêtues de 
laine, dont quelques unes ont de deux à trois 
(Dts pieds de haut; un clocher, des mâts de pa- 
llôn, surmontés de cygnes dorés, avec un éten- 
^.fed découpé en forme de crocodile ; des lions et 
des statues de granit ou de marbre, apportées de 
I Chine, et, aux deux extrémités du terrain, des ca- 
I naux revêtus de maçonnerie, des hangars pour 
T les barques, un bûcher pour brûler les morts, des 
ponts, des murs d'enceinte, etc. Ajoutez à cela que 
datis les temples tout est resplendissant de pein- 
tures et de dorures ; l'idole colossale y apparaît 



— 66 — 

comme une masse d'pr ornée de ^fU.e pierreries - 
Après cela on concevra peut-être ce que c'es-] 
qu'une pagode royale. 

Les habitations à Bangkok sont de trois sortes : 
les unes sont en briques et fort élégantes^ d'autret 
en planches, et celles du pauvre peuple en baip— 
bous. Aussi arrive-t-il que les incendies sont fré- 
quents et désastreux ; il n'est pas rare de Yoir l€ 
feu consumer quatre ou cinq cents maisons ; mais 
dans sept ou huit jours tout est rebâti à tieuf^ 
grâce aux parents et amis qui Tiennent en aide 
aux incendiés. 



JENtîMERATION DES PROVINCES. 



Le royaume de Siam proprement dit est divisé 
en quarante et une provinces qui portent le nom 
de leurs chefs-Ueux, à savoir : 



NEUF PROVINCES DU MILIEU. 



Nonthaburi ou Talat-Kliuân ^ Pak-Tret, Par 
thummathani ou Sàmkhôk, Juthia ou Krung-KaOf 
Ang-Thong^ Mùang-Phrom , Mùang-In, Xainàtj 
Nakhon, Savân. 



q^Q PROTINCES AU NORD. 



Sdng-Khalôk, Phitsalôk ou Phitsanulôkj Kam- 
pheng-Phet, Phixai, Rahëng. 



DIX PROVINCES A l'est. 



Phetxabun, Bua-Xum, Sara-Buri^ Nophaburi, 
fiWion-Najok, Pachinij Kabin, Sasông-Sao ou 
Petriu, Battabong, Phanatsanikhom. 



SEPT PROVINCES A l'OUEST. 



Uùang-Sing, Suphannaburi ou Suphan, Kan- 
cJmnaburi ou Pak-Phrëky Raxaburi où Rapri, 
Xakhon-Xaisi^ Sdkhonburi ou Thà-Chin, Samut- 
Songkhram ou Më-Khlong. 



DIX PROVINCES AU MIDI. 



Nakhon- Khueti' KMn ou Pakhlat, Samutha- 
prakan ou Pak-Nam, Xalaburi ou Bang-Plasoi^ 
Rajong, Chanihaburi ou Chanthabim^ Thung-Jai, 
Phetxaburi ou Phiphri^ Xumphon, XaijUy Xalàng 
ou Salâng. 

Outre ces quarante et une provinces, gouver- 
nées chacune par un phaja ou mandarin de pre- 
mier Qj;dre, il y a encore une vingtaine de provinces 
du second et même du troisièmja ordre, auxquelles 



— . 68 — 

sont préposés des mandarins d'un ordre infé*> 
rieur. 

Je vais décrire les provinces que j'ai visitées, 
en donnant une relation abrégée de mes voyages; 
ce qui donnera une idée suffisante de celles que je ' 
n'ai pas parcourues. 

Le 20 décembre 1838, je m'embarquai à raidi 
sur une petite barque de six toises de long sur une ; 
et demie de large. Nous descendîmes la rivière l'es- 
pace de quatre lieues, ayant à droite et à gauche 

de vastesjardins sans interruption, et nous passâmes 

■ -1 

devant Pakhlat, ville de 7,000 âmes, où il y a un j 
gouverneur. Sur les deux rives sont deux belles 
forteresses bien garnies de canons, mais gardées 
par un bien petit nombre de soldats. 

La population de Pakhlat est de race pégouane ; 
elle fournit à Bangkok le bois de chauffage et les 
feuilles d'une sorte de palmier pour couvrir les 
maisons; elle s'adonne aussi à la culture du riz et 
des jardins. Un peu au dessous de Pakhlaty nous 
trouvâmes des plantations de cannes et quatre fa- 
briques de sucre. Le soir nous vînmes jeter l'ancre 
devant la 'grande douane de Pak-Nam, qui est à 
l'embouchure du Më-Nam. Cette ville, de 6 à 
7,000 âmes, a trois belles forteresses, une sur 



— «9 — 

lue rive, et la troisième au milieu, dominant 
Irée du fleyve. Une partie des habitants se li- 
it à la pêche, l'autre partie exploite les forêts 
l'arbre appelé Samë, qui bordent les rivages de 
ner ; le bois de cet arbre est excellent pour l'u- 
B domestique, en ce que son charbon, une fois 
imé, ne s'éteint pas; En cas d'alerte, tous les ha- 
mts sont soldats, et doivent aller garnir les for- 
esses qui, ordinairement, sont presque désertes. 
Partis de bon matin delà ville de Pak-Nam, nous 
ivoyâmes presque tout le jour, parce que le 
it n'était guère favorable, et le soir nous attei- 
tmes la première île, appelée Si-Xàng, Cette île, 
i peut avoir sept à huit milles de tour, est ha- 
éepar une centaine de familles siamoises et chi- 
ises. On ne peut y aborder que par le côté qui 
jarde la terre ferme. On va y jeter l'ancre dans 
e charmante petite rade à bon fond. Partout 
leurs, l'île est comme flanquée d'une muraille 
turelle plus ou moins haute, formée de rochers 
arpés, excavés, raboteux, présentant les aspects 
plus bizarres. Ayant eu occasion d'aller à 
re, je vis que ces rochers n'étaient que comme 
B croûte extérieure, qui recouvre un beau 
irbre à veines blanches^ rouges et bleues, Wr 



— 70 — 

quel, dans certains endroits, le flux de la mer 9. 

donné un poli aussi beau que pourrait le donnée 
la main de l'homme. 

Quant aux rochers excavés et inaccessibles donf 
j'ai parlé, chaque excavation un peu profonde es^ 
la retraite d'une espèce 'd'hirondelle de mer qnij 
élabore tous les trois mois son nid merreilleu^ 
substance gélatineuse tant recherchée des gourmetg 
de la Chine et des Indes. Ces nids, composés ^ 
filaments entrelacés, se vendent jusqu'à 160 frapcs 
la livre. Aussi, avec quelle ardeur les habitants nu 
vont-ils pas à la recherche de ces nids précieux!^ 
Du sommet des rochers, ils se font suspendre ^ 
des cordes, et scrutent toutes les excavations pour 
faire leur récolte. Quelquefois il arrive qu'apri» 
que les nids sont montés en haut par le moyeq 
d'une ficelle, celui qui tient la corde, poussé ag 
crime par l'appât de l'argent, abandonne la corde 
et s'enfuit avec son trésor, tandis que son infor^ 
luné compagnon roule, .plonge et disparaît dai» 
l'abîme des mers. Sur les côtes de Siam, il y ft 
plusieurs îles productives en nids d'hirondelles. 

Un talapoin, que je vis à Si-Xàng^ m'indiqua 
une petite île voisine comme abondante en beaux 
cristaux de roche^ blancs, jaunes et bleus; il nae 



il 



iil aussi qutî les montagnes de la terre ferme 
proches de la mer recelaient des eaux thermales 
ît des mines, dont les échantillons me parurent 
adiquer des mines de cuivre. 

Partis de Si-Xàng pendant la nuit, nous lon- 
eàmes la terre ferme, ayant à droite une foule 
'lies qui, pour la plupart, ne sont pas marquées 
or les cartes. Ko-Kram est renommée par la 
loantité de tortues de mer qui viennent déposer 
eurs œufs dans les sables. 

KfhSamet est une tle assez considérable où il 
f a des puits d'eau douce, et même un étang assez 
rasle et poissonneux. Néanmoins, il n'y a pas 
Tautres habitants qu'une famille de douaniers, 
lesquels furent obligés de s'enfuir dans les bois 
Tannée passée, à l'apparition des pirates malais, 
pi vinrent piller cette douane isolée. Cette île pa- 
raît très-fertile ; elle est remarquable par la beauté 
des coquillages qui fréquentent ses bords. On y 
trouve aussi de gros blocs de quartz, dont les fis- 
wrcs sont garnies de cristaux de roche d'une très- 
belle eau. 

Le troisième jour de notre navigation, nous 
aperçûmes de loin le lion colossal qui est à l'em- 
bonchure de la rivière de Chanthahuri. Ce^V. wwç! 



— "2 — 

curiosité naturelle très- remarquable. Elle préseoi 
l'aspect frappant d'un lion couché sur le ventre 
la tête, la crinière, la gueule, les yeux et les oreilles^ 
rien n'y manque. Mais, à mesure qu'on approcha 
l'illusion disparait peu à peu, et Ton ne voit pb 
qu'une masse de rochers informe. 

Après avoir passé la douane et un petit fort qd j 
est à l'embouchure, nous remontâmes la rivière,' 
ne voyant rien de remarquable, si ce n'est qo 
arbre fort singulier, bordant les deux rives ; ses 
racines fourchues s'élèvent hors déterre, et forment 
comme une espèce de trépied assez haut, qui sou- 
tient le tronc. On l'appelle kong-kang. 

C'était un samedi au soir: les barques deschri' 
tiens annamites qui revenaient de la pèche notf 
ayant rencontrés, s'arrêlèrent au nombre d'uM 
vingtaine, et le dinianche matin, au lever de rau* 
rore, toutes ces barques se rangèrent en avant, d 
tirèrent la nôtre en ramant et criant en cadence* 
Bientôt des musiciens vinrent se joindre au cor"" 
tége, et nous arrivâmes ainsi comme en triompha 
à Clianihaburi, où Ton nous reçut au son des c\(y 
ches et des tambours. La chrétienté est composé^ 
de l ,000 âmes. 

Chonlhithuri est une petite ville d*envîi-ar 



— 73 — 

OOO habitants, Siamois, Annamites et Chinois* 
le a un marché, une fabrique d'arak et plu- 
sors pagodes. On y construit des barques de 
iutes grandeur, vu la facilité d'amener les bois 
s montagnes pendant les grandes eaux. Le com- 
lerce d'importation se fait par une douzaine de 
inques chinoises qui Tiennent y vendre chaque 
nuée diverses marchandises de Chine. Le corn* 
oerce d'exportation est bien plus considérable ; 
es principaux articles sont : le poivre, le cardu* 
nome, la gomme du Camboge, le bois d aigle, les 
)eaux d'animaux, l'ivoire, le sucre, la cire, le (a^ 
Dac, le poisson salé, etc« 

Les habitants de la province de Chanthabun 
lont presque uniquement occupés de la culture 
des terres; les principales productions, outre les 
l^écédentes, sont : l'arachide qui produit les pis-- 
taches de terre groupées à ses racines; on en fait 
de la pâtisserie et de la très-bonne huile ; les pa^ 
Utes, les ignames de plusieurs espèces, les cocos, 
n^ues, dourions, jaccas, mangues, et le café 
{bâté dernièrement par ordre du roi de Siam ; il 
yréuasit bien, et j'en ai bu d'excellent chez le gou- 
teroeur. 11 y a une foule de fruits bons à manger 
qui naissent naturellement dans les boift, Jeiv'^vv 



— 71 — 

citerai qu'une espèce qu'on a^eite kBèf9k; t^BÀ 
une amatidè «atiT&gè, mais trè^dhtte, fruit d'Ut 
grand arbre et qiM éù produit àbôAdiiaiiDeïkt; 

La gomme ée Gatâboge se tire par incïsîon û'i 
arbre qu'on ne trouve que date les iMiiltes foi 
on susjpend un bambou à cet Atbrè ; ifèlBiAd il M 
plein, on le retire, lé suc se durcit^ puis on ^CÈM 
le bambou et on a la gomme en bâtons. ^ 

Le cardamome est le fruit d'une plante haiitt*^ 
d'une coudée, plus ou moins, laquelle donne di ^ 
fleurs groupées au sommet de la tige, d'où prt» - 
viennent des fruits trilobés d'une saveur très-art* - 
matique et piquante. Le bois d'aigle (ainâ appdi = 
à cause de sa couleur) est tacheté de noir comme 
le plumage de l'aigle. Il a une odeur délicieuse él 
parfumée, surtout quand on le brûle; il entic 
dans presque toutes les médecines siantoises et 
l'expérience prouve qu'il est d'une grande utilité^ 
Or, voici comment on se procure le bois d'aigle'} 
il n'y a qu'une espèce d'arbre qui en contienne; 
ceux qui vont le chercher doivent être mûhis de 
scies, de haches et de ciseaux de diverses formes. 
Quand, à certains indices, ils ont reconnu que tel 
arbre en a^ ils l'abattent, le scient par morceafni 
ou tronçons qu'ils déchiquètent avec le plus grand 



— 78 — 

n, rejetant tout le bois blanc, et ne gardant que 
noir qui est le véritable bois d'aigle, qu'on ob- 
nt sous des formes très-bizarres; ainsi préparé, 
se vend douze francs la livre. Chaque famille de 
irétiens est obligée d'en payer au roi un tribut 
iDuel du poids de deux livres. 
Les habitants des bois font la chasse aux tigres, 
mrs, rhinocéros, buffles, vaches sauvages et aux 
)er6. La manière dont ils viennent à bout du rhi- 
locérofi est fort curieuse : quatre ou cinq hommes 
iennent en main des bambous solides et dont la 
date fort aiguë a été durcie au feu. Ils parcourent, 
insi armés, les lieux où se trouve cet animal, en 
oussant des cris et frappant des mains pour le 
lire sortir de sa retraite. Quand ils voient ranimai 
irieux venir droit à eux, ouvrant et fermant alter- 
ntivement sa large gueuie, ils se tiennent prêts à 
e recevoir en dirigeant droit à sa gueule la pointe 
le leurs bambous, et^ saisissant le moment favo- 
>^, ils lui enfoncent l'arme dans le gosier et 
PMque dans les entrailles avec une dextérité sur- 
^2U3te^ puis ils prennent la fuite à droite et à 
Sttche. Le rhinocéros pousse un rugissement ter- 
nUe^ tombe et se roule dans la poussière avec des 
otovukions affreuses^ tandis que les audacÂMiiL 



— 76 — 

chasseurs battent des mains et entonnent un c] 
de \ictoire, jusqu'à ce que le monstre soit éf 
par les flots de sang qu'il \omit ; alors ils vont 
chever sans crainte. 

Pour la chasse des autres animaux, ils se 
vent des armes à feu ; mais quelquefois ils p 
nent les cerfs et les chevreuils au filet, ce qu 
fort amusant. Après avoir fermé toutes les is 
avec de forts filets, ils mettent le feu aux brous 
les, et ceux qui veillent aux filets reçoivent à c 
de massue les bêtes épouvantées et les assomnc 

Le poisson abonde sur les côtes maritime 
ChanthabîirL Dans la rivière, la pèche est 
peu abondante, si ce n'est celle des cancres c 
fourmillent et sont la nourriture la plus comn 
du peuple ; ils les pèchent à la ligne, et un et 
peut en prendre ainsi jusqu'à cent par jour. Q 
à la pèche en mer, elle se fait de trois mani 
i^La pèche aux squilles ou petites crevette 
mer, se fait avec une senne de soie à mailles i 
fines. Ces crevettes broyées avec du sel constit 
le kapi, ressource immense pour les sobres 
mois. 2"* La pèche avec des sennes qui € 
loppent le gros poisson et qu'on tire par les 
bouts sur le rivage. 3"" La pèche avec la » 



■' 



— 77 •— 

flottante dont je parlerai au chapitre siidème. 

L'aspect de la province de Chanthaburi est des 
plus agréables ; au nord la vue est bornée par une 
montagne très-haute, qu'ils appellent la montagne 
des Étoiles, parce que, disent-ils, ceux qui parvien- 
nent au sommet y voient chaque étoile aussi grosse 
que le soleil. (Ce seul trait vous en apprendra assez 
sur l'ignorance des habitants. ) Cette montagne, 
dit-on , contient beaucoup de pierres précieuses. 

 l'est s'étend jusqu'à la mer, comme un vaste 
rideau, une autre montagne un peu moins haute, 
qui a environ dix lieues de long et près de trente 
de circonférence, appelée Sabab. Le pied en est 
arrosé par plusieurs rivières et ruisseaux considé- 
nibles, le long desquels sont des plantations de 
poivre. Il est certain que cette belle montagne 
recèle des mines qui n'ont pas encore été exploi- 
tées. L'irrigation des plantations de poivre se fait 
au moyen de roues, composées d'une multitude 
de bambous inclinés qui puisent l'eau en montant 
^ la versent par côté en descendant. 

Al l'ouest s'élèvent plusieurs rangées de collines 
dont quelques-unes sont boisées ; les autres, ainsi 
que les vallées, sont d'immenses jardins de man- 
guiers, cocos, aréquiers, dourions, jaccas, etc.. 



ï 



— 78 — 

OU des plantations d'arachides, de tabac et Gannei 
à sucre. Sur la première colline, qui est eiiTlroni 
deux lieues de Chanthaburi et à une portée ik 
fusil de la rivière, on a bâti un fort immense M* 
touré d'un fossé profond. C'est dans ce fort qaek 
gouverneur et les principales autorités résidèot 
La base de cette colline est presque toute fonnéH 
de concrétions ferrugineuses, et le sol supérieur Mt 
d'un rouge de sang ou purpurin, au point qu'^M 
peut l'employer pour la peinture. 

A partir de ce fort, après avoir traversé dam 
petites collines, on arrive au pied d'une montagM 
célèbre à Siam, nommée la montagne des Pierre» 
précieuses ; et ce n'est pas à tort qu'on lui a donné 
ce nom , car elle en recèle vraiment en abon- 
dance. Les pierres qu'on y trouve principalement 
sont : la topaze, le grenat, Faigue marine, le ru- 
bis et le saphir. Deux autres collines voisines sont 
également riches en pierres précieuses, et j'en ai 
trouvé moi-même plusieurs à fleur de terre. 

Quant à la plaine de Chanthaburi, dont la la^ 
geur est d'environ cinq à six lieues et la longueui 
de douze lieues, elle est très-basse et inondée pai 
la marée, dans sa partie méridionale , puis elle 
s'élève peu à peu de dix à vingt pieds au desBU( 



r- 79 — 

Yea^ pdoyen de la rivière ; elle est arrosée 
usi^urs canau)^ naturels et cuisseaux q^i l^^ 
sent. Chaque sonnée, au fort des pluies, la 
^ 4.ébor(l^ et iaopde la plaine pendant une 
ux «emain^t l^ culture du rjz y est assez 
;ée, aussi 1^ réçQlte suffît-ellç à p^ine pour 
étants (le la province ; plus des deux tiers 
plaine sont occupés par des banibaus si^u- 
et autres ar]t)res 4^s bojs, 
pirovince de J^^ng-Jai> qui est à l'orient de 
hc^ur}f abqndei comme pelle-pi, en car4a- 
1, bois d'aigle, gomme de Camboge, poivre, 
et autres productions pr^cieusps. Lfi ville 46 
hjfai pst habitée par 4,000 Siamois pu Chi- 
resque tous coqimerçants ; un petit oonfibrp 
e eux se livrent à la pêche qui est tr^- 
^te sur lesi pôtes. Dans le Toisinage squt 
irs Qes hiep boisées dppt la principale est 
Wg (l'île 4ps pléphants), qu'pp di^ être iu- 
4^ tigres; ses hautes montagnes Iqi dpn- 
D air piajestueux, et c'est W^ lipu de relàph^ 
outes les barqyes qui visitent pes paragesi 
iieven{^nt d^ ÇImntkaburiy je m'arrêtai |k 
h'Soi, situép 9u pied 4es collines, au fpufl 
baie extrêmement poisson^eusp ; aussi 1^ 



— 8() — 

pêche^y est d'une abondance incroyable ; en tra- 
yersant le marché, on ne voit que des monceaux 
de poissons de toute espèce, et pour un fuang (en- 
viron sept sous), j'en avais assez pour nourrir pen- 
dant un jour les quinze personnes qui étaient avec 
moi. Les habitants, au nombre de 6,000 Siamois 
et Chinois, sont tous marchands ou pêcheurs. 
Celte province est très-bien cultivée et très-fer- 
tile ; elle produit du riz, du sucre, du tabac excel- 
lent, des fruits et des légumes en abondance; elh 
possède aussi de vastes salines et des mines iné- 
puisables de coquillages que les Chinois exploi 
tent pour faire de la chaux. 

Après avoir visité tous mes chrétiens dispersé 
dans les plantations de tabac et de cannes, pre 
nant une barque à rames plus longue et plus lé- 
gère, j'entrai dans le fleuve de Bang-Pakông que j 
remontai une douzaine de lieues, et j'arrivai à l 
ville de Pëtriu, défendue par une citadelle oi 
réside le gouverneur. La population , dispersée 1 
long des deux rives, peut monter à 10,000 âmes 
Toute la province, qui est une plaine immense 
consiste en rizières, en jardins et en plantations d 
cannes à sucre. Elle compte une vingtaine de su 
creries toutes tenues par des Chinois. Je loge^ 



\ 



f, 



l 



queigues jours chez un Chinois chrétien, chef d'une 
sucrerie, de sorte que je suis à même d'en faire 
uoe courte description. Sur le bord du fleuve, on 
Toit deux ou trois piles ou monceaux de bûches 
qui s'élèvent à la hauteur de quinze à vingt mè- 
tres; à côté, se trouve un hangar rond où deux 
buffles font tourner en sens contraire deux gros 
cylindres de bois de fer qui écrasent les cannes ; 
le suc coule dans un puits de maçonnerie. Par 
derrière, est un énorme fourneau en briques le- 
quel ressemble à une tour. Dans la partie supé- 
rieure du fourneau sont trois grosses barres de fer 
sur lesquelles reposent trois énormes marmites 
unies entre elles par une maçonnerie. C'est dans 
ces marmites , qu'à l'aide d'un feu d'enfer, on 
ivapore le suc de cannes qui, parvenu à une 
cuisson convenable, est versé dans des cônes en 
terre. Le lendemain, on fait écouler la mélasse; 
on purifie par de l'argile détrempée , et on ob- 
tient une cassonade très-blanche. La recuite des 
mélasses et des écumes produit encore une bonne 
quantité de sucre brun. Enfin, la mélasse est en- 
voyée aux fabriques d'arak ou se mêle à la chaux 
dans les constructions. Les puits de mélasse sont 
en plein air ; aussi les lézards, les rats et les cra- 



— 82 — 

pauds y Tiennent trouver la mort et 8*y con^ n 
grande quantité. Deux grands hangarSi de eîiH 
quante mètres chacun , suffisent non-fieulemegj 
pour contenir tout le matériel de la fabriqua^ 
mais encore pour y loger les deux cents ouvrieit 
qui y sont employés. Ce fut dans un de ces bu*. 
gars que je célébrai les saints mystères en présaiei^ 
de deux cents néophytes qui, presque tous^ coniinii^ 
nièrent et reçurent le sacrement de confirmation* 
De là , je remontai le fleuve et , laissant II 
branche qui vient de Test, je pris celle qui vieil 
du nord. La quantité innombrable d'oiseaux aqui? 
tiques qui bordaient les deux rives amusaient bien 
mes gens qui en tuèreut un bon nombre. La nuiti 
nous nous arrêtâmes à un petit temple désert au- 
près duquel on fît cuire le riz. Ëtant entré avec 
une torche dans ce petit édifice, je fus surpris et 
presque effrayé de le voir remph d'énormes tôltf 
de crocodiles ; j'en mesurai qui avaient près d'un 
mètre de long. Le lendemain, syr le soir^^, nous 
arrivâmes à Korajok. Cette ville, d'environ 5,000 
âmes, est située au pied de hautes montagnes, sur 
les bords d'une jolie rivière qui est encore navi- 
gable à deux journées au dessus. Elle est habitée 
par des Lao et quelques Siamois qui cultivent k 



— 83 — 

et tirent de }eurs forêts différentes productions 
ils vont y^p4re à fiangkok. J'étais venu pour 
idef }eurs dispositions envers la religion ; j'ér 
^ dpnc çur Ip rivage une optique et quelques 
très puriosité§. Il n'en £ailli|t pas davantage pour 
irer la foule qui se pressait pour voir le palais 
j Ti|ileries, Saint-Pierre de Rome et autres vues 
ignifiques qui excitaient au plus b^ut degré leur 
niration. Cependant plusieurs feqiin^es m'ap- 
liaient du riz, des poissons et des fruits comme 
ur me remercier de leur avoir montré de si 
lies choses. Enfin, les principaux chefs m'invi- 
ent à monter chez eux, m'offrirent Tarée , le 
!je| et le cigare, et m'accablèrent de ques- 
m, ce qui me donna occasion de leur prêdier 
religion chrétienne. Alors, ils m'engagèrent à 
)ir m'établir au milieu d'eux ; je leur répondis 
e ne pouvant venir moi-même, j'enverrais quel- 
e autre à ma place. Le lendemain je pris congé 
lUx ; je descendis la rive jusqu'au canal qui fait 
nmuniquer les deux fleuves. Malheureusement 
08 fûmes obligés de passer une nuit dan^ ce 
lal où nous fûmes dévorés par des nuées de 
N^stique^; toute la nuit fut employée à se battre 
^ eux. Quel suppUce de ce sentir sucer le sang 



— 84 — 

de toutes les parties du corps par des myriade 
d'insectes ailés dont la piqûre venimeuse fait en 
fler la chair et cause un prurit insupportable! 
fourmillent dans cet endroit, parce que c'est une 
plaine marécageuse et inculte où les herbes pou^ 
rissent dans Feau. Le lendemain matin, la barque 
était jonchée de ces moustiques que nous avions 
tués pendant la nuit ; on aurait pu en remplir deux 
boisseaux. Enfin, nous arrivâmes à Bangkok exté- 
nués et n'ayant presque plus de sang dans les veineB. 

VOYAGE DANS LES PROVINCES DU mLOSJS ET DU NORD. 

Parti de Bangkok \e 10 janvier 1834, je remon- 
tai le fleuve Më-Nam et , après trois heures d( 
navigation, j'arrivai à Talat-Khuâfi, petite ville 
de 5,000 âmes, où il y a une longue file de bou- 
tiques sur des radeaux; les deux rives du fleuvi 
sont garnies de maisons avec de vastes jardin 
sans interruption depuis Bangkok. Deux lieue 
plus haut, la rivière fait un grand contour qu 
personne ne suit ; on entre dans un canal d'un 
demi -lieue de long dont les deux rives son 
habitées par une peuplade de 6,000 Pégouans 
qui cultivent les jardins et fabriquent de la po 



terie grossière ; c'est la ville de Pak^Tret qui a 
^ m gouverneur, une douane, des boutiques flot- 
tantes et de très-jolies pagodes. 

Au-dessus de Pak-Tret^ les villages se succèdent 
sur les deux rives presque sans interruption pen- 
dant l'espace de six lieues; après quoi on rencontre 
une autre ville pégouanne de 4,000 âmes appelée 
Sam-Khôk, dont l'industrie consiste à faire des 
briques de toute djmension, tant pour vendre que 
pour payer le tribut au gouvernement. 

Là finissent les jardins et s'ouvre la vue des cam- 
pagnes immenses qui n'ont d'autres bornes que 
Thorizon. Le riz est presque l'unique production 
de cette province ; les étangs naturels parsemés 
dans la campagne abondent en excellents poissons 
qai attirent une foule d'oiseaux aquatiques. 

A cinq lieues au dessus de Sam-Khôk est un con- 
fluent; on prend à droite, et, après avoir dépassé 
quatre îles qui se suivent presque, on arrive à un 
^age qu'on appelle Navire-Englouti. En effet, 
quand l'eau est basse, on voit encore au milieu du 
fleuve le bout de l'énorme mât d'une somme chi- 
noise, qui s'y trouve engloutie depuis un siècle. A 
partir de là, en voyant les pyramides des pagodes 
noircies par le temps s'élever dans les nues, des 



— 60 — 

qrbres séculaires et majestueux couvrant ()e legf 
vaste ombrage des ruines imposantes, op a le pre^ 
sentiment que l'on approche de cette fameuse çîtén 
autrefois upe des plus opulentes de l'Orient. Aux 
environs de Jutliia le fleuve se divise en quai)t}tj|:j 
de canaux, au point qu'il est facile de s'y égareFn 
Ce qui était proprement dit la cité est une île 
trois lieues de tour, dont la forme ressemble assjoi ^ 
à une bourse chinoise. J'ai parcouru en tous seqa 
les vastes ruines qui couvrent la surface de cette 
ile ; les plus remarquables sont celles du palais et 
des pagodes royales, où sont encore des statues co^ 
lossales de cinquante à soixante pieds de haut; 
l'intérieur de ces statues est en briques et Texte* 
rieur est d'airain d'une épaisseur de deux doigts 
environ. Selon les annales de Siam, une de ces 
statu€|S fut fondue avec vingt-cinq mille livres de 
cuivre, deux mille livres d'argent et quatre cents 
livres d'or. Les murailles sont toutes bouleversées, 
et cet immense monceau de ruines est couvert de 
broussailles impénétrables et ombragé par d'an*- 
tiques peupliei^ d'Inde, asile des chats-huants et 
des vautoui's. Ces ruines recèlent de grands tré- 
sors enfouis lors de la prise de Juthia-; on y fouille 
continuellement et presque toujours avec succès. 



— »1 - 

i nouvelle vUle ast tout autour de rancianna cité ; 
e a deux rangées de boutiques flottantes et une 
pulation de 40,000 âmes composée de Siamois, 
[inoiSi Lao et Malais. La province de Juthia est. 
trêmement fertile en riz et abonde en poissons 
cellents. À une lieue au nord de la ville, au mi- 
u de la plaine, s'élève un édifice majestueux 
'on appelle la Montagne-d'Or, bâti en 1 387 de 
itre ère. C'est une immense pyramide carrée 
environ quatre cents pieds de haut ; chaque fa- 
dd a un bel escalier par où l'on monte à de larges 
leries qui régnent tout autour. Quand vous êtes 
rvenu au troisième étage, vous avez une des 
as belles vues qu'on puisse imaginer. Â cette 
uteur, il y a quatre corridors qui conduisent 
ns l'intérieur du dôme, où une grande statue 
rée de Buddha, élevée sur un autel, a pour cor- 
||e et adorateurs des millions de chauves- sou ris, 
i l'arrosent continuellement de leurs fétides ex- 
^nts, et font, en voltigeant jour et nuit, nn 
nage ou plutôt un vacarme infernal. Le dôme, 
ii est d'une architecture admirable, s'élève encore 
dessus des galeries de cent cinquante pieds et se 
pmiue par une belle flèche bien dorée. 
Au sortir de Juthia, en remontant la principale 



— 88 — 

branche du Më-Nam, le riyagcf commence à s'éle- 
ver insensiblement, et, pendant la sécheresse, on 
rencontre çà et là des bancs de sable où les gromi 
barques ont de la peine à trouver un passage. Ea 
général, les bords du fleuve sont garnis dejoli^ 
touffes de bambous et parsemés de nombreux viï^- 
lages. À dix-huit lieues au nord de Juthia, nou^ 
trouvâmes une petite ville de 2,000 âmes, appelés^ 
Ang-Thong (la cruche d'or). Le gouverneur, auqu^. 
j'offris une paire de lunettes, me reçut amicale-* 
ment, appela ses douze concubines pour me don- 
ner un concert de voix et d'instruments, et fit poi^ 
ter à ma barque de la chair de porc, du poisson^ 
des gâteaux et des fruits. Celte province abonde en 
riz et en poissons; elle produit aussi un peu de 
sucre qu'on coule en petites tablettes tondes. 

A une bonne journée au nord, je m'arrêtai à une 
autre ville appelée Mùang-Phrom^ dont la populft* 
lion siamoise et lao est de 3,000 âmes. De là, on 
a une très-beile vue des montagnes qui sont à Test, 
à la dislance de dix lieues. Ce fut dans une pagode 
aux environs de cette ville que, dans la chaleur 
d*une dispute sur la religion, mon catéchiste ayant 
eu rimprudence de dire que Buddha était en en- 
fer, les talapoÎDs, furieux, s^armèrent de briques 



— 89 — 

allaient nous lapider; mais je parvins à les 
user, en grondant vertement le pauvre homme, 
e je renvoyai à la barque. 
k cinq lieues plus haut, le fleuve forme à droite 
e branche qui court au sud-est et va baigner les 
irs de Nophaburi. Un peu au dessus de cet em- 
mchement est située une petite ville toute chi- 
ise, où il y a une fabrique d'arak ou eau-de-vie 
riz. Six lieues plus haut se trouve Mûang-In^ 
le siamoise et lao de 4,000 âmes, siège d'un 
iverneur ; elle est d'une longueur interminable, 
js les habitations sont assez clairsemées parmi 
touffes de bambous ; on y cultive le riz, le bétel, 
coton et la canne à sucre, 
i partir de là, les rivages sont garnis de banlbous 
ivages ; le terrain change d'aspect ; il est mêlé de 
ins de mine de fer en quantité ; au lieu de bancs 
sable, on ne rencontre que des bancs de cail- 
X ; les pélicans nagent par troupes dans le fleuve, 
. devient plus rapide ; on aperçoit à trois ou 
itre lieues les collines des Trois-Rois, qui termi- 
it la grande plaine de Siam ; elles sont bien boi- 
% et abondent en gros arbres résineux, qui four- 
sent le goudron dont on fait les torches, 
^près avoir remonté dix lieues au dessus de 



— yo — 

Muang-Itif poys am\àme$ à Xainât^ pçUle iriU 
de 3,000 âmes, siège d'un gouveraçur. Les halM 
tants cultivent le riz, le tabac, le bétel, le col 
fabriquent des torches et composent d'iniiwçi 
radeaux de bambous sauvages qu'ils vont ven4l 
Juthia ou à Bangkok dans la saison de$ plui^^ 
bambous sauvages ont un grand avautsige sur 
qu'on cultive, en ce que l^s vers pe les attaqi 
pas. Ce qu'il y a de plus remarquable à Xai\ 
c'est unç antique pagode royale décorée de 6j 
et d'anciennes statues fort curieuses. Du côt^ 
l'est, pn aperçoit une chaîne de montagnes dpnt 1^ 
plus proches sont garnies de bambpus fins ^t 4^ 
cats guère plus gros que le poucp, et qui servept If 
une Ibule d'usages. 

En remontant à quinze lieues au dessus ^ç ^M« 
nàl, on arrive à Thàr-Sung^ petite vil)e çhinoisf; ^% 
tuée à l'embouchure d'une rivière qui vient d| 
couchant. Les Chinois y ont une fabriqua 4'^lil( 
et une douzaine de fourneaux ou ils foQ(}eQt lei 
minerais de fer qui abondept ^ux environfi. I4 
fonte qui provient de ces fourue^uid non-^seul^ 
ment suffit aux besoins du royauuie, inajs ençQjTf 
est un objet considérable d'exportation. 

Comme j'ftvçis Tiptention d'aller jusqu'au Lao. 



- »1 — 

éne m'arrêtai qu'un jour à Thà^ung et contiouai 
na route vers le nord, et, après avoir passé la petite 
iUe appelée Uuàdëny j'atteignis Nakhon-Savdn 
ville du Ciel) à vingt-cinq lieues au nord de Thà- 
hing. Au couchant, à la distance de dix lieuesi 
'élève majestueusement une haute chaîne de 
Bontagnes appelées Khâo-lmng (montagnes 
loyales)» dont la direction est du nord au sud, 
^Ukhon-^avdn est une ville très-ancienne et ce- 
Ibre dans les annales de Siam ; mais aujourd'hui 
s'est bien peu de chose ; elle est dominée, à Testi 
ivx des collines dont la plus voisine a son sommet 
Mme d'une belle pagode. Cette province est près* 
]lie déserte ; les crocodiles viennent dormir la 
a[tteule béante sur le rivage, ce que je n'avais pas 
Mcore remarqué ailleurs. 

A trois lieues de Nakhofi-^Savâriy le fleuve se 
[Mirtage en deux branches; celle qui vient du nord- 
MMist coule avec impétuosité et fracas sur un lit de 
gros cailloux ; celle qui vient du nord-est au con- 
tiaire est une eau dormante, profonde et silen** 
dm^ Ce fut par cette dernière branche que nous 
ooatinuftmes notre route. Les deux rives sont gar-* 
Vi^ de forêts impénétrables. Si l'on tire un coup 
dâ fusil, les crocodiles mugissent sous les eaux» les 



— 92 — 

singes se répondent par des cris lamentables, Im 
éléphants font entendre un bruit comparable aa 
tonnerre, et le voyageur est saisi d'effroi. Ayant 
rencontré un canal qui paraissait très-poissonnemi j 
nous y pénétrâmes pour jeter Tépervier; mail 
deux énormes crocodiles qui dormaient se réveï- 
lèrent et firent mine de s'élancer dans notre barqi 
ce qui nous engagea à rebrousser chemin au pi 
tôt. Nous faisions donc route en silence dans 
affreuse solitude, lorsque nous entendîmes tout 
coup des cris confus et un vacarme épouvantable 
bientôt nous aperçûmes une multitude de gran 
barques ornées de pavillons, de panaches et que 
de paon , garnies de soldats en habits rougeSi' 
armés de piques et hallebardes, descendant lari- 
vière avec la rapidité de l'éclair. Nous comprima 
de suite que c'était le prince talapoin (aujourd'hui ] 
roi do Siam) qui revenait de son voyage au Lae, : 
où il était allé revêtir de feuilles d'or lephrorfângy 
c'est-à-dire un arbre énorme de sapan ou cam- 
pêche très-vénéré par son antiquité. Vite les ra- 
meurs de s'agenouiller et moi de me blottir dam 
la hutte de ma barque pendant te passage de Son 
Altesse, qui n'eut pas le temps de me reconnaître. 
Pendant cinq jours nous ne rencontrâmes que 



— 93 - 

)is villages, et nous atteignîmes enfin Phit^Salôk. 
stte ville, dont la fondation remonte à plus de 
nnze cents ans, a été assez longtemps la capitale 
1 royaume de Siam ; elle a été détruite et rebâtie 
usieurs fois; la ville actuelle n'a guère que 
,000 âmes, Siamois, Chinois et Lao, dont la prin- 
pale occupation est de couper les arbres de tek, 
K disposer en radeaux, et, dans la saison des 
irîes, les faire flotter jusqu'à Bangkok. Dans les 
ivlrons, les Chinois surtout font de grandes 
antations de coton et de tabac d'une excellente 
lalité. 

Comme je continuais ma route au nord, voilà 
te je rencontrai le roi d'un état lao appelé Muang^ 
in, qui descendait la rivière avec plusieurs ra-> 
aux de bois detek. Je me décidai à lui faire 
Hte dans son palais flottant ; il était entouré de 
I: nombreuses femmes, vêtues de jupes de soie 
\j portant des bracelets d'or et autres orne* 
I. le lui offris un verre ardent et quelques 
rd^eau de senteur qu'il donna de suite à ses 
i; de son côté il m'offrit une douzaine de 
de dre, me fit servir le thé, l'arec et le bé- 
i. Cependant nous entrâmes en conversation, et 
juud il snt que j'allais dans son pays : « Je vais & 



!• a^ 



— 94 — 

Bangkok, dit-il, pour deux ou trois mois; alto 
mon retour, et je vous emmènerai atec moi 
mes États ; je vous donnerai une pagode, et 
nous prêcherez la religion de» fatangs ^a relij 
des chrétiens). » Je lui fis mes nemerctemeatef I 
nous nous quittâmes en nous donnant une ^| 
de main comme deux bons amis. 

Cependant mes gens, qui étaient déjà fort 
nuyés, apprenant qu'il fallait attendre là deux 
trois mois, se mutinèrent et me déclarèrent fôi 
lement qu'ils ne voulaient pas rester ni même 
tinuer le voyage, de sorte que je fus obligé àé 
noncer à mes projets, et le lendemain matiti ni 
redescendîmes la rivière. Le 7 février 1834, 
étions de retour à Mùatig-Phrom. Là, mes 
profitant de l'occasion d'une barque chrétienn^l 
s'en retournèrent à Bangkok. Je ne gardai aver^ 
moi qu'un jeune homme de bonne volonté ;jïî 
confiai ma barque aux Lao, avec qui j'avais Iw 
connaissance en venant ; on chargea mes effets MP 
des bœufs, et, nous dirigeant à l'est à travers fr 
plaine, nous vînmes coucher dans une salle au nfr' 
lieu de la plaine. Le lendemain, nous arrivâmes 
au pied des montagnes, et j'allai m'installer danste 
maison du chef d'un village lao qui me reçut vo-' 



— t)5 — 

lUere. Voyattl qu'il n'y avait ni pagodes \\\ lala- 
ins dans ce yiilage, et que d'ailleurs les habitants 
MdMaient biéti disposés envers la religion chré* 
Mne, je résolus de m'y fiicer. Tous les enfants et 
i jeunes gens m'ayanf offert leurs services, en 
Étif^ joTirs ma petite chapelle de bambous fut 
hevéë. Là, tous les soirs, se faisaient des instruc- 

ks suivies de là prière; le jour, j'allais dans les 

5, visiter les villages voisins. 
A trois lieues de l'endroit où j'étais, sur un bras 
I Seuve et au pied de montagnes très-pittoresques, 

L située une ville célèbre appelée Nophaburi, 
lée l'an 600 de notre ère, et qui fut longtemps 
Ipitale d'un petit royaume. Si l'on en juge par les 
mes de ses murailles, de ses palais et autres édi- 
ices, et par le grand nombre de ses pagodes encore 
ldK>ut, on est convaincu que c'était une ville po- 
mleuse, riche et puissante. J'allai visiter le palais 
hi fameux Constance, qui parvint à la dignité de 
premier ministre en 1658 ; on y voit une jolie pe- 
lite église chrétienne ; l'autel à colonnes cannelées 
rt dorées est surmonté d'un baldaquin où est écrit 
fli lettres ti'or : Jésus hominum salvator. Les ta- 
hpoins ont placé la statue de Buddha sur cet autel 
et sont venus s'installer dans les appartemeuts de 



— 96 — 

Constance ; mais, d'après le rapport des paiea^ ^^ 
mêmes, autant il en venait, autant il en mov^ 
de sorte qu'aujourd'hui ils ont définitivement! 
donné le poste. Avant la ruine de Juthia, les! 
de Siam faisaient leur résidence à Nophaburi 
dant l'inondation, et s'y divertissaient surtout 
chasse aux éléphants. Les collines des environs i 
plantées d'ates (ou fruits du corossol écailleux) et] 
bananes excellentes; dans les montagnes aboni 
gibier de toute sorte ; la rivière et les canaux fc 
millent de poissons qui allireul des nuées de 
cans, de canards sauvages, de cigognes, de h^ 
et autres oiseaux aquatiques ; la piaine fertile' 
couvre de belles moissons de riz, en sorte qu'^ 
peut appeler cette province un pays enchantei 
où régnent la gaieté et l'abondance. 

Au moment où j'allais recueillir déjà quelqi 
fruits de mes instructions au milieu des Lao, voilk 1 
que, le 26 février, quatre émissaires du gouver- 
neur vinrent me prendre et m'emmener à la vilh 
où, après avoir subi un long interrogatoire devant 
le mandarin et les juges, on me signifia que» lo 
les circonstances de la guerre entre Siam et la Co« 
cbinchine, un étranger ne pouvait pas rosier dam 
la province. 



— 97 — 

Jfi fiis gardé en prison pendant deux jours , 
^quoi on me fit partir sous une escorte de 
ifre soldats qui se relevaient à chaque village , 

me ramena tambour-battant jusqu'à Mùang- 
w, où j'arrivai à rentrée de la nuit, exténué 
im et des fatigues d'une marche forcée. Le 
îrneur de Muang-Phrom, après avoir lu la 

d'avis de celui de Nophaburi, s'écria : « À 
M bon arrêter ce prêtre inofifensif ? Geôlier ! 
visiter sa barque , s'il n'a pas d'opium ou 
tre denrée prohibée par les lois, qu'on le 
sse aller en paix, » Le geôlier ayant fait sa 
, je fus mis en liberté et je redescendis à 
^kok^ attaqué d'une pleurésie qui faillit m'em« 
r. 

i 1*' du mois de juin 1843, je partis de Bang^ 
)our aller faire la visite des chrétiens chinois 
irsés dans les provinces de l'ouest, en suivant 
mal bordé de jardins des deux côtés l'espace 
uit lieues; après quoi nous débouchâmes dans 
aste canal creusé de main d'homme et bien 
lé qui mène à Mahâ-Xai et Thà-Chin. Mahd- 
est une petite ville qui n'a de remarquable 
sa forteresse située au confluent formé par le 

1 et le fleuve. Thà-Chin, chef-lieu de la çro- 

{S 



— 98 — 

\ince, est une jolie ville de 5,000 âmes habitée 
surtout par des pêcheurs et des marchands; sapth^ 
sition, à deux lieues de la mer, est trè«-fiivortU|^ 
pour la pèche et pour le commerce; aassi esfr-eOif 
très-fréquentée par les jonques chinoises. 

Après avoir traversé le fleuve, nous enfiU 
un canal sinueui qui se' dirige à Touest, et d( 
l'eau est salée. On est effrayé de ta solitude qui 
règne et de la multitude de crocodiles qu'on 
contre sur ses bords; mais, dix lieues plus loin^ 
scène change tout à coup; on débouche dans fxtK 
fleuve magnifique au milieu d'une belle ville fo^m 
puleuse et animée, qui a ses boutiques flottante^ 

■s 

de belles pagodes et des jardins superbes. La pi^- ^ 
pulation de Më-Khlong, qui est d'environ 10,OM 
âmes, est surtout composée de Chinois marchaads 
et pêcheurs ; les Siamois cultivent les jardins Cfà 
sont d'une fertilité prodigieuse. Au bas de la wSk 
on remarque aussi une grande forteresse qui dé" 
fend l'entrée du fleuve en cas d'attaque de la paît 
des ennemis. Outre ses plantations de poivre^iongy 
de patates douces, de raves, d'oignons, de méloB» 
gènes, de tabac, d'arec, etc., cette province pw 
sède encore d'immenses salines qui fournissent ds 
sel à tout le royaume. 



— 9» — 

)Dtant le fleuve Më-Khlongy toujours bordé 
itions el de jardins à la distance d'environ 
i»y nous entrâmes dans un petit canal qui 
«a, à travers une plaine immense très- 
livée^ jusqu'aux cabanes de nos Chinois 
es, où je séjournai dix jours pour admi- 
3s chrétiens et préparer au baptême une 
5 de païens habitants d'un village voisin 
es Vingt''mille''Palmier8 , arbres majes- 
séculaires dont le nombre a bien diminué 
hui. 

de là le 13 juin au matin, nous remon- 
icore le fleuve, et, sur le soir, nous attei- 
Ràpri, chef-lieu d'une nouvelle province, 
tifîée habitée surtout par des captifs cam- 
qu'on y a transplantés au nombre de six 
nille. Une chaîne de montagnes borde 
1, à l'ouest, à la distance de quatre ou cinq 
e la ville : ces montagnes sont riches en 
'étain ; mais les épaisses forêts dont elles 
Lvertes et les tigres dont elles sont infes- 
t un grand obstacle à l'exploitation de ce 
. Cette province est aussi très-fertile; elle 
beaucoup de sucre de palmier, et c'e^t de 
tagnes qu'on tire en abondance le sapau 



.*• 



— 100 — 

ou bois de campéche dont on se sert pour teindra 
en rouge. !*, 

Au dessus de Ràpri les rivages s'élèvent etdi 
viennent plus sauvages; le fleuve, plus rapide 
moins profond, roule sur des bancs de cailloux, 
les barques n'avancent qu'avec peine ; aussi faut* 
quatre journées de pénible navigation pour 
à Kanburi ou Pak-Phrëk, ville fortifiée, capitale 
la province la plus à l'ouest. Là le fleuve se 
tage en deux ; la branche qui vient de l'ouest 
coule d'une vallée habitée par les Karieng; 
gens de cette tribu exploitent d'abondantes mil 
de plomb. L'autre branche vient du nord à ti 
vers une vallée abrupte et sauvage presque inl 
bitée. Cette province fournit du sapan, du bois d0^ 

« 

fer, des bambous fins et divers bois de construe^ 
tion. Les Chinois font de grandes plantations éit*^ 
tabac, d'ignames et de patates ; les autres habitanti 
cultivent le riz, vont à la chasse, à la pèche, font 
des torches, construisent des barques, coupent les 
bambous et autres bois; ils en composent de long! 
radeaux pour les faire flotter et descendre le fleuve 
au temps des grandes eaux . 

Après avoir passé quelque temps à visiter et 
administrer mes bons Chinois, qui chargèrent ma 



— 101 — 

rque de poules et de canards, de viande de cerf, 
oeufs salés, de patates, ignames, bananes, tabac 
; autres provisions, je redescendis le fleuve, et en 
tHs jours et demi je fus de retour à Thà-Chin, 
î j'arrivai le 18 juin au soir. Le lendemain ma- 
D, nous remontâmes le fleuve, et à peine avions - 
DUS parcouru deux détours, que nous trouvâmes 
ne centaine de singes qui faisaient leur déjeuner 
I attrapant les petits cancres logés le long du ri- 
ige ; on leur jeta des bananes, qu'ils trouvèrent 
irt bonnes, et ils se les disputaient d'une manière 
. comique et si divertissante, que mes gens con- 
nuèrent de leur en jeter pendant un quart- 
'heure, s'amusant à voir cette centaine de singes 
lutant, gambadant, suivant à Fenvi notre barque 
mt en se battant, se mordant et se disputant les 
ananes qu'ils pelaient fort adroitement. 
Cependant de grandes plantations de cannes à 
acre qui occupaient les deux rives, nous annon- 
aient que nous entrions dans la province de Na- 
km-Xaisi, et en effet, bientôt les fabriques de 
acre se succédèrent les unes aux autres presque 
ins interruption ; j'en comptai plus de trente qui 
mploient chacune de deux à trois cents ouvriers 
hinois. Cette province est très-bien culUvée ^t 



très-fertile ; outre le riz et le sucre^ elle produ— 
de l'indigo, du maïs, des patates et toutes sortM 
de légumes; ses jardins, arrosés par d'innombrÉ^ 
blés canaux, abondent en excellents fruits. '■ r 

A rentrée de la nuit, nous arrivâmes à notiim 
chapelle construite en bambous et couverte 
feuilles. Dès le lendemain malin, cent cinqui 
néophytes chinois s'empressèrent de venir chani 
Ieui*s prières, entendre les instructions, se confi 
ser et recevoir les sacrementsde TËglise. La rel 
dut*a neuf jours, après quoi on fît un grand fc 
ou plutôt des agapes où hommes, femmes et 
fants se régalèrent avec de la viande de porc, 
poules et canards, des gâteaux et des fruits; 
festin étant égayé par une petite dose d*arak 
eau-de-vie de riz. 

Lo 23 juin je pris congé d'eux et continuai 
ixHite : le soir j'aiTétai ma barque devant iVaMo»-' 
.¥iiî$i\ Cette ville n*a rien de remarquable; c*^[ 
un gn^upe de cinq cents maisons en bambous, es** 
ceplo celle du gouverneur qui est en piauchefc 
Comme il avilit menacé do détruire notre chapeU6y 
je fus f[4%iige d aller le voir pour T informer que j't- 
^f*» ol^lenu rautorisaùv^n du n>i et lui remette 
me Mire du pivfnier ministre: il me i>eçut fort 



dvilement et me promit de prendre désormais mes 
néophytes sous sa protection. 

Le 25 au matin je continuai ma route vers le 
oord, rencontrant à droite et à gauche des peliln 
fiJIages assez clair-semés. Un jour, m'étanl arrêté 
aune vieille pagode abandonnée, pendant qu'on 
disait cuire le riz, quelques-uns de mes gens al- 
lèrent r6der dans la pagode et fuent niain-hassc 
ior une vingtaine de petites idoles de Buddha, les 
mes en cuivre doré et les autres en argent. Ayant 
M l'affairo» je les grondai vertement et fis jeter 
Mes ces statuettes au milieu du fleuve en leur 
lisant : « Imprudents que vous êtes! ne savez- 
t vous donc pas que la loi de Siam condamne les 
c voleurs d'idoles à êtro brûlés tout vifs 1 » Après 
ivoir remonté la rivière pendant quatre jours, 
nous arrivàm^ kSuphaUy siège d'un gouverneur, 
rilte ancienne parsemée de ruines et d'antiques 
ptgodes, située dans une plaine élevée d'où la vue 
Ht magnifique. A l'ouest, on voit une chaîne de 
MDtagnes assez proches, bien boisées, où se trou- 
ât des mines de plomb argentifère. Cette pro- 
rioce ne produit que du sucre.de palmier, du riz 
i du poisson, mais en grande quantité. Quoique 
ii^han soit à plus de soixante lieues de la mer, 



— 104 — 

le flux et le reflux s'y font encore sentir au poiol^ 
qu'à la marée basse les barques un peu grosses mi 
trouvent à sec sur les bancs de sable et ne peuYralit 
plus avancer. Voyant donc qu'il me serait difficilÉR 
d'aller plus au nord^ je pris le parti de redescendqîj 
jusqu'à Nakhon-Xaisi ; là est un petit canal qa|| 
fait communiquer cette rivière avec le fleuve d4 
Bangkok. Mais, comme il est peu profond, 6|| 
qu'on ne pourrait pas ramer aisément, on attachd| 
toutes les barques les unes à la suite des autres eH| 
on les fait tirer par des buffles vigoureux moyen^ 
nant un léger salaire donné à ceux qui ont afferméii 
ce singulier genre de transport. Ayant donc failM 
tirer ma barque avec les autres, le 29 juin j'étaîNI 
de retour à notre collège de Bangkok. à 

m 

Le 15 février 1849, je partis de Juthia et re^ 
montai la rivière qui vient du nord-est, rencon-<î 
trant tout le long de la route quantité de belles' 
barques pavoisées chargées de monde en habitt 
de fêtes ; les femmes et les filles en écharpes de 
soie, ornées de leurs colliers et bracelets en or, 
faisaient retentir l'air de leurs chansons, auxquelles 
répondaient des troupes de jeunes gens laïques et . 
talapoins, avec accompagnement d'un bruyant 
orchestre. C'étaient de joyeux pèlerins qui allaient 



dorer Je vestige du pied de Buddha, dont je par- 
irai bientôt. Sur les deux rives, ombragées de 
unarins et de manguiers, les villages se succé- 
Wûl presque sans interruption; les habitants 
Schaient, se baignaient, des troupes d'e^^ants se 
oaient dans les eaux ou s'amusaient sur les bancs 
I sable ; les tourterelles, les perroquets et quan- 
è d'oiseaux divers animaient encore la scène par 
or ramage agréable et varié. Je vins coucher à 
I grand village appelé Thà-Rùa; c'est là que 
Ml met pied à terre pour aller à Phra^Bat, où 
tle vestige du pied de Buddha. Aussi trouvàmes- 
)(ïs plus de cinq cents grandes barques en station 
ins cet endroit : tout était illuminé, on y jouait 
comédie dans une grande salle sur le rivage ; 
108 les barques, les uns jouaient des instruments, 
I autres chantaient; on se régalait, on buvait 

ithé, on jouait aux dés ou aux cartes chinoises, 

• 

I riait , on se disputait ; c'était un tapage et 
D vacarme épouvantable qui durèrent toute la 
oit. 

Le lendemain matin je vis sortir de cette foule 
t barques des princes , des mandarins, des ri- 
hards, des dames, des jeunes filles, de talapoins,^ 
M» en habits de fête ; ils montèrent en foule jur 



— 106 — 

le rivage ; un cerlsiin nombre prit sa route A pM 

les nobles et les riches montèrent sur desélép 

et on se mit joyeusement en marche pour là fil 

tagne sacrée. Quant à moi, je continuai ma roi 

et dansj'après-midi j'arrixai à Saraburi, eh 

de la province, petite ville de 4,000 âmes. J' 

voir le gouverneur, qui me reçut d'abord fort 

et d'un air irrité : c Àh! c'est vousy mé» dit 

« qui débauchez mes gens pour les faire ch^ 

« tiens ! » Je parvins à l'apaiser en lui ex 

la beauté de la doctrine chrétienne, et surtout 

lui faisant cadeau d'une jolie paire de luMtl 

montées en argent et d'autres bagatelleSé Biei&l 

il devint mon ami au point que je pris lÀ li 

de lui demander un écrit scellé de son sceau 

me recommander aux chefs des villages dans t 

l'étendue de sa province, ce qu'il m^accorda 

difficulté. Voici à peu près la teneur de cet écriHJ 

« Nous informons tous les mandarins et chefs 41 

« villages qui sont sous nos ordres^ qu'un teL . % 

« , prèire farang (chrétien), éll 

t( notre ami; nous vous ordonnons de le bieD 

« traiter, de le protéger et de lui fournir touW 

'« les provisions dont il pourrait avoir besoin. » 

Luî-ménic uo permit pas que je prisse congé* 



lent on e^t obligé de se mettre à Teau pour 
la, barque et la conduire à travers les ro- 
quand yous avez passé les bas-fonds, la ri- 
t très-profonde et vous remontez dans votre 
. C'est au village appelé Pak-Priau que 
ncent les cascades. Quand on est arrivé 
de ces eaux mugissantes, on quitte les ra* 
B se jette à l'eau, chacun saisit le bord de 
ue et on s'efforce, soit en nageant, soit en 
chant aux roches, d'avancer petit à petiit à 
les rochers et les flots écumants ; quelque- 
irrive que, sur le point de franchir la cas- 
['impétuosité de la rivière l'emporte sur 
Lommes et barque sont entraînés au large, 



— 408 — 

Je séjournai quelque temps à Pak-Priau ^ 

dans les environs pour administrer des néopfayUlP 

lao et chinois ; j'allai prêcher dans plusieurs ^ritt^ 

lageslao, situés dans les forêts et dans les 

tagnes ; je baptisai une douzaine de catéchumèi 

et le 15 mars 1834, j'étais de retour à ThàA 

Les barques et les pèlerins avaient disparu, le 

lence avait succédé au tumulte; je jugeai IN 

sion favorable pour aller aussi voir ce lieu céU 

qui attire tous les ans tant de monde. En co] 

quence, le lendemain matin » je pris un 

montai sur un éléphant et pris la route du P\ 

Bat^ accompagné de mes gens qui suivaient 

rière. Je fus trèsHsurpris de trouver un beau 

large chemin pavé en briques et tiré au cord< 

à travers les forêts. Des deux côtés de la rôufe^^ 

chaque lieue, nous trouvâmes des salles ou si 

tions, et des puits'creusés pour les pèlerins. BieJ^ 

tôt le terrain devint onduleux ; on s'arrêta pour il 

baigner à un grand étang et, sur les quatre heurli 

du soir, nous arrivâmes au monastère grandioil 

appelé Phra^Bat , construit sur le penchant é 

presque au pied d'une belle fibdtagne presqiM 

toute formée de roches bizarres d'une couleni 

hicuùtro. Le u^ona^love a j^^v^w?^ m\vç% ôî^ 



— «09 — 

; ayant pénétré jusqu'à la deuxième en- 
Dous trouYâmes le prince- abbé assis sur 
Irade dans une salle ouverte et faisant 
er une foule d'ouvriers. Ses gens nous 
t de nous prosterner^ mais nous n'en fîmes 
j'abbé leur dit : « Taisez -vous! Vous ne 
i donc pas que les farang honorent les 
ds en se tenant debout? » Je m'approchai 
lonnai un flacon de sel volatil qu'il flaira 
lice. Je le priai de nous donner quelqu'un 
18 menât voir le vestige de Bouddha, et de 
fit appeler son grand vicaire, lui enjoi- 
de nous conduire. Le grand vicaire (ou 
nous fit donc traverser une grande cour 
^e de beaux bâtiments, nous montra deux 
nples, et nous arrivâmes au large escalier 
bre , avec des rampes de cuivre doré , et 
mes le tour de la terrasse qui sert de base 
Lument. Ce splendide édifice est tout doré 
rieur, le bas en est carré ; mais, plus haut, 
orme d'un dôme et enfin il se termine en 
le d'environ cent vingt pieds de haut. Les 
st les fenêtres, qui sont doubles, sont d'un 
exquis. Les portes extérieures sont iucvvis- 
nacre qui forme des dessins magu\&fl5V3Le{Si«> 



/ 
— 110 — 



vi 1rs portes intérieures sont ornées de supa 
poiiituros (loi'cosy i*eprésentant des traite de T 
toiro iW Itoudtiha. 

l/iulôiioiir est encore plus brillant, iepm 
rrrouvcrt de nattes d'argent; au fond, su 
IrAiir doir oriiè do pierreries, est une statu 
ilouddlm, l'M ar((eul massif, et de la hauteur i 
lioniuus <^(( luiliou est une grille d'argent 
^r^^^ iiutour du vestige, qui peut ayoir dei 
Il diK-luiil poueos de long. On ne peut pas le 
hini (lÎHlinr.louiont, parce qu'il est recouvert 
loH aiuH'aux, boucles d'oreilles, bracelets et 
\\v\'H i\\n\ que les dévotes y jettent quand > 
viouiirnl adonu*. Voici, en deux mots, Thisl 
do ro voKlige. Dans Tannée 1602, de notre 
Oh viiil annoncer au roi de Juthia, qu'on i 
(lérouvori, au bas d'une montagne, un vestig 
pied qui |ï)u*ai8MÙt devoir être celui de Boud 
Le nu envi>)a ses diKteurs avec les plus sai 
lnla|M)inH p(»ur examiner si les linéaments d 
v(^tige répondaient bien exactement à la desi 
tion du pied de Bouddha, telle qu'on la tr 
dans les livres balis. L'examen terminé, € 
question a^aut été résolue affirmativement, h 
lit bâtir le monastère de Phra^Baty qui a 



— 444 — 

Ddi et enrichi par ses successeurs. Après la 
I du moDument, le Balat nous mena voir un 
profpnd creusé dans la pierre ; l'eau , qui en 
Hine, suffit même quand il y a affluence de 
ns. Le prince-abbé est établi seigneur ab- 
le toute la montagne et de ses environs, à 
ieues à la ronde ; il a quatre ou cinq mille 
les sous ses ordres, et il peut les employer 
le il lui plait au service de son monastère, 
ir que j'étais là, on lui apporta, de la part 
i, un magnifique palanquin tel qu'en ont 
inds princes. Il eut l'honnêteté de nous faire 
r de son mieux. Je remarquai que la cuisine 
àite par une vingtaine de jeunes filles, et on 
lit pages la troupe de jeunes gens qui nous 
ent ; ce qui ne se rencontre nulle part dans 
très monastères. 

I altesse nous fit loger dans une belle maison 
ginches et me donna deux gardes d'honneur 
me servir et veiller sur moi, avec défense de 
lisser sortir la nuit à cause des tigres. Le 
main matin j'allai prendre congé du bon 
î-abbé, remontai sur mon éléphant, et, pre- 
nne autre route, nous longeâmes le pied de 
ntagne jusqu'à une source d'eau jaillissante. 



— lit — 

Ce fut là que nous trouvâmes une plante trif' 
curieuse, dont les feuilles ont absolument la formrf 
et les couleurs de papillons. Nous allâmes déjeu-^ 
ner, sans façon, dans la première maison qus 
nous rencontrâmes, et le soir, à quatre heuresifl 
nous étions rendus à notre barque. Après ud< 
bonne nuit de repos, nous quittâmes Thà-Rutt^ 
pour revenir à notre église de Jutliia. 




*<:iSp>^ 



CHAPITRE QUATRIÈME 



OBSEEVATIONS GÉOLOGIQUES ET MINÉRAUX. 



irsque j'étais à Juthia^ ayant eu occasion de 
des fouilles, pour chercher les vases sacrés 
urent enfouis lors de l'invasion des Birmans, 
766, j'observai, partout où je fis creuser, qu'à 
rofondeur d'environ trois mètres on rencon- 
une couche de tourbe noire d'un pied d'épais- 
y dans laquelle il s'était formé quantité de 
ix cristaux transparents de sulfate de chaux. 
)os en passant que les Siamois recueillent ces 
aux, les calcinent, et en obtiennent une poudre 
èmement fine et très-blanch«, dont les comé- 
is et les comédiennes se frottent les bras ei. la 



— H4 — 

figure.) Dans cette couche de tourbe on trouve, 
en outre, des troncs et des branches d'un arbre, 
dont le bois est rouge, mais si fragile, qu'il se 
rompt sans effort. D'où je conclus, que c'était là le 
niveau primitif du terrain, qui se sera élevé peu i 
peu par le sédiment qu'y déposent les eaux chaque 
année, à l'époque de l'inondation, aussi bien que 
par le détritus des feuilles et des plantes. 

Il est dit dans les Annales de Siam, que sous le 
règne de Phra-^Ruàng (environ l'an 650 de notre 
ère), les jonques chinoises pouvaient remonter le 
Më-Nam jusqu'à Sangkhalôk, qui est aujourd'hui 
à plus de cent vingt lieues de la mer ; ce qui fail 
supposer que la plaine de Siam a éprouvé un chan- 
gement considérable dans ce laps de douze ceni 
ans, puisqu'à présent les jonques ne remontent pu 
au-delà de Juthia, distante de la mer de trenti 
lieues seulement. 

En creusant des canaux, on a trouvé, dans ph» 
sieurs endroits, des jonques ensevelies dans la terM 
à quatre ou cinq mètres de profondeur. Plusieuii 
personnes m'ont rapporté que quand le roi fli 
creuser les puits pour les pèlerins, sur la route ôi 
Phra-Bat, à une profondeur de huit mètres, od 
trouva un gros cable d'ancre en rotin. 



— 4«5 — 

 Textrémité nord de Bangkok, à onze lieues do 
la mer, je vis des Chinois creusant un étang, ne 
rapporter du fond que des coquillages concassés, 
eequi me confirma dans mon opinion, que cette 
l^ine avait été mer autrefois. Voulant donc ré- 
floadre ta question de manière à lever tous les 
doutes, je fis creuser dans le terrain de notre église 
à Bangkok un puits de vingt-quatre pieds de pro- 
fondeur; l'eau qui se rassemblait au fond était 
plus salée que l'eau de mer ; la vase molle qu'on 
ramenait du fond était mêlée de plusieurs sortes 
ie coquillages marins, dont un bon nombre étaient 
m bon état de conservation ; mais, ce qui finit par 
ever tous les doutes, fut une grosse patte de crabe 
st des concrétions pierreuses auxquelles adhéraient 
le jolis coquillages. 

La mer s'est donc retirée et se retire encore tous 
es jours ; car dans un voyage au bord de la mer, 
non vieux pilote me montra un gros arbre qui 
itait à un kilomètre dans les terres, en me disant : 
c Voyez-vous cet arbre là-bas î Quand j'étais jeune, 
t J'y ai souvent attaché ma barque; et aujourd'hui, 
« voyez comme il est loin. » Voici la cause qui fait 
croître si vite la terre au bord de la mer. Pendant 
trois mois de l'année, quatre grands fleuves char- 



— ne — 

rient, jusqu'à la mer, une quantité incalculaMoi 
limon ; or. ce limon ne se mêle pas à Feau 
comme je m'en suis convaincu par mes pi 
yeux, mais il est ballotté et refoulé par le fliut^ 
reflux sur les rivages où il se dépose peu à peu,: 
à peine s'est-il élevé au niveau de l'eau qu*i 
croit des plantes et des arbres vigoureux qui le 
solident par de nombreuses racines. J'ai tout 
de croire que la plaine de Siam s'est accrue 
vingt-cinq lieues en largeur sur soixante en loi 
gueur, ce qui ferait une étendue de quinze cei 
lieues carrées. 

J'avais lu dans un ouvrage de géologie, qu'on 
trouvé en Amérique des traces de pattes d'oiî 
et autres animaux profondément empreintes d( 
des rochers; or, j'ai découvert précisément 
même chose dans ma course à la montagne 
Phra-Bat. Comme je me promenais autour d'ui 
source qui jaillit au bas de cette montagne, j'apeUJ 
çus une empreinte qui me parut être celle du pie^ 
d'un tigre ; j'appelai mes gens, qui dirent tous qui 
c'était en effet la trace d'un tigre : bientôt nous ei 
découvrîmes d'autres, et de plusieurs espèces d'fr 
nimaux; nous vimes des traces d'éléphants, d 
cerfs et de grands oiseaux. Toutes ces empreinte 



— H7 — 

ondes, bien modelées et bien nettes, 
^Ues eussent été faites sur une argile 
expliquer une chose si extraordinaire, 
Bsairement supposer qu'il y a eu un 
\ rochers avaient assez de mollesse pour 
pareilles empreintes. D'après ce que 
is porté à croire que le vestige du pied 
, dont j'ai parlé, sera l'empreinte réelle 
l'homme, ou peut-être d'un masto- 
quelque autre animal antédiluvien. 

MINÉRAUX. 

sseren revue les principales substances 
u'on trouve à Siam. J'ai déjà dit qu'il 
menses salines où l'on fait évaporer 
mer aux ardeurs du soleil. Quand la 
isez épaisse, on la casse, on ramasse le 
tas, et on en charge les barques. Au 
eilines, il se forme, à part, du sel amer 
e magnésie, qui est employé comme 

on consomme beaucoup de salpêtre 
tionner la poudre et les feux d'artifice, 
ment on le prépare : on va dans les ca- 



— 148 — 

vernesoii séjournent les chauves-souris, on râmasw 
leur fiente ammoniacale qu'on laisse tremper pliH 
sieurs jours dans une lessive de cendres ; après quBl 
on filtre, on évapore dans une grande chaudièli 
évasée, et on obtient parle refroidissement d'assé 
beaux cristaux de salpêtre. ' 

L'or se trouve dans plusieurs localités, mais H 
mine d'or la plus célèbre est celle de Bang-TaphaUif^ 
dans la province de Xumplion, au pied de hantdi 
montagnes qu'on appelle les Trois-Cents-Pics.Ottf 
trouve l'or en grain, et même en pépites, de hi 
grosseur d'un grain de poivre. On creuse la terrCî: 
et on va la laver dans des sébilles en bois qu'on fait 
tourner dans l'eau ; la terre s'en va et l'or reste «n 
fond. Le roi a mis des gardes autour de cette mituâ 
précieuse, qu'il fait exploiter selon ses besoins ;ee%: 
pendant les particuliers peuvent aussi y aller ; ma» 
ils sont taxés à payer au gouvernement tant d'w^ 
par jour ; d'ailleurs, presque tous ceux qui y votti 
. sont pris de la fièvre jaune, et meurent après quint<^ 
jours ou un mois de langueur ; ce qui empêche bierf 
du monde d'y aller. • 

On n'a pas encore trouvé l'argent à l'état nafîfi 
mais il s'y trouve combiné au cuivre, à l'antimoine, 
au plomb et à l'arsenic. Les mines de cuivre sont 



très-abondantes ; il y a des montagnes presque 
loQtes formées de carbonate de cuivre, qui donne 
taite pour cent de. métal ; presque tout le cuivre 

;. p'on en retire, a été jusqu'à présent employé à 

|. fondre des idoles colossales. 

C'est l'étain qui fait la plus grande richesse mi- 
nérale de Siam, parce qu'on le trouve en abon- 
/dance dans plusieurs provinces, surtout celles de 
,Ialdng, Xaija, Xumphon, Rapri et Pak^Phrëk. 
fD'ailleurs, il s'est établi dans plusieurs localités des 
compagnies de Chinois qui l'exploitent activement. 
Il y a aussi dans les montagnes de Pak^Phrëk et de 
Suphan des mines de plomb aborfdantes qui, sans 
doute, sont argentifères, puisque d'un échantillon 
de sulfure de plomb pesant cinquante grammes, 
j'en ai retiré un gramme d'argent. On trouve l'an- 
timoine et le zinc dans les montagnes de Rapri ; 
mais les Siamois, ignorant l'usage de ces métaux, 
eroiraient perdre leur temps que de s'en occuper. 
J'ai vu la mine de fer de Thà-Sung, dont les 
Chinois ont su tirer un parti si avantageux ; ce sont 
de gros cailloux de carbonate de fer qui couvrent 
la plaine sur une étendue considérable. Il y a un 
canal qui y conduit; les Siamois vont en charger 
leurs barques, et viennent les vendre à vil prix aux 



— 4Î20 — 

forges chinoises, où travaillent jour et nuit cinq 
six cents ouvriers ; le fer^ coulé en plaques épaisse 
est expédié tous les jours pour Bangkok. On m 
dit que ce fer était un acier naturel, mais je i 
me suis pas assuré du fait. 

Il est certain qu'il y a des pierres précieuc 
dans plusieurs localités du royaume de Siam, puj 
que, dans mes voyages, j'en ai rencontré soi 
vent dans le lit des torrents et parmi les cailld 
des rivières ; mais nulle part il n'y en a autant q 
dans la province de ChanthaburL Les Chinois q 
plantent le poivre tout autour de la grande mont 
gne Sababj en recueillent une quantité ; les haut 
montagnes qui environnent la tribu des Xongs^ 
les six collines qui sont à l'ouest de la ville, i 
recèlent en si grande quantité, que les planteu 
de tabac ou de cannes à sucre, établis au pied i 
ces collines, vendent ces pierres à la livre ; les pi 
petites se vendent 16 francs la livre, les moyenn 
30, et les plus grosses 60 francs. Voici les princ 
pales pierres que le gouverneur de Chantluibu 
m'a montrées : de gros morceaux de cristal ( 
roche d'une transparence parfaite, des œils ( 
chat ou pierres chatoyantes, de la grosseur d'ui 
petite noix, des topazes, des hyacinthes, des gn 



— 421 — 

, des saphirs d'un bleu foncé et des rubis de 
"ses nuances. Un jour, j'allai avec une troupe 
)s chrétiens faire une promenade aux collines 
les de Chanthaburi^ et je les trouvai parse- 
de cailloux noirs ou verdàtres à demi trans- 
its (corindon), parmi lesquels sont épars les 
its et les rubis, dont nous ramassâmes, en 
leure, une quantité suffisante pour remplir les 
mains. Gomme il n'y a pas de lapidaires dans 
ys, les habitants qui ont ramassé des pierres 
euses en plantant leur tabac ou leurs cannes 
re, ne sachant qu'en faire, les vendent à vil 
aux Chinois brocanteurs, lesquels les expé- 
. en Chine. Il faut observer, toutefois, que le 
e Siam s'est réservé certaines localités où les 
es sont plus belles et plus abondantes ; c'est le 
erneur de Cltanthaburi qui est chargé de l'ex- 
ition, et fait parvenir les pierres au palais, où 
jpies méchants lapidaires malais les polissent 
s taillent à leur façQn. 




>.— ~ - —v '^06^^^ '"^ 



ii 



CHAPITRE CINQUIÈME 



•il 

i 

■à 



ÎRODirCTIONS TÉGÉTALES. 



■ i 



Les végétaux qui croissent dans le royaume d| 
Siam sont presque tous différents de ceux qà 
naissent dans nos contrées , de sorte que Ténu* 
tnération en serait trop longue et fastidieuse ; jt 
me contenterai donc de citer les plus important! 
et les plus intéressants. Commençons par le ril 
qui fait la principale nourriture des habitants. ^ 

On compte au moins quarante espèces de rii 

qui se réduisent à quatre espèces principales : le 

riz commun, le riz gluant, le riz des montagnes 

et le riz rouge. Voici la manière de cuire le riz 

commun : après l'aYCArlaNé qjvxaVce ovxrâiuvfois^ 



le met dans une marmite qu'on remplit d'eau ; 

dès qu'il a bouilli environ trois minutes, on verse 

^We Teau et on replace la marmite sur un feu 

■im, où le riz achève sa cuisson à la vapeur et 

se brûler ; cuit de cette manière il a bien plus 

saveur et ne colle pas aux doigts ; on le mange 
les ragoûts y bouchée par bouchée, en guise 

pain. 

Le riz gluant est l'aliment favori des Lao ; mais 
Iles Siamois et les Chinois ne l'emploient que pour 
bire des gâteaux et surtout pour obtenir l'arac 
tHi l'eau -de- vie de riz. On l'emploie à l'état de 
ftrine ou en grains. Voici comment on fait les 
gftteaux de riz fermenté : le riz gluant se cuit 
ttns eau dans un bain de vapeur, après quoi on 
le saupoudre d'un peu de ferment sec composé 
de gingembre et autres épices ; on l'enveloppe 
par petites portions dans des feuilles de bananier, 
et au bout de vingt-quatre heures tous ces petits 
gâteaux de riz suintent une liqueur sucrée et vi- 
neuse fort agréable ; c'est le moment de les man- 
ger; quand on les garde plus longtemps, ils de- 
viennent enivrants comme le vin, et, distillés dans 
un alambic, ils donnent l'arac à neuf ou dix de- 
grés; en distillant de nouveau cet arac, q[uv a ww 



— 424 — 

goût empyreumatique, on obtient une très-1 
eau-de-vie. 

Xe riz des montagnes a cela de particulier 
n'a pas besoin d'avoir le pied dans Teau 
croître et mûrir ; il est donc très-précieux 
ceux qui habitent les lieux élevés. Quant au 
rouge, il n'est employé que pour les gâteaux| 
les ragoûts auxquels il communique sa belle 
leur. 

Bien des gens ne savent pas ce que c'est 
l'arec et le bétel, et cependant l'usage de mi 
Tarée et le bétel est répandu dans presque 
moitié du globe terrestre. Le bétel est une ph 
grimpante qui ressemble au poivre, aussi Taf 
pelle-t-on piper-betel; elle produit sans cesse 
belles feuilles en forme de cœur, un peu cha^{ 
nues, d'une saveur piquante et aromatique. L'a- 
rec est un arbre du genre des palmiers, de la groi- 
seur de la jambe, droit, élancé, n'ayant de feuillei 
qu'à son sommet qui atteint la hauteur de cin- 
quante à soixante pieds. Il produit deux ou itou 
grappes énormes chargées de deux à trois cenb 
noix, d'abord vertes, qui, en mûrissant, devienneni 
d'un jaune rouge; ces noix sont pleines d'um 
cbair acerbe et astringenVe. Ow ^t^ïvôl Aûwç. d<iu! 



— 425 — 

es de bétel , sur l'une desquelles on étend 
une spatule une légère couche de chaux yive 
6 par le curcuma, on les enroule de manière 
r donner la forme d'un cigare , puis on 
3 en quatre une noix d'arec, on en met un 
eau dans sa bouche et on le mâche tout en 
!ant peu à peu le bétel que l'on tient par le 
; on se frotte les dents avec une pincée de 
: à fumer qu'on mâche avec ; bientôt la sa- 
levient couleur de sang, on éprouve une lé- . 
ivresse, qui repose la tète et égaie l'esprit, 
id la bouchée d'arec n'a plus de saveur, on 
fe la bouche et bientôt après on recommence 
ration. L'usage du bétel noircit les dents (ce 
du reste, est une beauté pour le pays), il cor- 
la mauvaise odeur de la bouche , et quand il 
nodéré, il contribue beaucoup à la conserva- 
des dents , comme il les détruit s'il est ex- 
f ou si l'on prend Thabitude de mettre trop 
baux. Les personnes habituées à cette masti- 
m en éprouvent un tel besoin que, en les sup- 
nt à jeun, si vous leur donniez le choix entre 
aliments et une bouchée de bétel, vous pou- 
étre assuré qu'elles choisiront de préférence 
vet le beteL Puisque j'ai parlé du cutexvtûai. 



il faut dire ce qne c'est. Le curcuma ou sàftft^ 
indien, e«t une racine bulbeuse et charnue, d*if *H 
beau jaune d'or, d'une saveur aromatique; brtifft^ 
et réduit en poudre fine , il est employé comi 
excellent cosmétique à oindre le corps des enfaAl 
et des femmes ; une petite quantité mise dans 
chaux lui donne une belle couleur rose; on s'i 
sert pour teindre en jaune, et il entre aussi dai 
la fameuse composition des ragoûts indiens a| 
pelée cary. 

A Siam , il y a du maïs^ des concombres, 
courges , des raves , des choux , de la moutarde^^ 
de la laitue , des pastèques ou melons d'eau , d( 
melons, des melongènes de toutes formes et de^i 
toutes couleurs , des pommes d'amour, le céleri^ 
la menthe, le persil, le cerfeuil, le cumin, la co*^^' 
riandre, Tail, Toignon, le poireau, les pois, les 1 
haricots et beaucoup d'autres plantes potagères ^ 
dont j'ignore les noms français. Les patates 
douces et les ignames y abondent : j'y ai vu des 
ignames à chair violette qui pesaient de vingt à 
trente livres. Les montagnes et les forêts renfer- 
ment plusieurs sortes de pommes de terre qui 
sont d'une grande ressource dans les temps de di- 
sette; il y en a une surtout, appelée kloi^ fort re- 



utrquable par son extrême blanchcar ; mais elle 
ityénëneuse, et ayant de la manger il Taut la 
ouper en tranches, la faire macérer dans Teaii 
t la feire ensuite sécher au soleil. 
Dans plusieurs provinces on cultive une plante 
liai précieuse, c'est la pistache de terre, dont 
es racines touffues sont garnies d'amandes très- 
lonnesà manger; on en fait d'excellents gfttoaux 
A on en extrait une huile propre aux usages do- 
mestiques. On cultive aussi le petit sésame, dont 
Itt semences huileuses sont employées à faire des 
{(Éteaux savoureux; Thuile qu'on retire de ces 
petites semences est épaisse, elle entre dans la 
composition des pommades pour les cheveux. Une 
espèce de grand basilic appelé mëng4ak produit 
Imsiune petite graine dont une pincée, mise en 
nn verre d'eau, se gonfle, remplit tout le verre, 
tt forme une émulsion très-agréable et rafral- 
diissante. 

' Les canaux et les étangs produisent aussi des 
plantes précieuses pour les besoins des habitants : 
les lotus aux longues tiges succulentes et dont les 
semences fournissent une farine délicieuse; la 
Baacre ou châtaigne d'eau, qui diffère peu de celle 
çi'on trouve en France; le lizeron aquati(\ue, 



dont les tiges tendres, à peine coupées, renains; 
et se multiplient à vue d'œil; une espèce ^ 
cresson à tiges charnues flottantes, dont les hab 
tants de la campagne font chaque jour leurs ^ 
lices; toutes ces plantes méritent que j'en 
mention ici, à cause de leur utilité générale 
quotidienne. 

Passons maintenant aux arbres fruitiers, 
palmier proprement dit ou palmier à éveni 
est un arbre majestueux, dont chaque fei 
découpée comme les doigts de la main, 
semble à un grand éventail au bout d'un 
che. Il croît très-lentement, ce n'est guère qu'i 
bout de quinze ans qu'il donne des fruits; 
atteint une hauteur prodigieuse et subsiste 
siècles entiers. Il ne garde de feuilles qu'à 
sommet; ses fruits, qui naissent en grappes, 
ferment une amande en forme de cœur, 
comme la main ; on en fait d'excellents gàti 
 Tépoque de la floraison on fait des incisions Ij 
la tige de la fleur ; on y suspend des bambous qui 
se remplissent d'une liqueur très-sucrée et fori 
agréable. Si vous gardez cette liqueur un joui 
seulement, elle se convertit en vin de palmier qu 
enivre ; mais si vous Tévaporez toute fraîche, elli 



— 129 — 

Toit abondamment un excellent sucre incris- 
isable, qu'on vend dans des pots de terre, sous 
Bonî de sucre de palmier. Le palmier lan 
efflble beaucoup au précédent : on se sert de 
Feuilles pour écrire dessus , avec un stylet de 
les livres de religion seulement ; quand les 
itères sont tracés , on y passe de l'encre 
mmeur, et l'écriture apparaît, nette et in- 
lile. 

plus commun des palmiers, c'est le cocotier, 
sonnu pour que j'en fasse la description. La 
de coco, grosse comme la tête,' contient, 
1 elle est encore tendre, deux ou trois verres 

sucrée très - rafraîchissante et une pulpe 
he, molle comme de la crème; mais quand 
X est mûre, la pulpe est dure et a Tépaisseur 
doigt : on râpe cette pulpe blanche, on la 

dans l'eau chaude, et en l'exprimant dans 
âge on obtient une émulsion appelée lait de 
dont on'fait un grand usage, soit pour les gà- 
f soit pour les ragoûts. Si vous faites bouillir 
t de coco, il se convertit en une huile douce 
ne odeur agréable, c'est ce qu'on appelle en 
16 beurre de coco; car cette huile, qui est 
e dans les pays chauds, prend la consistance 



du beurre à dix-huit degrés au dessus de zéro; 
rancit très-vite , aussi n'en fait-on usage pour ' 
cuisine que quand elle est fraîche. L'écorce fiJ 
menteuse delà noix de coco est employée avanift 
geusement à faire des cordages pour les nimci 

Le palmier sagou abonde surtout dans la pc« 
qu'ile Malaise. Cet arbre intéressant, dont J 
feuilles servent à couvrir les maisons^ a le tra| 
rempli d'une moelle farineuse et nutritive 
faire la récolte du sagou» on partage le tronc 
plusieurs tronçons qu'on fend en deux ; on a 
la moelle, on la met dans un baquet d'eau oik'i 
l'écrase et on l'agite, on passe l'eau dans un 
de crin ; bientôt la fécule se dépose y on d 
et on la réduit en grains. Le sagou bouilli 
un peu de sucre et mélangé avec du lait de ooel 
est un mets fort agréable, même pour les Esrf 
péens. 

A Siam, le durion est regardé comme le roi è 
fruits ; l'arbre qui le produit a le port majestueuse 
étend ses branches presque horizontalement. Se 
fruit est une baie solide, hérissée de fortes poiûi 
pyramidales et grosse comme un melon. Quand 
fruit est bien mûr, il se fend; on l'ouvre, et à cl 
cun de ses quatre lobes ou divisions, on trouve u 



— 131 — 

hiaoQhe excellente et plus exquise que la 
!ure crème. L'odeur du durion est extrême- 
forte et rebutante pour les Européens nou- 
ent arrivés, qui la comparent à celle (des 
Qents, et cependant (chose singulière), 
on mange ce fruit, cette odeur se change 
fum déhcieux. 

nd on a mangé du durion, il est de règle 
lut manger des mangoustans^ car, dit-on, le 
. est très-échauiïant et a besoin d'être tem-* 
ar quelque chose de rafraîchissant. L'arbre 
Mstan est très-touffu et ne s'élève qu'à 
pieds de hauteur; son fruit, qui a la gros- 
'une petite orange, est contenu dans une 
de coque brune au dehors et rouge en de- 
La baie qu'elle renferme est divisée en sQg- 
qui contiennent une pulpe blanche, succu- 
enveloppant une petite amande. Les fruits du 
iustan ne flattent pas moins l'odorat que le 
ils exhalent un parfum suave qui approche 
ui de la framboise et ont la saveur de la 
; ils sont rafraîchissants, très-sains et n'in- 
odeat jamais : aussi les Européens estiment- 
ruit comme le meilleur des Indes. Sa coque, 
6tringente , est employée , en médecine , 



— 132 — 

contre la dyssentrie, et en teinture, comme mor- 
dant, pour la couleur noire. 

Le manguier se distingue aussi parmi les aibrefl 
fruitiers par la bonté, la variété et l'abondance àm 
ses fruits. C'est un gros et bel arbre, qui s'élève h 
la hauteur de trente à quarante pieds ; ses fruiill 
varient de grosseur et de forme, selon les diffé 
rentes espèces. En général, les mangues sont 
peu arquées et comprimées sur les côtés en 
nière de reins. Sous une peau assez forte, quoi( 
mince, elles contiennent une pulpe jaune, sut 
lente, parfumée et délicieuse. La mangue est biefrj 
faisante, purifie le sang et n'incommode presqMJ 
jamais ; quand elle est demi mûre , on la coi 
dans le vinaigre ; dans cet état elle excite l'i 
petit et remplace avantageusement les cornichoBk| 

On connaît, à Siam, deux espèces de jaquier; 
{artocarpiis jacca) . La première espèce est Tarinv 
à pain, qui a de longues feuilles profondément d6-, 
coupées; le fruit est rond et allongé, quelquefois 
gros comme la tète. Il contient, sous une peaa 
épaisse, une pulpe farineuse et un peu fibreuse qui, 
dans sa parfaite maturité, est succulente et foD- j 
dante, mais très-laxative ; aussi le cueille-t-on avant 
qu'il soit bien mûr ; dans cet état, sa chair est blan«* 



— 133 — 

che et ferme. On le fait rôtir ou cuire dans Teau, 
m le ratisse et on le mange sans aucun assaison- 
lement : c'est un aliment sain et agréable dont le 
oût approche de celui du pain de froment ; ou 
ien on le coupe en tranches et on le fait cuire 
9ns du sirop de sucre de palmier avec une cer- 
line quantité de lait de coco. 
La seconde espèce de jaquier est un très-bel 
iure à feuilles ovales entières et dont le tronc, 
on beau jaune, est employé pour la teinture des 
ibits des talapoins. Son fruit, ovale oblong, est 
lorme et pèse de dix à quarante livres,, aussi 
it-il au tronc ou aux grosses branches capables 
I le soutenir. On coupe en grosses tranches ce 
lit monstrueux, on en détache une quantité de 
osses amandes enveloppées d'une pulpe jaune. 
Bisse et odorante, c'est cette pulpe qu'on mange ; 
»ur les amandes, on les fait cuire ou griller comme 
I châtaignes, c'est le régal des enfants. Il faut 
«erver qu'un seul de ces fruits suffit pour quinze 
i vingt personnes, et qu'un jagwier vigoureux peut 
umir environ une centaine de fruits par année. 
Le jamboisier est un grand arbre à fleurs roses, 
qui produit des petites poires, également roses; 
li sont bonnes à manger. Outre cette grande 



M 



— 134 — 

espèce, il y en a eDcore deux autres qui ne sont 
que des arbustes ; l'espèce moyenne a des fleun 
blanches et produit des poires vertes ; mais If 
petite espèce est beaucoup plus estimée, paro| 
que son fruit, quoique plus petit, a une délicieuii 
odeur de rose; ausfii est-il très-recherché surb^ 
pour les malades. Ces deux arbustes font romei 
ment des jardins par leur port élégant et sur- 
tout par la beauté de leurs fleurs. 

Le maprang est une espèce de prunier fort joi^ ^ 
dont les prunes oblongues sont d'un jaune d'or| 
]a pulpe en est très -succulente et sucrée , uot _ 
grosse amande fibreuse tient lieu de noyau, lâf 
mut^ida est une autre espèce de prunier, dont ]|f 
prunes, également oblongues et rouge-brun, reB(. 
ferment une pulpe douceâtre et trèii-nourrifisaD^ 
recouvrant un noyau très- lisse. Takhob, autrf 
prunier épineux , dont ta prune rouge et rondt 
est toute composée de pulpe verte, d'une agréablf 
acidité et parsemée de petites graines qu'on avali| 
avec la pulpe. 

Le figuier de Chine est un bel arbre qui produit 

des pommes à peau lisse et couleur jaune d'or ; œ 

fruit répand un parfum si doux, que le plus sou- 

¥ent oa aime mieux le gaxdet swt ^\ o^^ ^^ ^ 



— 135 — 

tangcr. Les Chinois ont une manière de le gar- 
îr sec pendant toute Tannée et en font un grand 
mmerce; cuit en tisane, il est excellent pour 
; malades et adoucissant pour la poitrine. 
n y a à Sîam trois espèces de litchi ; le litchi 
nceau produit des grappes de fruits rouges (gros 
mme des prunes), qui contiennent sous leur en- 
loppe une pulpe demi transparente qu'on com- 
ire pour Texcellence de son goût au meilleur 
îsin muscat. Ce fruit délicieux, séché au four, 
wt se garder pendant toute Tannée. Le litchi 
nganier, que les Siamois appellent lam-jai, est 
1 arbre plus grand et plus beau que le précédent, 
ais il porte des fruits plus petits, qui sont des 
lies globuleuses et grisâtres, d'un goût légèrement 
icré, aromatiques, adoucissantes et excellentes 
ïUr la poitrine ; les chauves-souris en sont teile- 
lent friandes qu'on est obligé, pendant que les 
dits mûrissent sur Tarbre, d'envelopper chaque 
rappe dans un réseau de bambou qui les préserve 
6 la voracité de ces terribles frugivores. Le litchi 
ïmboutan est aussi un bel arbre, qui a cela de 
articulîer, que ses fruits jaunes et rouges sont ré- 
ouverts d'une peau épaisse et très - crèi^we \ \îi. 
f/pe en est bien savoureuse ; mais, comme ç^^-^ 



- 136 - J 

adhère fortement à Vamande, il faut se contentcar 
de sucer, ce qui est désappointant. 

Le sathon est un des plus grands arbres des jarr 
dins ; ses fruits sont de la grosseur d'une pêche ; ih 
consistent en pulpe blanche, d'une acidité agréable; 
leur écorce, charnue et très-épaisse, après av(Mr 
subi une certaine préparation, est employée à faint 
d'excellentes confitures. Le fruit appelé makhuUi 
plus gros qu'un coing, mais tout à fait rond, a une 
coque ligneuse très-dure et blanchâtre, rempKî 
d'une pulpe aigrelette, semblable à de la marme- 
lade de pommes mêlée de petites graines. Le ma^ 
tum est un autre fruit dans le même genre ; maiii 
la coque est ovale et encore plus épaisse que danii 
le précédent ; il faut un marteau pour la briser ; h 
pulpe en est jaune^ entremêlée d'un suc limpide et 
très-gluant, répandant une forte odeur balsamique 
assez agréable. | 

Un des arbres les plus utiles, c'est le tamam} ^ 
il étend au loin ses larges branches ; il grossit et 
devient séculaire. C'est sous son ombre bienfai* 
santé qu'on se repose et qu'on se livre aux jeux* 
Ses feuilles tendres servent d'assaisonnement m^ 
ragoûts ; ses gousses précieuses relèvent la fadeut 
de tous les mets. La pulpe de tamarin, dégagée d^ 



— 137 — 

;raines, se conserve toute Tannée ; elle est 
î saveur acide très-agréable, et avec elle on 
5e passer de vinaigre ; combinée avec le sucre, 
burnit des confitures excellentes et bien pré- 
es pour les malades. 

goyave est la poire de l'Inde, du moins elle en 
t à fait la forme ; il y en a deux espèces. Tune 
la chair est blanche, et l'autre dont la chair 
ouge ; celle-ci est beaucoup plus savoureuse 
l'autre. 

papayer est un arbre fort curieux, qui atteint 
développement parfait dans moins d'un an ; 
ronc est charnu, et, quoiqu'il soit souvent gros 
me le corps d'un homme, on peut l'abattre 
seul coup de couteau ; ses longues feuilles 
ent comme un parasol ; ses fruits sont rangés 
urdela tige vers le sommet ; ils sont d'un beau 
et deviennent jaunes en mûrissant. Lb. papaye 
îmble à un petit melon oblong; sa chair, d'un 
i jaune foncé, a une saveur sucrée et aroma- 
3; quantité de graines noires occupent le vide 
est au centre ; ces graines sont piquantes, aré- 
iques et très-bonnes contre les vers, aussi 
ieurs personnes ne font-elles pas difficulté de 
ivaler avec le fruit. 



— 138 — 

Le corossol est un joli arbuste quî produit de 
bons fruits connus sous le nom à' aies. Le corossol 
écailleux produit de grosses baies arrondies, à sur' 
face écailleuse, remplies d'une pulpe blanche dé-. . 
licate et succulente, parsemée de semences noin^ 
et lisses. Le corossol hérissé porte un gros fruit ei^ - 
cœur, hérissé de pointes molles, qui a la chai^ 
blanche, succulente, odorante, de la consistan 
du beurre et d'une agréable acidité. On en conn 
encore à Siam deux autres espèces, dont les fr 
rouges ont la forme de cœur et la peau lisse ; le 
chair blanche ressemble à de la crème épaii 
qu'on mange avec une cuiller. 

Mais le fruit le plus commun » le moins cher 
sans contredit le plus utile, c'est la banane, 
bananier est une plante plutôt qu'un arbre; il ni 
que cinq ou six feuilles longues de quatre à cia 
pieds ; son tronc spongieux et lisse s'élève à huii 
ou dix pieds de hauteur. A mesure qu'il croît, 
petite famille de quatre rejetons croît aussi; il ne 
donne du fruit qu'une fois, après quoi il faut IV 
battre, autrement il pourrirait sur pied ; mais k\ 
peine a-t-il été abattu, que le premier d'entre ses 
rejetons croît rapidement et ne tarde pas à donner 
son fruity et ainsi desaulres^âieso^V^ o^OiX^Wâr 



— 139 — 

niers se multiplient d'eux-mêmes et forment une 
génération non interrompue. Le cœur du bananier 
est employé comme légume dans les ragoûts, le 
reste du tronc est livré aux bestiaux et surtout aux 
porcs, qui en sont très-friands. Quand le bananier 
I atteint son entier développement, il pousse une 
(rosse enveloppe rouge qui bientôt s'épanouit, 
leurit et engendre les bananes disposées autour 
l'une tige ronde et solide. Un seul régime contient 
{Delquefois deux cents bananes. On compte plus 
le cinquante espèces de bananes, les unes petites 
somme le doigt, d'autres plus grosses, quelques- 
ines énormes et comparables aux dents d'éléphant, 
1 y en a de différentes saveurs : douceâtres, sucrées, 
lîgrelettes, succulentes, farineuses, odorantes.C'est 
e premier aliment des enfants à la mamelle, c'est 
R nourriture de tout le monde et pendant tout le 
K)urs de Tannée; les feuilles même du bananier 
ioot employées à une foule d'usages domestiques. 
Outre ces fruits, Siam possède encore d'excel- 
lentes oranges dont on compte plus de vingt es- 
pèces : le cédrat, qui a la forme d'une main, le 
cédrat pamplemousse, les citrons, les limons, les 
^nades, les jujubes^ les ananas, les caramboks^ 
^€s olives sauvages^ les amandes sauvages elY^e^w- 



— 140 — 

coup d'autres fruits des bois, qui sont fort bons à 
manger. Il y a dans les forêts un bel arbre appdé 
makok , dont les fruits âpres et aigrelets ont m 
propriété bien surprenante. Si vous buvez de F 
après en avoir mangé, cette eau parait tout à 
sucrée, et l'effet dure tout un jour. Je ne puis 
ser sous silence deux beaux arbres qu'on plante ofî 
dinairement dans les pagodes et qui, s'ils ne 
duisent pas de fruits, du moins fournissent un 
brage délicieux ; ce sont le peuplier d'Inde à 
feuilles, arbre réputé sacré, parce que ce fut 
son ombrage que Somanaklwdom parvint à 
sainteté parfaite et à la dignité de Bouddha; le 
cond, appelé pipai ou ficus religiosa, encore 
touffu que le premier, produit à ses branches 
longues racines pendantes qui, parvenues jusqi 
la terre, poussent de nouveaux troncs ; de soi 
qu'un seul de ces arbres a quelquefois 
douzaine de troncs et s'étend sans cesse jusqa' 
occuper un espace immense où règne une ag 
fraîcheur. On trouve aussi dans les bois une vi 
sauvage produisant d'énormes raisins qui 
quelquefois de dix à quinze livres ; on peut, a^ 
ces raisins, faire du vin qui n'est pas mauvais ; n 
moins, je pense que ce xv' e%\. ^^ \mfc ^me vigne^j 



— 141 — 

luisqu'elle meurt et se dessèche tous les ans au mois 
le décembre ; il n'en reste qu'une bulbe qui, au 
Qois de mars de l'année suivante, pousse une nou- 

rile tige vigoureuse, laquelle grimpe après les 
rbres. On ne tire pas parti des raisins de cette 
igné ; les oiseaux en font leur pâture. 
Parmi les productions végétales qui servent aux 
lesoins domestiques, le bambou tient une des pré- 
fères places, car c'est avec le bambou qu'on bâ- 
yi la plupart des maisons, qu'on fait des paniers, 
lîsinattes et des vases de tout genre. Le bambou 
8t un arbre ou plutôt un roseau à nœuds plus ou 
loins espacés, creux, de la grosseur de la jambe, 
pi croît rapidement et s'élève à la hauteur de cin- 
pmte à soixante pieds dans l'espace de quelques 
^)is. Il pousse des rejetons qui bientôt forment 
De touCTe compacte consohdée par une multitude 
e petites branches épineuses, entrelacées. Ordi- 
jporement, dans une seule touffe, on compte plus 
le cent bambous. Les nouvelles pousses sont ten- 
ues presque comme la rave; on les coupe en 
imches minces, on les laisse macérer quelque 
emps dans de l'eau de riz avec un peu de sel ; elles 
iennentent et deviennent un comestible tetxdve el 
troureux qui entre dans les ragoûts de nV^uÔl^ ^V. 



ri 



— 142 — 

de poisson ; d'après le goût des indigènes, c'ert ui 
légume excellent qui l'emporte sur tous les autrei' 
Le bambou a la propriété de se fendre en latndii 
aussi minces qu*on veut; de là vient qu'on f 
ploie à faire des nattes,. des corbeilles, des ta 
des petites boîtes, des filets, des claies, etc. Il y 
bien des espèces de bambous : quelques-uns n^Oi 
pas d'épines, d'autres sont petits comme le dai| 
Il y en a dont les nœuds sont à la distance de d 
mètres l'un de l'autre, on pourrait en faire d 
tuyaux, des pompes et même des oi^gues; on 
trouve de tout petits qui sont naturellement in 
brés, ceux-ci sont recherchés comme tuyaux 
pipes. Les bambous sauvages ont cela de parti 
lier, qu'au bout de douze ou quinze and ils se 
vrent de fleurs, produisent des grains semblables 
riz, puis se dessèchent et meurent ; on va faire 
récolte de ces grains, qui sont aussi estimés que 
riz lui-même ; les grains qui échappent servent 
la reproduction des bambous. 

Après le bambou, c'est le rotin qui est le p! 

employé dans les usages domestiques. C'est u 

plante dont les feuilles sont armées d'épines fô!^ 

niiàah\es, aussi sert-elle souvent de haie dans lei 

jardins'^ sa longue lige ^' exvV^e» weç. \^ ^p^ 



— 143 — 

des forêts ; c'est cette tige dégagée de ses 
et de ses épines qui constitue le. rotin. Il y 
bien des espèces et de différentes grosseurs; 
o& dont on fadt de si jolies cannes sont du 
La résine rouge, appelée sang de dragon, 
siussi d'une espèce de rotin. Ses usages sont 
)rables ; sa ténacité, son poli, sa flexibilité, 
»riété de pouvoir être fendu fin et délié, le 
[iployer à faire des cordes, à garnir des ca- 
it des fauteuils, à faire des treillis, des ta- 
»s paniers, des nattes, à faire toutes sortes de 
^, et même à sillonner le dos des malfaiteurs 
esclaves. 

principales substances végétales employées 
teinture sont \e sumac, le bois rose, le këlë 
a teinture jaune) , le cœur du jaquier , le 
Hi bois de campêcbe, le jo sauvage (pour la 
e en rouge), les fruits de l'ébénier pour 
\ la soie en noir, le carthame pour teindre 
î, et la laque pour la couleur rouge« Cette 
r6 substance est une espèce de cochenille 
ttache aux branches de certains arbres des 

produciions qui sont un objet de commence 
î lku§de ^Â(bois //^corruptible), \a çaxv^^ 



— 144 — 

du pays (à écorce raboteuse et épaisse), l'huile de 
térébenthine; le sandal rouge, diverses résines, le 
gingembre, le poivre, le tabac, le café, le coton, 
sucre, le benjoin, le bois d'aigle, le cardamome, 
gomme-gutte, l'indigo et différentes espèces d'hi 
dont la plus importante est l'huile de coco. 

Depuis quelques années on a fait la découTf 
d'une gomme bien précieuse appelée guttd-i 
qui a la propriété d'être tout à fait maniable 
le moyen de l'eau chaude ; on en fait toutes soi 
de vases et instruments divers pour la chirurgie, 
physique, la chimie et autres arts. La plante 
produit cette gomme est généralement répan< 
sur le littoral de la mer dans la presqu'île 
et les contrées maritimes de Siam. Dans le prind] 
on ne la vendait que cinq piastres le quintal, 
déjà son prix s'élève à trente piastres (cent soixi 
dix francs). 

L'arbre à vernis, qui est une espèce de 
nier et que les Siamois appellent rdk, fournit 
beau vernis qu'on admire dans les petits meul 
qu'on apporte de Chine. On fait des incisions^ 
l'écorce de cet arbre, et il en découle un suc 
tcux d'un blanc sale, épais et visqueux qu'on 
à travers une toile, et otv \e ^^Ltâi^ àa»s»ôkfi&^^sfâk^ 



— 145 — 

y a de l'eau qui le recouvre pour empêcher le 
ontact de Tair; autrement il sécherait bien vite. 
Se suc est si caustique, que non seulement il brûle 
t ulcère la peau, mais ses vapeurs même sont 
rès-nuisibles, et il suffit de le regarder ou de res- 
erauprès quelques minutes pour attraper unp in- 
IVDmation des yeux et avoir le corps, mais surtout 
fraisage, enflé et couvert de pustules rouges, qui 
nendant ne sont pas dangereuses. Par le contact 
b l'air ce suc devient brun, sèche et finit par être 
fm beau noir luisant. On se sert de ce vernis pour 
pèouvrirles livres, les paniers, les petits meubles, 
I surtout pour dorer le bois ou les idoles. La do- 
gnre, au moyen de ce vernis, est trés-solide et n'é- 

ruve aucune altération ni de la pluie, ni du soleil. 
suis étonné qu'en Europe on n'ait pas adopté 
Vb genre de dorure au moins pour les flèches et les 
Mitres parties des monuments publics qu'on dore 
^pure perte, puisque la dorure usitée se dégrade 
vite et ne résiste pas longtemps à l'intempérie 
saisons. Le vernis dont je parle pourrait facile- 
it s'emporter en France, pourvu qu'il fût mis 
mrec une certaine quantité d'eau dans des vases 
^ fermé.. 
Les ûeurs cultivées en Europe qu' on trouva a\3fi^\ 



— 146 — 

à Siam, sont les suivantes : la rose, la rosé d'IiKM 
rimmortelle, Poeillet d'Inde, le jasmin, la belle jj^ 
nuit, l'amaranthe, le petit lis, le tournesol et^ 
laurier-rose. Selon les Siamois, oe n'est pas la 
qui est la reine des fleurs, c'est le grand 
phar, qu^on appelle aussi nymphcea ou lohut. 
en a sept espèces. La plus petite, qui est bl 
et n'est guère plu$ grande qu'une margut 
abonde dans les rivières pendant rinondati(ui)i 
longues tiges succulentes se mangent crues 
cuites, en guise de légumes. Le lotus rouge t- 
fleur plus grosse, mais n'a d'autre usage que d* 
ner les étangs. Il ^ a aussi des nymphœa à 
bleues, vertes, jaune pâle et jaune d*or; 
elles sont si rares, que je n*en ai rencontré 
deux ou trois fois. Mais le grand nymphœa 
leur rose est vraiment une fleur magnifique 
épanouissant à demi ses belles pétales roses, 
échapper un doux parfum de ses nombreuses 
mines couleur d'or. C'est, je crois, la plus 
de toutes les fleurs : elle fkit l'ornement de toi 
les fêles, on rofTre au roi, aux bonzes et à lii 
de Buddha. Quand la fleur est fécondée, elle prJl 
duit sept ou huit grosses noisettes implantées d( 
un réceptacle rond comi^osé de çulpe verte. Cà 



laQcei bouillies ou grillées sont très^savoureusea 
^(les déliées des enfants. Rien de si facile que 
Imt&t lu nymphfiea ! on met las semçnoe^ dans 
boules de terre molle, qu^on jette dans lei 
(S, et quelques jours après on voit s'épanouir 
eau des petites feuilles qui grossissent peu à 
fuaqu^à ce qu'elles aient acquis un développe- 
d'environ un pied et demi de large, 
rèi la nymphœa^ la (leur m(tU est la plus es- 
I à Siam, et elle le mérite bien, car son par^ 
ist paiit"^tre aussi suave que celui de la rose. 
aatt d'un joli petit arbuste d^un mètre de 
«r. A la capitale, il y en a des jardins im- 
8S, tant est grande la consommation qu'on 
it. C'est une fleur grosse eomme un petit 
;, d'un blanc éclatant, à corolle simple ou 
e i on la cueille toujours avant qu*elle soit 
mie, «fin de ne pas perdre en vain son 
parfum. Celte fleur est employée à faire 
au de senteur, à parftimer les potions qu'on 
) aux malades, à faire des guirlandes et des 
unes pour entourer le toupet des enfants, 
m les enftints les portent aux bras, comme 
aent et en guise de bracelets. On n'a pas 
isqu'ici retirer de rhuile essenlîeWe ài^ \^ 



I 



— 148 — 

fleuc mali , parce que son odeur est trop fugat 
Il y a un arbuste d'un port élégant, ap] 
champa^ qui produit une belle fleur jaune de d( 
pouces de long, laquelle répand aussi un pai 
délicieux. Les enfants et les jeunes gens en poi 
presque toujours à Toreille, elle entre aussi 
la composition des guirlandes ; une seule de 
fleurs suffit pour embaumer une chambre. 

La fleur kadangUy qui naît d'un arbre 
élevé, n'est pas belle à voir ; de son calice peni 
quatre pétales jaunes, étroits et longus de 
à cinq pouces ; mais son odeur suave est ti 
tense, et elle contient beaucoup d'huile essenl 
qu'il est très-facile de se procurer par la dii 
tion. La fleur phut ressemble à une belle 
d'un blanc éclatant; elle jouit aussi d'une 
assez suave, et cependant elle n'a pas d'autre 
que de faire l'ornement des jardins. Outre 
fleurs que j'ai nommées, il y en a encore 
vingtaine d'espèces, dont quelques-unes ont 
couleurs belles et variées, mais n'ont presque 
d'odeur ; toutes les autres ont leur parfum 
Her, et sont employées en médecine ou pour la 
lette des femmes. 



CHAPITRE SIXIÈME 



ANDCAUX. 



! ne prétends pas ici parler de tous les animaux 
a trouve à Siam» ni faire l'histoire de chacun 
I ;je me contenterai seulement de donner quel- 
détails curieux et intéressants sur un petit 
bre d'entre eux. 

QUADRUPÈDES. 

commencerai par l'éléphant qui est le plus 
urquable, le plus gros, et qui atteint, comme 
lit^ la hauteur de onze à treize pieds. A l'état 
ige, il habite les forêts et quelquefois les plaines 



r 



désertes couvertes de joncs et de broussailte» 
On rencontre les éléphants presque toujours et 
troupes, paissant ou errant çà et là, s'appelant li| 
uns les autres. Us n'attaquent pas rhomme, I 
moins qu'on ne les attaque ou qu'on ne passe trd 
près d'eux. La nuit, quand ils viennent boire ii| 
rivière, s'ils trouvaient une barque de voyaged 
amarrée près du rivage, ils la submergeraient i4 
failliblement ; aussi les évite-t-on avec soin^Jj 
est défendu de les tuer; néanmoins, un pe^ 
nombre de hardis chasseurs s'enfoncent dans li| 
forêts et en tuent avec le fusil chaque année un bol 
nombre, uniquement pour en avoir les défenseï 
tous les ans aussi, les gouverneurs des providfiH 
envoient une troupe de femelles, qu'ils Iàchli| 
dans les bois ; quelque temps après on les rappel 
au son d'une corne, elles reviennent accompagné^ 
de plusieurs éléphants sauvages qu'elles amèniil 
jusqu'à une enceinte de murailles, et les forcenti 
coups de trompe d'entrer par la porte qui se ferrt 
après eux. On les laisse quelques jours sans lei| 
donner à manger; on leur passe un lacet au pl^^ 
on les attache à une colonne, après quoi on led 
donne des cannes à sucre, des herbes en abondance 
et au bout de quelques jov\TS\\s^otA.^^Y^nTOfc^ 



— 151 — 

[ Aédait à Tétat de domesticitéâ Téléphant est 
«o«i^ intelligent^ obéit à la voix de son conduc- 
^Mr; c'est la seule iDonture dont on puisse se ser- 
vir dans de longs voyages, au milieu des forêts où 
Mtrgnt il n'y A pas de sentier tracé. Il se coutho 
>ntre à terre pour recevoir sa charge oU le voya- 
IWr (jui doit te monteré II ca^se avec sa trompe 
■ branches qui gênent son passage» Lorsqu'il ren^ 
outre des bourbiers profonds, il se traîne sur le 
SDtre et sur les genoux; s'il trouve une rivière, 
rionde d'abord avec sa trompe la profondeur de 
saU) il avaticô avec précaution, et quand il ne 
Otite plus de fond, il nage entre deux eaux^ et 
iSpire par le bout de sa trompe qu'il tient élevée 

I haut^ Il peut descendre dans les ravins les plus 
fOfonds, et, s'acôrochant avec sa trompe, il gravit 
I montagnes les plus escarpées. Il fait environ une 
me et demie à l'heure, et peut marcher jour 
; ûuity pourvu qu'on lui laisse quelques heures 
Hir remplir son large eistomac^ Quand il est fa» 
gtté, il frappe la terre avec sa trompe, et eti tire 

II son semblable à celui du cof ^ pour avertir son 
tmac qu'il est temps de prendre du fepos. Au lieu 
6 selle, on attache but son dos un gt&nd^^wvei: 
naotitéd'un toit; le voyageur de placfe Aeâi^xv^^ 



— 452 — 

et, à l'aide de coussins, peut prendre une postan 
assez commode. Sur cette monture, on éprouiéj 
une sorte de balancement qui fatigue un peu 
premières fois, mais on y est bientôt accoutui 
On a fait croire que les Siamois honoraient ïi 
léphant blanc comme un Dieu ; c'est une ei 
puisque les Siamois ne reconnaissent aucun di< 
pas même Buddha, qu'ils ne regardent que comi 
leur docteur et leur mattre en religion • Mais comi 
d'après leur système de métempsycose, les 
dhas dans leurs générations seront nécessaire! 
singes blancs, moineaux blancs, éléphans blani 
ils ont de grands égards pour tous les animaux 
binos et surtout pour l'éléphant blanc. Ils croii 
qu'il est animé par quelque héros ou grand 
qui deviendra un jour Buddha, et qu'il 
bonheur au pays qui le possède. De là vient 
dès les anciens temps, les rois de Siam ont 
jours fait rechercher les éléphants blancs et les^ 
traités avec beaucoup d'honneur. Quand un 
tributaire ou quelque gouverneur de province 
fait la découverte et la capture d'un éléphant bh 
de suite Tordre est expédié de lui faire un beiu- 
chemin à travers les forêts ; une fois qu'il est pJUP- 
venu au bord du fleuve, on lui prépare un vaste 



nideau planchéié, surmonté d'un bâtiment avec 
un toit en indienne, décoré de guirlandes de fleurs ; 
un établit Tanimal au beau milieu du radeau, et 
on le laisse flotter en le nourrissant de gâteaux et 
de cannes à sucre. Bientôt un mandarin, et quel- 
quefois même un prince, avec un cortège de cin- 
quante à soixante barques, une troupe de musi- 
ciens et une foule de rameurs viennent à la 
f^ rencontre de l'éléphant blanc ; le radeau s'attache 
l à chaque barque, on le tire avec des cris de joie 
qui font retentir les deux rives, et l'animal ébahi 
fiiit son entrée triomphale dans la capitale, où il 
est reçu par touâ les grands dignitaires et par le 
toi lui-même qui lui impose un nom ronflant avec 
le titre de mandarin de premier ordre. Il est con- 
duit en grande pompe à son écurie ou plutôt à 
son palais, où il trouve une cour nombreuse, des 
officiers et des esclaves empressés à le servir dans 
de la vaisselle d*or ou d'argent. Les gâteaux, les 
cannes à sucre, les bananes et d'autres fruits dé- 
licieux avec des herbes choisies lui sont fournis à 
foison. On garnit ses dents de plusieurs anneaux 
d'or, on met sur sa tète une espèce de diadème, 
on se prosterne devant lui comme devant les man- 
darins. Lorsqu'il va au bain, un officier étend sur 



— 154 — 

la tête un grand paraftol rouge, un autre frappe 
de la cymbale pour qu'on fasse place à sa seigneu* 
rie, et quelques douzaines d'esclayes lui fonl 
cortège. S'il tombe malade, c'est un médecin éè 
la cour qui vient le traiter ; les talapoins eui«-,i 
mêmes viennent réciter sur lui des prières et Tjjh 
pergent d'eau lustrale pour obtenir sa guérison ^^ 
quand il meurt, toute la cour est dans une graw 
afQiction et fait rendre au défunt les honneurs fiHj 
nèbres dus à son rang» 

J'oubliais de dire qu'à Siam on se sert beaucoup! 
des éléphants pour la guerre ; c'est sur leur doi.: 
qu'on charge les canons, la poudre et les boulebi 
Tous les mandarins sont montés sur des éléphants;! 
il y a eu des batailles où l'on comptait plusienni 
milliers d'éléphants dans chaque armée. On la 
emploie aussi pour détruire les palissades et les re- 
tranchements. Il y a une douzaines d'années, les 
Annamites ayant envahi le Camboge, s'étaient re- 
tranchés dans une plaine ; le généralissime siamois i 
les surprit la nuit avec quelques centaines d'élé- j 
phants à la queue desquels il avait fait attacher 
des torches ardentes ; ces animaux furieux enfon- 
cèrent le camp, percèrent de leurs dents et broyè- 
rent sous leurs pieds près Ae toS\fc k\«vOTs\«^^ 



autres ayant eu le temps de pf'endre la fuite. 
Il y a, à Siam, trois espèces de tigi'es« Le tigre 
royale dont la peau est rayée de bandes noires et 
iiUneS) long de six à sept pieds ^ se trouve dans 
toutes les forêts. Il dévore les hommes, mais plus 
firement qu'on ne pourrait le penser^ et il se jette 
ds préférence sur les bcâufs^ les buffles , les cerfs 
•t les cochons sauvages qu'il rencontre en abon* 
dtnce. Sa force est telle qu'il prend un buffle au-^ 
près des maisons et le traîne à une lieue et plus 
m milieu des forêts pour le dévorer. Il a doux 
erisbien distincts : l'un aigu quand il sent sa proiô 
de loin, et l'autre grave et terrible quand il s'é- * 
luice dessus. Voici une manière ingénieuse de 
prendre le tigre et que j'ai observée chez les Lao : 
00 fait une petite enceinte de pieux solides et seN 
rts dans laquelle on met un chien ; puis une autre 
palissade de manière à former un couloir étroit 
nitour de la première enceinte, en ménageant 
ttie porte qui, étant ouverte^ barre le couloir d'un 
tôté. La nuit, le tigre entendant les hurlements du 
diien, accourt, pénètre dans le couloir, fait le 
tour; à peine a-t-il touché la porte qu'elle se ferme 
d'elle-même; l'animal féroce ne pouvant faire 
iocuB mouvement par côté, -se trouve ^t\%, ^V. \^ 



— 156 — 

lendemain les Lao viennent lui donner un bon 
coup de fusil qui lui ôte la vie. 

Le tigre étoile est beaucoup plus petit que le. 
précédent; il attaque rarement l'homme; ki 
chiens, les chevreuils, les cochons sont sa pâture 
sa peau, marquée de taches noires sur un d 
jaune, est magnifique. La troisième espèce 
le chat-tigre, deux ou trois fois gros comme 
chat; il vit d'oiseaux, de poules et de canards, 
n'ose pas même attaquer un chien. 

J'ai parlé ailleurs du rhinocéros et de lamani 
de lui faire la chasse : on dit que ce monstru 
quadrupède fait ses délices des épines de banibou 
qui ne lui occasionnent probablement qu'un 1 
picotement dans la gueule. On attribue beaucou 
de vertus à sa corne, et (chose singulière !) sa pea^ 
quelque épaisse et coriace qu'elle soit, est regardée 
comme un mets délicat et fortifiant pour les pe! 
sonnes faibles. On grille d'abord la peau, on la ra- 
tisse, on la coupe en morceaux et on la fait bouillir 
avec des épices assez longtemps pour la convertir, 
en matière gélatineuse et transparente. J'en ai 
mangé plusieurs fois avec plaisir, et je pense qu'on 
pourrait appHquer avec succès le même procédé 4 
aux peaux de quelques autres animaux. 



— 157 — 

Les chevaux sont extrêmement rares dans le 
royaume de Siam : le roi en nourrit environ une 
centaine dont on lui a fait présent ; mais les parti- 
culiers n'en ont aucun, excepté dans les provinces 
éloignées; du reste, comme il n'y a pas de voitures 
dans tout le pays, et que le cheval est impropre à 
la culture du riz, ce quadrupède y serait presque 
inutile. Il n'en est pas de même du bœuf et du 
bnffle : ce sont des animaux bien précieux pour le 
pays, aussi le gouvernement défend-il de les tuer 
sous peine d'une forte amende. C'est par leur 
iQoyen qu'on laboure les champs et qu'on fait tous 
les transports, même à travers les bois. Il y a aussi 
des bandes de bœufs et de buffles sauvages dans 
les grande forêts ; pour ceux-ci, les chasseurs peu- 
vent les tuer sans encourir aucune peine. 

On s'imagine que les ours ne se trouvent que 
dans les pays froids, et cependant on rencontre 
dans les bois de Siam deux espèces d'ours, dont 
l'une à face de chien, l'autre à face humaine, 
(pour me servir de l'expression du pays). Ces ours 
Sont moins féroces qu'en Europe : ils prennent la 
fuite à l'approche de l'homme, et il est inouï qu'ils 
it|^iùent jamais dévoré personne. 

On nourrit à Siam beaucoup de cochons d'une 



— 158 — 

espèce basses dont le ventre traîne à terre : le 
chair est excellente et n'est pas indigeste j il s' 
fait une grande consommation, surtout parmi 
population chinoise* Les sangliers sont assez 
muns, au point qu'ils viennent dévaster les pi 
talions de patates et àû maïs ; mais ils sont 
plus petits qu'en Europe et n'attaquent j 
l'homme ; aussi les habitants les appelleût-ils 
plemeût cochons sauvages, et ne les craignent 
plus qu'ils ne craindraient un porc ordinaire. 

Le porc-épic a le museau gros et renflé, la 
à peu près comme celle de la marmotte ; tout 
corps est couvert de piquants très-longs, su 
ceut du dos : quand il est attaqué par un chi 
par exemple, il dresse tous ses piquants^, les 
et en darde quelques uns qui percent le nez ou 
oreilles du chien. Je sais que les naturalistes refi 
sent au porc-*épic la faculté de darder ses piquan 
mais le fait m'ayant été attesté par un ch 
chrétien de race Lao, qui m'a assuré en avoir 
plusieurs fois témoin, je me contente de consign 
ici ce fait tel qu'il m'a été rapporté. 

L'élan, le cerf, le daim, le chevreuil, la gazel: 
la chèvre sauvage abondent dans les forêts, 
cerfs viennent par bandes nombreuses pattre da 



plaftteé ineultes, et lonque rinôndation 1m «ur« 
ïnd, illi se dirigent vêts l6s hauteui^ et lef» mon» 
ale^ ; c'est Alors qu'on leur fait une chasse Im- 
oyable. Des hommes vigoureut montant dés 
rques l^res les poursuivent à travers les cam^ 
gnes submergées ; les cerfs à moitié dans Teau 
peuvent pas courir et s'embarrassent dans les 
Btes herbes; on les atteint facilement et on les 
0mme par centaines à coups de gros bâtons 
; bien on les tite avec le fusil à bout portant. A 
Ile époque-^là les chasseurs vous vendent un beau 
rf de la plus grande taille pour une pièce de 
liifhincs. 

Les chiens et les chats sont très-multipliôs à 
un, par la raison qu'on n'y tue pas les animaux, 
hydrophobie me paraît y être bien plus rare 
'en France, et la rage provenant de la morsure 
I chiens est un cas extraordinaire. Les Siamois 
caressent pas les chiens comme en France, 
rçe que, par l'effet du climat chaud, il s'exhale 
ces animaux immondes des émanations fétides 
[ s'attachent aux mains. Dans presque toutes les 
{odes il y a une foule de chiens qui sont attirés 
* les restes abondants des repas des talapoins ; 
is ils ne sont pas méchants, et au contraire, ils 



sont très-prévenants envers les étrangers, qu 
portent toujours des provisions à la pagode 
parle aussi beaucoup de chiens sauvages < 
loups qui habitent les bois; mais je n'en ai ji 
rencontré et je n'ai rien de positif à dire sui 
compte. 

La civette est un joli animal au museau pc 
à peau bigarrée, plus petit qu'un chat, qui a 
les organes de la génération et l'anus une ] 
renfermant une matière grasse, très-odor 
qu'on appelle faux musc ou civette. Il parait 
est très-friand de poisson frais, car j'en ! 
prendre plusieurs dans un piège avec cet a 
Plusieurs personnes nourrissent des civettes 
des cages pour leur divertissement, car cet ai 
est doué d'une forme gracieuse, d'agilité et d( 
plesse dans ses mouvements. 

Le singe appelé orang-outang (homme des 
se trouve dans les forêts de la presqu'île Mal 
il est d'une bonne taille et il a la faculté de 
cher assez aisément sur ses deux pieds de den 
Il y a une autre espèce de petit singe à figure : 

9 

qui ne fait que gémir en se tenant suspendi 
branches des arbres. Le singe le plus commii 
de moyenne taille, à poil gris ; il va toujours 



— 161 — 

ipe ; on en compte quelquefois cent sur un seul 
re ; ils font mine de n'avoir pas peur ; mais si 
5 leur tirez un coup de fusil, ils jettent un cri 
i en DQiême temps, sautent d'arbre en arbre et 
paraissent bien vite. 

/écureuil est très-commun, surtout dans les 
lins ; il saute d'un cocotier à l'autre, fait un 
1 dans les cocos tendres et en boit toute l'eau; 
t en vain que les Siamois lui lancent des balles 
erre avec un arc, il est si leste qu'il leur échappe 
un clin d'œil pour revenir bientôt à la charge. 
eureuil blanc est plus rare et cause bien moins de 
;ftts ; celui-ci aime à venir fureter dans les mai- 
s et ne monte jamais sur les cocotiers. Il en est 
lore une autre espèce qu'on appelle écureuil 
int, non pas qu'il ait des ailes, mais le déve* 
pement de la peau des flancs forme chez lui 
s sorte de parachute au moyen duquel il se 
tient quand il saute d'un arbre a l'autre. 
>ur les bords des rivières et des canaux il y a 
LQCOup de loutres, dont la peau est trè&-recher- 
le par les Chinois. Voici le moyen qu'on prend 
ir en tuer un grand nombre. On se procure une 
ne loutre qu'on emporte en cage à la tête de la 
x{ue ; on ne lui donne pas de poisson à manger; 



tentant la faim) èlie ae taiet à orier presque cmtM 
nuellement) les loiitrei accourent en foule à 
cris; les geni de la barque leur lâchent deux ou 
coups de fusil^ prennent les loutres qu'ils ont tui 
et vont un peu plus loin recommencer leur oj 
ration» Quelqu'un m'a dit avoir tué dé cette fai 
cent cinquante loutrAs dans liHe tournée de h 
jours. 

Le lièvre est très^commuti aux alentours 
bois; mais pour les Siamois c'est un gibier si 
que pôrsotiuè ne songe à le chasser ; j'en ai ce 
dant mangé plusieurs que mon chien fti'ap 
d'un petit bois voisin de notre église à Juthit 
propos de lièvre, disons en passant que les Sis 
lui attribuent beaucoup d'esprit et d'astuce : ils 
sur le lièvre une foule de contes qui le représeti 
comme le plus adroit et lé plus rusé de tous lestt 
maux ; c'est encore un lièvre qu'ils voient dans 
taches de la lune. 

Les rats pullulent dans Ce pa^; il n'y a pM de 
maison qui n'en soit infestée. Outre les aouris il 
les rats ordinaires, il y â les rats musqués qui soilf 
beaucoup plus gros et qui répandent une puftntêuH 
nauséabonde. L'engeance des rats fait aussi unier« 
rible dégât dans les plantations et dans les ohampB/ 



st là ^'on trouve une espèce de rat gros comme 
c^t qui fait là désolation dei laboureurs ^ c'est 
ir cela que ceux-ci recherchent soli gite Avec 
pressèrent, creusent jusqu'au fond de son trou 
après l'avoir tué, en font un boit régal« 



enwAvx. 



9fi ne connatt à Siam que le petit aigle de la 
me^ grand ravis^ur de poulets et autres petits 
saut. Il est constamment à planer au dessus du 
ite^ on le voit s'abattre souvent pour saisir des 
lisons ou des matières animales qui flotti^nt sur 
eaux. Il est très-courageux et ne redoute aucun 
I autres oiseaux plus gros que lui. L'épervier, 
ttiqoe plus petit que le précédent, s'attaque mx 
geoiis et même aux canards sauvages, au point 
Ib souvent, n'ayant pas la force d'emporter sa 
tDie^ il est obligé de la Iftcher. 
Le vautour est trèSHiiommun à Siatu^ et il y rend 
ibien grands services eu dépeçant les charognes 
I milieu des campagnes ou les animaux crevés 
tf flottent dans les rivières. Le vautour royal se 
Nmve presque toujours mêlé à l'espèce commune, 
[Qoiqu'en bien plus petit nombre. C'est un animal 



- 164 — 

stupide, fétide, hideux, dégoûtant et lâche au 
prème degré, car on voit tous les jours quek 
corbeaux le battre et lui arracher le morceai 
chair du bec sans que le vautour fasse mine de 
pousser son adversaire. 

L'argala à tête chauve est un oiseau de b 
stature qui se nourrit de serpents, de grenouil 
de poissons et, à défaut d'animaux vivants, il 
se mêler aux vautours pour se gorger de la cl 
des animaux crevés. Il fait beau de voir de loin 
troupe d'argalas, perchés sur leurs hautes jan 
commesurdeséchasses,resterimmobilesdeshei 
entières en attendant passer un serpent ou 
grenouille. 

Il est surprenant de voir dans un pays ch 
une si grande multitude de corbeaux, surtout 
environs de la capitale, à Juthia et en général c 
tous les lieux habités. Leur nombre est si cens 
rable que le soir, quand ils reviennent doi 
dans les pagodes de Bangkok, l'air en est i 
ainsi dire obscurci. Le corbeau est d'une au( 
extrême ; il dévaste les jardins en dévorant \ 
les fruits mûrs; il enlève les petits poussins et i 
les comestibles qu'on expose au soleil; non c 
tent de cela, il pénètre dans la maison parla p< 



— 165 — 

ïa par la fenêtre, il enlève les gâteaux et les ba-> 
lianes des mains des enfants ou même des vieilles 
fcmmes, il va dans la cuisine soulever les couvercles 
pes pots et des marmites, et quand il a trouvé trop 
butin pour un jour, il va en cacher une partie 
les feuilles du toit ou dans un creux d'arbre ; 
^Iquefois une troupe de ces brigands se réunit 
lur attaquer des pigeons, des geais ou autres oi- 
lux un peu plus faibles qu'eux. Quand on donne 
iger aux poules, aux chats ou aux chiens, ce 
A toujours les corbeaux qui en prennent la 
îilleure part, de sorte qu'on peut dire qu'ils sont 
vrai fléau pour le pays, quoique d'autre part 
soient fort utiles en purgeant le pays d^une foule 
^animaux nuisibles et des matières animales en 
itréfaction. Mais, me direz-vous, ne peut-on pas 
débarrasser de ces visiteurs importuns? Gela 
l'est point du tout expédient, car si vous leur lan- 
une pierre, ils pirouettent un instant et re- 
îDnent se placer plus près en tirant de leur go- 
{kier une sorte de gazouillement qui a tout l'air 
\t\me moquerie ; si vous en tuez un d'un coup de 
-inil, la détonation attire un millier de corbeaux 
dn voisinage qui se mettent à crier tous ensemble 
CD voltigeant et ils vous donnent un charivari épou- 



— Iê6 — 

vantable qui dure plus d'une heure, après quoi 
ravagent votre jardin comme pour venger la mi 
de leur earaarade. 

Parmi les oiseaux de nuit, on compte la ehouel 
le petit duc, €pii diffèrent peu de eeux d'Eui 
une espèce d^engoulevent criard, que lee habil 
appellent batteur d'or ou batteur de fer, paraei 
pendant les nuits son cri, qui ressemble en efMi 
un eoup de marteau sonore et qu^i) répète 
cesse, retentitdans les forêts presque jusqu'au j< 
enfin le gff\nd due appelé tkôUnthou, à eause 
son cri sourd et lugubre : cet oiseau vit de eani 
de rats et surtout de gr^ scellions noirs qu'il 
trape la nuit. Pendant les nuits pluvieuses, 
raàle et la femelle, perchés sur deux gros arbres, 
répondent Fun à Tautre d'un ton sourd et 
ft^ayant, au point qu^une fois un de mes Chinois m^ 
dit sérieusement le lendemain : « Père ! cette nnl^ 
« )'ai entendu deux âmes des morts qui s^entre^4 
« tenaient ensemble. » Ici comme ailleurs, eei 
animaux sont regardés comme étant de mauvaii 
augure. 

Siam est riche en oiseaux aquatiques : le plus 
grand est le karien, du genre des échassiers; il est 
plus haut qu'un homme ; son plumage est gris; 



— Ido- 
ine et noir, mais il a le cou et la calotte de la 
e d'un beau rouge vif. Il plane à une grande 
uteur; son cri perçant s'entend de deux ou trois 
ues à la ronde. J^ai souvent vu des troupes de 
riens en rangées sur le bord des étangs et des 
iratsy o& ils pèchent les poissons, les grenouilles 
autres animaux ; haut montés sur leurs jambes, 
font de si grands pas et marchent si vite, qu'un 
ien lancé contre eux ne peut pas les atteindre. 
Après le karien vient le pélican, deux ou trois 
:S gros comme une oie. Cet oiseau est remar- 
lable par la grande poche quMl a sous la mft- 
olre inférieure; -on trouve presque toujours les 
licans nageant en troupes dans les grands étangé 
i près des bancs de sable des rivières où ils font 
le pèche abondante ; ce n'est que le soir quMIs 
lèvent dans les airs, et, formant un triangle en 
tant, ils vont chercher au loin quelque gros arbre 
litaire sur lequel ils s'abattent pour y passer la 
lit. C'est là qu'à la faveur des ténèbres, deux 
asseurs munis de fusils doubles peuvent abattre 
iq ou six de ces énormes oiseaux, et la bande est 
;persée. 

Je ne fais (jue mentionner les grues, les hérons, 
cormorans et les cigognes qui se nouttis^ëi^uV.^ 




— 168 — 

grenouilles, de serpents, mais plus souvent à^ém* 
visses et de poissons. D^autres gros oiseaux 
j'ignore le nom européen, ne vivent que de m 
et de coquillages. Dans les canaux et sur les é 
on rencontre des bandesr innombrables de coH 
beaux aquatiques et de canards sauvages; les dd 
sauvages sont plus rares; leur plumage est tièH 
beau et de couleurs variées. Les plongeons, k| 
poules d'eau, les sarcelles, les mouettes et lesnuuF: 
tins-pécheurs ou alcyons se trouvent presque pa^ 
tout. De toutes les espèces d'alcyons, il n'y en i 
qu'une dont le plumage soit estimé des Chinoî 
qui l'achètent fort cher pour l'envoyer en Chine; 
c'est avec ce plumage, d'un bleu éclatant, que kl 
Chinois confectionnent des manteaux pour rea" 
pereur et les princes. Or, voici comment on va i 
la chasse des alcyons : on en nourrit un dans una 
petite cage de fils de fer très-déUés ; on lie b 
cage au haut d'une perche; on adapte à droite ei 
à gauche deux petits filets de fil blanc à Isrffl 
mailles. La cage une fois établie dans un lieu dé* 
couvert sur le bord d'une rivière, l'alcyon se fxd 
à chanter, et bientôt ceux de son espèce accourent 
pour se battre avec lui, mais d'un vol si rapide 
qu'ils sont pris dans le filet avant de l'avoir aper(Ui 



— 169 — 

tFoiseleur, qui s'était caché, vient mettre la main 
lessus. Cent peaux d'alcyons sont payées par les 
Chinois de trois à cinq cents francs. 

L'ibis blanc est un bel oiseau du genre des 
(chassiers, qui a la moitié de la grosseur de la ci- 
Éogne ; il se nourrit ordinairement d'écrevisses et 
ie poissons ; il se tient sur les bords des rivières ou 

El étangs ; d'une patte il remue la boue pour en 
re sortir les petits poissons qu'il attrappe fort 
||droitement. Dans la saison où le poisson est rare, 
se nourrit de sauterelles et de grenouilles au mi- 
u des champs. Il parait même qu'il aime beau- 
p les taons et les grosses mouches, car on en 
it souvent des troupes perchées sur le dos des 
es attraper ces insectes. L'ibis blanc est telle- 
Dt commun à Siam, qu'on le trouve presque 
out ; il n'est pas rare de voir des touffes de 
mbous chargées de deux ou trois cents de ces 
ux; c'est vraiment une belle chose à voir 
l'un grand arbre chargé d'ibis, qui, vus de loin, 
mblent à de grosses et belles fleurs d'une 
cheur éclatante. 
^ Le paon se tient dans les endroits incultes près 
..des rivières; il vit de graines et, quand il a à sa 
portée des plantations de piment rouge, il en fait 




son régal. Tous iei aoin le mâle Yole au soma 
de l'arbre le plus élevé ^t fiùt entendra son ori i 
ten tissant pour rallier la troupe da saa feoiail 
qui montent aprèa lui. 

J'ai vu dans les bois plusieurs espào(0 da &im 
entre autres celle que les habitants appellent pov 
céleste « Les coqs et les poules sauvages y sont < 
grand nombre, mais il n^est pas facile de les avai 
vu leur extrême agilité. On rencoqtre aussi dans! 
forêts le touoan et le calao dont le gros beo est su 
monté d'une excroissance cornée qui lève en Fsi 
ce qui lui a fait donner le nom d'oiseau à dei 
bocs. Il y a dans la partie nord de Siam beauem 
de perruches ou petits perroquets verts à bec roug 
mais dans la presqu'île (où il fait plus chaud), il 
a des perroquets magnifiques et de toutes les co 
leurs. 

La perdrix est rare ; mais les pigeons et les ton 
terelles abondent au point qu'on rencontre que 
quefois des arbres qui en sont tout couverts. 

On connaît trois espèces de merles : l'un ne 
aux yeux rouges, le second bigarré, qui siffle me 
veilleusement ; plus on le contrefait, plus il sifl 
fort ; la troisième espèce est noire, le bec et l 
oreilles sont d'un beau jaune d'or. Cet oiseau au 



lient partieulief pour la parole, et H ifUité aussi 
tarftdtemo&t les aboiements du chien, les miaulé^ 
Bentê du chat, le «haut du coq, et en général tout 
tê qu'il entend ; il y en a qui sont dressés à entre» 
kfeir une eoûtersation et qui imitent si bien la 
JMï de rhoinme, qu'on croirait que c'est quel- 
|B*uii qui tous parle. 

f Parmi les petits oiseaui il y en a plusieurs qui 
|M un chant assez agréable ; le plus remarquable 
^le dominicain, petit oiseau blanc et noir, dont 
|i chant est très-^mélodieut et comparable à celui 
la rossignol ; malheureusement il reste silencieux 
kesque tout le long de Pannée et ne fait entendre 
M accents modulés qu'au point du jour, à l'époque 
|É la plupart des arbres sont en fleurs. J^ai ob- 
ienré dans les jardins plusieurs espèces de colibris, 
dont le plumage brille des plus vives couleurs; 
Pespèce la plus commune et la plus belle a son plu- 
mage rouge de pourpre parsemé de points blancs : 
on le recherche beaucoup pour l'envoyer dans les 
iljs étrangers. 

- le finis l'article des oiseaux en disant quelques 
ttôts des chauves-souris. Il y en a de deux espèces : 
la petite espèce, qui habite les cavernes, sous les 
toits des édifices et surtout sûus les douves dfô& 



— 172 — 

vieilles pagodes inhabitées, ne vit que de mous^ 
tiques et de moucherons; la grande espèce, noire 
et de la grosseur d'un chat, qui se tient sur le^ 
arbres des pagodes ou sur les touffes de baml 
se nourrit uniquement de fruits et surtout de 
gués et de litchis. Ces chauves-souris font un 
ravage dans les jardins où elles s'abattent par 
taines et même par milliers. Souvent on recoud 
l'arbre d'un filet où elles s empêtrent avec les 
chets de leurs ailes, et alors on en fait justii 
Quand on les a écorchées avec soin, on en fait 
ragoûts, qui seraient assez bons, s'ils ne cône 
vaient pas une certaine odeur d'urine qu'on ti 
de masquer à force de piment rouge. Le soir, qw 
elles viennent fondre sur les jardins de la capil 
elles présentent l'aspect d'une nuée noire qui 
plusieurs lieues de longueur. 1 

• . 

REPTILES. 

I 

% 

Le crocodile est un animal amphibie cpii, par^ 
venu à son entier développement, a depuis Ait 
pieds jusqu'à vingt-cinq pieds de long. Sa voracité 
répond à la grandeur de sa taille : sa gueule, pour-- 
vue de quatre rangées de dents, est d'un jaune de 



— 173 — 

an. n se nourrit ordinairement des gros pois- 
s qu'il peut attraper, et, à leur défaut, des ca- 
res qu'on jette à la rivière ; quelquefois aussi il 
ore les hommes qui se baignent ou qui tombent 
eau. Il y a des crocodiles dans toutes les rivières 
iiam, depuis leur embouchure jusqu'à Tendroit 
il n'y a plus assez d'eau pour qu'ils puissent s'y 
ir, ni assez de poissons pour leur nourriture, 
jes crocodiles pondent une vingtaine d'œufs 
achàtres une fois plus gros que ceux de l'oie ; 
les enterrent dans les sables sur le bord des ri- 
res ou les déposent parmi les roseaux, et c'est 
lialeur qui les fait éclore. Dès que les petits sont 
.9 ils vont se jeter dans l'eau ; la plupart do- 
nnent la proie des poissons voraces et même, 
-on, des vieux crocodiles; ceux qui échappent 
Dourrissent d'abord de petits poissons et gran- 
sent de plusieurs pieds dans l'espace d'une an- 
s. Les œufs de crocodile sont bons à manger, 
lui qui aurait fait la découverte d'une ponte de 
; œufs, s'il veut les enlever, doit tenir un cheval 
it prêt ; car la mère, qui ne se tient pas loin de 
s'aperçoit quelquefois de l'enlèvement de ses 
ifs; alors elle sort de l'eau et, animée d'une fu- 
ur terrible, elle se met à la poursuite du ravis- 



seur et court après presque aussi vite qii6 le dtent 

A Bangkok il y a des enchanteurs de crocodi 
Quand un homme a été emporté par un de 
animaux, le roi donne ordre de le prendre; 
l'enchanteur, accompagné de plusieurs barques 
satellites avec des lances et des cordM, vient 
l'endroit où il présume trouver le crocodile; 
récite des formules superstitieuses pour le 
monter à la surface de Teau ; dès qu'il paraît, il 
saute sur le dos, et pendant qu'il lui fburre 
doigts dans les yeux, les satellites sauteftt àl' 
les uns lui lient la gueule, les autres les pattes» 
Ton tire à terre le monstre palpitant qui 
avoir perdu toutes ses forces ; on remporte 
mandarin et on lui fait son procès. Nos Ânnami 
chrétiens sont très-habiles à prendre les crocodili 
même sans formules superstitieuses ; ils épient 
moment où cet animal dort sur le rivage, lui 
tent sur le dos, lui fourrent les doigts dans 
yeux, lui passent un lien à la gueule, rattaclu 
par le milieu du corps et le jettent dans leur barquii 
Un jour, visitant leur village, je vis plus de dm 
quante crocodiles, petits et grands, amenés de h 
sorte et attachés aux colonnes de leurs maisons»' 
Us en vendent la chair comme on vendrait de b 



— 175 — 

r de porc, ttiais à bien meilleur marché. Les 
ibogieiuiootune autre méthode bien singulière 
r tuer le crocodile : au bout d'un long bambou 
iD croc acéré qu'ils traînent à la suite de leur 
[ue et qu'ils font mouvoir de manière à pouvoir 
ocher l'animal quelque part. Pendant qu'il se 
it, on passe un nœud coulant à sa queue, dont 
soupe l'extrémité , alors on enfonce un long 
a dans la moelle des vertèbres ; à mesure qu'il 
mce, le crocodile perd sa force, et à peine le 
a est^l panenu à la moelle de la tôte, que 
[mal expire. 

m le bord des rivières ou des étangs on ren- 
tre souvent un petit crocodile terrestre de cinq 
lit pieds de long; il n'attaque pas l'homme, il 
lourrii de petits quadrupèdes, de poissons et 
limaux crevés. Sa démarche est pesante, sa 
leur est d'un gris qui tire sur le noir, tout son 
hrieur esthideux et dégoûtant. Parmi les lézards 

plus' grand est le takuet, qui a trois ou quatre 
As de long; il a deux langues ou, pour mieux 
ty sa langue est bifide; selon le style du pays, il 
regardé comme l'emblème d'un homme fourbe 
trompeur. Le tukë a tout au plus un pied de 
)g;8a peau est toute pointée de rouge ; il habite 



— 175 — 

surtout les toits des maisons. C'est un grand des-». 
tructeur des rats et des cancrelats, aussi le laisse-^ 
t-ori bien tranquille, et il est tellement hardi, qu*il| 
se tient à côté de vous, sur votre lit, parmi v( 
livres, etc. Il a un cri très-fort, très-^bizarre et 
provoque à rire : il chante tukë, tukë sixfoisouhuij 
fois, ou tout au plus douze fois de suite, et 
souvent dans la journée aussi bien que pendant 
nuit, ce qui fait dire aux habitants qu'il sonne 1^ 
heures ; c'est donc comme une horloge vivante. 
Le caméléon est une espèce de lézard à tète trii 
gulaire aplatie sur les côtés, yeux saillants, gùi 
gonflée, peau granulée. Il se tient sur les branche 
des arbres, attrapant les mouches avec sa lonj 
langue gluante. Cet animal peut rester jusqtt'j 
quatre mois sans manger, ce qui avait fait dire ai 
anciens qu'il vivait d'air. Le caméléon a la sinj 
lière propriété de pouvoir gonfler son corps et cl 
ger de couleurs : dans son état naturel il est d'i 
gris verdâtre; si vous lui faites peur, s'il entre 
amour avec une femelle ou s'il se bat contre un 
ses semblables, alors on le voit se gonflert sa ci 
se dresse depuis la tête jusqu'à la queue, sa couIeii|| 
change, il devient jaune, vert, puis bleu clair, blei| 
foncé, violet, rose, rouge et passe ainsi graduellei 




— 477 — 

lent pal* toutes les nuances de couleurs, ce qui est 
)rt divertissant à voir. Le caméléon est très-com- 
DQïi dans tous les jardins; sa longueur est d'un 
ped environ. 

\: Le lézard volant ou dragon a deux ailes qui 
lent un triangle : elles prennent naissance au- 
dcs pattes antérieures et vont se réunir à 
les de derrière. C'est par le moyen de ces ailes 
'il saute débranche en branche pour attraper les 
tes dont il fait sa nourriture. Il descend rare- 
it à terre, mais il nage fort bien. 
La famille des serpents est très-nombreuse à 
m. Le plus gros de tous est le boa constrictor 
i, dans les hautes forêts, atteint quelquefois la 
)UY d'une poutre et une longueur de vingt à 
igt-cinq pieds. Sa peau est superbe et forme un 
»in de couleurs variées. Par la grande dilatation 
it sa peau est susceptible, il peut avaler les 
;es, les cerfs et même les buffles. On cite des 
iples d'hommes qui ont été attaqués et en- 
tis par ce monstre en traversant les forêts. Mais 
boas qu'on rencontre auprès des villes et des 
habités sont d'une plus petite dimension ; 
sont de la grosseur de la jambe et longs de huit 
i douze pieds ; ils avalent les petits chiens, les 



-178 — 

poules, les canards et quelquefois mimA iM 
enfants, eomme cela arriva à Juthitt ttt 188ti 
dame, concubine du gouverneur, habitait une 
tique flottante et dormait la nuit, ayant à seB 
son petit enfant âgé d'environ huit mois. Réreil 
par quelque chose de doux et froid en même t( 
qui lui passait sur les membres, elle appela 
domestiques qui accoururent avec une toi 
Quel spectacle I un boa avait déjà avalé la m( 
de son enfant. De suite les gens de cette di 
coupèrent en tronçons le vorace animal, ^i 
gorgea sa proie. L'enfant n'était pas mort, mafai 
ne survécut que d'un jour. 

Le boa n'a pas de venin ; c'est pour Cela qu'l 
près lui avoir tiré la peau, les Siamois l'accomi 
dent et le mangent sans répugnance. On dit 
toutes les jonques chinoises nourrissent un de cl 
reptiles, le regardant comme un ange tutélaire I 
qui dépendent le bonheur et le salut des matelûlsi 
du navire ; c'est pourquoi ils lui offrent tous b 
jours, avec maintes prostrations, une poule ou ni 
canard que le serpent dévore, et puis il s'en vadoi 
mir et faire la digestion dans la partie inférieure d 
la jonque. 

Le serpent appelé trompe d'éléphant alteit 



— 179 — 

quefoÎB la grosseur de la cuisse^ mais il n^est 
Umg en proportion ; il a la peau rude, tannée, 
B jouit d'une certaine agilité que lorsqu'il est 
i l'eau, car si ifous le mettez à terre, il avance 
meiit à la manière des sangsues. Il se tient 
rat e» embuscade à rentrée des canaux et des 
gs pour saisir au passage le poisson qui entre 
pi sort. 

y a une espèce de vipère un peu plus petite 
le bras, dont la peau est noire et luisante; sa 
Rire est mortelle, à moins qu'on ne la brûle 
le-ehamp. Dès qu'il aperçoit quelqu'un, ce 
•nt s*élèye, gonfle sa tête en forme de cuiller, 
it entendre un sifflement aigu. Heureusement 
' le pays, cette espèce de vipère est assez rare 
ar des habitations. II y a des enchanteurs do 
mts qui élèvent des vipères et les font danser. 
nblic ou bien les font battre entre elles ; ils se 
atortillent autour du cou, ils les irritent, ils se 
mordre et leur font exécuter différents jeux, 
en éprouver aucun mal. Ou ces jongleurs ont 
de tirer d*avance le venin des vipères à me- 
! qu'il se forme, ou il faut avouer qu'ils ont des 
dotes bien efficaces. 
lie serpent de feu est ainsi appelé parce c\w'\l 




— 180 — 

brûle et roussit les plantes et les herbes sur Ii 
quelles il passe, comme si le feu y avait passé ; 
est du moins le rapport qu'on m'a fait, mais je 
l'ai pas vu. Le serpent triangulaire a cela de pai 
culier que le feu l'attire, de sorte que si quelqii* 
marche la nuit avec un flambeau allumé dans 
lieu où il se trouve, ce serpent court aussitôt ap: 
la flamme; celui qui se trouve dans un pareil i 
n'échappe au danger qu'en abandonnant au re 
tile le flambeau qu'il tient. 11 est une espèce 
serpent de médiocre grosseur, qui a son venu 
la tète et à la queue. Une autre espèce qu'ils a 
pellent serpent à crête de coq est rangée dans 
classe des vipères et son venin est mortel. Un ( 
plus beaux reptiles qui soient au monde, c'esl 
serpent appelé rayons du soleil : exposé au sol< 
il brille des plus vives couleurs ; il est petit, ] 
agiie, et par conséquent facile à éviter ; on prét( 
que sa morsure est bientôt suivie d'une mort 
faillible. 

Le serpent vert est une couleuvre fort commui 
il y en a dans presque, toutes les maisons et p 
sonne ne songe à les détruire, parce qu'elles m; 
;gent les rats et les autres animaux incommoc 
utre les serpents dont j ai parlé, il y en a une fo 



— 481 — 

utres, surtout dans les marais et les étangs. Â 
[K)que de Tinondatioa on en voit nager en quan- 
) dans les eaux ; ceux qui ne se plaisent pas dans 
m montent dans les arbres et dans les maisons ; 
elquefois on en trouve jusque sous son oreiller. 
Parmi les grenouilles, il en est une qui mérite 
'on en fasse mention ; elle est toute ronde et 
i pas trois pouces de long; cependant son coas- 
nent est comparable au mugissement d'un bœuf. 
i ne l'entend que pendant les nuits où la pluie 
nbe; dans la symphonie que font les grillons, 
cigales et plusieurs autres insectes, la grenouille 
ç-ang fait la basse ; son ton grave, étourdissant 
monotone est très-propre à plonger ses auditeurs 
Ds un profond sommeil. 



INSECTES. 



Parmi la multitude d'insectes qui pullulent à 
un, il y en a deux qui sont très-venimeux, à sa- 
ir : le mille-pieds et le scorpion. On trouve des 
IDe-pieds de toute grosseur, depuis la grosseur 
in fil jusqu'à celle du pouce; ces derniers ont 
I pied de longueur ; ils se fourrent quelquefois 
squedans vos habits ; ils vous courent suT\e ^yn^g 



— 182 — 

en vous laissant des traces rouges sûr la peau : dam 
ce cas, il faut bien se garder de faire quelquemoiH 

■ ■ ■ 

vement brusque, autrement ils vous mordraient. li 
morsure des mille-pieds est très-douloureuse; 
la douleur s'apaise bien vite en mettant sur la p! 
de la chaux vive délayée avec un peu d*eau. Il y 
une petite espèce de mille-pieds phosphoriques 
minces et très-dèliés ; si vous en avez écrasé un 
nuit en dormant, quand tous tous réveillez il 
semble voir des flammes dans votre mousti 
On prétend que si cet insecte vous entre dans 
reille, il est trè»-<lifficile de Ten faire [sortir, et 
peut causer de très-graves accidents. 

On distingue deux espèces de scorpions. La 
tite espèce est d'un jaune sale ; elle monte 
les maisons, entre même dans les poches des 
bits, se loge dans la CQuverture des livres, dans 
fentes des meubles, etc. ; sa piqûre est très-douii 
reuse et fait souffrir un ou deux Jours, même en 
appliquant de la chaux vive. La grande 
longue de six à huit pouces, est d'un noir bleU| 
deuse à voir i on l'appelle scorpion-éléphanti 
que, dit-on, il fait crier l'éléphant quand il 
pique. Heureusement qu'il se tient toujours 
les briques et dans les endroits très-h 



d'aillean il a une démarche Irès-pesante et il est 
très-fodle de l'éviter. Jamais je n'ai entendu dire 
qu'il ait piqué personne. 

Le cancrelat ou blatte orientale est un insecte 
lite de forme ovale, mince, long de deux à trois 
pouces, rouge-brun, qui pullule à Siam et dans 
les pays voisins. Il cause de grands dégftts ; il pé- 
nètre dans les malles et autres meubles; il ronge 
les livres, salit tous les comestibles ; pendant qu'on 
dort, il vient sucer la sueur, ronger les ongles des 
pieds, des mains, et, si vous le chassez, il vous lâche 
une liqueur visqueuse et puante. C'est surtout sur 
les navires qu'on en est plus incommodé qu'ailleurs : 
fi vous mettez un peu d'eau sucrée dans une bou- 
tieille, le lendemain elle se trouve pleine de can- 
oïdats. Les moustiques sont aussi fort incommodes; 
leur piqûre fait naître des ampoules et cause une 
déoungeaison très-cuisante. C'est surtout vers la 
fin de la saison des pluies qu'ils sont en plus grande 
(fÊÊBiité. Pour les chasser, on est obligé de brûler 
des berbes et de se tenir dans une atmosphère dé 
fimée, remède qui ne vaut guère mieux que le mal. 

Les fourmis sont encore un autre fléau du pays : 
9 y en a partout, il y en a de blanches, de noires, 
di rouges, de petites^ de médiocres ei di^ ^gtoRss^ 



— 484 — 

comme le pouce. Il y en a qui sont presque im- 
perceptibles, elles rongent le linge qui finit par 
être tout troué. Quelquefois, pendant qu'on repose, 
un essaim de fourmis ^ient vous assaillir, le pan- 
talon en est plein ; réveillé en sursaut par leuis 
morsures piquantes, on est obligé de se lever bien 
vite, de changer de linge et d'aller chercher refuge 
ailleurs. D'autres fois elles viennent attaquer k 
sucre et les gâteaux qui sont dans le buffet, et enh 
portent morceau par morceau jusqu'à ce qu'il n^] 
reste rien. 

Mais de toutes les espèces de fourmis, aucun 
n'est aussi dévastatrice que celle des fourmis blan- 
ches. La fourmi blanche est de la grosseur d'ù 
grain de riz ; son corps est diaphane et mou, mai 
sa tête est armée de fortes pinces de couleur brune 

m 

Dans les jardins et dans les bois, les fourmis blan 
ches se bâtissent, avec de la terre glaise, un tertr 
plus ou moins élevé qui est comme leur ville son 
terraine, divisée en quartiers, en rues, magasim 
cases et compartiments. Au beau milieu est le pi 
lais du roi et de la reine : de la chambre du rd 
qui est au moins dix fois plus gros que les fourmi 
communes, il y a une ouverture de communica 
tion avec l'appartement de la reine ; celle-ci a un 



— 485 — 

etite tête comme les autres, mais elle a un corps 
Qorme de deux pouces de long. Une seule de ces 
mrmilières contient des myriades d'individus, 
hiant aux fourmis blanches des maisons, elles de- 
meurent enterre sous le pavé; de là, maçonnant un 
^tit conduit en terre le long d'un mur, elles mon- 
lent par là dans la maison ; au moyen de leurs 
pioces, elles font un trou dans les malles et mettent 
eu pièce tout ce qu'il y a dedans; c'est de cette 
nanière qu'elles ont souvent ruiné de grands né« 
gociants en portant la dévastation dans leurs ma- 
psins. 

Les fourmis blanches étant renfermées sous 
lorre, n'ont pas à craindre d'ennemis; elles se 
jRiiltipiieraient trop si la Providence n'avait pas 
m en elles-mêmes un moyen de destruction. 
ï(m les ans, en automne, elles éprouvent une mé- 
tiiDorphose : il leur naît de grandes ailes, le besoin 
i|e paraître à la lumière se fait sentir, elles sortent 
V foule de leur sombre retraite, et, pendant quel- 
fies jours, l'air est rempli de ces essaims de four- 
lu, dont le vol incertain et embarrassé devient 
|i cause de leur perte; car une multitude d'oi- 
IMiix, et surtout les corbeaux, fondent sur elles 
poussant des cris de joie, les attrapent au vol 



et en font leur pâture jusqu'à ce qu'elles soient 
terminées. 

La mouche luisante qu'on troure à ^am estti 
commune et remarquable par l'intensité de sa 
mière ; on Toit ces insectes Toler séparément d 
arbre à l'autre et dans toutes les directioiis; n 
k plus souYent ils sont rassemblés par milliers 
un ^os arbre au bord de la rivière» C'est un s{i 
tacle magnifique de voir jaillir à la fois de toi 
les branches de cet arbre comme des millien 
grosses étincelles électriques ; car ces mouches 
santés n'émettent pas une lueur continue, mais 
terrompue peut-être par l'efiet d'une sorte de i 
piration ; il est diiBcile d'expliquer comment o 
émission de lumière est simultanée pour plusie 
milliers d'individus* 

TORTUES ST K)ISS0N8. 

Tout le monde sait qu'il y a des tortues de i 
de toutes dimensions; mais les tortues ordina 
varient d'un mètre à deux. Une fois que nous éti 
en calme, le capitaine vit deux tortues qui se 
battaient et envoya un canot avec quatre homn 
qui saisirent les tortues par leurs pattes et les ai 



— I»7 — 

lèrentà bord. Chacune pesait ceot cinquante ii- 
ireSy et elles servirent à nourrir IVquipage pen- 
dant huit jours. Sur les côtes de Siam, il \ a une 
de tortue noire dont les pattes sont longues 
tout à fait plates : elle pond sur le» bancs de 
le, et ses œu&.sont si abondants qu'on en charge 
barques entières. Ces œufs sont mous, i^nfer- 
dans une peau lisse et bien ronds tant qu* ils 
frais; c'est un mets sain, savoureux et bien 
erché pour la table des grands. C'est une tor- 
de mer appelée kra, qui fournit cette belle 

dont on fait tant de jolies choses. 
Les tortues de fleuve sont très-bonnes à nian- 
et peuvent remplacer la viande avec avantage. 
y en a de trois espèces : Tune, dont la carapace 
est osseuse, vit des fruits qui tombent dans le ileuvo 
et probablement de poissons. On la pèche à la ligne 
en mettant une banane pour amorce. L'autre es- 
pèce, qui est encore bien plus délicate, a une (\ira* 
pace cartilagineuse et assez molle pour pouvoir 
fttre mangée tout entière. On la prend aussi à 
l'hameçon en se servant de poisson pour app&l. 
Ces tortues ont un long cou et de longues pattes 
tout à fait plates ; elles pèsent depuis dix jusqu'à 
cent libres, La troisième espèce ne se trouve (|ue 



-> 488 — 

dans la partie septentrionale et dans le voisinage 
des bancs de sable ; c'est une espèce privilégiée 
qu'il est défendu de prendre et de tuer; le gouve^ 
nement s'est réservé la récolte de ses œufs, qui rei- = 
semblent tout à fait aux œufs d'oie. Des gardiem 
sont postés à ces bancs de sable ; ils épient, peiH 
dant la nuit, le moment où la tortue vient pondre; 
ils accourent, la renversent et lui impriment un 
sceau avec un fer chaud, comme signe de serti-' ^ 
tude, et afin que personne n'ait l'audace de pren» ? 
dre cet animal qui est devenu serviteur du roi. 

La tortue noire, qui pèse environ quarante li- 
vres, habite les marais et ne vit que de cresson et 
de lizeron aquatique; elle est dodue, grasse et 
bonne à manger, mais pas très-saine; si l'on en' 
mange souvent, elle donne la dyssenterie. Pendant 
les deux ou trois mois que les marais sont à sec, 
elle reste enfoncée à près de deux pieds en terre: 
c'est alors qu'on va sonder les marais avec un long' 
bâton garni d'un fer pointu ; dès que le fer ren- 
contre la carapace osseuse de la tortue, il n'y !■ 
qu'à creuser un peu pour l'avoir. Si l'on veut «^ 
procurer de ces tortues quand les marais ne sont 
pas encore à sec, on amasse quantité d'herbes sè- 
ches sur les cressons et lizerons qui bordent lei'' 



— 489 — 

rais,, et l'on y met le feu pour faire sortir les 
tues ; alors elles sont très-faciles à prendre. 
Lia tortue des champs est toute petite; les plus 
•sses ne pèsent que trois ou quatres livres ; leurs 
& sont plus petits que ceux de pigeon et en ont 
t à fait la forme. La chair de ces tortues est 
16 et très-délicate; elles vivent d'herbes et de 
its sauvages; si les chiens les trouvent, ils les 
nnent à leur gueule et les apportent à leur 
ttre. Quand j'étais à Juthia, j'avais un chien qui 
lit m'en chercher et m'en apportait presque tous 
jours. 

)aDs le golfe de Siam, il y a des petites baleines 
trente à quarante pieds de long, qui se tiennent 
B de l'embouchure des fleuves ; elles sont tou^ 
rs entourées d'une multitude innombrable de 
sses sardines. La baleine tient sa gueule ou- 
te, les sardines y entrent en foule pour sucer 
mucosités qui en tapissent l'intérieur; mais 
ntôt le monstre ferme la gueule, fait jaillir l'eau 
* les deux trous placés au-dessus de sa tète, et 
l^outit dans ses entrailles plusieurs centaines de 
. poissons imprudents. 

On rencontre aussi dans le golfe des souffleurs et 
I marsouins qui sautent par troupes autour des 



— 190 — 

barques. Il y a des marsouins tout à fait blancs; { 
on les harponne assez facilement pendant qu*ili . 
tournent autour d'un navire ; leur chair, bonne à ; 
manger, n'a pas de mauvaise odeur. Les poifison 
volants rencontrant un bâtiment la nuit, sont e^r 
frayés et prennent leur essor pour voler par deif 
sus ; mais souvent ils viennent donner de la Utt 
contre les mâts ou les cordages et deviennent k 
proie des matelots. Les requins sont très-commuMi 
surtout à l'embouchure des fleuves, qu'ils remoo? 
tent jusqu'à soixante lieues. Il en est de mêmedt 
la scie, gros poisson dont la tête se prolonge et 
une saillie osseuse, aplatie, très-longue et année 
de dents des deux côtés. A Bangkok, il arrive and 
souvent que le requin emporte un homme qui IB 
baigne, d'autres fois il se contente de lui couperet 
emporter seulement une cuisse. 

Dans les détroits entre les nombreuses lies ds 
côté de Chanthabun, les dauphins, les bonite», M 
dorades, etc. , se rencontrent en abondance. Void 
comment nos chrétiens annamistes en font la pt^ 
chc : deux hommes ont sur leur barque un filet 
flottant à grosses mailles, long de quatre-vingts à 
cent toises; par une nuit obscure, ils tendent en 
travera du courant leuv GX^V., cçxv ^^q\3^%^ ^^Wt^*. 



de trois pieda «eulement ; au bout d'une heure ou 
jleui Us le retirent et trouvent une centaine de do- 
itides ou bonites étranglées dans les mailles du 
filet. Après avoir dégagé le poisson, ils recommen- 
lîent l'opération» jusqu'à Taurore» où le poisson, 
.voyant le filet, ne s'y prendrait plus. La raie, la sole, 
la saumon et autres poissons de mer se rencon- 
trent abondamment aux embouchures des fleuves 
Joii sont établies de grandes pêcheries^ surtout pour 
les sardines, dont j'ai déjà parlé plusieurs fois* 

Les crevettes de mer sont d'une grande ressource 
pour le peuide, et font l'objet d'un commerce con- 
Âdérable. Le frai de crevettes est employé à faire 
-une espèce de pâte en saumure qu'on appelle kapi, 
dont l'usage est universel dans tout le royaume. Or, 
voici comment on fait le kapi : au moyen de petites 
-sennes en fil de soie, on amasse une grande quan« 
iité de petites crevettes ou de frai, on les mêle avec 
une certaine quantité de sel dans des petites cuves 
en bois, on attend qu'il s'établisse une fermenta- 
tion putride ; alors, plusieurs personnes broient la 
matière avec les pieds, et l'on obtient une pâte qui, 
au bout de quelques jours, prend une couleur vio- 
lette ; on en remplit des petits boisseaux et on la 
hyrp au commerce. Celte pâte, lrë^^\^^ ^V \s^ 



peu piquante^ a une grande saveur qui est fort 
du goût des indigènes; à défaut d'autre chose, 
il suffit d'un peu de kapi avec du riz pour fiiire 
son repas. 

Il y a plusieurs espèces de crabes ou cancres; 
la grosse espèce se prend avec des cerceaux qu'on 
tend dans le fleuve près de son embouchure on 
dans les canaux qui avoisinent la mer. La petite 
espèce, qui pullule dans les terrains bas, sepreod 
avec des paniers, et, comme elle a fort peu df 
chair, on la met dans de la saumure, où elle éprouve 
une demi-putréfaction; quand on veut manger 
ces petits cancres, on les tire de la saumure, on 
les arrose de jus de citron, on leur casse les memf 
bres et on les suce. 

Les sangsues de mer, connues dans le commerce 
sous le nom de bichon de mer, sont grosses et lon- 
gues comme le bras; on les vide, on les fait sécher, 
et elles prennent la forme de lanières de cuir, c'est 
un ingrédient essentiel pour les soupes chinoises. 

Les étangs, les canaux et les rivières de Siam 

nourrissent une grande variété de poissons. Le 

plus gros que je connaisse s'appelle kakô; j'en ai 

vu un dont les écailles étaient grosses comme des 

pièces de cinq francs. Le ipov^ow ^v'^'^à^ krax^ut 



— 493 — 

oir un mètre de long ; il est sans écailles, aplati; 
ant de chaque côté comme trois étoiles noires. 
I poisson appelé mëng^phù, du poids de vingt à 
snte livres, est d'une belle couleur bleue et tirant 
r le vert ; il est très-vorace et très-méchant, car 
^'élance quelquefois hors de Teau pour mordre 
attaque également les baigneurs. U y a dans le 
Qve un poisson fort singulier, qu'on appelle lune, 
les naturalistes tetraodon ; il n'a pas de dents, 
lis ses deux mâchoires sont tranchantes comme 
i ciseaux ; il a la faculté de se gonfler de vent de 
mière à devenir rond comme une boule. Quoi- 
'il ne soit pas très-gros, il est redoutable pour 
baigneurs, car il vient vous mordre aux orteils, 
X mollets ou aux cuisses, et à chaque fois il em- 
rte la pièce, de manière que ces blessures sont 
«rdiffiiciles à guérir. 

n y a trois espèces de poissons qui peuvent mar- 
er dans les herbes pourvu qu'elles soient mouil- 
iB, et faire ainsi un trajet d'une lieue et plus. 
16 cettaine année la grande chaleur avait dessé* 
è tous les étangs des environs de Juthia; ensuite 
arriva que pendant la nuit il tomba une pluie 
Tentielle; le lendemain, étant allé me promener 
OB )a campagne, quel ne fut pas mon èUmu^ 



— 494 * 

ment de voir les étangs presque pleins et une quan- 
tité de poissons qui sautaient I « D'où sont donc 
« venus ces poissons? demandai-je à un laboii* 
^ reur ; hier il n'y en avait pas un« » Alors ilm'ei* 
pliqua comment ils étaient venus à la faveur dak 
pluie. En 1831, le poisson étant à très-vil pirili 
TËvéque de Siam crut bien fiBiire d'acheter VM 
provision de poissons vivants pour son séminainj 
il en lâcha cinquante quintaux dans ses étangN 
mais dans moins d'un mois,:lei neuf dixièmes ifir 
taient sauvés à la faveur d'une pluie qui sutihI^ 
pendant la nuit. Ces trois espèces de poisiM 
fuyards s'appellent pla-xon, plordtik, pla^4nâ, U 
premier est un poisson vorace, gros comme. «M 
carpe \ salé et séché au soleil, il.se garde toute FaRr 
née ; il est tellement abondant, qu'on l'exporte tf 
Chine, à Syngapore et à Jaya; il est reconnu pour 
être la nourriture la plus saine et la seule corne- 
nable dans presque toutes les maladies. . J 

. Il y a un poisson qu'on appelle langue de çhiai 
il a absolument la môme forme que la sole ; il s'at^ 
tache au dessous des barques et fait entendre UA 
bruit trèfr-sonore et même harmonieux, ce qui e^ 
encore bien plus frappant, lorsque cinq ou six di 
cea animaux sont collés à la barque. I^e poisson 



lîgre n'ert remarquable que par sa belle formei ses 
couleurs vives et les taches noires qui lui ont fait 
donner son nom. 

. Je pourrai^ citer néanmoins trente espèces d'ex- 
cellents poissons qui tous offrent quelque chose de 
f curieux: mais il me répugne d'en faire mention à 
- cause de leurs noms qui paraîtraient bizarres. 

Les écrevisses de Siam sont tout à fait différen- 
l tes de celles d'Europe; elles sont bien plus grosses 
I et n'ont qu'une enveloppe mince et une chair blan- 
p che abondante ; leurs deux pattes de devant sont 
e ' longues de huit à dix pouces et d'une belle couleur 
^ tileue ; elles fourmillent dans les rivières et sont la 
1^ Qourriture la plus ordinaire du peuple. Les an-- 
guilles sont aussi très-communes ; elles ressemblent 
à un serpent, excepté par la tête qui est grosse et 
allongée ; c'est un animal bien innocent qui parait 
\ comme endormi et se laisse manier comme on veut^ 
sans mordre, ni faire autre mouvement que de glis- 
ser dans vos mains. Apprêté en cari, c'est-à -dire 
avec du safran cfircuma^ du poivre-long etdes feuil- 
les de menthe, c'est un mets délicieux et très-appé- 
tissant. Ces anguilles, dont le dos est brun et le 
/ Yentre jaunet ont deux ou trois pieds de long et 
^at quatre fois. grosses comme le pouce ; elles ha- 



— 496 — 

bitcnt surtout les marais et les petits canaux^ da&i 
des trous qu'elles se creusent elles-mêmes; elles tt i 
tiennent à Torifice du trou^ la gueule ouverte et I 
très-dilatée, et lorsqu'un poisson y entre impru- i 
demment, elles referment la gueule avec un claque* 
ment sec, comparable au bruit d'un coup de fouet, 
et puis dilatant leur gosier, elles avalent leur proiei 

_ 

GOQUUJJLQES. 

- 

Le littoral du golfe de Siam est très-riche en co- 
quillages de toutes espèces. On y trouve des huttra 
en quantité, mais on ne les mange pas, parce 
qu'on dit qu'elles sont trop froides et indigestes^ 
Le long du rivage de la mer, on plante des million 
de pieux, auxquels viennent s'attacher les moules, 
qui s'y multiplient à tel point que, au bout de deux 
ou trois mois, quand on vient arracher les pieux, 
on y trouve une agglomération de moules qui pèse 
deux ou trois cents livres. Il y a trois espèces de 
moules, dont la plus petite, qui n'est pas plus 
grosse qu'une fève, est excellente à manger. 

Les petits coquillages appelés porcelaine, dont 
les Siamois se servent en guise de petite monnaie, 
se trouvent en abondance sw \^% \i^\v^^ ^fc ^î»!s}ft. 



— 497 — 

rend coquillage appelé tridacne géant ou bé- 
r, se pèche sur la côte orientale du golfe ; sur 
ords, il n'y en a pas de gros, et ce n'est qu'à la 
>ndeur de quinze à vingt mètres qu'on peut 
Touver d'une énorme dimension. Quand on 
en faire des bénitiers, il faut enlever la croûte 
^Kr la surface extérieure. Dans plusieurs loca- 
on pêche Vavicule perlière, soit pour en ex- 
e les petites perles, soit pour faire des ouvrages 
acre, genre d'industrie auquel s'adonnent un 
lin nombre d'ouvriers siamois et cambogiens. 
uccin, ou conque de triton , est employé pour 
ler la trompe dans les cérémonies religieuses 
iquées par les brames, qui sont les mages du 
il fait aussi partie de l'orchestre royal qui ac- 
pagne Sa Majesté dans ses visites aux pagodes, 
e serait peut-être ici le lieu de parler du taret 
il. On appelle ainsi un ver marin logé dans un 
u cylindrique et tortueux, percé à son extrè- 
i supérieure, qui se prolonge et s'élargit à me- 
! que l'animal grandit ; il a, aux extrémités de 
uyau, quatre autres pièces dont la surface est 
ssée de vingt-cinq rangs de petites dents sem- 
blés à celles d'une lime ; c'est par leur mo^ea 
/e /are/ perce les bois les plus durs. \\ ^a^^V. 



r-m — 

que les Urets sont trè»4KuabrduxdaiM kl eaux di 
la mer et à l'eintMiuchuie des fleuves, car, du» 
l'espace de deux an», les plus grosses poutres uit 
toutes mangées par eux et percées de mille trouij 
ils détruisent les ponts et les digues; ils idtiaual 
toutes les barques qui ne sont pas recouvertes di 
cuivre ; il ne leur faut que trois ans pour mettitf 
les plus grandes jonques hors de service ; ils unt 
wuvent la cause que les marchandises sont g&tèa 
par Teau de mer, et quelquefois mdme que les » 
vires font naufrage. 




«M 



CHAPITRE SEPTIÈME. 



MOEURS ET COUTUMES DES THAÏ. 



XOEUas. 



Les Siamois appartiennent à la variété de Y 
^ humaine que les ethnographes désignent par 
e nom de race mongole; leur taille moyenne 
^ d'enriron cinq pieds deux pouces ; ils ont les 
nombres inférieurs forts et bien proportionnés, le 
(iorps long, les épaules larges et les membres de la 
poitrine bien développés, le cou court et la tête bien 
proportionnée ; enfin, les mains grandes et le teint 
<di^àtre : la partie supérieure du front est étroite; 
U visage, entre les pommettes, large, et le menton 
^it à son tour ; les yeux sont noirs et biea fen*- 
dos; le blanc en est d'une teinte jaunâtre; le nez 



— «00^ 

un peu écrasé, les narines larges, les lèvres s'a- 
vancent un peu ; les cheveux sont d'un noir de jais 
et rudes ; ils les gardent en touffe sur le haut de 
la tète ; le reste de la chevelure est rasé. Ils épilent 
les quelques poils de barbe qui leur viennent aa 
menton et à la lèvre supérieure. Les femmes 
gardent aussi une touffe de cheveux sur leur tète, 
mais moins haute, et toujours pommadée et bien 
peignée. 

Quant aux enfants, dans leur bas âge, on leur 
rase souvent la tète; à trois ou quatre ans, on 
leur garde un toupet rond au sommet de la tête, 
mais un peu en avant. Les petits garçons et les 
petites filles conservent jusqu'à l'âge de douze à 
treize ans ce toupet de cheveux bien peigné, pom- 
madé , artistement noué et retenu par une belle 
épingle en or ou en argent, que les pauvres rem- 
placent par un piquant de porc-épic. Les personnes 
riches tiennent à honneur d'avoir les ongles bien 
longs ; les filles et les jeunes gens se les rougissent i 
avec le suc d'une certaine plante; Tout le monde 3 
tient à avoir les dents noires, car, selon eux, c'est ' 
un point essentiel pour être beau. C'est pourquoi, 
dès l'enfance , on se frotte les dents avec une 
poudre noire, de composition chinoise ; l'usage du 




CostuniL' ut pODe il'un hnmme Ju peuple à Siani, 



1C| et surtout du bétel, contribue encore à leur 
e acquérir celte sorte de beauté. 
^ costume des Siamois est très-simple : ils 
t nu-pieds et nu-téte; ils ont pour tout habit 

pièce d'indienne peinte qu'ils attachent à leur 
iture 9 en relevant les deux bouts par derrière 
>t ce qu'on appelle le langouti). Cette manière 
s'habiller est commune aux deux sexes. Les 
les filles et les femmes mettent en outre une 
ïrpe de soie en sautoir, de manière à ce qu'une 

extrémités retombe sur l'épaule en arrière; 
lis que les hommes se contentent d'un mor- 
1 d'étoffe blanche, dont ils se servent tantôt 
ime ceinture, tantôt comme mouchoir, pour 
lyer la sueur, et quelquefois en guise de turban 
r 86 protéger des ardeurs du soleil. Les per- 
aes de condition médiocre se servent rarement 
parasol; les grands, au contraire, en ont tou- 
rs un. Les personnes du peuple , hommes et 
mes, se servent, en guise de chapeaux, d'une 
le de corbeille très-légère, faite de feuilles de 
[nier. Lorsque les inférieurs vont trouver leur 
érieur, ils doivent avoir une ceinture de soie 
our des reins. Le roi et les princes ne se dis- 
guent nullement de leurs sujets par la forme ^ 



4 



mais seulement par la richesse du costume^ et por^ 
tent ordinairement des sandales chinoises. Depaii 
le milieu d'octobre jusqu'au mois de février, tout 
le monde , hommes et femmes , porte une vesU 
étroite^ dont la forme est différente pour les ded 
sexes ; mais les riches et les grands revêtent alorl 
la veste japonaise» qui ressemble à une bloattl 
ample et longue , confectionnée avec des soierid 
de Chine , toutes en couleurs éclatantes. S'il fait 
froid , on s'enveloppe en outre d'un manteau ei 
soie ou en drap. 

Les Siamois ont une passion pour les bijou | 
d^or et d'argent ; si vous en exceptez les escla^ | 
il n'y a pas de famille , quelque pauvre qu'elle i 
soit, qui n'en possède une certaine quantité. Les ' 
personnes pauvres mettent à leurs enfants dek 
bracelets d'argent aux pieds et aux mains , et i 
leurs femmes, des boucles d'oreille, avec une 
sorte de collier en sautoir à grains d'argent. Ma» 
les riches ornent leurs enfants et leurs femmes de 
{dusieurs couples de bracelets, de colliers, de m^ 
dallions, de bagues et autres bijoux, tous en or 
pur. Dans les jours de fêle, il n'est pas rare de 
voir des enfants chargés de bijoux en or du poids 
d'une on deux livres. 




CoElume Bl pose il'uiie jeune Siimoise il 



Les petites filles, dès leur bas âge, jusqu'à* 
uze ou treize ans, portent un ornement d'or ou 
irgent, qui a la forme d'un cœur, pour voiler les 
rties naturelles. On remarque aussi au cou des 
fonts des deux sexes une tablette de métal, ap-^ 
lé bair^éma, sur laquelle sont gravés dès carao* 
■es superstitieux. La plupart dés filles portent eh 
itoir sept gros grains d*or ou d'argent, comme pré^ 
"vatif de leur petMnne; les hommes portent éga^ 
nent autour des reins une balle métallique, à la-^ 
elle ilsattribueut la vertu de rendre invulnérable. 
4prè8 avoir parlé du costume des Siamois , j^ 
iix dire un mot de la nudité qui est en usage 
M ce pays. C'est la coutume de laisser absohi^ 

- * * 

mt nus I^ enfants de Tun et de 1 autre sexe, 
Mpi'à Tâge où ils seront capables de nouer eux^ 
ta» leur.langouti; les jeunes filles ne «e cou* 
ent la poitrine que lorsqu'elles sont parvenues à 
jg^ de puberté, et les jeunes femmes, après un 
L ou deux de mariage, quittent le voile dans leur 
énage, usage révoltant pour des Européens, maus 
11, chex eux, ne fait pas la moindre impression. 
Les Thcd sont d'un caractère doux, léger, irré* 
dchi, timide et gai ; ils n'aiment point les disputes 
hen qui sente la colère ou i'impatieuce ^ \1& %^r 



— Î04 — 

raient scandalisés d'entendre un prêtre parler aiee 
zèle et véhémence dans son prône. Us sont paro- 
seux , inconstants , distraits et surtout grands de- 
mandeurs. Quand ils voient quelque chose 
curieux entre les mains d'un étranger, ils dési 
l'avoir; mais aussi, quand ils ont reçu, ilssoiH^ 
très-empressés d'offrir des petits cadeaux potf [ 
montrer leur reconnaissance. Ils ont l'esprit uh ^ 
mônier et ne laissent jamais partir un pauvre mm u 
lui donner des cauries, du riz ou des fruits. Le ni 
lui-même distribue ou fait distribuer tous les joun 
des comestibles à plusieurs centaines de pauvret. 
À l'extérieur, les Thai sont très-réservés en ceqù 
concerne les rapports avec les femmes, et leon 
lois sont très-sévères sur cet article. La moindn 
caresse faite à une femme donne souvent lieu à 
procès, et celui qui est convaincu d'avoir p 
quelque liberté avec la fille ou la femme d'on 
autre, court quelquefois risque de se voir vendit 
comme un vil esclave. Les Tkai sont très-ami* 
teurs des jeux et des divertissements, et on p^ 
dire qu'ils passent presque la moitié de leur temp 
à s'amuser. Us sont spirituels et intelligents, et ik 
imitent fort bien certains objets d'art qui viennent 
d'Europe. La plupart désireraient beaucoup s'eze^ 






— 205 — 

* dans les métiers et les arts industriels ; mais 
mme le roi prend à son service tous ceux qui 
assissent dans quelque profession, ils n'osent pas 
oduire leurs talents, et ne travaillent, pour ainsi 
re, qu'en cachette. 

Cette nation est remarquable par sa douceur et 
n humanité ; dans la capitale , qui est très-po- 
lieuse, il y a rarement des disputes sérieuses ; un 
eurtre est regardé comme un accident très- 
:traordlnaire , et quelquefois l'année entière se 
u»e sans qu'il y en ait eu un seul. Les Thai re- 
vivent les étrangers avec bienveillance ; ils sont 
ës^zélés pour procurer le bien-être aux voyageurs ; 
s particuliers font , à leurs frais , des sentiers en 
iqueset des ponts en planches; ils bâtissent, de 
stance en distance, le long des rivières, des salles 
asile où les voyageurs peuvent s'abriter, faire la 
lisine et passer commodément la nuit. Les femmes 
)ussent l'attention jusqu'à puiser tous les jours de 
eau » dont elles remplissent une grande jarre , 
lacée le long de la route , pour étancher la soif 
u voyageur. Ce n'est pas seulement envers les 
lommes que les Thai exercent leur humanité, 
oais encore envers les animaux ; ils auraient scru* 
mie de tuer un animal quelconque, même une 



\ 



— Î06 — 

fourmi ou le moustique qui leur suce le sang. Une 
fois, je voulais exiger de mon jardinier qu'il tuit 
les scorpions ou les serpents qu'il rencontrerait en 
piochant la terre : c Si cela est ainsi, me dit«il, j< 
m'en vais chercher un autre ouvrier; je ne peut 
pas me rendre coupable de meurtre pour un mé- 
chant salaire, i  certaines époques de l'année; 
les personnes ridies achètent des barques toatei 
pleines de poissons, qu'elles font ensuite jeter k k 
rivière, parle seul motif de commisération eimn 
les animaux; c'est par le même motif que le roi 
défend la chasse et la pêche tous les huitième et 
quinzième jours du mois. 

Les Siamois sont très-obéissants et témoignenl 
un respect extraordinaire pour l'autorité. Sani 
parler de la vénération qu'ils ont pour le roi, an* 
qiiel ils rendent des honneurs presque divins » ft 
témoignent aux princes^ aux mandarins et en gé^ 
néral à tous leurs supérieurs , un respect profond 
et une obéissance parfaite. La vieillesse est trèi 
en honneur parmi eux; les enfants se montrent 
pleins d'égards, de respect et d'attention enven 
leurs père et mère, et il n'y a pas cTaffront auquel 
ils soient plus sensibles qu'à une injure envers les 
auteurs de leurs jours. 



Let l^amoîf estiment beaucoup la franchise et 
ûncérité ; ce n'est pas à dire pour cela que le 
ensonge leur soit inconnu ; au contraire ^ il leur 
rite souvent de mentir, mais rarement à leurs 
;aux ; c'est presque toujours aux supérieurs qu'ils 
entent, en vue de s'excuser ou d'échapper à une 
mition qui les menace* 

On peut dire généralement que les Siamois ont 
erreur du vol, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a 
is de voleurs parmi eux ; car les princes et les 
landarins s'appliquent continuellement à extor^ 
ler l'argent de leurs subordonnés; les grands 
lefs volent les chefs subalternes, et ceux-ci volent 
pauvre peuple. Il y a, en outre, dans le pays, 
le foule de vagabonds, d'esclaves fugitift, de 
ueurs, d'ivrognes et de polissons qui cherchent, 
isissent toutes les occasions de voler les fruits des 
idins, les barques attachées près des maisons et 
s effets des marchands ambulants. Quant aux 
ngands, ils n'osent pas se présenter dans le cœur 
B royaume, ils se contentent d'exercer leurs ra« 
ines dans les forêts et de voler les bœufs ou les 
affles des petits hameaux situés dans le désert, 
ta reste, les brigands sont trè8-*rares , parce que le 
mivemement met beaucoup de zèle à s'emparer 



de leurs personnes , et les gouverneurs sont res- 
ponsables de tous les forfaits que les malfaiteun 
pourraient commettre dans leurs provinces. 

Le suicide, qui est très-commun parmi les Chi- 
nois , est extrêmement rare chez les Siamois. Oâ 
cite deux ou trois histoires de fanatiques qui ^ par 
une criminelle ostentation , s'enduisirent le corpi 
d'huile et de résine et se firent brûler pour s'ofirïri 
disaient-ils, en sacrifice à Buddha. 11 y a une ving- 
taine d'années, un malheureux annonça qu^ilse 
brûlerait publiquement. 11 monta en efiet sur le 
bûcher; mais à peine se vit-il enveloppé de 
flammes, qu'il sauta en bas et alla se jeter dans 11 
rivière. 

Les habitations des Thai sont très-proprtt, 

très-saines et bien appropriées au climat , parce 
qu'elles donnent passage à un air rafraichissantt 
Celles des pauvres sont extrêmement simples; 
elles sont de plain-pied, les colonnes sont en bam- 
bous ainsi que les parois, et le toit est composé de j 
feuilles de palmier nain entrelacées et liées à une * 
charpente également de bambou. Dans la chambre 
à coucher il y a toujours un planchera la hauteur 
d'un mètre environ ; la plupart du temps, ces mai- 
sonnettes ont un étage, auquel on monte par une 



— Î09 — 

chelle de bambou, et qui est divisé en trois pè- 
tes chambres, séparées par des cloisons de feuilles 
u de lattes entrelacées. Le dessous sert d'entrepôt 
our le riz, l'eau et les ustensiles de ménage. Les 
ersonnes qui sont à l'aise emploient des colonnes 
e bois de fer, et ils font la charpente et le plan- 
iier en bois de tek. Les marchands aiment à se 
miT sur l'eau et habitent une boutique toute en 
tanches, laquelle flotte sur un radeau de bambous. 
Les riches ont de belles maisons en planches, 
ouvertes en tuiles, et, comme lejir famille est tou- 
mrs très-considérable, à cause de leurs femmes et 
"une troupe d'esclaves, il leur faut trois ou quatre 
àtiments : un pour les femmes, un pour les 
iclaves , le troisième pour la cuisine et le qua- 
ième pour recevoir les visites. Chaque bâtiment 
it divisé en trois ou quatre compartiments ou 
liambres , plus ou moins grandes. Le bas de la 
laison n'est jamais habité ; il sert de magasins et 
. grenier.. LnégociaoU, le. «..ndarin. et le, 
rinces se bâtissent ordinairement des maisons en 
riques, dont l'architecture est ordinairement à la 
oanière des Chinois ; ces sortes d'habitations sont 
iMrt élégantes à l'extérieur ; mais à l'intérieur, elles 
ODt obscures , n'ayant que des petites fenêtres en 



planches, excepté les salles de réception, qui n'ont 
pour parois que des treillis ou balustrades. 11 y i 
près d'un quart de la population qui demeure dan 
des barques de toute forme et de toute grosseur; 
ce sont des familles de petits marchands qui jm* \ 
tent en station dans la capitale ou qui font le 
commerce d'un lieu à un autre ; ils sont tellemest 
accoutumés à rester jour et nuit dans leur barque^ 
qu'il leur faut un cas extraordinaire pour les fiûn 
monter à terre. Les habitations des talapoins sont 
en général plus belles ^ plus propres et plus cooh 
modes que celles des laïques de quelque condi- 
tion qu'ils soient. Comme la plupart des maisofli 
de la capitale sont en bois^ les incendies sont trèk 
fréquents et consument quelquefois jusqu'à millo 
ou quinze cents maisons. Quand cette calamiU 
arrive , le tumulte et le désordre sont extrémoi; 
la foule est immense, on n'entend de toutes parti 
que des pleurs et des cris confus, niélés au frâctt 
des maisons qui s'écroulent et de l'incendie qû 
dévore. Parmi la foule, les uns fuient avec ce qu'ib 
ont pu sauver, les autres accourent afin d'empor? \ 
ter ce qui tombe sous leurs mains. Dans ces tristes 
conjonctures^ plusieurs périssent victimes de leur 
curiosité ou de leur cupidité. Quand l'incendie est 



— tu — 

insidérable, les princes et les mandarins se trans- 
}rtent en personne sur les lieux avec leurs satelr 
tes; on amène les éléphants pour renverser les 
laisonsque les flammes n'ont pas encore atteintes 
ten disperser au loin les débris pour arrêter 
incendie, en lui ôtant la matière nécessaire à son 
ntretien. 

Les meubles qu'on rencontre dans les maisons 
Bi Thai sont : des nattes de jonc ou de rotin plus 
D moins fines et délicates, selon la condition ; 
OHiite une estrade en planches, qui ordinaire^ 
lent sert de lit. Ajoutez à cela quelques bancs, des 
Mrbeilles, des paniers, quelques bassins et vases 
ft cume, un arc, des couteaux de différentes for* 
les, des coussins, une moustiquaire, des cruches 
ft terre et quelques vases de porcelaine grossière, 
Mlà tout ce qui compose l'ameublement des gens 
B peuple. Dans les villages, les nattes sont géné^ 
ilement remplacées par des peaux de buffles^ jde 
Bffii ou d'autres animaux. Quant aux riches, ils 
ut en outre des lits sculptés, des tapis, des mate* 
m, des rideaux, des ineubles en marqueterie de 
kacre, des lances,' des fusils et d'autres.armes;.de8 
petites tables chinoises, des malles, des petites ta- 
des de cuivre pour poser les comestibles, et de 



— 2!t — 

plus, des crachoirs , des pots, des tasses et des aa^ 
siettes de porcelaine de Chine. Chez les grands, oq 
trouve en outre des canapés, des fauteuils, dés mi- 
roirs, des horloges et quantité de vases en verra 
ou en cristal, sans compter la vaisselle d*or ou 
d'argent. Comme les Siamois font eux-méam 
leurs maisons et emploient leurs esclaves à toolQ 
sorte d'ouvrages, ils ont besoin de divers instru-; 
ments ; ainsi, dans presque toutes les maisoi 
vous trou verrez de gros marteaux, des coupere 
une scie, des ciseaux , un rabot , un vilebrequifli 
une pioche, une bêche, une hache, etc. Voici Té* 
numération de leur vaisselle et ustensiles de cuh* 
sine : un petit foyer en terre cuite, une poêle, 
marmite de terre pour cuire le riz, une marmite di 
terre pour les ragoûts, un grand bassin de cuivn 
jaune, un petit bassin, une grosse cuiller de cuim 
jaune, une cuiller de nacre» une cuiller de cocOi 
un bassin de coco, un plateau de cuivre, un plateu 
de bois, un bâtonnet pour manger le riz, une gnm 
jatte de porcelaine, un pot-à-eau en métal, des 9Sh 
siettes et des tasses de porcelaine. Pour le service dl 
thé, il faut : une bouilloire en cuivre ou en grès, un 
plateau à rebords, une théière, des petites tasses et 
une boite à thé en plomb. Pour le service de l'arec 



:u bétely ils ont un plateau à rebords en cuivre 
contient des ciseaux de forme particulière pour 
iper Tarée ; un petit pot de métal muni d'une spa« 
s pour la chaux rouge, une boite à tabac, un pe< 
vase de pommade pour se frotter les lèvres, un 
re contenant des noix d'arec, une coupe à met- 
tes feuilles de bétel, un flacon de camphre et 
IX petites coupes pour le cardamome , les clous 
girofle et le cachou, dont plusieurs personnes 
t usage avec le bétel. 

La nourriture ordinaire des Thai consiste en 
^ poissons, légumes et fruits ; ils ne font pas de 
n ; cependant on y apporte de la bonne farine 
froment dont ils font des gâteaux. L'usage du 
n ne convient point à ce pays chaud et finirait 
* occasionner la dyssenterie. Les Chinois et les 
bes mangent beaucoup de viande de porc, qui 
très-digeste et plus saine qu'en Europe. On fait 
outre, à Siam, une grande consommation de 
ailles, de viande de cerf, d'oiseaux aquatiques, 
diair de buffle ou de bœuf séchée au soleil, de 
tues et de poissons de mer. On y mange des 
mouilles, des vers-à-soie, des chauves-souris, des 
§ rats, du crocodile, du serpent boa et même 
œufs d'une espèce de fourmi. Les habitants de 



G 



I 



— «4 — 

la campagne sont d'une grande flobriété;hliA« 
part ne vivent que de riz, de poisson sec, àe W 
nancsy de pousses tendres des arbres, de cresun 
autres plantes aquatiques qu*ils trempent dam 
sauce piquante appelée nam-^hrik. 

L'usage de cette sauce est général dans tout 
pays ; depuis le roi jusqu'au dernier des 
tous en font leurs délices. Voici la compoiitioB 
plus commune du namr-phrik : on broie une 
gnéc de poivrc-long sec dans un mortier de pi 
on y ajoute du kapi, du poivre ordinaire, de Tail 
de Toignon. Quand toutes ces substances sont 
duitcs en pâte homogène, on y ajoute un peu 
saumure et du jus de citron. Les gourmets 
fient cette sauce à leur goût en y mettant du 
gembre, du tamarin et des semences de math 
Cette sauce, ainsi préparée, est extrêmement fi 
piquante et savoureuse ; elle est excellente 
exciter l'appétit dans ce climat où la chaleur 
et émousse les sens. 

Un mets qui est fort du goût des Siamois, ef 
du poisson à demi pourri qu'ils préparent de la 
nière suivante : ils attendent que le poisson seflfe- 
mauvais, puis ils l'entassent dans une cruche Ji 
terre qu'ils finissent dé remplir d'eau salée; qpxA 



k 



cuit ce poisson, il se résout en pâte liquide, 
lé mangent alors en y trempant des gousses de 
rre-longf des sommités de menthe, des quar- 
% de melongène cru ou des pousses tendres de 
Dguier^ d'oranger et d'autres arbres . lis ont une 
thode excellente pour saler les œufs de canard ; 
e des cebdres, du sel et ui^u d'eau, ils font 
I pâte dont ils recouvrent les œufe. Au bout de 
.à quinze jours, ces œufs sont salés et peuvent 
girder plusieurs mois; plus ils sont vieux, meil* 
VI ils sont. Ces œufs salés sont une grande res-^ 
me pour les tbyages, et je ne doute pas qu'ils 
ftlssent bien appréciés par les Européens pour 
iBge de leurs navires, s'ils employaient la mé^ 
ide dont je viens de parler. 
Deux sortes de cuisine sont en usage dans le 
yt : la cuisine chinoise et la cuisine siamoise. 
sCSitnois préparent tous leurs mets presque sans 
et sans épiées ; souvent même ils mettent un 
d de sucre dans leurs mets, de sorte qu'ils sont 
n, gras et souvent fades, si l'on en excepte les 
hions, les cancres et les légumes salés, que les 
kkois font toujours entrer dans leurs repas. La 
biné siamoise, au contraire, est toujours forte 
piquante ; leur sauce favorite est le carry. Voici 



— 216 — 

une recette de carry qui est la plus usitée :oi|i 
commence par frire du poisson ou de la màm 
quelconque dans une poêle avec une petite (^h 
tité de graisse de porc ; pendant ce temps^ di 
broie, dans un mortier en pierre, du piment rongBi 
du poivre, du gingembre, du sel, de Fail; de fi* 
gnon, du A:apt,d^ tamarin avec de la poudré 
curcuma; quand le fout est réduit en pâte, qa'oi 
rend un peu liquide par addition de saumure, A 
met cette pâte dans la poêle et, après Tavoir agilii 
un instant, on y verse une quantité d'eau coni*' 
nable. Cette sauce de carry est très-appétissante fli 
favorise la digestion. Il y a bien des manièreià 
modifier le carry ; la plus ordinaire, c'est t] 
ajouter du lait de coco qui, par une courte cuiM 
se convertit en huile douce et parfumée. |< 

Nos Chinois de Siam et un certain nombre ^ 
habitants qui veulent les imiter, prennent leori^ 
pas accroupis en cercle autour d'un gros plaMi 
en cuivre et à rebord où sont placés les mets ^ 
découpés par bouchées dans sept ou huit tasses* 
porcelaine; chacun tient une écuelle de riidek 
main gauche ; la main droite est armée de de* 
bâtonnets; les convives apposent l'écuelle à le* 
Jèvres, et au moyen des bâtonnets font dégringol* 



t 



k 



— 217 — 

riz dans la bouche, puis avec ces mêmes bà- 
mets saisissent adroitement une bouchée de 
isson ou de viande, et continuent ainsi, ayant 
Oy de temps en temps, de boire une cuillerée de 
ice avec une cuiller de nacre qui est commune 
ar tous. Quand ils sont rassasiés, ils boivent une 
inde tasse de thé, et puis ^e toute petite tasse 
mik, après quoi ils se mettent à fumer. 
Les Thai prennent leur repas assis sur une natte 
un tapis; les plats sont renfermés dans de grands 
ses d'airain surmontés d'un couvercle de forme 
oique garni d'étoffe rouge ; les mets sont dé- 
upés en petits morceaux, et le riz est placé à 
rt, et à droite, dans une grande écuelle évasée ; à 
uche est un grand bassin d'eau où flotte un 
tre petit bassin pour boire. Les convives n'ont 
cuillers, ni fourchettes, ni couteaux, ils se ser- 
ot seulement d'une cuiller de nacre pour prendre 
Ds les plats ; les doigts leur sufflsent pour tout le 
ste; ce n'est que quand ils sont rassasiés qu'ils 
ivent de l'eau pure ou bien une tasse de thé. 
»ire tour à tour la sauce qui est dans le plat 
mmun, boire dans la même tasse ou dans le 
5me bassin, n'a rien de choquant pour eux. 
irmi les personnes riches, le mari mange ordi- 



— 218 — 

nairement avant sa femme qui le sert à table; les 
princes et le roi ne se distinguent de leurs sujeb 
que par la richesse de la vaisselle et la variété des 
mets. Un officier, qui est en faveur, fait sceller ks 
plats, et les accompagne jusque dans la salle à 
manger ; le roi seul rompt les sceaux, et avant de 
toucher au plat, il fait goûter de tous les mets qu^oD 
lui a servis. Le temps du repas est pour ainsi dire 
sacré pour les Thai; on ne dérange jamais quel- 
qu'un qui est à manger, les maîtres eux-mêmes se 
garderont bien d'interrompre les repas de leun 
esclaves. Le temps du repas est aussi un temps de 
silence ; serait-on dix et même vingt personnes à 
manger ensemble, à peine y aura-t-il quelques- 
mots échappés à l'un ou à l'autre, tant ils sont ï 
leur affaire! aussi leurs repas ne durent-ils qu'un 
quart d'heure environ. Il est aussi à remarquer 
qu'ils ne boivent jamais avant et pendant, mab 
seulement après leur repas. 

La boisson générale, après l'eau pure^ c'est le 
thé, car les Chinois en apportent tous les ans des 
quantités considérables. Voici la meilleure ma- 
iiicrc de faire le thé : on fait bouillir de l'eau de 
pluie clans un pot de grès non vernissé (le métal 
communique toujours une partie de son odeur à 



— Î49 — 

'eau qu'il contient); on rince d'abord avec de 
['eau bouillante la théière qui doit être d'argile 
rooge, puis on y met une bonne pincée de thé ; 
nfin on la remplit d'eau bouillante. Une ou deux 
minutes après on distribue l'infusion de thé dans 
1» tasses de porcelaine de manière à ne les rem- 
^r qu'à demi ; on remplit de nouveau la théière 
fétu bouillante^ et deux ou trois minutes après on 
:^^mr(it cette seconde infusion dans la première 
fà était trop chargée. On fait rarement usage du 
fccre atec le thé ; le thé sans sucre étanche mieux 
i soif. L'usage du café commence à se répandre à 
iam depuis que le roi et les grands en ont fait des 
ihntations considérables ; les Malais surtout en 
Int une grande consommation^ et le préfèrent au 
kiâlleur thé. 

J'ai déjà exposé comment on faisait Teau-de- 
és de riz qu'on appelle arak; cette boisson pemi- 
Sénse, dont les Chinois ont le monopole, cause de 
|ninds ravages dans le pays. Il est vrai que le plus 
poïd nombre des habitants s'abstient de ce breu- 
age et même de toute liqueur fermentée; mais ceux 
in se sont adonnés une fois à Varak courent rapi- 
elbent à leiir ruine. En effet, comme le dit Ovide : 

Qùo plus sunt potœ, plus sUiuntur oquœ. 



— 220 — 

Ceux qui ont pris goûl à ïarak en conçoivent 
une soif insatiable ; il parait que cette liqueur pâ^ 
fidc a dans sa composition quelque chose qui 8ti- j 
mule la soif sans jamais l'étancher. Aussi, voit-oa: 
des malheureux qui ne gagnent qu'une vingtaintj 
de sous par jour dépenser tout en arak; la femmsi 
est obligée d'emprunter pour nourrir la familie|-.| 
et au bout de deux ou trois ans le buveur se troui9<i 
dans la nécessité de vendre femme et enfimlik* 
Quelquefois même, et le cas n'est pas trèsHraiej 
on voit de ces ivrognes perdre la vie par suiteî 
d*une profonde ivresse qui coagule leur sangi 
et en arrête la circulation. En distillant Yarak\ 
avec des semences d'anis étoile, les Chinois fc 
une anisette très-forte, agréable , et qui n'a 
les inconvénients de l'eaurde-vie de riz toi 
seule. 

Depuis une trentaine d'années l'opium, quiétailJ 
inconnu à Siam, s'y est introduit malgré les efiorb^ 
du gouvernement. Le nouveau roi s'est vu obligi \ 
d'en laisser le monopole aux Chinois, en portant j 
toutefois des lois très-sévères contre les SianuM 
qui en feraient usage ; ainsi il est statué que les 
Thai qui s'adonneront à l'opium, seront coq* 
damnés à porter la queue chinoise, et soumis aune 



— 221 — 

contribution annuelle d'une trentaine de francs ; 
ijoe s'ils refusent de se faire Chinois, ou de re- 
noncer à l'opium, ils seront condamnés à mort. 
On ne se fait pas une idée des malheureux effets 
ife l'opium. Pour se procurer cette funeste drogue, 
ifà se vend au poids de l'argent, on se ruine, on 
MEDd sa femme et ses enfants ; l'usage de ce poison 
lent énerve et prive absolument des forces phy- 
liques, au point qu'on n'est plus bon à rien. Le 
lesoin de l'opium devenant tous les jours de plus 
ttR plus impérieux, on s'abandonne au vol pour 
jpottvoir s'en procurer ; on finit par aller languir 
|t mourir en prison, ou bien l'abstinence forcée 
pe ce poison engendre une lente dyssenterie qui 
pt toujours périr misérablement. Tout le monde 
lut que l'opium est le suc ou extrait d'une espèce 
de pavot de l'Inde, où les Anglais le font cultiver 
EUT une vaste échelle ; de là ils le répandent en 
Chine et dans tous les pays voisins. Pour faire 
iMige de l'opium, on en dissout quelques grammes 
^Êns une petite quantité d'eau bouillante, de ma- 
nière à ce qu'il ait une consistance sirupeuse ; on 
7 mêle du tabac très-fin, et les amateurs, moUe- 
ûent étendus sur des coussins, le fument avec des 
petites pipes chinoises. Des effets d'wvve dowc.^^ 



— 2» — 

ivresse ne tardent pas à se faire sentir; on setrmne 
comme transporté dans un pays magiqae; (m 
éprouve un demi-sommeil ayec des rêves enchan- 
teurs et voluptueux ; et voilà ce qui inspire tant dtt 
goût pour Tusage d'une substance si funeste. 

Quelques-uns parmi les Thai plantent du chaiH 
vre, en cueillent les feuilles et les fument en gniflé 
de tabac. Cette plante a des effets un peu analo- 
gues à ceux de Topium , car elle enivre et pro- ] 
cure des rêves fantastisques ; il paraît que c'est ■ 
l'impossibilité de se procurer l'opium qui fait re- . 
courir ces gens-là aux feuilles de chanvre, les- ■ 
quelles, heureusement , n'ont pas des résulta!!' 
aussi funestes. 

L'usage du tabac est général à Siam. Les petits' 
garçons se mettent à fumer dès l'âge de cinq à ùt \ 
ans ; les filles et les femmes ne fument pas, mail 
mâchent le tabac avec l'arec. Les cigares dont on 
fait usage sont du tabac très-fin , roulé dans des 
feuilles de bananier ou dans la pellicule mince des 
feuilles de palmier. La majeure partie des gens de 
distinction fument dans une petite pipe métal- 
lique à long tuyau. La plupart des Chinois et bon 
nombre de Thai font usage du tabac rouge dé- 
coupé extrêmement fin et çréçaré avec de l'huile 



— 223 — 

je pistache de terre qui lui donne un goût plus 
kux et parfumé* 

Les Thai prennent des bains deux ou trois fois 
3ar jour; tantôt ils se plongent dans l'eau, tantôt 
b s'arrosent le corps en commençant par la tête, 
des ablutions fréquentes sont très-salutaires et en- 
letiennent chez eux une grande propreté. Us 
Rangent tous les jours de langouti et exposent ré- 
gulièrement leurs habits au soleil. Les poux et les 
^ces sont inconnus chez eux ; dès l'âge de puberté 
Jb s'épilent la barbe ; ils pommadent leur chevelure 
A soignent si bien leurs dents, qu'on ne trouve 
fersonne parmi eux qui ait l'haleine fétide. En un 
Kot, on peut dire qu'ils sont très-propres dans 
«ors maisons, dans leurs habits et dans leur per- 
tonne. 

Quand une femme est près d'accoucher, on l'é- 
ftblit dans une chambre, à part, où elle se couche 
Uôté d'un feu ardent. Dès qu'elle a enfanté, le 
Kmveau-né est lavé avec soin et la mère ne quitte 
JUA le feu pendant deux ou trois semaines ; si vous 
lemandez : Où est donc madame une telle? on 
nms répond : Elle est au feu. Il est difficile de 
i^expliquer cette singulière coutume dans un pays 
A il fait si chaud ; cependant tout le monde est 



— 224 — 

persuadé qu'elle est indispensable, et il faut passer 
par là. Les femmes allaitent leurs enfants non pas 
cinq à six mois , comme en Europe, mais jusqu'à 
deux ans et même trois ans, tout en leur donnaat 
à manger du riz et des bananes. Dès Fâge de tro» 
ans, les enfants savent nager ; on les rase presque 
tous les mois pour fortifier leurs cheveux ; quand 
ils sont parvenus à Tâge de quatre ou cinq ans, on 
leur garde sur le haut de la tête un toupet rond et 
long , qui ne se rase qu'à Tàge de puberté chez les 
filles comme chez les garçons. Jusqu'à cette époque, 
les enfants des deux sexes n'ont d'autres occupa- 
tions que de s'amuser et se divertir avec leurs cama- 
rades. Quand le temps est venu de raser le toupet 
à un enfant, c'est une grande fête dans la famille; 
on envoie des présents en fruits et gâteaux à tous 
les parents et connaissances qui sont conviés pour 
la fête. Ce jour-là , l'heure favorable s'annonce 
par un coup de fusil ; les talapoins récitent des 
prières sur l'enfant et lui lavent la tête d'eau lus- 
trale ; les plus proches parents rasent le toupet à 
l'enfant qui est décoré de tous les ornements et 
bijoux qu'on a pu se procurer ; l'orchestre joue 
des airs joyeux ; tous les conviés arrivent , font 
leurs félicitations au jeune tondu, et chacun dépose 




Josepli Xr-m et Pranfois Kèi), jeanes Siamois amenêg en FrW 
par monseigneur Pïllegoix, en 1&5S 



— 225 — 

»our lui une offrande en argent dans un grand 
>assin d'or ou de cuivre. Cette collecte, qui monte 
[uelquefois à plusieurs milliers de francs, devient 
3 profit des parents et sert à remonter leurs af- 
aires. Ce jour-là il y a table ouverte dans la fa- 
Qîlle ; on mange, on boit, ou fume, on mâche le 
létel, on joue aux cartes ou aux dés. Les riches 
ont en outre jouer la comédie et prolongent la 
ète deux ou trois jours. Quand le roi fait cette cé- 
rémonie pour son fils, il fait élever une montagne 
hctice^ avec un sentier pour parvenir au sommet 
)ù Ton dresse un pavillon. Au jour fixé, on orga- 
nise une procession composée de mandarins, de 
soldats et de plusieurs centaines d'enfants de 
outes les nations qui sont à Siam, dans un bril- 
aot costume et tenant en main des fleurs de nym- 
)h8ea. Le jeune prince, chargé de colliers et de 
)racelets d'or, est porté sur sa chaise au son des 
iistruments. Le cortège étant arrivé devant les 
appartements du roi , le prince va se prosterner 
ïQx pieds de son père, qui le prend par la main et 
^ conduit dans le temple où sont déposées les 
^ndres de leurs ancêtres. Le jeune prince se 
prosterne et les adore ; ce qu'il répète trois jours 
■^nsécutifs. Le quatrième jour, on lui coupe le 



— 226 — 

toupet dans le temple des ancêtres; il reYétvn 
langouti blanc au lieu du rouge qu'il portait; 
après quoi la procession se dirige vers la mon- 
tagne factice ; le prince s'y lave dans un bassin qui 
est au bas, puis il monte au pavillon avec quatre 
grands seigneurs pour y accomplir quelque cérè* 
monie superstitieuse dont on garde le secret. 

C'est après et quelquefois avant la cérémonie de 
la coupe des cheveux que les parents envoient 
leurs garçons à la pagode pour apprendre à lire el 
à écrire. Là, ces enfants servent de rameurs et de 
domestiques aux talapoins qui, en retour, lew 
partagent les aliments qu'on leur offre, et lew 
donnent chaque jour une ou deux petites leçoni 
de lecture; tout le reste du temps est employé i 
se promener , à badiner et à s'amuser. Il est de 
fait que sur cent enfants qui ont passé huit ou dii 
ans à la pagode, il n'y en a pas vingt qui sachenl 
lire et dix qui sachent écrire quand ils sortent de 
ces monastères diaboliques. L'éducation qu'ib J 
ont reçue consiste surtout à avoir appris la pa- 
resse, la corruption des mœurs et mille fables ab- 
surdes. Ce n'est pas assez d'avoir été domestiques 
des talapoins, la religion bouddhiste exige (p^ 
ces enfants se fassent ordonner bonzes, au moins 



— 227 — 

pour quelcpie temps, afin, dit-on, de payer la dette 
de reconnaissance aux pères et mères. Us suppo- 
sent que le mérite acquis par cette ordination est 
assez puissant pour tirer les parents de Tenfer s'ils 
viennent à y tomber. C'est pourquoi personne 
n'est exempt ; les fils du roi, eux--mémes, doivent 
passer par la pagode et se faire ordonner talapoins 
pour quelques mois; du reste, libre à chacun de 
défroquer quand il veut. Ceux qui craignent d'être 
employés aux corvées publiques ne se pressent pas 
de quitter l'habit jaune ; d'autres attendent qu'ils 
aient amassé un petit bien-être, au moyen des of- 
frandes des fidèles et du prix de leurs sermons, 
pour sortir du monastère et aller se marier; un 
Ifès-petit nombre se fixe dans les pagodes par goût 
de l'étude et surtout pour y jouir des agréments 
qu'on y trouve. 

L'éducation des filles consiste à savoir faire la 
cuisine et la sauce piquante , à faire des gâteaux, 
enrouler les cigares et les feuilles de bétel. Très- 
peu savent coudre, ce qui n'est pas étonnant dans 
un pays où les vêtements sont tout simplement des 
pièces d'étoffe sans coutures. Elles vont chercher 
fe bois ; elles cueillent les légumes et les fruits, 
puisent Feau , battent le riz et aident leur mère 



— 228 — 

dans les soins du ménage. Tous les matins, assises 
respectueusement devant la porte, elles distribuent 
l'aumône aux talapoins qui passent ; trois ou 
quatre fois par mois, elles vont offrir des fleurs i 
l'idole, des présents aux bonzes; et, rassemblées 
dans une grande salle ouverte, elles entendent le 
sermon en répétant : Satul satul (C'est très- 
bien ! bravo ! ) Les filles du peuple sont de bonnes 
ouvrières; elles aident leur parents dans la cul- 
turc des champs ou des jardins, et font le com- 
merce avec une petite barque qu'elles mènent 
très-habilement. 

Les enfants ont beaucoup de respect pour leun 
parents, ce qui vient peut-être de ce que les 
père et mère ont un pouvoir absolu sur leurs en- 
fants jusqu'à ce qu'ils soient établis; ils peuvent 
les battre, les mettre aux fers et même les vendre 
comme de vils esclaves. Dès qu'une famille a des 
dettes qu'elle ne peut payer, elle vend un ou plu- 
sieurs de ses enfants pour se libérer; voilà pour- 
quoi plus on a d'enfants et plus on se croit riche. 
Dans la classe pauvre, la plupart des filles sont 
vendues à ceux qui les demandent en mariage; 
elles ne sont pas regardées comme esclaves pour 
cola, mais bien comme épouses légitimes. 



— 229 — 

La nature étant très -précoce dans les pays 
diauds, on marie les enfants de bonne heure, or- 
dinairement de quinze à dix-sept ans ; cette me- 
sure est très-sage, car si l'on diffère trop, les jeunes 
filles se laissent débaucher par les jeunes gens et 
s'enfuient loin du toit paternel avec leur amant. 
Après avoir vécu ensemble un mois ou environ, le 
couple fugitif revient et se fait reconduire au logis 
par des personnes de considération ; la fille de- 
mande pardon à ses père et mère ; le jeune homme, 
mani des présents ordonnés par les lois, à savoir: 
des langoutis, des bassins, des cierges et des fleurs, 
se fait présenter aux parents de la fille , se pros- 
terne trois fois en demandant pardon, et les per- 
Kmnages qui l'ont introduit entrent en pourpar- 
lers, offrent telle ou telle somme; bien lot le mariage 
ixt conclu. Si les parents refusent, il faut avoir 
recours à la justice qui arrange elle-même le ma- 
riage. Ces échappées de tilles, avec leurs amants, 
Kont chose très-commune et ont pour cause la cu- 
pdité des parents qui voudraient attendre des 
occasions plus avantageuses de marier leurs enfants. 

Quand le père et la mère songent à établir un 
de leurs garçons, il faut qu'ils envoient un ou 
deux personnages faire la demande aux parents de 



fil :.*r.vi- :-* *k Tz^nsi^^-ti^'i -tutimn ia£X&>i&àdes î 

:W.#>>...^. tp'iis ^çoriîtrc: ÂÂai niijfc. Sur une • 
'{ï\:At harToe. bien paToiâee. oa disçofie d€S lan- 
sro>iti^ précieui. des écharpes de soie, des^iasa 
'l'or ou d'argent, contenant des fruits, de Tarée 
(X du hjét^l : au milieu de la barque sont plaoés, 
par /;tage. des giteaux de forme pyramidale, teints 
d^.-H plus hfîlles couleurs. On oi^anise une sorte de 
pror!#;ssion sur la rivière au son des instruments; 
jr; [>n';U:ndij, accompagné de ses parents et de ses 
nrriis, va porter ces présens chez son futur beau- 
p/;rr;, oij Irss parents de part et d autre étant ras- 
H(«riihiï;H, on conclut le mariage; on compte la dot 
(In IVïpoiiHe, on règle tout et on fixe le jour delà 
nom. Avant cotte époque, le fiancé est tenu de se 
rniro bAlir, sur le terrain de son beau-père, une 
priilc* nuuKon qu'il habitera un mois ou deux avant 
(lo pouvoir enunoncr sa femme où il voudra. La 
nom HO r<»IM)ro chez le père et la mère de la fille; 
il y a uuihI(|uc, comédie, jeux divers et surtout 
pnuui foHtin qui dure jour et nuit. Il n'y a pas de 



— Î3i — 

danse, car elle est inconnue à Siam. La plupart 
da temps ie mariage se fait sans aucune cérémo- 
nie religieuse ; cependant, quelquefois, avant que 
k fête ne commence, on invite les talapoins à 
venir faire des prières et arroser le couple d'eau 
hstrale. 

Les personnes riches et les grafids prennent plu- 
fleurs femmes ; mais la première, avec laquelle ils 
Mit fait la cérémonie du khan maky est toujours 
Rgardée comme la seule épouse légitime. Us Tap* 
pdlent la grande femme, tandis que les autres 
ent la dénomination de petites femmes. C'est la 
ifraie maîtresse de la maison : elle et ses enfants 
héritent de tous les biens du mari, tandis que les 
petites femmes et leurs enfants n'ont droit à riea 
autre chose qu'à ce que le mari leur a donné de 
la main à la main, ou à ce que l'héritier veut bien 
kir donner. Pusieurs personnes riches ont deux 
femmes : les mandarins en ont jusqu'à douze, les 
princes jusqu'à vingt, trente, quarante et au-delà; 
le roi les compte par centaines. Du reste, la plu- 
part de ces femmes sont entretenues dans les par- 
lais plutôt pour le faste que pour la débauche , et 
mériteraient plutôt le nom d'esclaves ou servantes, 
puisqu'elles sont soumises à la grande femme. 



— 232 — 

Le mariage n'est défendu que dans le premier 
degré de parenté; les princes s'unissent trèsHsou- 
vent à leurs proches parentes pour ne pas s'allier i 
des familles d'un rang inférieur. En général, lei i 
ménages sont assez heureux; cependant ledivoroi j 
n'est pas une chose rare, surtout parmi le peuple* ; 
Quand la femme exige un écrit de divorce, le mari 
ne le refuse guère, parce qu'il serait presque tou- 
jours forcé par les juges à le donner ; alors il rend 
sa dot à sa femme et ils se partagent les enfants en 
cette manière : la mère a le premier, le troisième 
et tous les autres en rang impair ; le mari a le se- 
cond, le quatrième et les autres en rang pair. S'il 
n'y a qu'un enfant, c'est pour la mère. 

Un mari a droit de vendre une femme qu'il a 
achetée, mais non pas celle qui aurait apporté une 
dot. Si le mari contracte des dettes avec le con- 
sentement de sa femme, celle-ci en répond sur sa 
liberté ; dans ce cas, le mari peut la vendre pour 
se libérer. Au contraire, si la femme n'a pas connu 
les dettes du mari ou si elle n'y a pas consenti, elle 
n'est pas responsable. En général, les femmes sia- 
moises sont bien traitées par leurs époux, elles ont 
beaucoup d'ascendant dans le gouvernement de la 
famille , elles sont honoYfees» , eV\^s Yw;Y8«fc\\\. îi>®fc 



— 233 — 

grande liberté et ne sont pas reléguées dans do 
sombres réduits comme en Chine ; elles paraissent 
en public, elles vont au marché, font le commerce, 
rendent A reçoivent des visites, se promènent aux 
^pagodes , en ville , à la campagne, et n'ont rien à 
jouter de la jalousie de leur mari. Il n'y a de 
.malheureuses parmi elles que celles qui tombent 
dans l'esclavage. 

Pour comprendre ce que c'est que l'esclavage à 
Siam, il faut savoir que le taux légal du prêt à in- 
:térét s'élève à environ trente pour cent; une fa- 
mille qui est dans le besoin est obligée d'emprunter 
i usure, et comme ordinairement elle ne trouve 
pas de quoi payer les intérêts, dans peu de temps 
h dette double, triple, et le créancier, en vertu de 
la loi, prend la femme et les enfants pour esclaves. 
Leurs services sont réputés tenant lieu des intérêts 
de la somme due ; si le mari ou des parents vien- 
nent payer la dette , le maître est obligé de rece- 
Toir la rançon et de lâcher ses escla^ves. Ceux qui 
ne se plaisent pas chez leur maître , ont la faculté 
d'aller prendre de l'argent chez un autre et de 
changer de maître en payant leur rançon au pre- 
mier. Du reste^ les esclaves sont en général traités 
^rec beaucoup d'humanité et leur sotV. ^ÙV ^fc 



comparer à celui des domestiques en Europe. Lei 1 s 
maîtres emploient leurs esclaYes aux services do- li! 
mestiques , à ramer, à cultiver des jardins ou dei | J 
champs, et quelquefois à faire un petit Cbmmem 
dont le gain revient au maître. Les esclaves sontli 
principale richesse des maisons riches ; les uneiefi 
ont de cinq à dix, d'autres de dix à ^ingt; qud* 
qucs-unes en possèdent jusqu'à quarante, diH 
quantc et au-delà. Terme moyen, le prix de chaque 
esclave est de 100 ticaux ou 300 francs. Il arriie 
souvent que les esclaves prennent la fuite ; quand 
ils ont une caution, le maître met la main surb 
répondant ; mais s'il n'y en pas, il faut faire bien 
des voyages et des recherches pour rattraper la 
fugitifs qui , une fois repris , sont mis à la chaise 
sans miséricorde. Voici un spécimen de contrat de 
vente d'esclave : « Le mercredi , sixième mott) 
« vingt-cinquième jour de la lune de l'ère 1211) 
«( la première année du Coq, moi, monsieur im 
«t le mari , madame kôt l'épouse , nous amenons 
c< notre fille ma pour la vendre à monsieur ludi^ 
« si pour 80 ticaux , pour qu'il la prenne à son 
« service en place des intérêts. Si notre fille m 
« vient à s'enfuir, que le maître me prenne et 
f( exige que je lui trowe k ^euue ma. Moi, mon- 



— 238 — 

I sieur mi , j'ai apposé ma signature comme 
I marque. » 

r Je ne crois pas exagérer en disant que les escla^ves 
llbnt au nmins le quart de la population de Siam ; 
b Chinois sont presque tous ou marchands ou 
■uiteurs ; un petit nombre d'entre eux sont pé« 
peurs ou batteurs de fer. Quant aux Thai propre- 
■ent dits, les uns sont employés du gouvernement, 
|ps autres s'adonnent au commerce, mais le plus 
jî^d nombre cultive les jardins et les champs de 
lii. Ces laboureurs sont robustes, endurcie à la 
Ugue ; ils ont beaucoup à souffrir pendant les 
|inq à six mois de leurs travaux, mais aussi ils se 
dédommagent bien et emploient les six autres 
•ois de Tannée aux jeux, aux fêtes et à toutes sortes 
de divertissements. Le commun du peuple est 
pmvre, sans cependant être réduit à l'indigence ; 
or, à Siam, on ne voit personne demander l'an*- 
mône, si ce n'est quelques familles lao amenées en 
captivité. La plupart des Chinois qui, tous les ans. 
Irrivent par milliers, parviennent à acquérir une 
jpetite fortune ; les uns retournent en Chine et les 
autres s'établissent à Siam. On ne voit pas de for-^ 
time colossale; on appelle riche ceM c\\x\^os&^^^ 
m âaâ ou quintal d'argent (4,000 \\c»v«l w. 



— 238 — 
1 



2,000 francs). La plus haute fortune du pays (k 
roi excepté) n'atteint pas le chiffre d'un millionda 
francs. D'ordinaire, les gens riches devienn 
gros et graSy ce qui vient probablement de 1' 
dante nourriture et de la vie molle qu'ils mèn 
étant presque toujours assis ou étendus sur 1 
tapis et leui^s coussins ; aussi le peuple regarde 
l'obésité comme un signe de mérite et mesure 
mérite des personnages à la grosseur de leurv 
Chez un peuple à demi civilisé comme les 
on ne croirait pas rencontrer tant de politesse et 
de civilité ; ils ne passeront jamais devant quelqu'in 
sans s'incliner et lui demander excuse; entn 
égaux ils s'appellent toujours mon frère aîné, ni 
sœur aînée ; s'ils parlent à des personnes âgées, ib 
les appellent mon père, ma mère, mon onde, mi 
tante, mon grand-père, ma grand'mère ; ce serait 
une grande impolitesse d'appeler quelqu'un tout 
simplement par son nom ; au lieu de dire : moi, je, 
ils disent : votre serviteur, le serviteur de mon- 
sieur ; s'ils adressent la parole à des supérieurs, ib 
emploient ces expressions : moi qui ne suis qu'un 
cheveu, moi animal, moi votre esclave. Tutoyer 
quelqu'un serait regardé comme un grand affront; 
on ne tutoie que quand on est en colère ou qu'on 



— 237 — 

trie aux esclaves. La politesse exige aussi que les 
aux se saluent en joignant les deux mains jus- 
l'àla bouche; mais, pour saluer les supérieurs, il 
it au moins s'accroupir sur les talons, joindre les 
uns et les élever jusqu'au dessus de la tête en 
tant : Votre esclave vous salue, le cheveu vous 
ue, ou bien l'animal vous salue. 
Le respect pour l'autorité est exbessif ; quand on 
voir un supérieur, dès qu'on est arrivé à la porte 
en vue de la personne, il faut se prosterner et 
)rer en levant les inains jointes jusqu'au dessus 
la tète, puis on s'avance, ayant le corps tout 
xrbé, et on converse assis, les jambes repliées en 
ière. Mais si c'est un grand mandarin ou un 
ace qu'on va voir, dès qu'on est en vue, il faut 
Drer trois fois ; après quoi on s'avance en ram- 
ât sur les genoux et les coudes ; on se tient pros- 
né, les mains jointes et la tête baissée, qu'on ne 
ève que de temps en temps en élevant aussi les 
lins jointes pour dire khôrab^ seigneur, je reçois 
s ordres. Voici les expressions qu'on emploie 
BC les supérieurs : quand on s'adresse aux petits 
indarins, on les appelle bienfaiteur, père bien- 
teur ; aux grands mandarins on dit : seigneur 
înfaiteur, seigneur sous les pieds de qui je suis. 



— 238 — 

monseigneur ; aux princes, il faut dire : moi, 
poussière de vos pieds augustes, prince, qui pro«|3 
tégez ma tète, moi qui suis la plante de vos piedi^ 
En parlant au roi, on s'exprime ainsi : puissant 
auguste seigneur, divine miséricorde, moi qui 
un grain de poussière de vos pieds sacrés, je 
vos ordres, divin seigneur. En parlant du roi, 
l'appelle : Tordre divin, le mattre de la vie, 
maître de la terre, le chef suprême, le grand roi, 
le divin seigneur qui est à la tête, etc. 

Quand on va voir un supérieur, il est du 
ton de lui porter des présents en fruits, en gâteaui} 
sucre, thé, chair de porc, poissons ou autres co* 
mestibles ; ces présents sont placés sur de grande* 
coupes de cuivre munies d'un pied et d'un coo* 
vercle conique revêtu d'étoffe de couleur écarlate. 
Le nombre des coupes est proportionné à la dn 
gnité ; par exemple, pour aller se présenter devant 
un chef ordinaire, il faut deux ou trois coupes de 
présents; pour un grand mandarin, il en faut cinq 
ou six; pour un grand prince une douzaine, et 
pour le roi une vingtaine. 

Quand on reçoit une visite, il est de règle qu'on 
invite le visiteur à m&Lc\ieT \ ^^ç^v!. ^\. V^ V^^VaI^ ^uig 
à fumer un cigare. Bans\es\^o\v\v^^xsïi\w\^^^^^^ 



— «39 — 

arec, on tous sert le thé à la chinoise, c' est-à- 
ire dans de très-petites tasses et sans sucre. Si la 
nte a lieu au moment du repas, le maître ou la 
tettresse de la maison vous font de Yives instances 
îMtf manger avec eux ; mais on n'invite jamais à 
M repas de famille, si ce n'est pour des grandes 
ites comme un mariage, la coupe des cheveux ou 
plantation d'une maison. Quand une famiUe 
At bâtir une nouvelle maison, elle se procure tous 
i matériaux nécessaires, puis elle invite tous ses 
trents et amis; au jour fixé, la foule arrive, mu- 
i<e de pioches, de serpes^ de couteaux, haches, 
Ses et ciseaux ; les uns creusent les trous des co* 
innés, les autres fendent les bambous ; ceux-ci 
réparent les colonnes, ceux-là la charpente ; c'est 
^rt divertissant de voir une centaine d'ouvriers 
ai s'égaient et s'animent mutuellement* La fa- 
dOe pour qui on travaille est toute occupée à faire 
i cuisine, à préparer les cigares, l'arec et le 
6tel, à servir le thé, les gâteaux et Tarak ; tous les 
iivriers^ accroupis ou assis sur des nattes, mangent 
:isemble, mais en formant plusieurs groupes 
^yeux et turbulents ; après quoi ils se retnettent 
Il travail et^ avant la Gn du jour, la iaa\^ow^^ 
wre plantée comme par enchantemenl. 



— 240 — 

Les magistrats et tous ceux qui sont cons 

en dignité se placent sur une estrade et à uq( 

taine distance de leurs inférieurs ; ils ont toi 

des coussins ou carreaux pour s'appuyer; tan 

s'asseyent, tantôt ils se couchent, selon leu 

plaisir. Leur posture la plus ordinaire con! 

mettre la jambe droite sur le genou gaucb 

tenir la jambe avec la main. Le roi, danss 

diences journalières, se place sur une haute e 

dorée ; les assistants sont prosternés sur un 

tapis qui s'étend dans toute la salle. Qu'on ji 

la gêne où doivent se trouver cette foule de 

darins, qui restent des heures entières pros 

sur leurs coudes ! Les Européens admis à l'aw 

du roi ne se prosternent pas, mais s'asseyent c 

les tailleurs et saluent le roi en joignant les i 

Il faut dire, à la louange du roi actuel , qu i 

treint pas les Européens aux anciennes étiqu 

il les reçoit presque à l'européenne, leur pr 

main et leur fait donner des chaises pour s'ai 

Les r^isontun peuple léger, gai, ami d( 

et des divertissements. Les enfants ont une 

de jeux dont la plupart ne diffèrent presque ] 

ceux des enfants d'Europe : ils jouent au pi 

la cachette, aux barres, au saute-mouton, au 



— 241 — 

laillard et à la toupie ; ils jouenl aux cauries ou co- 
lilles en guise de billes ; une grosse caurie plom- 
ïe leur sert de palet ; ils aiment beaucoup faire 
ittre l'es fourmilions, les grillons et surtout deux 
pèces de petits poissons très-courageux qui se li- 
sent des assauts fort amusants. 
Les jeux des grandes personnes sont le jeu d*é- 
lecs chinois, le tric-trac, les cartes chinoises et les 
te. On voit tous les jours des gens si passionnés 
mr le jeu, qu'après avoir perdu tout ce qu'ils 
eit, ils finissent par jouer même le langouti qu'ils 
Mrtent sur eux. Depuis quelques années, les Ghi- 
ois ont établi une sorte de loterie dont ils ont le 
lonopole; elle se compose d'une trentaine de fi- 
ires diverses sur lesquelles on place l'argent qu'on 
sot, et si la figure sur laquelle on a placé vient à 
«iir, on gagne'trente fois son argent. Cette loterie 
it fureur et cause un grand dommage au pauvre 
euple, qui s'y fait gruger au profit du roi et des 
hinois. En France, le cerf-volant est l'amusement 
es enfants ; mais à Siam il n'en est pas ainsi : à 
ne certaine époque où règne un fort vent régulier 
lU sud, on voit une foule de gros cerfs- volants qui 
ébattent dans les airs; de nombreux groupes de 
eunes gens et d'hommes faits parient les uns 



— 242 — 

contre les autres, et suivent des yeux tous les me 
vements des cerfs-volants, en poussant des hm 
qui font retentir la ville. 

De tous les amusements ceux qui les divertis» 
le plus sont les comédies siamoises, appelées lakh 
et les ngiu ou comédies chinoises. Qu'on se figi 
une vaste salle ouverte à tous les vents; au mit 
de cette salle, des acteurs et des actrices dont ii 
le corps est frotté d'une poudre blanche, ayant 
long bonnet pointu, de longues oreilles postich 
avec des bracelets et des colliers de clinqua 
chantent à tour de rôle et en mesure, au son ( 
cliquettes, Thistoire fabuleuse des anciens hér 
tout en exécutant une sorte de pantomime bizar 
De temps en temps une musique bruyante se : 
entendre ; une foule compacte se presse autour 
la salle pour voir ce spectacle, qui dure ordinal 
ment un jour et une nuit. Quelquefois les acte 
mettent des masques grotesques ; souvent aussi, 
entremêlent la pièce de sales bouffonneries, etc* 
probablement la raison qui attire tant de mond 
ce théâtre burlesque. Les 7igiu ou comédies cl 
noises, s'exécutent sur des tréteaux, et tous les sp< 
tateurs sont en bas ; ce sont de jeunes Chinois c 
se déguisent en rois, etv \\eux guerriers barbus 



a soldats; leur costume est fort joli; ils tiennent 
68 épées, des lances, des hallebardes, des massues 
t autres armes et, tout en chantant, accompagnés 
les instruments, ils simulent une guerre, ils se 
xnirsnivent^ se battent et se tuent (d'une manière 
feinte), ce qui amuse beaucoup les badauds. 

Les Thai ont une sorte de fureur pour les corn* 
tots de coqs, malgré la défense du roi et l'amende 
portée contre les délinquants. Quand il y a com- 
liat de coqs quelque part, la foule s'y porte avec 
empressement; les uns parient contre les autres, 
de sorte que tout le monde est intéressé à la partie, 
fui finit souvent par des disputes ; de sorte qu'après 
«Toîr vu battre les coqs, on finit par voir battre les 
hommes. Les combats de buffies ou d'éléphants 
lont aussi très-goûtés, mais n'ont lieu que rare- 
ment. Â certaines époques il y a les courses de bal- 
lons ou barques qui sont fort amusantes. La lutte, 
le pugilat, les danses sur la corde, les feux d'arti- 
fices et les pièces appelées nang et autres diver- 
tissements, accompagnent toujours les grandes fu- 
nérailles. Toutes les nuits, dans la capitale, on fait 
jouer les marionnettes ou les ombres chinoises, 
mais c'est plutôt pour amuser les enfants que les 
grandes personnes. 



— 244 — 

Le tempérament des Thai n'est pas très-ro- 
buste; peut-être cela vient-il de la nourritun 
légère dont le plus grand nombre font usage: 
car, tous ceux qui sont éloignés de la capitak 
mangent peu de poisson et rarement de la Viande. 
11 y a beaucoup de maladies qui ruinent la santé, 
et cependant on rencontre fréquemment des vieil* 
lards de quatre-vingts ans; j'ai même vu plusieun 
centenaires (si toutefois on peut les croire, car bi^ 
des gens ne savent pas leur âge ou l'ont oublié). 
Il parait que la population n'augmente que pai 
l'arrivée annuelle des Chinois; peut-être menu 
est-elle stationnaire, et la cause en est facile i 
saisir : cela vient de l'esclavage et de la polyga- 
mie; une foule d'esclaves ne peuvent pas avoir de 
femmes , et une foule de femmes ne peuvent pai 
avoir d'enfants. 

Quand un Thai est sur le point de mourir, on 
fait venir les talapoins qui l'aspergent d'eau lus- 
trale, récitent des passages de leurs livres sacrés 
où il est question de la vanité des choses de ce 
monde ; et enfin, ils crient et répètent aux oreilles 
du mourant : arahang! arahang! (qui veut dire: 
soyez exempt de concupiscence, comme Buddha). 
Dès qu'il a rendu le dernier soupir, la famille en- 



— 245 — 

tière se met à pousser des cris déchirants et à faire 
des lamentations en s'adressant au défunt : père 
bienfaiteur ! pourquoi nous quittez-vous ? qu'avons- 
nous fait pour vous fâcher? pourquoi partez-vous 

liinsi tout seul? c'est votre faute ; pourquoi avez- 
TOUS mangé tel fruit qui vous a donné la dyssente- 
rie? nous l'avions bien dit ; pourquoi n'avez-vous 
fas voulu nous écouter? malheur ! ô désolation! 
ôinconstance des choses humaines! On se jette aux 
du défunt, on pleure, on crie, on le salue, 
lui fait mille reproches d*amitié, et au bout 
t\m quart d'heure la douleur a épuisé ses accents 
lamentables; on lave le corps, on l'enveloppe de 
brile blanche ; on le met dans un cercueil qu'on 
eouvre de papier doré et de fleurs découpées de 
clinquant ; on prépare un dais qu'on orne de den« 

f telles en papier, de guirlandes de fleurs, de cise^ 

■ 

^hres en clinquant et d'une multitude de petits 
' ciei^es. Un ou deux jours après, on enlève le cer- 
Gml et, au lieu de le faire passer par la porte, on 
le descend dans la rue par une ouverture prati- 
quée au mur ; on lui fait faire trois fois le tour de 
la maison en courant pour que le mort oublie le 
chemin par oii il a passé et qu'il ne revienne pas 
tourmenter les vivants; puis on dépose le cer- 



fiieil dans une grande barque, sur une eànk 
surmontée du dais et au son lugubre des dari» 
nettes; les parents et les amis accmnpagnent b 
convoi dans plusieurs petits ballons, processimi- 
nent le défunt jusqu'à la pagode ofi il doit fiin 
brûlé. Alors^ les parents découn^nt le cercudlel 
remettent le corps entre les mains de celui qol, 
par offîce, est chargé de le brûler moyennant V 
tical qu'on a eu soin de mettre dans la boudn 
du défunt. Le brûleur lui lave d'abord le visaga 
avec de Teau de coco, et si le défunt a ordonné 
avant sa mort qu'il serait mangé par les vautofli 
et les corbeaux , il le dépèce et jette sa chair I 
ces oiseaux de proie qui ne quittent pas les pa- 
godes. Le cadavre étant mis sur le bûcher, oh 
allume le feu ; les nerfs étant contractés, le mort 
semble s'agiter et se rouler au milieu des flammes, 
c'est un spectacle horrible à voir. Quand la com- 
bustion est terminée, les parents viennent re- 
cueillir les principaux ossements qu'ils mettent 
dans une urne et les emportent à la maison. Le 
deuil consiste à avoir des habits blancs et la téie 
rasée. Les personnes riches font des funérailles 
qui durent trois jours et même plus ; il y a feux 
d'artifices, sermon des talapoins, comédies noc- 



— «47 — 

Immes où figurent des monstres, animaux à têtes 
l'bommes et hommes à têtes d'animaux ; on 
lè?e des tentes sur le terrain des pagodes ; on y 
^bre même des jeux et des festins. 
Quand le roi de Siam est mort, on lui fait aya- 
f une grande quantité de vif-argent; on lui met 
t masque d'or et on l'établit, solidement assis, 
rr un trône percé , au dessous duquel est un 

•and Tase d*or ; le vif-argent le dessèche promp- 
ment ; tous les jours ou va en grande cérémonie 
der dans le fleuve la pourriture qui est tombée 
ins le vase d'or, et, lorsqu'il est bien desséché, on 

place accroupi et les mains jointes, dans une 
tnde urne d'or où on le garde environ un an, 
«idant qu'on fait les préparatifs de ses funé- 
illes. On envoie couper dans les forêts les plus 
ands arbres qu'on puisse trouver ; tout le peuple 
t mis en réquisition pour la construction d'un 
tafalque colossal et pyramidal, de trois cents 
eds de haut, qu'on élève au milieu d'une grande 
aee située au milieu de la ville. Les colonnes, 

charpente et le toit de cet immense pavillon 
rd recouverts de lames de plomb, d'argent et 
or; tout autour de l'édifice sont disposées des 
^présentations (en bois et en carton) de géants , 



i 



— 248 — 

d'anges, d'animaux fabuleux, de monstres, de 
montagnes, etc. Tout autour de la place, on élève 
des tentes pour le roi, ses mandarins et les tah- 
poins. Au temps fixé, on processionne en grande- 
pompe, sur un char doré, l'urne qui renferme le 
corps du roi défunt, on la place sur une haute 
estrade. Alors commencent les jeux publics, 
durent sept jours; il y a comédies, lutte, pugiU;^ 
danse sur les cordes et toutes sortes de diverti 
roents; le nouveau roi lance des billets et dfli' 
limons qui renferment de la monnaie d'or 
d'argent. Ces billets représentent la valeur d' 
jardin, d'une maison, d'une barque, etc., etc.) 
ceux qui ont pu les ramasser vont les présente^ 
au trésor royal et sont payés à l'instant. 
soir, il y a brillant feu d'artifice, suivi de oh 
médies funèbres. Enfin, le dernier jour, le roij 
lui-même, met le feu au bûcher, composé ai 
sandal et autres bois odoriférants. On ne se sert' 
pas d'un feu ordinaire pour cette cérémonie, nuÉ' 
d'un feu allumé par un coup de foudre , que ToD* 
entretient soigneusement. Les os que le feu nï 
pas consumés sont recueillis et réduits en poudre; 
on les mêle avec un peu d'argile et on en forme 
de petites statues qu'on place dans un temple des- 



— 249 — 

6 pour cela. Les funérailles terminées, on dé- 
it tous ces ouvrages qui avaient coûté tant de 
ne au pauvre peuple, et la place se trouve vide 
une auparavant. 

.es Thai observent tous les huitièmes et quin- 
tes jours de la lune croissante, aussi bien que 
El décroissante ; ces jours-là, ils s'abstiennent 
grands travaux ; il vont à la pagode adorer 
de, offrir des comestibles aux talapoins et en- 
Ire le sermon dans une grande salle ouverte, 
s ces jours-là, qu'ils appellent jours saints, la 
le et la chasse sont sévèrement défendues. On 
rouve ni chair, ni poissons frais au bazar ; les 
revenants sont condamnés à l'amende et re- 
snt du rotin par dessus le marché. Ils ont en 
e^ durant le cours de l'année, plusieurs jours 
\tes civiles ou religieuses, qu'ils célèbrent avec 
de pompe : VSongkran; c'est leur nouvel an, 
tombe ordinairement dans leur cinquième 
» ; on le célèbre pendant trois jours ; ce n'est 
cette époque que le peuple apprend des astro* 
es, si l'ange de l'année monte un tigre, un 
f, lin ours, un cheval, une chèvre, un dragon 
uelque autre animal. S"" Visakhabuxa, le quin- 
le du sixième mois; le roi envoie en grande 



— «0 — 

pompe aux talapoins des comestibles et autres tt 
fraudes, parmi lesquelles se distinguent des flea 
de nymphœa et des petits paquets de bois odorift 
rant, pour curer et nettoyer leurs dents* 3"* JtefaMi 
le sixième de la lune du sixième mois ; on nommi 
un roi précaire, qui jouit pendant trois jours di 
prérogatives royales (le véritable roi reste enfeM 
dans son palais). Il envoie de tous côtés ses noi 
breux satellites, qui font main basse sur toutl 
qu'ils rencontrent ; tout ce qui se trouve au baai 
ou dans les boutiques non fermées est confiH 
que ; même les navires et les jonques, qui arrivMl 
dans ces trois jours, appartiennent à ce roi pié 
caire et il faut les racheter. U va dans un chanf 
situé au milieu de la ville, et trace quelques it 
Ions avec une charrue dorée ; puis, va s'appojl 
contre un tronc d'arbre, place son pied droit é 
le genou gauche et se tient debout sur un id 
pied, ce qui lui a fait donner le nom de M 
cloche-pied. Pendant ce temps-là , on étale à 
riz, des haricots, des patates et autres légaotfi 
puis on amène une vache et on examine qoéà 
est la chose que la vache mangera d'abord ; cett 
chose-là sera chère et tout le monde se tient po» 
averti. 4* Khào-vasd^ le seizième du huitièflv 



— Î51 — 

lis; c'est le commencement de la saison des 
lies ; tons les talapoins vagabonds doivent ren* 
r dans leur pagode respective et s'adonner à la 
idication; c'est comme le carême des Thaï. 
Sat^ le dernier jour du di&ième mois ; c'est à 
te époque qu'on fait des gâteaux avec du riz 
ttvean. 6* Kathiriy le seizième jour du onzième 
M ; pendant huit jours, le roi fait des procès* 
bs solennelles aux pagodes royales, pour offrir 
I habits neufs aux talapoins ; le cortège du roi 
compose d'une multitude de barques magnifi- 
es, montées chacune par un prince ou un man-^ 
rifl et inenées par huit ou dix mille rameurs, 
t. peuple ne commence ses processions que 
îkod celles du roi sont terminées. 7* loê-JEa- 
tng^ le quinzième jour du douzième mois : of- 
judes expiatoires à Fange du fleuve pour lui 
tamnder pardon de s'être lavé et d'avoir fait ou 
iédes ordures dans ses eaux. Ces offrandes con- 
Uoit en petits radeaux de bananier garnis de 
loges allumés et ornés de fleurs avec des petits 
tiadarts; on les fait flotter la nuit et ils vont se 
«rdre en mer. 8** Phàpa, au commencement du 
loaiième mois : processions nocturnes aux pa- 
jodes; une foule de garçons et de filles portewl 



— 252 — 

des gâteaux et des fruits aux lalapoins endormis. 
Quand ils ont déposé les offrandes devant 
portes, ils lancent des briques contre les cell 
les talapoins se lèvent comme en colère; latroi 
joyeuse s'enfuit tumultueusement et revient 
soi, en s'amusant et chantant des couplets 
reux. 9° Jing-atana, à la fin du quatrième 
on fait une corde avec de Fherbe chiendent, 
la fait bénir par les talapoins ; on entoure les 
railles de la ville avec cette ficelle sacrée et, 
signal donné par les astrologues, on tire les 
nons qui sont autour de la ville ; des milliers 
coups de canon retentissent toute la nuit, et 
pour effrayer les géants et les démons de la 
qu'on suppose venir attaquer la ville précisai 
cette nuit-là. 10** Trut, fin du quatrième moi 
trois jours de réjouissances pour célébrer la 
de Tannée par des comédies, des jeux et la boi 
chère. 

Les Thai ont deux ères; l'ère religieuse outo 
de Buddha^ qui remonte à la mort de Somanor 
khôdonij et compte aujourd'hui 2397 ans(ons'aO' ^ 
corde assez à placer la mort de Buddha à la 543" 
année avant Jésus- Christ). L'ère civile lire son 
origine d'un ancien roi siamois qui régnait ^ 



— 253 — 

ingkahlôk; elle compte aujourd'hui 1216 ans, et 
inmence Tan 638 de Tère chrétienne. 
L'année est composée de douze mois lunaires 
li ont vingt-neuf et trente jours alternativement. 
est pourquoi tous les trois ans on ajoute un mois 
tercalaire : c'est le huitième mois qu'on double à 
it effet. Les mois n'ont pas de noms particuliers; 
1 dit le premier mois, le second mois et ainsi de 
lite. Le premier mois commence ordinairement 
1 décembre. Il y a deux cycles, le petit et le grand. 
8 petit cycle comprend les douze années dont voici 
s noms : l'année du Rat, l'année du Bœuf, l'an- 
6e du Tigre, Tannée du Lièvre, l'année du grand 
ragon. Tannée du petit Dragon, Tannée du Cheval, 
mnée de ta Chèvre, Tannée du Singe, Tannée du 
oq, Tannée du Chien et Tannée du Cochon. Le 
rand cycle comprend soixante ans ; il est composé 
û petit cycle répété cinq fois, les années disposées 
ar décades, comme on le voit dans le tableau qui 
dit : 

Première Décade, 



4» année ^ du Rat. 

!• — du Bœuf. 

3» — du Tigre. 

^ — du Lièvre. 

^ — du grand Dragon. 



6« année, du petit Dragon. 

7« — du Cheval. 

8» — de la Chèvre. 

90 — du Singe. 

10« — du Coq. 

Va 



i 



-«54 - 



DewHime Décade» 



4'* année ^ du Chien. 
t* — du Cochon. 
3* — du Rat. 
4« — du Bœuf. 
fi* — du Tigra. 



6* année j du Lierre* 
!• — du grand Dragon. 
«• ^ du peut Dragon. 
9« ^ du Cheyal. 
4(H ^ de 1» Ghèrr». 



Troiiiime Décade. 



4'* année I du Singe, 
î* — du Coq. 
3« — du Qiien. 
4* — du Cochon. 
6« — da Rat. 



6« année I da Bœuf. 
7« — du Tigre. 
8* — du UiTra. 
9* — du grand Drigoi. 
40« ^ du petit Dragon. 



QuatrUme Décade. 



4r«année| du Cbeyal. 
î* — de la Chèvre. 
3« •* du Singe. 
4« — du Coq. 
6« — du Chien. 



6* année, du Cochon. 
T — du Rat. 
«• — du Bœuf. 
9» — du T<gr6. 
40* — du UèYre. 



Cinquième Décade. 



4 re année, du grand Dragon. 
!• — du petit Dragon. 
3« — du CheviU. 
4« — de la Chèvre, 
5* — du Singe. 



6« année, du Goq. 
7« — du Chien, 
ge — du Goohon. 
9« — du Rat. 
40« — du Bœuf. 



Sixième Décade. 



4'* année, du Tiïçre. 

2« — du Lièvre. 

3« — du grand Ornî^'oij. 

4« -^ du petit Dragon. 

5« — du Cheval. 



6« année, de la Chèvre. 
7« — du Singe. 
8« — du Coq. 
9* — du Chien. 
40« — du Cochon. 



— 255 — 

On voit par ce tableau qu'au bout de sohante 
n le cycle doit recomiuencer de la même tna* 
\ète, Tannée du Rat étant la première du cycle ; 
lais je me suis aperçu que la manière actuelle 
i compter les années n*est pas tout à fait d'ac- 
ïtd aTcc le tableau ci^dessus; d'où je conclus 
le probablement ce cycle aura été modifié en 
irtîe. 

Les Thai ne comptent pas par jours mais par 
dits : quelle nuit est-ce aujourd'hui? combien 
ut'ilde nuits pour aller à telle ville? Ils comptent 
iin:te nuits de la lune croissante, et quatorze ou 
linze de la lune décroissante. Les noms des jours 
mt absolument les mêmes qu'en latin : le jour du 
)leil, le jour de la Lune, le jour de Mars, de Mer- 
ire, de lupiter, de Vénus et de Saturne. Cepen- 
int les noms de ces planètes sont tout différents 
d'origine sanscrite. Voici comme on compte les 
Bures du jour et de la nuit r depuis le lever du 
»leil jusqu'à midi on compte six heures ; depuis 
lîdî jusqu'au coucher du soleil on recompte en- 
ore six heures; depuis le coucher du soleil jusqu'à 
leuf heures, c'est la première veille; depuis neuf 
leores jusqu'à minuit, c'est la seconde veille ; de- 
mis minuit jusqu'à trois heures du matin, troi- 



i 



— 256 — 

sième veille ; et depuis trois heures jusqu'au lever 
du soleil; quatrième veille. Chaque veille est com- 
posée de trois heures, l'heure est divisée en dix to, 
le bat en six nathi ou minutes. 

Il y a de la monnaie d'or ; mais elle n'a pu 
cours; la monnaie d'argent est ronde pres^ 
comme une balle, et munie de deux poinçons oi 
sceaux du roi; la plus grosse pièce pèse et vautt 
francs; la suivante, appelée bat, 3 francs; la tm- 
sième, appelée sông-salûng, 30 sous; la quatrièmei 
appelée salùng, quinze sous ; la cinquième, appelée 
fuang, sept sous et demi ; douze cent cauries ou pe* 
tites coquilles équivalent à un fuang. Ces cauries 
(dont la valeur n'est pas fixe), tout embarrassantes 
qu'elles sont à compter, à porter dans un panier, 
ont cependant leur avantage ; car avec douze cenli 
cauries, la personne qui va au bazar peut acheter 
en menu cinquante ou soixante espèces de corne»' 
tibies, ce qui serait impossible avec nos sous et 
même nos liards. Quatre ticaux font douze francs 
ou une once siamoise ; vingt onces ou quatre-vingts 
ticaux font une livre d'argent ou 240 francs, cin- 
quante iivresd'argent valent 12,000 francs. Dansles 
provinces éloignées de la capitale , le roi permet 
de faire des monnaies en cuivre, et même en ma- 



— 257 — 

• * • 

es vitreuses ou en émail de diverses couleurs. 
16 plus petit poids s'appelle hûriy il pèse qua- 
te-^nq centigrammes ; c'est la cinquième partie 
fuang, qui pèse deux grammes et vingt-cinq 
tigrammes ; le salùng pèse quatre grammes et 
]uante centigrammes, le ia^ dix-huit grammes; 
*dng quatorze cent quarante grammes ; le cali 
livre chinoise, qui est aussi fort en usage, ne 
e que la moitié de la livre siamoise, et par con- 
tient sept cent vingt grammes ; le hab ou quintal 
3 soixante-douze kilogrammes ou cent livres chi- 
ses ou cinquante livres siamoises. < 
^a toise, appeléeva, équivautjusteàdeux mètres, 

se divise en quatre coudées ; chaque coudée 
le cinquante centimètres, et se divise en deux 
pans; l'empan se divise en douze pouces, le 
tce en quatre kabiet. Vingt toises ou va font un 
(quarante mètres) ; cent sèn font quatre mille 
;res, environ une lieue d'Europe ; quatre cent 

font un j6t ou lieue siamoise de seize mille 
Tes. Les mesures de capacité sont le khanan ou 
légalisé qui équivaut à un fort demi-litre, 
gt khanan font un thang ou petit boisseau; 
|[t-cinq khanan font un sat ou grand boisseau ; 
tre-vingts sat ou cent thang font un kien ou un 



char, La plupart du temps ces mesures, n'étant pu 
étalouDées, favoriseat la fraude et sont une source 
intarissable de disputes entre ies acheteurs et k 
veodeurs. 




•^-*!><Ç:>.^- 



CHAPITRE HTIITIÈMB. 



DU GOUVERNEMENT DES THAÏ. 



BU ROI. 



gouvernement de Siam est despotique dans 
la force dij terme ; le roi y est craint et res- 
presque comme un dieu ; personne n'ose le 
der en face ; les courtisans, quand ils assistent 
idience, restent prosternés sur leurs genoux 
yirs coudes ; quand Sa Majesté passe quelque 
tout le monde se jette à terre, et ceux qui ne 
aient pas risqueraient bien d'avoir les yeux 
s par les archers qui précèdent et qui lancent 
droitement des boules de terre avec l'arc qu'ils 
ent toujours bandé. 



V 



— 260 — 



Les titres du roi sont très-emphatiques ; on rap- 
pelle chào-phën-din^ le maître de la terre ; chào- 
xivit le maître de la vie ; phra-maha-krasaty Tau- 
guste grand empereur, etc. Il est en effet le maître 
de tout le pays, car il perçoit lui-même tous les 
impôts, et il congédie sans façon tous les habitants 
d'un endroit s'il lui vient fantaisie de prendre leur 
terrain pour y faire une pagode ou autre chose; 
néanmoins, il les dédommage en partie des frais 
de déménagement. Il n'est pas permis de le nom- 
mer par son propre nom ; il faut le désigner par 
les titres rapportés ci-dessus ou d'autres semblables, 
autrement on serait mis en prison. Voici quelques- 
uns des noms du roi actuel avec la traduction en 
regard : 



Phra : bat, somdet. 

Phra : borom, inthara. 

Malia makut. 

ThèpbajaphoDg. 

YoDgsadiisara krasat. 

Nikarodom borom. 

Maha chakraphatira\a. 

fiorom thammamika. 

Maha raxathirat. 

Pbra : chom klào ju hua, etc. 



Les pieds divins, l'excellence. 
L'auguste, le parfait, le suprême. 
La grande couronne. 
Descendant des anges. 
Descendant des anciens rois. 
De la dynastie éminentissime. 
Des grands et puissants rois. 
Qui a la justice parfaite. 
Le grand empereur. 
L'auguste sommet qui domine, etc. 



ÂSiam, la couronne est héréditaire; maisFalaé 
de la famille royale ne succède pas de droit; le roi 



1 




Srcau du |iremier roi, représPDlant la couroni^e |>yi'Bmi<litP 
el IcB iiaraïols royaux k étaçei. 



— 264 — 

ftla faculté de choisir son successeur. A la mort de 
son père, le prince qui est déclaré roi est amené 
30 grande pompe au palais ; il va laver le corps du 
ï)i défunt, après quoi les autres princes et tous les 
Dandarins lui font serment de fidélité. La formule 
lu serment contient les imprécations les plus ter- 
ibles contre les traîtres; elle est lue, au nom de 
bus, par le premier ministre, et ensuite chacun 
a boire un peu d'une eau qui est dans un grand 
lassin d'or, sur laquelle les bonzes ont récité des 
èrmules imprécatoires et dans laquelle on a plongé 
e cimeterre du roi. Au jour fixé pour le couron* 
lement, toutes les maisons sont illuminées par des 
internes et ont, en dehors de la porte, un petit 
nfèl garni de riches soieries, de fleurs, de cierges^ 
liroirs et cassolettes où l'on brûle des parfums ; 
a se livre à la joie, aux jeux et aux comédies. Ce* 
Hidant le chef des astrologues trace les noms du 
ôuveau roi sur une feuille d'or, l'arrose de par- 
ims, la roule, la met dans un tube d'or qu'on ren* 
erme dans une boîte d'argent incrustée d'or; alors 
leuf mandarins, tenant chacun un chandelier à 
crois bougies, font neuf fois le tour de cette boite 
^n balançant leurs chandeliers; après quoi, les 
tarâmes ou astrologues font retentir leur conque, 



— 262 — 

battent le gonggong et le tambour. En ce moment 
le roi entre dans la salle, donne des habits jaunes 
aune centaine de talapoins, remet au chef des tala- 
poinsun cierge allumé; on apporte l'idole appelée 
l'idole de la Victoire, devant laquelle le roi se pro* 
sterne ; puis il revêt un langouti de soie blanche 
brodé d'or, monte à un trône où deux prioces 
viennent l'asperger d'eau lustrale ; en outre, lei 
brames lui présentent des conques remplies d'eao 
lustrale dont il s'arrose lui-même ; il change de lao* 
gouti et en revêt un de soie jaune brodé d'or. Peu* 
dant ce temps-là, les brames font sonner la conqne 
et jouent des instruments. Ensuite le roi passe dam 
une autre pièce, monte à un trône octogone su^ 
monté d'un parasol à sept étages ; huit brames sont 
assis à distance autour du roi, qui a la face tournée 
vers l'orient; le brame assis vis-^à-vis prononce 
une formule de bénédiction en bali et lui vene 
dans la main un peu d'eau lustrale dont le roi boit 
un peu et il se frotte la face du reste. Puis le prince 
se tourne vers le sud, et la même cérémonie se 
répète jusqu'à huit fois à chacun des huit points de 
l'horizon. De là, le prince va à un autre trône à 
quatre faces, s'assied sur un lion en or, le visage 
tourné au septentrion ; un vieux brame chante un 



- 263 — 

antique de bénédiction et se prosterne en offrant 
royaume au nouveau roi : alors un page vient 
fffrir le savetraxat (parasol à sept étages, premier 
Qsigne de la royauté) ; un autre vient offrir les 
loms roulés dans le tube d'or ; d'autres viennent 
;our à tour offrir la couronnei le collier royal garni 
le diamants, le bâton royal, que le prince met sur 
sa cuisse droite, et le cimeterre royal, qu'il place 
sur sa cuisse gauche. Puis on lui offre huit sortes 
d'armes : le javelot, la lance, l'arc, Tépée, le poi-' 
goard, le sabre, la canne à épée et le fusilt Alors 
Sa Majesté dit à haute voix qu'elle autorise tous ses 
sujets à se servir des arbres et des plantes, de l'eau, 
des pierres et de toutes les autres substances qui 
sont dans les limites de son royaume. Un grand 
mandarin dit : Vos serviteurs reçoivent les 6xcel«> 
lents ordres de notre seigneur, dont la voix est 
majestueuse comme celle du lion qui rugit. Le roi 
répand des fleurs d'or et d'argent sur toute l'as*- 
semblée, puis il verse à terre des eaux de bénédic^ 
tion pour tous les êtres animés du royaume, pen<» 
lant que les brames font entendre leur bruyant 
xmcert de conques, tambours et gonggong. Le roi 
[yasse dans une autre salle où sont rassemblés les 
principaux talapoins du royaume ; il nomme leur 



— 264 — I 

chef ou évêque, leur fait des aumônes, et tous k 
bénissent à Fenvi. De là il se rend à la grande 
salle d'audience, où il s'assied sur un tapis précieux 
garni de diamants et de pierreries. Les brames ré- 
citent des prières interrompues de temps à autre 
par des fanfares ; après quoi, un des grands maiH 
darins s'avance en rampant et parle au roi en ca 
termes : Le serviteur de Votre Majesté est chargé, 
de la part de tous les nobles dignitaires du royaume 
ici présents, de vous offrir nos hommages, en cou^ 
bant nos têtes aux pieds sacrés de votre glorieuse 
Majesté, somdet phra-chromklào^ qui êtes notre 
refuge, qui êtes monté sur le trône garni de dia- 
mants, qui êtes revêtu du souverain pouvoir, qui 
êtes établi sous le savetraxat (parasol à neuf étages)i 
qui domptez tous vos ennemis, dont l'auguste nom 
est écrit sur une tablette d'or ; nous demandons de 
déposer sous la plante des pieds sacrés de Votre 
Majesté toutes les choses qui sont en notre po^es- 
sion et tous les trésors du royaume. Le roi répond : 
Tous les nobles dignitaires auront désormais la 
faculté de venir en ma présence, selon leur désir, 
pour m'offrir leurs services selon les fonctions de 
chacun ; que chacun vienne sans crainte me pré- 
senter ses services. Alors Son Excellence phaja^ 



phror'klangj ministre des affaires étrangères, se 
prosterne, offrant au roi les barques royales, na- 
vires de guerre, arsenaux, soldats, etc. Phaja" 
^phavadi offre les éléphants , les chevaux, les 
capitales dé province du premier, second, troi- 
fième et quatrième ordre avec le peuple qui les 
habite. Le maître du palais offre le palais et tous 
les meubles qui le garnissent. Le maître de la jus- 
tice offre la ville de Bangkok. Le ministre de Ta- 
gricuiture offre tous les produits des champs et des 
jardins. Le seigneur du trésor offre les douze dé- 
partements des trésors royaux* Après cela. Sa Ma- 
jesté rentre dans l'intérieur du palais, où deux 
dames lui lavent les pieds. Les princesses lui font 
hommage de différents articles à l'usage du sou- 
lerain dans l'intérieur de son palais et, entr' autres 
choses, elles lui offrent des fleurs d'or du poids 
d'une livre ; il goûte un peu d'une collation de su- 
creries, après quoi il monte en palanquin et, je-* 
tant des poignées de monnaie à droite et à gauche, 
il va au temple de l'idole d'émeraude, fait son ado- 
ration, allume des cierges et des parfums; on ap- 
porte les urnes d'or contenant les restes de ses 
ancêtres, il leur offre de l'encens, des cierges et 
des fleurs et fait faire un sermon sur le mort, puis 



rentre dans son palais. La cérémonie du courou^ 
nement est terminée. 

Le lendemain tous les princes, les grandi et lei 
petits mandarins viennent offrir leurs présenti an 
nouveau souverain ; celui-K^i y répond ea doih 
nant à chacun une petite bourse de soiç rouge^ 
contenant plus ou moins de nouvelle monnaie en 
argent et en or ; le maximum est de quatre-vingli 
ticauXy et le minimum de quatre ticaux leulement. 
Quelques jours après le couronnementi le roi doit 
faire le tour de la cité avec grande pompe» une fok 
par terre et une fois par eau ; ils appellent cette ce* 
rémonie lièlnnùang ; toutes les rues de la ville par 
lesquelles le roi doit passer sont bordées des deux 
côtés d'une multitude de petits autels richement 
ornés; ils sont chargés de vases de fleurs, de ta- 
bleauxy de cassolettes dans lesquelles ou brûle des 
parfums ; les archers et leurs officiers ouvrent la 
marche ; ensuite vient l'armée; les mandarinisont 
montés sar des éléphants, chacun à la tête de son 
régiment qui a un uniforme particulier et des 
armes particulières ; l'artillerie estàTarrière-garde, 
et les soldats qui la composent portent tous l'uni- 
forme militaire à l'européenne, La quantité et la 
variété des drapeaux est d'un joli effet. Vient en- 



wite le corps des musiciens qui exécutent tout le 
long de la route un bruyant concert ; le roi suit 
immédiatement, porté sur un trône resplendissant 
ÏOT et de pierreries, ayantsur la téteune couronne 
pyramidale garnie de pierres précieuses et de dia* 
mants; son costume est composé d'une ample veste, 
(l'une ceinture et d'un langouti, le tout en soie 
riche à fleurs d'or, avec des souliers garnis de joyaux 
de diverses couleurs. D'une main il tient son cim^ 
terre, et de l'autre il puise avec un gobelet dans un 
grand vase d'or rempli de petite monnaie dont il 
wgevge la multitude prosternée sur son passage. 
H jette aussi quantité de billets qui représentent la 
valeur d'un éléphant, d'une maison, d'une barque^ 
d'un jardin, etc.; ceux qui peuvent attraper ces 
billets n'ont qu'à se présenter devant le trésorier 
général, et ils reçoivent à l'instant la valeur des 
objets mentionnés dans les billets. A la suite du roi 
viennent les princes de la famille royale, en cos- 
tnme riche, mais burlesque, portant des chapeaux 
de différentes formes ornés de plumets et de pa- 
naches; ils suivent en cavalcade avec leur nom- 
breux cortège et ferment la marche. 

La procession par eau est bien autrement belle ; 
ce jour^à le cortège du roi se compose déplus de 



— 268 — 

soixante mille hommes distribués dans des banom 
magnifiques de quarante à quatre-vingts coudés 
de long, lesquels sont montés par soixante à cent 
rameurs; la proue de chaque ballon représente dei 
animaux gigantesques et fabuleux dorés splendKJ 
dément. Tantôt c'est un dragon, tantôt un croco* 
dile ou un serpent monstrueux, un poisson énorme, 
une licorne, un éléphant, un tigre, un lion, un 
aigle garuda^ un jak ou géant, le fameux singe 
guerrier hanuman, etc., etc. La richesse des dé^ 
corations, la variété des costumes, la marche ma- 
jestueuse de ces ballons splendides, Taffluencedei 
spectateurs tous en habits de fête , le bruit dei 
rames dorées, les cris simultanés des innombrables 
rameurs, les sons bruyants de mille instrumente 
de musique, tout cela forme un spectacle des plus 

curieux et des plus divertissants qu'on puisse ima- 
giner. 

Le roi sort très-rarement, et presque toujours 
en ballon ; comme il est défendu sous peine de 
mort do toucher sa personne sacrée, dans le ballon 
qu'il monte il y a toujours un certain nombre de 
cocos vides, liés ensemble, qu'on lui jette pour se 
soutenir en cas qu'il tombe à l'eau. Quand il va 
par terre, il monte un éléphant superbement 



— 269 — 

snharnaché^ ou bien il est porté par une dizaine 
dl'homines robustes dans un palanquin doré et 
Ofarni de rideaux de drap d'or ; il est toujours pré- 
cédé et suivi par plusieurs centaines de satellites 
IMrtagés en plusieurs bandes, dont les uns tiennent 
des arcs, les autres des lances, des hallebardes, des 
sabres et des fusils. 

Le respect pour le roi est tel que non-^ule- 
nent on se prosterne en sa présence, mais encore 
toutes les fois qu'on passe devant le palais, il faut* 
se découvrir, et tous les rameurs des barques qui 
passent devant le pavillon royal en avant du pa- 
his sont obligés de se découvrir, et de se mettre à 
genoux jusqu'à ce qu'on Tait dépassé ; ceux qui 
manquent à la consigne, sont ou fustigés ou con- 
damnés à une forte amende. Les chefs qui tien- 
nent un parasol sont tenus à le fermer ou au moins 
à le baisser du côté opposé au palais ; des archers 
armés d'arcs pour lancer des boules de terre se 
tiennent toujours en faction dans le pavillon par 
où le roi descend au fleuve, afin de faire observer 
la règle. 

Quoique le roi de Siam ait un pouvoir despo- 
tique et absolu, cela n'empêche pas qu'il a un rè- 
glement de vie auquel il doit se cot\{otvc\%t \ ^^^^ 



il 



glement est contenu dans un li^re intitulé Phra i f ^"^ 
raxa : monthieraban. Ce livre prescrit Theuie dl 
lever et du bain, l'offrande aux talapoius (un ta 
pieux doit distribuer lui-même tous les joun 
riz aux talapoins ; seulement il ne les salue qu * 
levant la main gauche à la hauteur des yeux)» I 
prescrit les heures d'audience pour les mandariiif 
les heures d'audience pour les princes, le tempi' 
d'étude des lois et des annales du royaume, k 
le temps des repas, le moment d'audience à donner 
à la reine et aux dames du palais; il expose ton 
les déUts qui peuvent se commettre dans le palaiii 
et les peines qu'il convient d'infliger aux délin* 
quants. J'y ai remarqué surtout ceci ; si pendant 
une audience le roi entre en fureur contre un do 
ses mandarins, et qu'il demande son épée au page 
qui la porte, il y a peine de mort pour le page s'il 
livre l'épée au roi, parce qu'il ne doit pas favoriser 
la colère aveugle de son souverain, mais il doit lui 
refuser le glaive, même au péril de sa vie« Les fih 
du roi sont élevés dans le palais jusqu'à l'âge de 
douze ou treize ans ; à cette époque le roi les éta- 
blit hors du palais sous la conduite de quatre gou- 
verneurs, leur fournit quelques centaines d'ea* 
claves, et leur paie environ trois cents Arancs par 



— 271 — 

Bois. Les filles restent au palais royal, et sont con- 
lamnées à garder la vii^inité, parce que la poli-* 
ique du pays ne permet pas que le roi ait un 
^fflidre, lequel pourrait abuser de sa haute posi- 
ton pour trahir son maître. 

Les intrigues amoureuses avec la reine, les con*- 
:ubines du roi ou les princesses sont des crimes de 
èse-majesté ; la peine pour les coupables est d'être 
Wipaléset percés de coups de lance ; mais la reine 
NI les concubines infidèles aussi bien que les prin* 
cesses coupables sont cousues dans un sac de peau, 
)il Von met une grosse pierre, et sont précipitées 
ivantes dans le milieu du fleuve. Quant aux princes 
oupables on les mène dans une pagode; on les 
lit étendre à terre, et avec deux gros bâtons de 
•ois de Bandai, on leur casse le cou, et, après s'être 
SBuré qu'ils sont morts, on les coud dans un sac 
A peau avec une grosse pierre au fond, après quoi 
3s exécuteurs vont les jeter au miUeu du fleuve : 
slle est la triste prérogative des personnes du sang 
oyall 

Le roi ne donne que rarement des audiences so-^ 
snnelles ; elles n'ont lieu que pour les ambassa- 
leurs des cours étrangères, et pour les princes en«« 
oyôs par les rois tribu tairea pour ottrâV^wXs^^ 



— 272 — 

d'or et (l'argent à leur suzerain. Pour donnef 
une idée de la manière de recevoir un ambassa- 
deur à Siam , j'extrais ce qui suit d'une relatiof 
de M. Edmond Roberts, chef d'ambassade 
États-Unis d'Amérique, arrivé à Siam à la fin 
mars 1 836, sur le vaisseau le Peacock^ accom 
de la corvette r Entreprise. 

Le 16 avril avait été fixé d'avance pour laréce 
tion de l'ambassade américaine à l'audience di 
roi. À neuf heures, accompagné de vingt-dem 
officiers de l'escadre en grande tenue, M. Roberii 
s'embarqua dans trois gondoles mises en mouve- 
ment chacune par trente rames. Les bateaux avan- 
cèrent rapidement au son de la musique. Lei 
Américains furent étonnés de la foule de specta- 
teurs qui attendaient leur débarquement. Des of- 
ficiers de police armés de rotins et de bambous, 
dont ils faisaient un fréquent usage sur les épaules 
nues des Siamois, étaient constamment occupés! 
déblayer le chemin devant le cortège. 

À l'entrée de la première porte, on trouva une 
quantité de petits chevaux de selle , caparaçonnas 
dans le style oriental et accompagnés chacun de 
deux palefreniers. La scène était aussi nouvelle 
pour ces animaux que pour les officiers américains. 



— 273 — 

Ug témoignaient leur impatience en détachant de 
ri?es ruades dans la foule. Le cortège fut joint en 
^t endroit par plusieurs Arabes, Persans et Juifs, 
4M1S dans les riches costumes de leurs pays respec- 
^. Après un court délai, provenant du choix que 
bhacun faisait d'un cheval, tout le monde se 
^uva monté* Mais à cause du peu de longueur 
^ étriers , on avait les genoux presque à la hau- 
teur du menton. On avança, à travers la multi- 
tude, jusqu'à la seconde porte, où les officiers 
durent laisser leurs épées, l'étiquette ne permet- 
tant pas de paraître armé devant le roi. 

Le cortège fut reçu dans la salle de justice par 
le jAajorplii'phatkôsa qui se montra plein d'expan- 
rion. On offrit du thé, du bétel et des cigares, 
pendant qu'on attendait que le roi daignât faire 
annoncer qu'il était prêt à recevoir l'ambassade. 

A la seconde porte, des files de soldats, embar- 
rassés d'uniformes rouges et verts et portant des 
armes de différentes sortes, garnissaient, au nombre 
de plusieurs milliers , les diverses avenues. Tous 
les fusils étaient munis de leurs baïonnettes, et 
chaque baïonnette de son fourreau. Les artilleurs 
étaient armés de larges épées qu'ils se tenaient 
prêts à dégainer. Des porteui*s de piques et de 






massues figuraient égalemeot dans cette po 
militaire. 

A cette porte, la musique du bord fut obligée 
s'arrêter et d'attendre le retour de Tambassade. 
cortège avança et eut encore à passer deux poi 
Le nombre des troupes augmentait toujours 
près du palais, se tenait un corps armé de bottd 
et d'èpées. Sur les deux côtés du chemin 
par le cortège, on avait placé trois cents musiciens} 
rangés sur deux lignes, lesquels faisaient crier iil^ 
cessamment leurs hautbois ou retentir leurs tav 
tams, et produisaient une cacophonie des plié 
assourdissantes. De temps en temps Tœil surpre- 
nait, à travers le feuillage des arbres ou des arbusM 
plantés dans les enclos, la perspective d'un riche 
édifice ou d'une pyramide dorée resplendissant ah 
soleil. 

La salle d'audience a sur chaque côté trois en- 
trées ornées de sculptures diverses et de divinités 
bouddhistes. Des paravents placés en dedans ca- 
chent Tîntérieur de Tédifice. Le trône, placé an 
fond de la salle, a environ six pieds de haut, et 
est assez large pour qu'un homme puisse s'y as- 
seoir les jambes croisées. Il est d*or ou richement 
doré , et orné de diamants et autres pierres pré- 



9M. 11 y a derrière , sans doute pour l'orne- 
it, un morc^u d'architecture qui ressemble à 
Miel. Un magnifique parasol, formé de sept 
uBols superposés et de grandeur décroissant de 
en haut, ombrage le siège du monarque. De 
]ue côté sont six autres parasols à étages qu'on 
i^osés de manière à former un arc qui sépare 
(ri de sa cour, 

L Roberts et ses compagnons étant entrés par 
orte du milieu du devant de la salle , et ayant 
(6 le long du paravent, se trouvèrent en pres- 
se de Sa Majesté et de la cour du royaume ThaL 
ilajesté , gros et gras homme d'environ cin- 
nte ans , était assise sur son trône , les jambes 
bées comme le dieu Bouddha. Un riche vête- 
nt de drap d'or l'enveloppait. Elle mâchait du 
û, et lançait de temps en temps sa salive dans 
\ urne d'or, tandis que de nombreux serviteurs 
préparaient d'autre bétel et faisaient avec de 
nds éventails circuler Tair autour de son impo- 
te obésité, trônant dans toute la pompe et la 
gnificence du rang suprême. 
i l'exception d'un long espace vide de huit pieds 
large, devant le trône, tout le plancher était 
ivert de nobles, de courtisans, de grands du 



— 27« — 

pays, vêtus de costumes de soie et d*or, sortes ^ 
longues jaquettes serrées , à basques courtes < 
ressemblaDt assez, pour la forme, aux ancienne 
cottes de maille. Près de trois cents personne 
composaient cette noble compagnie qui se tem 
tout entière agenouillée et accoudée, la tète il 
clinée vers le plancher. La salie, n*admetti 
qu'un demi-jour, permettait aux joyaux de pù^ 
à leur avantage. Les diamants et les escarbood 
répandus sur la personne du roi brillaient et éti 
celaient, lançant dans toutes les directions comi 
de petits éclairs. 

Tel fut le spectacle que la salie et la cour pi 
sentèrentà Tambassade américaine. Elle mitai 
sitôt chapeau bas, puis, quand ils se furent avan 
jusqu'à l'espace libre mentionné plus haut, 
Américains firent trois salutations ainsi qu'il 
avait été convenu. S'étant assis sur un tapis, à v 
assez grande distance du trône, ils durent prem 
garde de tenir les pieds en arrière , afin que 
Majesté ne fut point choquée par la vue de 
membres inférieurs emprisonnés dans des botl 
car les Américains n'avaient pas voulu consenti 
laisser leur chaussure à la porte. Après qu'on se 
assis dans ceti e position très-incommode, on fit ti 



— 277 — 

^uls siamois. Toute la cour frappa trois fois le 
lyncher de sa tète, et Sa Majesté exprima sa sa- 
tis&clion en lançant par trois fois sa salive dans un 
crachoir d'or, et renouvelant sa bouchée de bétel 
i de noix d'arec 1 

En avant de l'ambassade , on avait étalé une 
jUtie des présents apportés par M. Roberts, l'en- 
BDible en étant trop volumineux pour figurer dans 
Btte occasion solennelle. Immédiatement après 
ue les saints eurent été faits, on entendit un bas 
mrmure s'élever derrière le trône. L'interprète 
xpliqua que c'était le secrétaire du roi qui lisait 
a liste des présents envoyés par le gouvernement 
les Ëtats-Unis à Sa Majesté. 

Cette formalité accomplie, le roi adressa à 
I. Roberts plusieurs questions qui eurent à passer 
MUT la bouche de trois interprètes ou secrétaires, 
ii'un d'eux était accroupi tout près du trône et ré- 
)ëtait à voix basse les paroles de Sa Majesté à l'un 
le ses collègues, placé à moitié chemin de la partie 
Dférieure de la salle. Celui-ci les répétait d'un ton 
ncore plus bas à l'interprète qui , accroupi près 
le H. Robcrls, les lui soufflait dans l'oreille. Les 
èponses étaient transmises de la même manière. 

Au bout de trois quarts d'heure , un son métal- 



— 278 — 

lique aigu se fît entendre. Un rideau de soie d'or, 
qu'on tira en travers de la salle devant le trône, et 
qui déroba Sa Majesté aux regards , annonça que 
l'audience était terminée* L'ambassade fittrok 
saints, et toute la cour inclina par trois fois latife 
jusqu'au plancher. 

L'ambassade fut menée ensuite voir le haras dl 
Sa Majesté : plusieurs éléphants, et enfin la pagode 
du palais. Le IS avril avait été fixé pour la remise 
de la copie du traité que venait de ratifier le roi de 
Siam. Vers une heure de Taprès-midi, M. Robefb 
fut informé que les barques dorées du roi étaient 
en vue. Accompagné des officiers en grande te- 
nue et de la musique, il se rendit au bateau de 
cérémonie, où il trouva le phaja-phiplutt-kH 
déjà arrivé. Il y avait là trois longs bateaux rîcbfi- 
ment dorés, décorés de pavillons, et chacun de cei 
bateaux était mis en mouvement par cent rames. 
Les rideaux étaient de drap d'or sur fond écariate. 
L'embarcation royale, qui portait le traité, formait 
l'avant-garde. Le traité était dans une botte cou- 
verte de soie jaune grossière, brochée d'or. Cette 
boîte était placée sur un plat d'argent, posé sur un 
plateau ayant un grand pied de même métal. Au 
dessus, s'étendait un dais écarlate, ombragé à son 



( 



— 279 — 

mr par la parasol royal à ^pt étages. Le» uni^ 
irmes écarlate» des matelots, les coups mesurés 
e leurs cent rames, les bannières flottantes, la 
lusique des fifres et des tambours, l'or et l'argent 
isplendissant au soleil , formaient un spectacle 
larmant et montraient avec quel cérémonial scru« 
deux ou conduit tout à la magnifique cour de 
iam. 

Quand la boîte fut enlevée, la musique siamoise 
t entendre une sorte de mélodie douce et plain- 
ye. Le phaîa-^phiphat-kôm porta la botte à 
[. Roberts , et fit en même temps un salut au 
ceau royal attaché au traité, M. Roberts l'ayant 
Bçue, l'éleva par respect pour le roi jusqu'à la bau- 
Dnr de la tête , pendant que la musique améri- 
aine jouait des airs nationaux, et, la plaçant en- 
oite sur un plateau préparé à cet effet, il la déposa 
ans la chambre de la jonque de cérémonie ; à 
UQuit , on leva l'ancre et , remorquée par trois 
mgues galères, la jonque de cérémonie descendit 
apidement le fleuve ; dans un jour, on fut rendu 
bord de la frégate américaine qui stationnait en 
«hors de la barre de Siam, 
Dans les audiences solennelles le roi ne fait que 
ÎQqousix questions à l'ambassadeur )^r ^\^\sv^W. 



— 280 — 

Comment se porte votre roi? Votre pays esst-il e 
paix et florissant ? Âvez-vous fait un heureux voyage 
Quel est le motif de votre ambassade? J'ai donn 
ordre à mon premier ministre de s'entendre ave 
vous et de faire réponse à votre lettre de créance 
Puis il fait donner de l'arec, du bétel et des pré 
sents précieux à l'ambassadeur et à sa suite, aprè 
quoi le rideau se tire, la musique joue des fanfiire 
et l'audience est finie. Tout le temps qu'un amba» 
sadeur passe à Siam, il est logé et nourri aïo 
toute sa suite aux frais du roi, qui prépose un A 
ses mandarins pour cet objet. 

Il n'y a point de chancelier à Siam ; chaque man- 
darin qui a droit de donner des ordres par écril 
a un tra ou sceau que le roi lui donne. Le roi lui- 
même a son sceau royal qu'il ne confie à personne 
et dont il se sert pour tout ce qui émane directe- 
ment de lui. La figure des sceaux est en relief ; on 
les frotte d'encre rouge et on les imprime sur li 
papier ; ils ont environ deux pouces et demi dq dis* 
mètre et présentent des devises grotesques et cu- 
rieuses. Voici la description des sept principan: 
sceaux du roi : le premier sceau représente ni 
éléphant à trois têtes» portant sur le dos un édifie 
ou /)alaiS; ayant aux deux côtés deux parasols 



— 281 — 

)pt étages. Le second sceau représente un animal 
ibuleuî, qu'ils appellent le roi des lions. La de- 
ise. du troisième sceau est le garuda, aigle fabu- 
eux et monstrueux. Le quatrième sceau a pour 
leviseTimage deBuddha assis, tenant d'une main 
me fleur de lotus épanouie et de l'autre une feuille 
le la même plante. La devise du cinquième sceau 
sst un ange à cheval sur un géant ou démon. Le 
sixième sceau représente un ange à cheval sur un 
lerpent ou dragon et tenant un glaive de feu. La 
devise du septième sceau est un ange monté sur un 
lioD et portant une lance. 

Disons comment se passent les audiences ordi- 
naires. Sur les dix heures du matin, les mandarins 
le réunissent d'abord dans une grande salle ou- 
vaie située en avant du palais. C'est là qu'ils se 
communiquent les nouvelles et qu'ils se concertent 
nrce qu'il y aura à dire au roi. Chaque mandarin 
lion secrétaire, qui tient son portefeuille ou livre 
de notes et rapportp. Un peu avant onze heures, 
cette troupe de cent à cent cinquante mandarins 
le rend dans la salle d'audience où chacun va s'as- 
leoir dans sa place respective ; ilschuchottent dou* 
cément les uns avec les autres jusqu'au moment 
Où les pages, qui précèdent le roi et portent les in- 



— 282 — 

signes royaux, entrent dans la salle ; alors toom 
prosternent, et, dès que le rpi parait, cette Mlll 
courtisans élève les mains, baisse la tète oootn 
terre et reste prosternée sur les genoux et lescowla 
jusqu'à la fin de l'audience. Le roi s'assied louin 
dais et sur son estrade munie de splendidei ctt^ 
reaux pour s'appuyer ; pendant l'audience il ]mi 
la position qu'il lui plait; il mâche l'arec <t! 
bétel, boit du thé, fume le cigare ou la pipt^î 
adresse la parole tantôt à Tun, tantôt à l'autre: 
arrive quelquefois qu'il adresse la parole i prew 
tous successivement; mais ordinairement, il s'en 
tient surtout avec les ministres, les interrogeant 
ce qui regarde leur département, C'est une ri 
qu'aucun mandarin ne parle, à moins que le 
ne l'interroge; cependant il y a toujours deux m 
darins dont l'office est de faire des rapports ai 
sur tout ce qui intéresse le gouvernementt A 
heure après midi environ, le roi se lève, la fi 
des courtisans élève de nouveau les mains ] 
adorer le monarque qui se retire. Alors la trc 
des mandarins sort et va se réunir encore à la \ 
extérieure pour se concerter sur les ordres émi 
de Sa Majesté, Le soir, à sept ou huit heures, a 
une uquvçUe audience qui n'^t pas générale ; i 



- K'4 - 

t le conseil des ministres; les grands princes 
ent et prennent part à cette audience de nuit, 
lie se prolonge quelquefois jusqu'à n^inuit. De 
le roi (^qnne encore une ou deu^ audiences 
dncesses et aux dames du palais pour arran* 
îi différends et les affaires qui surviennent dans 
[nmense sérail» 

roi qui vient de mourir il y a quatre ani 
fait établir, dans une salle proche du palais^ 
•Qs tambour que pouvaient venir frapper tous 
quf avaient des placets» requêtes et réclama* 
à offrir au roi. Chaque fois qu'on frappait cd 
oqrj un page venait prendre le placet, qu'il 
it immédiatement au roi ; mais cette louable 
ution est tombée en désuétude par l'abus 
[ en faisait et surtout par la méchanceté et 
ice des pages qui, ennuyés de ce service in- 
lode, se mirent à rançonner les pauvres dia*« 
batteurs du tambour; maintenant on n'en 
plus, 

r a un mandarin gouverneur du palais ; il a 
^ ordres plusieurs miUiers de soldats, qui sont 
à venir faire la garde à tourde:rôle ; ils sont 
bues par groupes à toutes les portes, dans les 
f aux allées et dans les salles extérieures ; il y 



i 



— Î84 — 

en a qui ne font que rôder de tous côtés, tenant un 
sabre, un arc, ou simplement un rotin ; par ko* 
nomie, on ne leur fait pas porter le costume mili- 
taire. Outre ces gardiens du palais, ii y a encore 
six régiments de tamruet ou satellites, qui font 
tour à tour le service du palais et se tiennent préh 
à exécuter les ordres du roi; ce sont eux qui font 
la police dans la capitale et aux environs : ils vont 
en troupe saisir les voleurs, les malfaiteurst les fin 
meurs d'opium et tous ceux contre qui est laneè 
un mandat d'arrestation. Dans l'intérieur du pa* 
lais il n'y a qu'une centaine de pages qui sont, à 
proprement parler, les serviteurs du roi ; ils tieih 
nent ses insignes royaux, lui servent le thé, le t^ 
bac, l'arec et le bétel, lui font la lecture, tiennent 
ses comptes et ses registres ; il se sert d'eux pour 
aller surveiller tous les travaux publics, pour poif* 
ter des ordres aux mandarins et faire différenb 
achats d'objets européens. Ces pages sont tous dei 
jeunes gens de bonne mine, âgés de seize à vingt- 
quatre ans, fils de mandarins que les parents of- 
frent au roi pour son service. Il y a deux catégo- 
ries de pages : les uns ne quittent pas le palais ; les 
autres ne sont tenus qu'à deux ou trois heures de 
service par jour. Quand ces jeunes gens sont de- 



lus hommes faits, le roi leur confère une dignité 
sou moins élevée, selon le rang qu'occupe leur 
•e. 

Les appartements qu'habite le roi sont peu 
aires et peu ornés; ce sont comme des maga- 
s où est entassée une foule de choses curieuses, 
ices, lustres, cristaux , horloges de tout genre, 
les de porcelaine, statues, boites à musique, buf- 
%en laque de Chine et du Japon, armoires do-* 
%, meubles précieux d'Europe, curiosités di- 
sses, etc., etc. On dit qu'il n'a pas de chambre à 
acherfixe; il dort tantôt dans une, tantôt dans 
le autre, et cela par esprit dé défiance» parce 
i-il craint que, si on savait le lieu de son repos, 
telque traître ne vint attenter à ses jours. 
Le roi de Siam est très-riche, ce qui est facile à 
beevoir, quand on sait que toutes les taxes et 
ipôts viennent s'engloutir dans son trésor ; ajou** 
E à cela les présents et les tributs des rois et des 
rDçes qui dépendent de son empire et le produit 
I mines d'or, de cuivre et d'étain qu'il fait ex- 
citer à son profit. 11 est vrai qu'il a aussi de 
andés dépenses à faire , car c'est lui qui paie les 
inces, les mandarins et les soldats, sans compter 
entretien dispendieux de son grand séta\\« Ow d\V. 



— Mo- 
que, selon un antique usage, le roi possède un tri« 
sor particulier auquel il ne doit pas toucher, si co 
n'est dans les cas extrêmes, et le successeur ajoiita 
toujours à ce que son prédécesseur a amassé. 

Quoique le roi de Siam entretienne un grand 
nombre de femmes, il n'en a cependant qu'unà 
qui soit regardée comme sa femme légitime et qû 
ait le titre de reine. Ce n'est pas la coutume qiM 
le roi demande pour reine une princesse d'une 
nation étrangère ; mais il choisit une princes do 
royaume qui, le plus souvent, est sa proche pa- 
rente, ou bien une princesse des Ëlats qui lui Bont 
tributaires. Le palais de la reine est attenantes 
lui du roi ; il consiste en plusieurs grands bàti« 
ments élégants et bien ornés. Ce palais a una 
gouvernante, dame âgée et qui a la confiance dn 
roi. C'est elle qui est chargée de tout ce qui pon« 
cerne la maison de la reine ; au moyen d'une cen^ 
taine de dames qui sont sous ses ordres, elle exerça 
une surveillance exacte sur la reine elle-même et 
sur les concubines du roi, qui sont des princesiai 
de diverses nations ou des filles de grands manda* 



— 287 — 

que Ittxtn pères ont offertes au prince ; elle 
imande en outre environ deux mille femmes ou 
les filles employées au service du palais. La 
vemante de la maison de la reine est encore 
rgée de veiller sur les filles du roi et sur toutes 
princesses, qui sont comme cloîtrées et ne peu- 
t jamais se marier. Toute cette troupe de 
[mes passât leur vie dans la triple enceinte de 
ttôù elles sont enfermées, et ne peuvent sortir 
î rarement pour aller faire quelques achats ou 
ir aller porterjdes offrandes aux pagodes. Toutes, 
pk la reine jusqu'aux portières, reçoivent leur 
Ide du roi, qui les entrelient, du reste, avec 
McOup de luxe et de générosité. On dit que, 
08 la troisième enceinte, se trouve un jardin dé- 
lais: et fort curieux ; c'est un vaste enclos qui 
otient en miniature tout ce que Ton trouve en 
ind dans le monde. Là, il y a des montagnes 
stices, des bois, des rivières, un lac avec des 
its et des rochers, des petits vaisseaux, des barques, 
l ba2ar ou marché tenu par les femmes du pa- 
ls, des pagodes, des pavillons, des belvédères, des 
irtues et surtout des arbres à fleurs et à fruits ap- 
artés des pays étrangers. Pendant la nuit, ce jar- 
in est illuminé par des lanternes et de?> \^\'s^.tç^.^\ 



c'est là que les dames du sérail prennent leur 
et se livrent à toutes sortes de divertissements 
se consoler d'être séquestrées du monde. 



BU SECOND ROI. 



C'est la coutume à Siam qu'il y ait un second 
qu'on appelait autrefois uparat et^u'il s'ap| 
aujourd'hui vangnà. C'est ordinairement un 
ou un proche parent du roi qui est élevé à cettei 
gnité. 11 a un immense palais presque aussi 
et aussi somptueux que celui du premier roi; 
aussi les insignes royaux; tous les passants 
obligés de se prosterner devant son pavillon sil 
au bord du fleuve ; il a sa cour, ses offîciersi 
mandarins absolument sur le même pied que 
premier roi. C'est ordinairement lui qui se met. 
la tête des armées en temps de guerre; le premier 
roi ne fait rien d'important sans avoir son appro- 
bation. 11 est cependant tenu d'aller visiter le roi 
de temps en temps ; alors il salue en élevant les 
deux mains, mais il ne se prosterne pas, et reste 
assis acceudé sur des carreaux comme d'égal à 
égal. 11 est remarquable que de temps immémo- 
aial les vangnà ont toujours été en assez bonne 




I Mcond roi, représentanl une aiguille de tète posée «nr dee Taset doi 
«l les parasols royaux à étages. 



— 289 — 

urmonie avec les rois, malgré les causes de dis- 
trde qu'un tel régime devrait naturellement en- 
mdrer. Le trésor royal est ouvert au vangnà 
mtes les fois qu'il en a besoin ; mais la demande 
es fonds doit être préalablement présentée au roi 
ui l'approuve en y apposant son sceau, après quoi 
Ile est envoyée au grand trésorier qui délivre la 
mme. 

DES PRINCES. 

Parmi les princes, on en choisit toujours un' 
mv l'établir vanglàng ou vice-roi. Son office est 
e traiter toutes les affaires majeures, de juger les 
rinces, ou les mandarins coupables, aussi bien 
Ile la mauvaise conduite des concubines ou des 
Unes du palais, de veiller au bon ordre dans la 
tpitale et aux environs. Il est le premier de la ca- 
gorie des princes appelés krommalmng qui sont 
I nombre de quatre. Après eux viennent les 
inces appelés krommakhun, qui sont aussi au 
>mbre de quatre ; enfin quatre autres princes ap- 
^lés krommamùn. Ce sont là les seules dignités 
ixquelles on élève les princes; tous les autres 
embres de la famille royale sont sans eov^lov <^\. 



— 292 — 

chef des satellites; 10, phaîcir-raxa-montri, pre<, 
mier chef des pages; 11, phaja-'thibet, second 
chef des pages; 12, phajd-rak, premier lieute- 
nant du gouverneur du palais ; .13, phajorbamri' 
phak, second lieutenant du gouverneur du palakj 
li ^ phaja-praxa-xip y lieutenant du ministre à 
l'agriculture; 15, phaja-phiphat ^ lieutenant di 
grand trésorier ; 16, phaja-^phet-pani, officier di 
phaja-jômaràt ; 17, phajar-phet-xada , autre of- 
ficier du phaja-jômaràt ; 18, phaîa-phet-phiao^ 
commandant des forteresses; 19, phaja-si-fkî^ 
phaty officier du grand trésorier; 20, phaja^chiùi^ 
chef de la nation malaise ; 21 , phaja-^mmàt, pq 
mier lieutenant du phaja^chakri; 22, pltaja-rèi 
jôthUy second lieutenant du phaja-clidkri ; îl 
phajU'-thèp, premier lieutenant du phaja-kt 
lahôm; 24, pltajonsura-sena , second lieutenai 
du phaja'kalahôm ; 25, phaja-rat-dexô, géDéij 
de la première légion; 26, phajothainam, fji 
néral de la seconde légion ; 27, phaja-'ram, gi 
néral de la troisième légion ; 28, phaja-narong, gf 
néral de la quatrième légion ; 29, phajophiad 
songkhram, général de la cinquième légion ; 3A 
phaja-raxarnikun, général de la sixième légion; 
3i, phaja^suphavadi ^ chef de tous les clienb; 



— 293 — 

32, phaja^aphai^sura^lông, surintendant de Tar- 

liNerie; 33, phaja-^iset-songkhram, général d'ar- 

ffilerie. 

: Les mandarins du quatrième et cinquième ordre, 

i'est-à-dire les phra et les lûang, sont très-nom- 

ux, et sont tous sous les ordresde quelque joAaja. 

ns chaque administration, le chef principal 
rappelle préfet ou chào^krom; il a deux lieute- 
lants ou adjoints, Tun de droite et l'autre de 
Ifiuche, qu'on appelle balat-krom. Ces balat ont 
|bui aides qu'on appelle phu-ocuaij et chacun des 
païKCuat a sous ses ordres un certain nombre de 
Pl^ts appelés nai-muet. Ces nai-muet comman- 

rat de vingt à trente individus. 
. Les villes du royaume de Siam sont divisées en 
tre ordres qu'ils appellent Muang-ek^ Mùang^ 
', Mùang-Tri, Mùang-Chatava. Les villes du 
mier ordre sont : la capitale, et toutes les villes 
il y a un roi tributaire. Les Mùang-Thô sont 
capitales de provinces gouvernées par un phaja. 
villes du troisième ordre ont un phra pour 
vemeur, et celles du quatrième ordre sont ad- 
inistrées par un mandarin d'un ordre inférieur 
ippelé ludng. Dans chaque village il y a un maire 
Wffàé kamnan. Chaque gouverneur de province 



est assisté d'un lieutenant ou balat^ et d'un 80» 

lieutenant appelé jokabat; il a en outre un tribunal 

ou conseil composé d'une douzaine de juges ap^ 

pelés kromakan. Le gouverneur réunit tous la 

jours son conseil dans une grande salle, où Foi 

traite toutes les affaires importantes. 

Les gouverneurs jouissent d'une grande autorili 
dont ils abusent souvent pour opprimer le pauvm 

peuple, ce qui fait qu'ils sont en butte à de M^ 

quentes accusations auxquelles ils ne peuvent if 

soustraire qu'en offrant des sommes considéraUei 

au roi ou bien au grand mandarin dont ils relèveotf 

A Siam, la plupart des charges sonthéréditairsii 
de sorte que c'est toujours le fils qui succède M 
père, à moins que la différence d'âge ou la vo- 
lonté du souverain n'y mette obstacle. Toutes la, 
personnes constituées en dignité sont obligéaii 
deux fois par an, à boire l'eau du serment dont j'v 
déjà parlé. Quiconque manquerait à celte fonnip 
Il té, sans excuse légitime, serait regardé commi 
un traître, et emprisonné sur-le-champ. Il n'y l ^ 
que les chefs chrétiens qui en sont exempts, parco ^ 
que le roi a reconnu que cet acte est contraire i 
leur religion. 

Chaque année, à la fin du mois de novembre, 



didribue la paie à tous les fontîonnaires du 
me, ce qui dura environ douze jours. Les 

princes reçoivent chacun vingt livres d'ar- 
ia livre est de 80 ticaux ou 240 francs). Les 
très en reçoivent autatit; la solde des p^ja 
douze à deux livres d'argent ; celle des phra 

luâng est de cent vingt à soixante ticaux ; 
iployés subalternes ne reçoivent que de qua- 
à seize ticaux; enfin, les simples soldats, sa-* 
B, médecins, ouvriers et autres, sont payés 
)n de dix ou douze ticaux seulement. Toute 
sse du peuple est sujette au service royal« 

appellent raxorkan; il faut cependant en 
ter tous les Chinois venus de Chine, car leurs 
ts qui sont nés à Siam sont tenus au même 
B que les indigènes. Le roi a imaginé une 
ière manière ^de taxer les Chinois ; tous les 
ms on leur attache au poignet une grosse 
, au nœud de laquelle on appose un sceau 
i résine de laque^ et on leur délivre en même 
' un billet scellé, moyennant la somme 
q ticaux ou quinze francs. Ils doivent garder 
;au pendant près d'un an; il n'y a que les 
. marchands chinois qui, en payant triple taxe, 
nt se soustraire à cette honteuse servitude. 



/ 



— X94 — 

ûkI assisté d'un lieutenant ou htJi^^^ 
lioutxinant appelé jokabat ; il a e 
ou conseil composé d'une dor § 
nolés kromakan. Le gouvf g- 

ê ^ 

ioure son conseil dans v p f- 

traite toutes les affaire ^^ 

Les gouverneurs^/ i. 
dont ils abusent sol \ \ 

peuple, ce qui Ç^ ^ "^ ^ 
queutes accus^ 








oa 



les 



soustraire qv- ^ 
au roi ou b-/ 



1 " .eulents'excfflj 

. qu'à payer la sotatoc' 
iS chefs qui la retiennmit )0# 

^ ^^^ viuont quelque autre à leur pkceJ 
do sor ^ avérée que les chefs, grands et 
P*''^^tent généralement du service royal et à) 
%#<i*' un certain nombre des gens qu'ils àxk 
^ ^#«npl^^y^'i* « 1^^ roi le sait bien ; mais il ferme 
#ii\ là-ilossus o( avec raison, parce que la 
4iquc si^Klo quo reçoivent les mandarins ne 
wil i>as innir leur entretien. C'est ce qu*ik appe^- 
lont pri^vorbialoment lActin no bon Idng-fkrëi 
faiiv Us ohami>$ *"^ *^^ ^^^ Jw peuple. 

IXius toute retendue du ro>^ume • il y a udb 
1hmuu> iMrtie du (knqxle qui n'est pas sujette aux 
^vr\t\v^, mais di>it jvi\er. chaque année* un triW 



"1 



ir$tm de huit à seize ticaux. Il y en 

en colonnes de bois, d'autres en 

en chaux, en sable, en bam- 

Sois d'aigle, gomme-laque, 

^ette partie du peuple est 

en ce que, pourvu 

* . ♦ure ou en argent, 

' « ue faire ce qu'elle 

JLO de guerre où elle doit 

comme les autres. 

clients ou lèk, les familles qui sont 

* le service des princes et des man- 

\ divisent en deux classes : clients 

îents esclaves. Tous les clients, en 

t chaque année, au trésor, une taxe 

toujours fixe; les clients esclaves 

i à quatre ticaux, et les clients satel- 

trois à six ticaux. Les princes et les 

t ainsi sous leurs ordres de dix à 

] cents familles ; ils ne peuvent ré- 

"B clients que certains services pa&- 

e, par exemple, de venir ramer la 

)S cérémonies publiques ; ils doivent 

venir toutes les fois que le raxa-kan 

yal l'exige ; ils doivent leur faire 



— 296 — 

Le menu peuple est divisé en cinq catégories: 
les soldats, les gens de corvée^ ceux qui paient ub 
tribut, les clients et les esclaves. Je parlerai des 
soldats dans le chapitre de la guerre. Les gens da 
corvée , qu'on appelle kMo-dùen , sont tenus i 
trois mois de service par an; on les emploie i 
bâtir les forteresses, les pagodes ou des palak^ 
à creuser des canaux, faire des digues, des che* 
mins, des hangars et en générai à tous les oih 
vrages royaux ou publics. S'ils veulent s'exemptflr . 
de ces corvées, ils n'ont qu'à payer la somme de : 
seize ticaux à leurs chefs qui la retiennent potf - 
eux ou bien louent quelque autre à leur place. Cert 
une chose avérée que les chefs , grands et petite 
exemptent généralement du service royal et à leur 
profit, un certain nombre des gens qu'ils doiveÉ! 
y employer ; le roi le sait bien ; mais il ferme 
yeux là-dessus et avec raison, parce que la 
dique solde que reçoivent les mandarins ne s 
rait pas pour leur entretien. C'est ce qu'ils ap 
lent proverbialement iham na bon Idng-'phrài^ 
faire les champs sur le dos du peuple. 

Dans toute l'étendue du royaume , il y a uns 
bonne partie du peuple qui n'est pas sujette aia 
corvées, mais doit payer, chaque année, un InM^ 




— 297 — 

dont la Valeur varie de huit à seize ticaux. Il y en 
a qui le paient en colonnes de bois, d'autres en 
briques, en tuiles, en chaux, en sable, en bam- 
bous, en cire, miel, bois d'aigle, gomme-laque, 
huile, résine, etc., etc. Cette partie du peuple est 
peut-être la plus heureuse, en ce que, pourvu 
]u'elle paie son tribut, en nature ou en argent. 
Bile est libre, toute l'année, de faire ce qu'elle 
reat , excepté dans le cas de guerre où elle doit 
bamir des soldats comme les autres. 
. On appelle clients ou lèk, les familles qui sont 
léservées pour le service des princes et des man- 
hnos. Ils les divisent en deux classes : clients 
itellites et clients esclaves. Tous les clients, en 
^néral, paient chaque année, au trésor, une taxe 
pd n'est pas toujours fixe ; les clients esclaves 
Mient de deux à quatre ticaux, et les clients satel- 
lies paient de trois à six ticaux. Les princes et les 
nndarins ont ainsi sous leurs ordres de dix à 
lilatre ou cinq cents familles ; ils ne peuvent ré- 
riamer de leurs clients que certains services pas- 
agers, comme, par exemple, de venir ramer la 
kirque dans les cérémonies publiques ; ils doivent 
iflBsi les faire venir toutes les fois que le raxa-kan 
M service royal l'exige; ils doivent leur faire 



payer I9 taxe annuelle pour le trésor. Quand lu 
clients n'ont pas de quoi payer, le chef aYODOi 
pour eux» compte l'usure, et les pauvret clients né 
tardent pas à devenir ses esclaves. En général, la 
clients sont d'une grande ressource pour leur 
maître, surtout quand celui*'Ci ne les moleste pv 
et les laisse paisiblement chercher leur vie; car 
alors ils lui apportent souvent des présents ooii' \ 
sidérables en riz , fruits, légumes et poissons. 

Les esclaves font au moins le tiers de la popv* 
lation ; on les divise en trois classes : les captifri 
les esclaves irrédimibles, et les esclaves ordinaivfll 
qui peuvent se racheter. Pendant les guerres, c'sÉ 
la coutume d'amener captifs tous les habitants àm 
places qu'on a prises, et le roi en distribue uns 
partie à chaque mandarin, selon son rang et Mf : 
mérite. Lorsque ces captifs ne se plaisent pas chcK i 
leurs maîtres , ils ont droit de passer chejs un 1 
autre, pourvu que celui-ci paie leur rançon, fixés ^ 
à quarante-huit ticaux par personne. On appela 
esclaves irrédimibles, les enfants qui ont été ven» 
dus irrévocablement par leurs père et mère dans 
leur bas âge et avec un écrit de vente en due 
forme; ceux-ci ne peuvent plus sortir de ches 
leur maître et, s'ils y sont maltraités, ils n'ont pas 



— «99 — 

aôtre renource que de souffrir ou de prendre 
fuite. Quant aux esclaves ordinaires, ce sont 
t pauvres gens qui sont obligés de se vendre 
Mir payer leurs dettes. Le service des esclaves est 
iputé comme tenant lieu des intérêts du capital 
rancé par le maître , de sorte que Tesclave qui 
ira servi son maître pendant une vingtaine d'an- 
^ doit^ pour se libérer, rembourser toute la 
^mme pour laquelle il s'est engagé. Si l'esclave 
ni changer de maître , il n'a qu'à s'offrir à un 
itre qui paie sa rançon. Le prix des esclaves 
ne selon l'âge et le sexe ; depuis douze ans jus* 
Vh seize, on les achète de quarante à soixante 
taux; un homme fait s'engage ordinairement 
mr quatrCf-vingts jusqu'à cent soixante ticaux. 
-.ne iaut pas croire que les esclaves, à Siam, 
fient traités comme les esclaves nègres; il est 
ii que certains maîtres les nourrissent assez mal, 
I leur épargent pas les coups de rotin, les in« 
res, les malédictions; quelquefois même ils les 
ettent aux fers et au cachot ; mais on peut dire, 
1 général, que les Thai ont beaucoup d'huma- 
ié pour leurs esclaves , ne les font travailler que 
^modérément et les traitent souvent beaucoup 
îeux qu'on ne traite les domestiques en France^ 



— 300 — 

Chaque mandarin a un catalogue très-exact de 
tous les sujets qui relèvent de lui; mais dans kl 
dénombrements jamais on ne fait mention , ni 
des femmes, ni des enfants, ni des vieillards;» 
ne compte que les hommes depuis Tàge de vingt 
ans jusqu'à soixante - dix. Si vous demandez 1^ 
quelqu'un : Combien y a-t-ii de monde dans cetM 
ville? Il vous répondra: qu'il y a six cents hommen 
et dans le fait, il y a plus de trois mille habitaoti;i 
c'est ce qui fait qu'il est si difficile de connaître/^ 
au juste, la population du royaume de Siam, dW 
tant plus que tous les recensements particulierssonld 
envoyés à un grand madarin, qui est chargé dr! 
les garder sans pouvoir les communiquer à pei^ 
sonne, si ce n'est au roi et aux ministres. 

Le gouvernement Thai a bien peu de rapporb 
politiques avec les nations voisines, si ce n'est avec 
la Chine ; car il y envoie tous les trois ans dei 
ambassadeurs avec des présents pour Tempereor 
de la Chine , que le roi de Siam appelle son frère 
aîné ; de son côté , l'empereur répond par une 
lettre et des présents, mais n'envoie jamais d'am- 
bassadeurs à Siam. Les relations des Thai avec te 
Anglais de Syngapore sont purement comIDe^ 
Claies, et toutes les fois que les Anglais ont fait des 



itioD* d'un genre politique, le roi a toujours 
u qu'il fellait s'en tenir aux anciens traités, 
inù que dernièrement il leur a refusé for- 
lent d'établir un consul à Bangkok. 11 n'y 
es Portugais qui aient un consulat dans cette 
i depuis une trentaine d'années, et la crainte 
gouvernement Thai a des Anglais, fait qu'il 
la résolution de n'accorder à aucune puis- 
turopéenne le droit d'établir des consulats 
li , persuadé que s'il l'accordait aux Frao- 
ir exemple, il se verrait obligé de l'accorder 
iix Anglais, avec qui il n'a pas envie de se 




'9 *d^ . 



">-•*■ 



CHAPITRE NEUVIÈME 



FmANCKS. 



Le roi de Siara tire ses revenus l"" des tri 
que lui paient les petils rois soumis à son em] 
2** des impôts sur les champs , les jardins e 
plantations; T des monopoles qu'il a éta 
4*" dos douanes et des impôts sur les marchand 
5' de la taxe des jonques et des navires europ^ 
6^ des amendes et des confiscations. 



TKlBtTS. 



Parmi les petits rois qui dépendent de Siai 
uns, comme les rujak malais, ne sont tenus 



— 803- 

toui les trois ans des arbres ou des fleur» d'or 
(l'argeut avec uoe certaine quantité de poudre 
nr ; tous les autres paient chaque année un tribut 
nsidérable en ivoire, bois de tek, benjoin, gomme* 
itte, laque, cardamome et autres marchandises 
li sont pour le roi un objet de commerce impoiw 
nt ; car, selon les Indiens, ce n'est pas un dés* 
inneur pour le roi de faire le commerce, et le 
li de Siam possède une douzaine de grandes 
IKlues qui vont trafiquer en Ghioe^ sans compter 
^navires à l'européenne qu'il expédie continuel 
JMnt a Syngapore ou à l'ile de Java. 

IKPÔTS. 

'impôt sur les champs est fixé à un lical par 
it ; il se paie au moment de la récolte du riz. 
I, le roi envoie des officiers qui, très-souvent, 
dvent pas l'impôt en argent, mais obligent 
laboureurs à le payer en nature et à un prix 
-lb fixent eux»mémes , toujours plus bas que le 
courant. Toutes les fois qu'un nouveau roi 
inte sur le trône , on fait un nouveau cadastre 
^Jardins; on compte tous les arbres fruitiers de 
hl|oe espèce, et on règle l'impôt diaprés le 



— 304 — 

nombre et la qualité des arbres. Chaque duriol 
paie un tical; le manguier, le mangoustan, b 
jacca, etc., paient un salung; une touffe de baiv- 
bous, un fîiang, et ainsi des autres arbres à pit^ 
tion de la valeur des différents fruits. L'impdt ni 
fois fixé, on paie tous les ans la même sonHMjr 
sans avoir égard aux mauvaises années ni au 
rissement des arbres ; mais aussi le propriétaire 
libre de planter de nouveaux arbres autant 
voudra, sans que l'impôt subisse d'augmeni 
Les plantations de canneis à sucre , de poivre, 
tabac, etc., sont sujettes à des impôts fort 
reux ; ce qui fait que souvent le maître aband 
sa plantation, faute de pouvoir continuer 
profit. 



MONOPOLES. 



On raconte qu'il y a une quarantaine d'ani 
le monopole était inconnu à Siam. Un ai 
deur anglais ayant fait entendre au roi qu'il 
indigne de Sa Majesté de faire le commerce 
qu'il valait mieux se créer des revenus fixes 
donnant à ses sujets le monopole de certaines 
chandises, son avis fut très-goûté du menai 



— 305 — 

i le mit de suite à exécution. Il établit donc le 
oopole sur Tarak, puis sur le tabac, ensuite sur 
jeuxy Thuile, les torches, les feuilles de pal- 
sr pour la toiture des maisons , le charbon , le 
s à brûler, le kapi, le marché, la pèche, l'ex- 
ctton des mines, etc., etc. Depuis lors, les mo- 
M>les n'ont fait qu'accroître tous les ans. Les 
mois et les Chinois se sont disputé quelque 
ips la possession de ces monopoles en les met- 
it à Tenchère; mais les Chinois ont fini par 
nporter et en sont restés les maîtres. On ne 
si s'imaginer combien d'abus, que de maux et 
ippression en résultent pour le pauvre peuple, 
les pouvoirs sans bornes que le roi accorde aux 
mopoleurs. Prenons, pour exemple, la fabrication 
l'arak : si quelqu'un distille un peu d'arak de 
Qtrebande, et qu'on aille l'accuser aux Chinois, 
m-ci viennent en foule faire irruption chez le 
Knquant, enchaînent impitoyablement hommes, 
nmes et enSsints, confisquent le mobilier, la 
lisoù, le jardin, et, non contents de cela, ils 
eroent les mêmes ravages dans les maisons voi- 
les; de sorte que d'un seul coup ils font esclaves 
NI ou quatre familles entières, au lieu de s'at- 
iper au seul coupable. Ils trouvent moyen 



d*eitorqndr de Fargant et d'opprimer le pautn 
peuple en obligeant de payer trèe*fiouTent ledovUi 
de ce qu'ils auraient le droit d'exiger. Établifl daa 
leurs bureaux aux embouchures et confluents da 
rivières, ils frappent la cymbale gon^ong, appeh 
lent impérieusement toutes les barques dont ih 
visitent tous les coins et recoins, et s'ils découtrari 
la plus petite fraude, ils confisquent tout ou.rsri 
çonnent impitoyablement. ^ 



©OTTAIfEg. • 



A Siam, les douanes sont de petits édifices eHi^ 
rés dont le toit, aussi carré, se termine en poiol 
C'est dans cette espèce de salle, ouverte de 
côtés, que sont assis une dizaine de douaniers i 
pelant par le son de la cymbale toutes les bai 
qui montent ou descendent. Leur chef se 
ordinairement dans une maison voisine. Qi 
une barque est venue s'amarrer au pont, deoz 
trois douaniers vont en faire la visite, après 
ils prennent sans façon quelque chose qui letfj 
plaît, en paiement de la peine qu'ils ont prise, es 
qui n'est pas très-étonnant quand on sait que ctf 
pauvres diables ne sont pas payés par le gouverne^ 



mi et n'ont pour vivre que ce qu'ils peuvent at^ 
iper* D'autres fois le maitre de la barque, s'il 
ut paaser quelques marchandises sans payer, leur 
sie quelques pièces de monnaie avant la visite et 
le laisse passer sans autre formalité. Si quelque 
rque cherche à esquiver la douane et ne s'y rend 
t au son de la cymbale, les employés la laissent 
1er un peu bin ; mais bientôt ils se jettent dans 
le nacelle et vont à la poursuite à force de rames; 
alheur à cette pauvre barque, le maître est mis 
a fers et il ne pourra se tirer de leurs mains 
a'en payant une grosse somme. Les mandarins et 
s général tous ceux qui montent des barques 
llgaiites, ne sont point appelés aux douanes, 
fDœ qu'ils ne sont pas censés faire le commerce, 
^y a une infinité de marchandises qui paient le 
boit de douane ; mais ordinairement le paiement 
liait dans la capitale à un mandarin qui délivre 
I passeport et une quittance qu'il suffit de pré* 
tater au chef de la douane. 

TAXE MSS JONQUES ET DES HAVIllSS EUEDPÉBN8. 

Les barques à voiles et qui peuvent tenir la mer 
Hil tarées de huit à quarante ticaux; les petites 



< 



— 308 — 

jonques de quarante à soixante ticaux, et k 
grandes jonques de quatre-vingts à deux cents ti 
eaux. Mais toutes ces jonques doivent, en outre 
payer le droit de douane qui affecte les divena 
marchandises dont elles sont chargées. U n'en d 
pas ainsi des navires européens ni de ceux k 
Arabes qui portent le pavillon anglais : on mefli| 
leur largeur ou capacité et ils paient mille tid^ 
par toise de largeur, de sorte qu'un navire d'oif 
largeur de huit toises est taxé à huit mille ticaiti 
de quelque genre que soient les marchandises doi| 
il est chargé. 

Autrefois la taxe était de mille piastres ci 
dix -sept cents ticaux par toise, d'où il arriiÉl 
qu'aucun navire européen ne pouvait faire 
commerce avantageux avec Siam ; du reste, legoi 
vernement le faisait exprès pour empêcher lesBN 
ropéens, et surtout les Anglais, de venir commcr' 
cer à Siam. Mais, depuis quatre ans, le nouved 
roi a réduit la taxe, dans l'intention de renouer (kl 
relations commerciales avec les Européens. U 
taxe dont je viens de parler semble encore tii^ 
élevée; mais quand on considère qu*il n'y apb 
rien à payer de tous les impôts sur les marchas' 
dises, il est évident que cette taxe, tout éleiA 



— 309 — 

{Quelle paraisse, est très-raisonnable et même avan- 
tageuse. 

AMENDES ET CONFISCATIONS. 

' Les amendes et les confiscations sont une autre 
harce de revenus pour le trésor. Les procès, à 
iam, sont nombreux et presque interminables, et, 
Paprès leur code de lois» au moins la moitié des 
■nendes infligées doit être versée au trésor. Quant 
la confiscations, elles sont assez rares, mais très- 
nmsidérables, car, ordinairement, on confisque, 
km pas une seule maison, mais bien les maisons 
Ptla fortune de toute une grande famille. 
^ Pour donner une idée des revenus de Siam, je 
hû faire le tableau des impôts, monopoles et taxes 
Cimes. 

IMPOTS PERÇUS SUR LES ARTICLES SUIVANTS : 

Tieaox. 

BUères 8,000,000 

Jardins 5,645,000 

Plantations 500,000 

Bois de tek 80,000 

Bolsdesapaii 200,000 

Hoflede noix de coco 500,000 



A reporter, 8,825,000 



-^a««^ 



Report. 



Sucre 

Sucre de palmier. . 
Uiz exporté. . . . 

Sel • 

Poivre 

Cardamome. . . . 
GardamiNiio bàUrd< 

Laque 

Ëtatû : 



Fer» •«•••«•.••, » 

Ivoire 

Ooniliié'gtltteff •»»v«»»««4*«*«« 

Gorneide rhinoeétos • » 4 . . . < 

Cornes de cerjf s • 

OdruM dé bufiBo ••.•«.«««««.•«• 

Peaux de buffles ou de yaches 

Beajoin. 

Nidi d'oisoMt Ofvi kirondettfs dt mer. . « • . * 

Poisson sec 

Creyettes sèches ......-••. 

Balaohai>g oit kapi« •«.«»#«•»».«• 
Huile de bois 

Bois rose 

Torches ou damar. 

Rotins 

Ecorces pour tanner. . 

Colonnes de bois 

Bambous 

Feuillei de palmier pour toiture 

Boifl à brûlir. 

Monopole de l'opium 

Arak 



FerBM des jeux . 
Pennede la péchc 
Ferme du marché. 



8^25,000 

4O,O0( 

400,000 

60,000 

40,000 

MJOI ' 

41,000 



46,00é 



S,600 

4,0(M 

400/101 

30,000 
0,000 

4O»00 
8,000 
7,000' 

iO/MO 

%M 

42,000 

4O/)00 

9,000 

90,000 

45/)00 

45|000 

4OO/)00 

600,000 

600,000 

70^ 

400,000 



A reporter, 44,848,<00 



— 311 — 

Tieaux* 

Report. 44,818,100 

Otiues 0oitantoê. • « 400,000 

lopole du tabac SOO.OOO 

j d'aigle 15,000 

tB de torUw « * • . « 0^000 

lanes , 300^00 

inptîon de corvéeâ et clients 49,000,000 

AtatltB eu tftxe des Gtalnoii. ........ 9;M#,000 

:e des navires européeos ou arabes 80,000 

dtdt fles Aines d*or de Baog-TaphaD 40,000 

^ lor iM feoMDM publiquM • . 60|00a 

renus du tribunal royal et de l'administration 

le la justice s . . i . . . » • . 40,000 - 

renns des provinces du nord 50,000 

renus des provinces du midi 10,000 

erie 200,000 

Total 26,964,400 

Ou bien. . . . 80^892,300 fr. 



l y a plusieurs mandarins qui, chacun dans son 
artement, sont chargée àe recueillir les taxes 
es impôts. A certaines époques, ils livrent les 
unes recueillies entre les mains d'un chef des 
ies, appelé phrc^xajot y lequelles offre au roi, les 
crit au registre, et les dépose dans le trésor. 
^ les revenus du royaume sont donc remis au 
} mais aussi toutes les dépenses publiques sont à 
charge; il tire du trésor royal la solde des 
Qces, des mandarins, de la reine et des dames 
palais, des soldats, et même des talapoins ; mais 



à 



il but remarquer qu'il ne paie que le» tah 
des pagodes royales, dont le nombre est d'w 
huit mille. C'est aussi le trésor royal qui k 
toutes les dépenses nécessaires pour les arme 
habillements militaires, la construction et l'e 
tien des barques et des navires de guerre, 
creuser des canaux, bâtir des forteresses et, e: 
néral , pour tous tes travaux publics, tant da 
capitale que dans les provinces. 




•»•<*' 



CHAPITRE DIXIÈME. 



GUERRE^ MAaiNE. 



En lisant l'histoire dé Siam, on voit que les 
rhai ont presque toujours été en guerre avec leurs 
oisins, de sorte que l'art de la guerre a toujours 
ité un exercice chez eux ; cependant, il ne faut pas 
'attendre à trouver, dans ce peuple, la science mi- 
itaire au degré de perfection qu'elle a chez les na- 
ions civilisées de l'Europe. Les Thai sont cultiva- 
teurs et marchands plutôt que soldats; ils n'ont 
iamaîs eu de troupes réglées, ni d'exercices mili- 
^res, si ce n'est depuis une vingtaine d'années 
Que le roi a pris à son service quelques officiers 
^glais pour exercer les soldats à la tactique euro- 



I 

I 

l 



-314- 

pcenne : aujourd'hui, ils ont à peu près dix mille 
hommes de troupes réglées d'infanterie el d'artil- 
lerie que les officiers anglais forment tous les jours 
au maniement des armes et aux évolutions mili- 
taires. 

Quand la guerre est résolue, le roi envoie des 
ordres à tous les mandarins et aux gouvemeur&de 
provinces, qui doivent fournir chacun leur contin- 
gent de troupes. Chaque soldat doit se procurer 
des vivres pour un mois ; le fusil, le sabre et le 
costume militaire sont fournis par le gouverne- 
ment. Il y a diverses sortes d'armes, à savoir : le 
poignard, l'épée à deux tranchants, plusieurs e^ 
pèces de lance, des hallebardes, des sabres au bout 
d*un long manche, le coutelas, l'arbalète, le mous- 
quet, le pistolet et des canons de toutes dimensions. 
Il n'y a que certaines compagnies qui portent des 
petits bouchers de bois garnis de peau. Quant aa 
costume, il est fort simple : il consiste en un cha** 
peau de paille ou de bambou tressé, une veste et 
un pantalon qui ne va qu'aux genoux. La veste est 
de drap rouge, bleu ou vert, et le pantalon est d'é- 
toffe de coton, dont la couleur varie selon les dif- 
férentes compagnies. Les chefs ont pour costume 
^ une petite robe de soVebTOc\\fe^ d'ov \ le régimen' 



— 3iB — 

5 soldats chrétiens porte le costume militaire à 
uropéenna» 

Quaud les brames ou devins du roi ont fixé le 
ir du départ, l'armée monte en barque el^ vient 
placer au milieu de la rivière ; les talapoins 
mnent l'asperger d'eau lustrale, après quoi on 
esse un mannequin qui représente le prince ou 
rebelle que l'on va combattre» Le bourreau lui 
(charge un grand coup de hache sur la tête : si 

6 tombe du premier coup, le présage est favo** 
iHe ; dans le cas contraire, on en tire un fort 
tuvais augure. La cérémonie étant terminée, le 
aérai dégaîne fièrement son épée, on frappe la 
mbale gonggong, l'armée pousse des cris en ra* 
ut et se met en marche au son des instruments 

toute espèce. En ce moment, si une barque ve*" 
it k traverser imprudemment la rivière en avant 
Farmée, cela serait regardé comme un présage 
lesta, et les malheureux qui montent cette 
equa seraient massacrés impitoyablement. Pour 
avenir de tels accidents, le général envoie en 
int des crieurs publics, qui font ranger le long 
rivage toutes les barques qu'ils trouvent dans la 
ière. 
Quand l'armée quitte le fleuve et monte àlerce^ 



— 346 — 

- ■ • 

on chaire les canons et autres munitions de gaern 
sur les éléphants. Les différents bataillons maN 
chent sous leurs drapeaux^ qui sont en drap ou a 
soie rouge, avec des dessins représentant desliom^ f ' 
des dragons, des oiseaux fabuleux. Le paviUonAj^ 
l'armée navale porte pour armoiries une figurkt 
d'éléphant blanc sur un fond écarlate. Les soldak 
font la route à pied, escortant leurs chefs monlm'' 
sur des éléphants. Toutes les fois qu'on trouve de*^ 
Teau, chacun en remplit un gros bambou qui 
porte pendu à son cou ; le soir, on s'arrête auprti 
d'un ruisseau, chacun cuit son riz, qu'il mangl 
avec un peu de poisson sec ou de kapi ; on allumi 
des feux tout autour pour se préserver du tigre, i 
on passe ainsi la nuit au milieu des bois. La plu- 
part des soldats n'emportent que du riz cuit et sé-^ 
ché au soleil, et, pendant la route, s'ils passent! 
proximité de quelque habitation, ils vont maraiH 
der, cueillir les fruits des jardins, voler les poules, 
les canards et les cochons des pauvres habitants, 
qui se gardent bien de leur résister. 

Quand on lève une grande armée et que le roi 
se met en campagne avec ses troupes, il y a avant- p 
garde, arrière-garde, aile droite, aile gauche, el 
l'armée principale, où est le roi, occupe le milieu. 



— 317 — 

ins les grandes guerres que les Thai ont eu à sou- 
nir contre les Birmans et les Cambogiens, ils 
raient des armées formidables de deux ou trois 
int mille hommes, quelques milliers de chevaux, 
t jusqu'à mille éléphants. Les batailles avaient 
su dans de grandes plaines, où chacune des na- 
ms pouvait déployer toutes ses forces. Mais, de- 
118 la ruine de Juthia, il n'y a pas eu de guerre 
en considérable, ni de grande bataille. La tac- 
[ue employée aujourd'hui par les troupes sia- 
oises ressemble, en quelque façon, à un brigan- 
ge ; l'armée est divisée en plusieurs centaines 
bandes échelonnées le long des bois, des ri- 
ires ; chacune de ces bandes attend l'occasion 
durable et tombe à l'improviste sur les villages ou 
\ villes qui sont à sa portée, massacre tout ce qui 
i résiste, fait des prisonniers le plus qu'elle peut, 
lie, dévaste tout, et finit par brûler et consumer 
ut ce qui reste. Quelquefois cependant, le géné- 
I rassemble, en un seul endroit, un corps de 
>upes considérable ; alors, il fait creuser des fos- 
5 tout autour du camp, y fait planter des milliers 
\ pointes de bambous, de manière à rendre ces 
ssés infranchissables à l'ennemi. En outre, il fait 
mstruire une forte palissade de troncs d'arbres 



— 3(8- 

plantés en terre et serrés les uns contre les aùtreiy 
de manière à former comme un mur d'enceinte, 
en ménageant, de distance en distance, des ouveN 
tures pour braquer les canons. Mais ces retrandia* 
ments, tout solides qu'ils paraissent, ne peuvent |q 
pas résister à l'attaque impétueuse de quelqiui 
centaines d'éléphants, car ces animaux sont tsN 
ribles à la guerre ; avec leur secours on peut mèiiii 
enfoncer les grosses portes des villes, et, lonqn 
cette troupe d'éléphants parvient à pénétrer dav 
un camp ou dans une ville ennemie, elle poursuit 
les hommes avec fureur, les saisit avec sa trompi^ 
les lance en l'air et, quand ils sont retombés, hi 
écrase avec ses pieds. 

Quand un corps de troupes est campé quelqm 
part , la nuit on entretiisnt des feux autour ë ]u 
camp, et de distance en distance sont placées dtf 
sentinelles qui, à toutes les heures de la ouili' 
frappent du gonggong, et se répondent les unei 
aux autres par le mot d'ordre. Quand on fait te 
siège d'une place, on commence par établir dei 
compagnies de soldats tout autour de la ville, et 
hors de la portée du canon. Chaque compagnie se 
creuse un fossé profond, dont la direction est ven 
la vjJle. Quand on e^l «tvs^ ^t^ ^<^ xs^m^^^^ 



— 849 — 

e, on profite de l'obscurité delà nuit pour faire 
ic la terre des fossés une chaussée assez haute 
ir être à Tabri du feu des assiégés, puis on éta« 
: des batteries sur plusieurs points delà chaussée, 
ai Ton parvient à détruire un endroit faible des 
railles, à un signal donné, les assiégeants mon< 
t à Tassàut de ce côté^là. Si la ville est prise» 
I est pillée et livrée aux flammes ; les habitants, 
nmes, femmes et enfants sont emmenés en 
ftivité. 

)n dit que les principaux généraux d'une armée 
noise ont tous des noms allégoriques pour ins- 
sr la terreur, et signifier la force et le courage ; 
1 s'appelle général tigre, l'autre général lion, 
kéral léopard, général dragon, général garuda, 
(le fabuleux). Le général en chef s'appelle mië» 
p, qui veut dire mère de l'armée ; il doit se con« 
aaer à plusieurs coutumes et observances su^** 
«titieuses; par exemple, il faut qu'il mette une 
tt de couleur différente pour chaque jour de la 
laine; le dimanche il s'habille en blanc, le 
di en jaune, le mardi en vert, le mercredi en 
ge, le jeudi en bleu, le vendredi en noir et le 
ledi en violet. Les chefs vont rarement à lalâte 
leur bataillon^ mais ils se tiennetLi OTdLvawc^ti» 



— 320 — 

ment par derrière, tenant le sabre nu. Une è 
leurs lois militaires est que, si un soldat recule d»*, 
vant l'ennemi, d'une toise seulement, le chef doit 
lui couper la tête, ce qui fait que les 7%ai, qui »| 
turellement ne sont pas très-courageux, ne 
lent cependant jamais devant l'ennemi, à moin8( 
leur chef ne leur en donne l'exemple. Le gén^ 
lissime qui est mort, il y a quelques années, 
derrière sa troupe, tenait une longue lance 
laquelle il piquait le dos des soldats en leur criant: 
En avant, mes enfants, en avant ! 

Le grand arsenal des canons, fusils et autm^ 
armes est dans l'enceinte du palais ; car, par cnui 
de rébellion, le monarque veut avoir toutes 
armes sous sa main et à sa disposition. Il est 
bien fourni ; on y voit des milliers de canons 
toute forme et de toute grandeur. Comme la rouiHi^ 
exerce de grands ravages dans les pays chauds, 
y a une compagnie de soldats continuellement 
cupés à fourbir les armes diverses contenues 
r arsenal. Les Thai font eux-mêmes la poudre d( 
ils se servent à la guerre; mais il parait qu'elle D*iil 
pas beaucoup de force , puisque , au rapport 
soldats eux-mêmes, les boulets ont de la peine à 
teindre leur but. Be ç\w^> çOTCk\s\^\«k «!^««^^ 



— 324 — 

dissent pas Tart de pointer le canon^ ils tirent 
asard et presque toujours en pure perte, 
s forteresses qui défendent Fembouchure des 
es et les villes maritimes sont fort élégantes 
m entretenues ; elles sont construites d'après 
lodèles européens. L'extérieur est formé d'un 
mur en briques protégé intérieurement par 
brte chaussée en terre, laquelle se termine 
lus. Le milieu de la forteresse est occupé par 
nultitude de petits bâtiments destinés à cou- 
les munitions, et tout autour régnent de 
Is hangars couverts en tuiles qui servent d'a- 
lux soldats. Chaque forteresse est pourvue 
s centaine de bouches à feu qui seraient for- 
bles si elles étaient servies par d'habiles ca- 
iers. 

s Thai traitent les vaincus avec beaucoup 
nanité ; toutefois, après les avoir dépouillés de 
joyaux et autres choses précieuses qu'ils possé- 
t, ils les emmènent à la capitale où le roi leur 
istribuer du riz, de l'argent et les bois néces- 
> pour se faire une maison. Dès qu'ils sont 
s, on leur choisit des chefs parmi eux, et 
ftt ils jouissent des mêmes privilèges que les 
3is eux-mêmes. Il n'en est pas ainsi des rois et 



-3« — 

des princes rebelles pris à la guerre : on les 
dans des cages de fer, on les expose aux oui 
de la populace pendant quelques jourSi après 
on les garde enchaînés dans un affreux cacboL 
La marine du roi de Siam se compose d'ePYii 
cinq cents barques de guerre, et de vingt nai 
à l'européenne, dont quatre frégates et seize 
vettes ou bricks de guerre. Les barques sont de 
sortes : les unes, plus petites, sont des galères à 
quante ou soixante rames; elles ont deuxni&li 
deux belles voiles en toile; elles sont éli 
bien peintes et munies de deux petits canom 
blis sur un affût en forme de colonne, l'un il 
proue, l'autre à la poupe ; les autres barques 
de la grosseur d'un navire ordinaire, elles ont 
mâts, quatre canons avec cent ou cent cinqi 
soldats. Le devant et Tarrière de ces barques 
sentent des dragons, des tigres, des lions et ai 
animaux monstrueux dorés ou peints avec de 
lantes couleurs, ce qui présente un fort joli 
d'œil. Quant aux frégates et corvettes, elles ne 
fèrent en rien des bâtiments de guerre européei 
elles portent de seize à quarante canons, et 
ordinairement commandées par un capitaine ai 
glais, français ou portugais. Un combat naval \i 



— 323 — 

. a eu lieu dans la guerre contre la Cochin- 
e, en 1834, est quelque chose de fort curieux. 
iant que. les frégates et les corvettes parcou- 
it les côtes pour capturer les jonques des en- 
îs, les barques de gtlerre ts^âvançaient de front 
u'à la portée du canon ; alors les Cochinchi- 
et les Siamois tiraient les uns sur les autres 
s canons d'avant, puis, par une manœuvre ra- 
î, on faisait tourner les barques pour tirer les 
)ns de l'arrière , ensuite on recommençait la 
ae manœuvre sans discontinuer pendant toute 
mimée, après quoi la flotte siamoise, poussant 
cris affreux et lancée à force de rames, se pré- 
Eà sur les Cochînchînoîs qui s* enfuirent en dé- 
frt, et livrèrent la province de Ckâo-Dôk à 
B ennemis dévastateurs. 







COMMERCE. 



des princes rebo 
dans de» cages 
de la populacr 
on les garde 

^^ '"^"° ^^j^TBE ONZIÈME. 

cinq cents ^' 

à l'europ 

vettesor 

sortes : 

quan' 

deu» 

bie 

hV 

P - ivvaume de Siani doit être nature 

^p^jçant. puisque ses ports et ses 
--ii(fe fleures sont le débouché de toutes 
Àncti(^ intérieures depuis les frontière 
(±inc: aussi reraarque-t-ou que tout le 
xàk ^enie du commerce : d'un bout du r 
l jaiitw. tout y est en momement, les ca 
les fleuves sont parcourus en tous sens 
liarqttt*s innombrables, qui viennent ver 
tribut de marchandises dans les boutique 
^.ï;:rt*yôts de la capitale. Dans l'intérieur, 
K-41; le commerce se fait par échange, les 



( 



— 325 — 

lit, se répandent dans les plaines et jusque 
les forêts et les montagnes, pour échanger 
itoffes, de la vaisselle et de la quincaillerie 
►ise, contre le riz, le coton et les diverses 
ictions des provinces qu'ils parcourent. 
s principaux marchands sont : le roi, les 
es, les ministres, les négociants chinois, les 
larins, les Malais, les Arabes. Il y a, en ou- 
m négociant anglais, un hollandais et un 
gais. Chaque année , le roi envoie à Synga- 
, à Java et en Chine de quinze à vingt na- 
Les grands mandarins expédient aussi 
in deux ou tfois jonques; certains richards 
lis en possèdent jusqu'à cinq ou six ; dans 
pîtale, il y a toujours un grand nombre de 
lents en construction. Quant aux navires 
îs , il en vient tous les ans neuf ou dix, de 
as et de Surate. À l'époque de la nouvelle 
e chinoise, on voit arriver de l'île d'Haïnan, 
inton, du Fo-Kien et autres ports de Chine, 
lante à soixante grosses sommes ou jonques , 
^es de marchandises et de plusieurs milliers 
îgrants, qui viennent chercher fortune à 

y a pour les Européens, trois grandes A\^- 



— 326 — 



I 



cultes qui entravent le commerce : la première, 
c'est la difficulté d'écouler rapidement leurs msu^ 
chandises ; la seconde, de se faire payer dans un 
bref délai; et la troisième, de pouvoir compléter 
promptement leur cargaison ; de sorte que, si un 
navire français, par exemple, allait à Siam, il lui 
faudrait deux ou trois mois pour vendre, plus, 
deux ou trois mois pour se faire payer, et encore 
deux ou trois mois pour charger ; c'est ce qui fai- 
sait dire au vénérable évêque Joseph Laurent, que 
celui qui songeait à commercer avec Siam de^ 
amener trois navires : un chargé de présenk 
pour le roi et les ministres, un autre chargé de 
marchandises, et le troisième chargé de patience. 
Les Chinois et les Arabes, que l'expérience a in- 
struits, savent la vraie manière de commercer! 
Siam ; ils bâtissent de grands entrepôts, où ib 
amassent, petit à petit, une grande quantité d6|^ 
marchandises, ayant soin de profiter de toulei 
les occasions favorables pour les avoir à meilleur 
marché. Quand leurs bâtiments arrivent, ils dé- 
chargent et rechargent aussi vite qu'ils veulent, 
et, pendant que leur navire va faire un second 
voyage, leurs agents, après avoir attendu que le 
^ délai de trois mois soit expiré , s'en vont exi- 



— 327 — 

t^r des acheteurs le paiement des marchandises, 
u moyen duquel ils en achètent de nouvelles, 
e cejtte façon, les magasins se remplissent et se 
emplissent alternativement, et les voyages se 
nt sans interruption. Telle est la vraie et uni- 
le mëlhode que doivent suivre leâ Européens qui 
Dgeraient à entreprendre des relations com- 
erciaies avec Siam. 

Pour donner une idée du commerce de ce 
yaume, je mets sous les yeux du lecteur le ta- 
eau des articles d'importation et d'exportation, 
ec la quantité des principales marchandises ex- 
)rtées dans l'espace d'une année. 



iBTICLES DTEXPORTATION. 



I Bonâé .«. 

if de tek 

is de sapan 

lie de noix de coco. 
en(elnqqnalités)... 
ae de pumicr 



Ane. 

itaMHiie .• t, 

■duuome bâtard 

jane en bfttons (teinture rouge). 



er. 

"riif. 

■noMitte 00 de Ganiboge. 

Bnies de rhinocéros 

■nn de jeunes cerCs 

•mes de \ieux cerfs 

*>tt de buffles 

^do cerb on de ùaim, . , 




90 ticaax le char. 
» 

1 lirai le picul. 
10 ticaux le picul. 

7 tiraux le pipul. 

1 fuanK la jarre. , 

6 ticaux le char. 
10 ticaux lu pioul. 
900 ticaux le picul. 

» 
16 ticaux le picul. 
94 ticaux le picul. 



80 ticaux le picul. 



» 



QUANTITÉS. 



\ 



i,sooo,ooo citais. 
1»0,U00 arbres. 
.^00,000 pinils. 
700,000 picul.s. 
230,000 piruls. 

180,000 jaiTCi:. 

19,000 f hanc. 
70,000 piruls. 

700 picuhi. 

6,000 piruls. 

11,000 piculs. 

5,000 pieuls. 

20,000 piculs. 

fiOO pieuls. 

600 |)iciils. 

70, |iii'iils. 
^,000 paires. 

•200 picuis. 

300 i^ieols. 



AUTICLES B'EXPOUTATION. 


PRIX. 


OUA.NTITÉ 




1 lirai Ja pœm. 
100 liraux le piMl. 

deSïBllr, leîicn!. 

1 tuane le pmurt 
1 (nunB le P^uel 

B tiraax le plrul. 

ilirauileUy, 

lllc.les],000lalilelleE 

deMïeoiic.leUi;. 

desastlê. lepicd. 
l(l«lléi>kiil. 
16 Uciiii le pical. 


ï,Sf 




Ptiiix de buiriea 'ei de vactai 


30 vicab 
100,000 B\, 
S0.000iï(i 
































Bfclio de idir od ungstm de mer 


5.0001>ici 








00,000 pi 

0,OOoVo 


S.»?.':-:.'"."!".''.!'""'::::: 

























































Les principaux articles d'importation sont 
laiigoulis, toiles de coton, verreries, porcelai 
faïences, quincaillerie européenne, canons, 
sils, drap rouge et vert, coutellerie, indiei 
Casimir rouge, vert, etc., acier en barres, ess 
de sandal, encens, bleu de Prusse, opium, t 
nés de Chine, thé, farine de froment, savon. 



— 329 — 

îr, lunettes, vitres, grenaille de plomb, canelle, 
de coton rouge, toile de coton rouge, parapluies, 
[^sols, poudre, feuilles de cuivre pour les na- 
es, clous, fer-blanc, couleurs, toiles à voile, ve- 
irs, fils d'or et d'argent, baïonnettes, zinc, 
ire, vin, brandi, rhum, gin, alun, clous de gi- 
le, camphre, vases d'or et d'argent de Chine, 
roirs, images, clinquant, malles et boites chinoi- 
, vases de cuivre blanc et cuivre jaune de Chine, 
luettes de Chine, papier-amadou, tabac chinois, 
cre de Chine, ails confits de Chine, oranges et 
lits divers, bâtons odoriférants, papiers de cou- 
ir, outils divers de Chine et d'Europe, vermil- 
1, serrures, minium, tuiles de Chine, carreaux 
Chine, huile de camphre, montres, horloges, 
lies du Japon incrustées de nacre , eau de colo- 
e, articles de parfumerie, objets de curiosité, etc. 
Traité d'amitié et de commerce entre Sa Ma- 
Aé le magnifique roi de Siam et les États-Unis 
Amérique : 

Sa Majesté souveraine, le magnifique roi, qui 
side dans la ville de Krung^thèpJwmahâ'nakhon- 
ijuihajaj a chaîné le chao-phaîa-phra-khlang , 
m de ses premiers ministres d'État, de s'en- 
ndre avec Edmond Roberts, ministre des Étai^ 



— 330 — 

Unis d'Amérique, emoyé par le gouverneme: 
ce pays et agissant en son nom, sur la concli 
d'un traité de sincère amitié et d'entière b 
foi entre les deux nations. Pour atteindre ce 
les Siamois et les citoyens des États-Unis d' Ai 
que entretiendront loyalement des rapports dei 
merce dans les ports de leurs nations respec 
aussi longtemps que le ciel et la terre durei 

Ce traité a été conclu le mercredi, dernier 
du quatrième mois de l'année 4194, appela 
marong'Cliatava''Sok (ou année du Dragon) t 
qui correspond au vingtième jour de mars de 
de notre Seigneur 1 833. L'un des originaux est 
en siamois, l'autre en anglais. Mais, comm 
siamois ignorent l'anglais, et les Américaii 
siamois , une traduction portugaise, et une en 
nois ont été annexées aux originaux pour serv 
témoignage à leur contenu. L'écrit est de a 
teneur et date, dans les langues susdites; il e^ 
gné, d'une part, du nom du chao-phaja'f 
khlangj et scellé du sceau de la fleur de lotus 
cristal, et d'autre part, signé du nom d'Edm 
Roberts, et scellé d'un sceau représentant un a 
et des étoiles. 

Une copie du traité sera gardée dans lo SiaiO: 



— 331 — 

'autre emportée par Edmond Roberts aux États - 
Jnis. Si le gouvernement des États-Unis ratifie le 
lit traité et y appose le sceau du gouvernement, 
e Siam le ratifiera aussi de son côté et y apposera le 
ceau de son gouvernement. 

Art. V\ Il y aura paix perpétuelle entre les 
Stats-Unis d'Amérique et le magnifique roideSiam. 

Art. 2. Les citoyens des États-Unis auront pleine 
iberté d'entrer dans tous les ports du royaume de 
ijam avec leurs cargaisons, de quelque nature que 
oient lesdites cargaisons, ils jouiront en outre de 
I liberté de les vendre à tous les sujets du roi, ou 
pitres qui désireront les acheter ou échanger contre 
mu produits ou fabricats du royaume, ou tels 
iatres articles que Ton peut y trouver. Les offi- 
îers du roi n'imposeront aucun prix aux articles 
pie les marchands des États-Unis auront à vendre 
m aux marchandises qu'ils désireront acheter ; le 
commerce sera libre des deux côtés, pour vendre, 
icheter ou échanger, aux termes et prix que les 
propriétaires jugeront convenables. Toutes les fois 
quelesdits citoyens des Étals-Unis voudront partir , 
ib auront la liberté de le faire, et les officiers com- 
pétents leur délivreront des passe-ports, à moins 
^e quelque empêchement légal ne prescrive le 



— 332 — 

contraire. D'ailleurs, rien "de ce qui esf contenu 
dans cet article ne doit donner à entendre qu'on 
garantisse la permission d'importer ou de vendre 
des munitions de guerre à d'autres qu'au roi, qoi, 
s'il ne les demande pas, ne veut pas être engagea 
les acheter ; ni la permission d'importer de l'opium, 
regardé comme objet de contrebande, ou d'ex-j 
porter du riz, qui ne peut être embarqué comme 
article de commerce. 

Art. 3. Les navires des Étals-Unis qui entreront 
dans l'un des ports des Ëlats de Sa iMajesté povi 
vendre ou acheter des marchandises, paieront, li 
lieu de taxes d'importation et d'exportation, droili 
de tonnage, licence de commerce ou quelque autre 
charge que ce soit, une taxe de jaugeage établie de 
de la manière suivante : le mesurage sera faitd'uA; 
côté à l'autre, au milieu de la longueur du vais- 
seau, et si c'est un navire à un seul pont, sur 
pont, dans le cas contraire, sur le bas pont. Pour 
chaque navire marchand il sera payé 1700 ticaux 
ou bats par brasse siamoise de la largeur déter- 
minée comme il a été dit ci-dessus, ladite brasse 
estimée à soixanle-dix-huit pouces anglais ou amé- 
ricains, correspondan t à quatre-vingt-seize pouces 
siamois. Mais si ledil tvaVwcb Vx^wV 'sîw\% \û»x^Vsaor 



-^ 333 — 

!S, et achète une cargaison argent comptant seu- 
ent, il paiera alors la somme de 1500 ticaux 
hoX^ pour chaque brasse ci-devant décrite. De 
», la susdite taxe de mesurage ou jaugeage ni 
une autre charge quelconque ne pourront être 
;ées d'aucun vaisseau des Ëtats-Unis entrant 
s un port siamois pour s'y radouber, obtenir 
rafraîchissements ou s'informer de l'état des 
■chés. 

xt. 4. Si par la suite on diminue en faveur de 
[que autre nation les taxes que les vaisseaux 
ngers ont à payer, on les diminuera également 
iveur des vaisseaux des États-Unis. 
rt. 5. Si un navire des États-Unis fait naufrage 
quelque point des États du magniRque roi, les 
k)nnes échappées au naufrage seront soignées, 
>etenues avec hospitalité aux frais du roi, jus- 
i ce qu'elles trouvent une occasion pour re- 
lier dans leur pays. La propriété sauvée d'un 
naufrage sera conservée avec soin et rendue à 
légitimes maîtres. Les États-Unis rembourse- 
t à Sa Majesté les dépenses occasionnées par le 
retage. 

krt. 6. Si un citoyen des États-Unis, Netiu ^\5i 
D dans un but de commerce , cotiltacX.^ ôiO^'s^ 



— 334 ^ 

dettes envers des individus du Sidm, ou si un in^ 
dividu du Siam contracte des dettes envers un et 
toyen des États-Unis, le débiteur sera obligé df 
produire et de vendre tous ses biens pour payer sa 
dette. Si le produit de cette vente de bonne foi ne 
suiïit pas, le débiteur ne sera pas engagé pour h 
reste, et le créancier ne pourra ni le retenir comnM 
esclave, ni l'emprisonner, ni le fouetter, ni le ché* 
tier de quelque autre manière que ce soit, pour h 
forcer au paiement complet de sa dette; devant au 
contraire le laisser en pleine liberté. 

Art. 7. Les marchands des Êtats-^Unis qui vien^ 
dront dans le royaume de Siam pour y commercer 
et désireront y louer des maisons, loueront les fac- 
toreries du roi, et les paieront conformément as 
prix d'usage. Si lesdits marchands débarquent leun 
marchandises, les officiers du roi en feront l6 
compte, mais ne prélèveront aucune taxe sur cei 
marchandises. 

Art. 8. Si des citoyens des États-Unis, leurs vaiV 
seaux ou leurs propriétés, viennent à tomber dans 
les mains des pirates, et qu'on les amène dans te 
Étals du magnifique roi, les personnes seront mises 
en liberté, et les propriétés rendues à leurs légi- 
times maîtres. 



— 335 — 

Art. 9. Les marchands des Étals-Unis faisant le 
îoramerce au Siam respecteront et suivront, dans 
autes leurs prescriptions, les lois et ordonnances 
lu pays. 

Art. 10. Si par la suite quelque nation étran- 
ère autre que la nation portugaise demande et ob- 
ent de Sa Majesté son consentement pour établir 
Bs consuls résidant au Siam, les États-Unis au- 
mt la liberté d'en établir aussi concurremment 
wc toute autre nation étrangère. 

(3ERT1FIGAT DE RATIFICATION. 

Le présent est pour certifier qu'Edmond Ro- 
erts, envoyé spécial des États-Unis d'Amérique, a 
élivré et échangé un traité ratifié au jour et à la 
ate ci-après mentionnés, et que ledit traité a été 
igné et scellé dans la royale ville de Si-Àjuthajay 
apitale du royaume de Siam, le vingtième jour de 
nars mil huit cent trente-trois, correspondant au 
quatrième mois de l'année du Dragon. 

En foi de quoi, nous, le magnifique roi de Siam, 
ratifions et confirmons ledit traité en y apposant 
^otre sceau royal, ainsi que les sceaux de tous les 
Premiers ministres d'État dans la ville de Si-'Aju- 



thaja, le quatorzième jour du cinquième mois de 
l'année appelée l'année du Singe, le sacarat ou an 
de l'ère étant le onze cent quatre-vingt-dix-huil- 
tième, ce i^ui répood au quatorzième jour du mois 
d'avril de Tan du Cbrist 1836. 

Ici sont empreints les sept sceaux de l'empire. 




-«-cÇ^-* 



CHAPITRE DOUZIÈME. 



ARTS ET INDUSTRIE. 



ASTRONOMIE ET ASTROLOGIE. 



Les Siamois ont plusieurs livres, traduits du 
iliy qui traitent du cours du soleil et de la lune, 
s constellations du zodiaque, des planètes, et des 
mges qu'il faut tirer du cours des astres ; mais 
tte science n'est cultivée que par les brames, qui 
Dt les devins du roi, et par un petit nombre d'é- 
idits, qui ne s'y adonnent que pour exploiter la 
édulité du peuple, ou pour se faire une réputa- 
m de savants. Du reste, ils n'emploient ni téles- 
pes, ni aucun autre instrument astronomique, et 
ite leur science est fondée sur des calculs bi- 



— 338 — 

zarres auxquels il est difficile d'ajouter foi. Aussi 
arrive-t-il que ces prétendus astronomes ou plutôt 
astrologues se trompent très-souvent dans leurs 
prédictions, ce qui leur attire de temps en temps 
des volées de coups dé rotin, qui ne les rendent ni 
plus savants ni plus prudents. 

MATHÉMATIQUES. 

Les mathématiques sont aussi très-peu cultivées 
à Siam ; il y a cependant quelques bons livres de 
mathématiques qui enseignent l'arithmétique et 
l'art de résoudre, au moyen de calculs ingénieui, 
les problèmes les plus difficiles. Les secrétaires des 
mandarins et des ministres sont à peu près les 
seuls qui sont un peu versés dans cette science. A 
l'aide de l'abaque chinois, les négociants et leun 
commis sont à même de faire, en quelques mi- 
nutes, les calculs les plus compliqués. 

niSTOIRE ET GÉOGBAPHIE. 



Les Thai n'ont point de caries géographiques, 
môme de leur propre royaume ; ils se contentent 
d'écrire, à la suite les uns des autres, les noms des 1 



— 339 — 

les et des villages de chaque proYÎnce, en indi- 
mt leur distance approximative ; il n*y a qu'un 
it nombre de princes ou de mandarins qui, après 
Ire procuré des atlas ou des cartes européennes, 
t étudié un peu la position relative des princi- 
es contrées du globe. Quant à Thistoire, ils ne ' 
nt étudiée que dans leurs annales ou dans celles 
; Chinois et des Birmans. 

Il y a un mandarin chef de tous les médecins 
raux ; ceux*ci sont divisés en plusieurs bandes, 
î font le service à tour de rôle. Us sont tenus à 
lier au palais jour et nuit pour donner leurs 
ns aux malades de la cour, ils accompagnent 
rmée, les princes et les mandarins dans leurs 
irses. Tous ces médecins reçoivent une solde 
roi et leur dignité passe à leurs enfants. Ils 
it divisés en deux classes, les médecins propre* 
mt dits, et les chirurgiens ; ou, pour parler le 
igage des Siamois, ceux qui guérissent les ma- 
lies internes et ceux qui guérissent les blessures. 
Ire les médecins du roi, il y en a une infinité 
lutres qui, sans études préalables, sans examen 



— 340 — / 

et sans diplôme , se constituent eux-mêmes doc- 
teurs ; il suffît pour cela de se procurer un livre 
de tanira ou recettes, une petite boite à comparti- 
ments renfermant des petits sachets de pilules, 
des onguents, quelques fioles d'essences ou de 
poudres sternutatoiresi de camphre, d'huile bal- 
samique ; mais surtout il faut savoir assaisonner 
tout cela de verbiage et de charlatanisme. En gé- 
néral, tous ceux qui ne font que commencer à 
pratiquer cet art ne font rien qui vaille pendant les 
huit ou dix premières années ; mais après celi| 
l'expérience venant à leur aide, ils finissent pir 
devenir de bons médecins. Le peuple, qui n'a {M 
plus de confiance qu'il ne faut à cette foule de 
charlatans, se garde bien de prendre et de payer 
leurs remèdes en aveugle. Un malade fait venir 
le médecin, lui expose son mal et puis lui de- 
mande s'il peut le guérir; Tautre, après une mûre 
réflexion, et après s'être bien rendu compte des 
symptômes de la maladie, répond : Oui, je puis 
vous guérir. Le malade reprend : Eh bien ! quand 
vous m'aurez guéri, je vous donnerai tant. Si cela 
plaît au docteur, on passe un écrit , après quoi 
le docteur demande deux cierges pour adorer 
l'Esculape des Indiens, et la somme de six salung 



— 341 — 

I fr. 50 c.) pour achat de médecines. Après quel- 
ues essais, si le malade va mieux, le charlatan 
Mlouble d'efforts pour lâcher d'arriver à une par- 
ité guérison ; mais s'il n'y a pas de mieux, il 
ante là son malade et s'en va chercher fortune 
Ueurs. 

II y a deux systèmes de médecine très en vogue 
Siam, le système chinois et le système indien. 
» médecins chinois sont forts pour (âter le pouls, 
leur faut près d'un quart d'heure pour cette 
léralion, et ils croient découvrir dans le batte- 
ent des artères l'état intérieur du malade et tous 
I symptômes possibles du mal. Après vous avoir 
lé le pouls, ils vous prescrivent une décoction 
\ tels ou tels paquets de médecines chinoises qui 
fisemblent aux paquets de thé et contiennent 
le foule de drogues, parmi lesquelles on distin- 
le des écorces, des racines, du bois, des feuilles 
ches , des os, des insectes et même des mille- 
eds desséchés. Vous voilà donc condamné à boire 
mdant quinze jours, un mois, de cet abominable 
té qui revient à quinze sous le paquet. 

Les médicaments siamois consistent surtout en 
Dudres ou en pilules, ils sont composés de sim- 
les, de fleurs, de racines et de bois odoriférants; 






— 34î~ 

on délaie les poudres ou lâs pilules dans une petite 
tasse d'eau tiède, qui se boit avec la plus grande 
facilité. Ces remèdes ne guérissent pas toujoun, 
mais ne peuvent jamais faire de mal. Parmi la 
innombrables recettes, il en est qui contiennent 
plusieurs substances auxquelles le charlatanisme 
attribue de grandes vertus, comme on peut en 
juger par la recette suivante : a Formule médid- 
a nale contre la chaleur qui provient d'une affiB^ 
or tion morbifique : prenez de la corne de rhino- 
a céros, une partie ; dent d'éléphant, une partie; 
« dent de tigre, une partie ; dent de crocodile, - 
et une partie; dent d'ours, une partie; osdeim- 
c( tour, de corbeau et d'oie, unepartie ; corne debi- 
d son, une partie ; corne de cerf, une partie; boii 
<c de sandal, une partie ; frottez ces substances sf 
a une pierre avec de l'eau pour véhicule , buw 
a en la moitié et frottez-vous avec l'autre moitié; 
d la chaleur morbifique s'en ira. » 

Les Thai possèdent plusieurs bons livres de ïïA^ 
decine traduits du bali ; les uns traitent des vertoi 
et des propriétés des substances végétales et miné-l 
raies, les autres traitent de l'anatomie du corfij 
humain, des veines et des artères; il y en a qwr 
décrivent les s^m\)l6tïve^ à^^\xv^^ÔA^^V.^K^%?jssi 



— 843 — 

nfin, les antres ne contiennent que des formules 
m recettes qui^ en général, sont très^bonnes, et 
ionfirmées comme telles par l'expérience de plu- 
(leurs siècles. 

'' Le régime qu'on fait suivre aux malades est bien 
Kfférent de celui qu'on suit en Europe ; on ne leur 
ionne à manger que du potage de riz très-liquide 
irec un peu de poisson séché au soleil ; on leur 
hit prendre des bains, ou plutôt on leur admi- 
nistre des douches trois à quatre fois par jour; le 
prde-malade prend une bonne gorgée d'eau dans 
liquelle on a fait infuser des plantes médicinales, 
It il la souffle sur le malade ^vec une telle violence 
l^e l'eau lui arrive sur le corps à l'état de vapeur ; 
opération qu'il répète pendant près d'un quart 
if heure. Il est indispensable aussi de se faire masser ; 
liiie personne habile dans cet art presse et masse 
t0us les membres du malade, surtout les bras, le 
ventre et les cuisses ; d'autres fois le médecin monte 
iitar les genoux du malade et, se tenant debout, il 
^îfc met à lui fouler le corps ; ils prétendent par là 
omettre les nerfs dans leur état naturel. 

Les principales maladies qui régnent à Siam 
sont pour les enfants, les vers, la TOw^eoXfe ^V \^ 
petite vérole; on a commencé à în\roàu\v^ \^ n^^- 



— 344 — 

cine dans le pays, ce qui n'empêche pas qiie la pe- 
tite vérole emporte quelquefois le tiers des enfants. 
Les grandes personnes sont sujettes à la dyssen- 
terie dont on guérit le plus souvent. Les fièvres in- 
termittentes sont assez ordinaires, sans être dange- 
reuses; mais les fièvres malignes, qu'ils appellent 
fièvres des bois, sont presque toujours mortelles; 
heureusement qu'elles sont rares. Depuis une tren- 
taine d'années le choléra asiatique sévit de tempi 
en temps avec plus ou moins d'intensité. Les Siar 
mois prétendent que toutes leurs maladies viennent 
du vent ; pour dire que quelqu'un a eu une attaque, 
ils disent que le vent Ta pris; aussi font-ils grand 
usage du camphre, de l'ammoniaque, poivre, gin- 
gembre et autres excitants pour chasser le mau- 
vais vent du corps des malades. Il parait que le 
mal vénérien est assez répandu dans la classe des 
riches, ce qui est une juste punition de la poly- 
gamie et de leurs débauches. Il y a quelques lé- 
preux , et plus encore de gens couverts de dartres 
incurables. Quant aux autres plaies, les médecins 
ont des onguents ou des emplâtres très-efficaces 
pour les guérir. 



— 345 — 



MUSIQUE. 

Les Thai, étant un peuple ami de la gaieté et 
» fêtes, cultivent beaucoup la musique ; il n'y a 
» de village qui n'ait son orchestre; tous les 
Dces et les mandarins ont leur troupe de musi- 
ns ; vous ne pouvez aller nulle part sans en- 
dre jouer des instruments. Leur musique ne 
oporte pas les accords, des tierces, quintes, etc., 
is seulement l'accord de l'octave, de sorte 
elle ^t toujours à l'unisson, et, ce qui fait l'a- 
ment de leur musique, c'est la variété des in- 
iments et la volubilité de l'exécution. Leurs 
Qcipaux instrumentsde musique sont : le khong- 
ig^ le ranàt ou harmonica, la guitare, le violon, 
Qûte, le haut-bois» le takhè, les cymbales, les 
mpettes, la conque, l'orgue lao et les tambours, 
is les comédies, toutes les fois que les acteurs 
mient des couplets, ils s'accompagnent avec les 
tagnettes pour marquer la mesure, et le bruit 
ces bois sonores n'est pas sans agrément. J'ai 
k parlé ailleurs de l'orgue lao dont les Siamois 
font presque jamais usage, mais le khong^-vong 
d'un magnifique effet; c'est un instrument 



— 346 — 

composé d'une série semi-circulaire de timbra \^ 
suspendus sur des ficelles, et sur lesquels le mu- 
sicien frappe avec deux petits marteaux de tm 
qu'il tient à chaque main* Quand les timbres sont |/ 
bien justes^ et que le joueur est habile, les sons de 
cet instrument sont très-harmonieux, et cepen- 
dant si forts qu'on les entend d'un quart de lieue 
et plus. L'harmonica dont ils se servent est tantM 
en plaques de bois sonore, tantôt en plaques d'ai« 
rain. Us ont plusieurs espèces de violons dont k 
plus petit est formé d'une moitié de coco fenoèe 
par de la peau de boa ; il rend des sons criardi ti 
très-aigus. Leur guitare est presque aussi agréaUe 
que celle d'Europe. Ils ont plusieurs sortes de flûteii 
une entre autres dans laquelle on souCQe par le noi 
Outre les grandes cymbales, ils en ont encore uni 
petite espèce dont le son aigu et perçant est d'un 
très-bon effet ; leurs tambours sont faits de peiu 
de bœuf, ils en ont cinq espèces dont quelques- 
uns ressemblent à un cône allongé, et ne se frappe 
que d'un côté. Dans leurs cérémonies funèbres, ib 
se servent d'une sorte de clarinette criarde dont le 
son est vraiment très-lugubre. Le takhè est un io* 
strument très-curieux; c'est comme une longue 
guitare à cordes métalliques ; elle est posée à terrei 





— 347 — 

S des princes dont la main est munie de 
les postiches, en tirent des sons assez 
éables. 

ctère de la musique des Siamois est la 
jointe à l'expression ; néanmoins, quel- 
i l'entendrait pour la première fois, n'y 
ent-ètre que ce que nous appelons en 
^ les roulades et des ritournelles, car, en 
I répètent souvent et presque à satiété cer- 
'hrases musicales ; mais ce n'est pas sans 
^est pour impressionner plus vivement les 
rs. Les chansons des Thai sont de deux 
- les unes célèbrent les exploits des anciens 
les autres sont des couplets amoureux qui , 
y| toile allégorique et honnête en apparence, 
^ un sens lascif et impudique. 

i; 

raNTUHE £T DESSIN. 

i; Ihai ont pris les Chinois pour modèles 
Tartde la peinture et du dessin, etjusqu à pré- 
Is sont restés encore bien au dessous de leurs 
"es; leurs dessins sont grossiers, ils ont un 
st grotesque et qui n'imite jamais la nature ; 
»sliient des paysages sur des paravents^ sur 



— 348 — 

les murs intérieurs des maisons; mais c'est surtout 
dans les palais et les pagodes qu'ils déploient 
avec un grand luxe toute leur science en peinture. 
C'est là que l'or est mêlé ayec profusion aux ph» 
riches couleurs, et ces images, toutes bizarres 
qu'elles sont, ne laissent pas que d'exciter l'admi- j 
ration des Européens qui les ont visitées. Il y a, 
à Siam, une classe d'hommes appelés alaky qui son ^ 
guent bien l'écriture; c'est ordinairement avec de 
la gomme-gutte détrempée qu'ils écrivent en beaux . 
caractères jaunes sur une longue feuille de papier 
noir, qui est pliée de manière à former de soixaoie 
à quatre-vingts pages. Ils écrivent aussi avec l'en- 
cre de €hine sur de longues feuilles de papier 
gris, fait avec Técorce d'un arbre appelé koL On 
dit qu'il y a dans le palais une compagnie de 
dames très-habiles à graver, avec le stylet, dfli|^ 
caractères et des figures sur les feuilles de pakaien 
elles n'ont pas d'autre métier, et le roi l^'o^n- 
pour faire des ouvrages de ce genre à l'usage 
pagodes. 



€ 



.r 



AGRIGdLTURE. 



De temps immémorial les Tlmi se sont adoai 



— 349 — 

à Tagriculture de préférence aux autres arts. Au 
mois de mai, ils vont sarcler les champs et, au 
moyen de la herse, ils purgent la ferre de toutes 
les herbes ; ensuite ils labourent avec une petite 
charrue qui peut avoir la largeur de la main. Dès 
que la première pluie est tombée, ils sèment le riz 
qui, arrosé par de nouvelles pluies, s'élève rapi- 
dement. La récolte n'a lieu qu'au mois de janvier* 
^ Le riz est battu sur les lieux mêmes, on brûle la 

r 

Ib^ paille et les racines pour bonifier le terrain. 
pL ' Les jardins de Siam sont de deux sortes : Jes uns 
k "Besont plantés que d'arbres fruitiers, et les autres 
t ée légumes. Pour les premiers, tout le travail des 
ç jardiniers consiste à entretenir les petits canaux où 
^- feau du fleuve monte tous les jours, à se prémunir 
ntre les écureuils, les corbeaux et les chauves- 
ris, et à recueillir les fruits des arbres dans le 
ps favorable. Quant à ceux qui plantent des 
mes, il leur faut faire des provisions d'urine 
tréfiée et de poisson pourri , qu'ils mêlent à une 
STande quantité d'eau ordinaire, afin d'obtenir des 
'^umes superbes et abondants. Quant aux plan- 
eurs de cannes à sucre, poivre, tabac, etc., leur 
^i^vail est très-pénible, mais aussi très-lucratif. 



— 380 — 



NAVIGATION. 



Du temps de Louis XI Y, le roi de Siam, appelé 
Phra^Narai, envoya un de ses navires en France, 
avec trois ambassadeurs ; mais arrivé aux environs 
du cap de Bonne-Espérance, il périt par un ter« 
rible naufrage. C'est là la plus grande navigation 
qu'aient jamais faite les Siamois ; depuis Ion, ik 
n'ont pas dépassé Ceylan et Calcutta. Tous les ans, 
ils naviguent en Chine^ à Syngapore et à Java. Ib 
n'ont que quatre ou cinq capitaines capables de 
conduire un navire par le moyen des instrumenb 
nautiques^ tous les autres, ignorant l'art de la 
navigation f conduisent leur bâtiment par routine» 
en suivant les côtes et pour ainsi dire à tâtons, h 
navigation à Textérieur occupe annuellement uM 
centaine de gros bâtiments; mais le commerce in- 
térieur ou du littoral emploie (dus de mille ba^ 
ques jaugeant de dix à soixante tonneaux* Lesltei 
sont très-babiles dans la construction des barquef 
de toutes dimensions; ils sont aidés en cela par 
une troupe d'ouvriers birmans, par les Cbinoii 
et les Annamites chrétiens. Quand on conslruill 



1! 



*: 



ti 



I navire, le ministre invite toujours quelque 
jropéen à venir surveiller les travaux. 

PiGHE ET CHASSE. 

Quoique la pêche et la chasse soient défendues 
r la religion, les Siamois ne laissent pas de s^y 
Ter sur tous les points du royaume; leurs chas- 
urs sont hardis, agiles, très-adroits. Il y en a 
rmi eux qui vont à la recherche des tigres, et 
i tuent tous les ans une vingtaine de ces ani- 
lux féroces. Us passent la nuit sur un arbre au- 
te de la fontaine où le tigre et le cerf viennent 
désaltérer, et à chaque fois ils abattent plu- 
urs pièces de gibier. Le port d'armes est permis 
rlout ; il n'y pas de village où il n'y ait quel- 
es chasseurs. Les peaux des bétes se vendent 
( Chinois, et leur viande, séchée au soleil, est 
me grande ressource pour les habitants. 

II serait difficile d'énumérer tous les instru- 
mts de pêche employés à Siam. Hors de la ca- 
aie, tout le monde pêche avec la ligne, la 
uble, l'épervier, la senne, le harpon, la nasse, 
tic[uet, les claies, etc., etc. Â Tépoque où le 
uve débordé rentre dans son lit, les rivières^. 



— asi- 
les canaux et les étangs fourmillent de-poissons; 
c'est alors que chacun fait sa provision pour toute 
l'année. On écaille le poisson , on le laisse trem- 
per dans Teau salée pendant une nuit; le len- 
demain ^ on le lave à la rivière, puis on l'ex- 
pose au soleil sur des claies de bambous; après t 
trois ou quatre jours, il est parfaitement sec et se 
conserve bien ; en vieillissant, ce poisson acquiert 
un goût de jambon ; c'est une nourriture tr^ |r 
saine, que plusieurs personnes préfèrent à h 
viande et au poisson frais. 

ARCHITECTURE. 

L'architecture est un art qui a toujours été 
bien cultivé à Siam ; il n'y a qu'à jeter un coup 
d'œil sur les gravures jointes à cet ouvrage pour 
se convaincre de l'habileté des Siamois à bâtir 
des édifices, des palais et des pagodes qui seraient 
dignes des nations civilisées. Leur architecture 
est un mélange des genres indien , chinois et 
européen. Ils ne bâtissent pas en pierres, mais 
toujours en briques ; leur ciment est composé de 
chaux et de sable, à quoi ils ajoutent de la mé* 
lasse et de l'eau dans laquelle ils ont laissé trem' 



— 353 — 

er longtemps de la peau de buffle et certaines 
corces d'arbres. Le fait est que leurs construo 
ons sont très-solides, en voici la preuve : quand 
n voulut bâtir les murailles de Bangkok, plu- 
ieurs mandarins vinrent chercher des briques 
ux ruines de Juthia; mais leurs gens avaient 
uni de peine à détacher les briques du ciment, 
[u'ils furent obligés de renoncer à leur entre- 
prise. 

ARTS DIVERS. 

Les Thai honorent beaucoup la sculpture; 
rresque toujours l'avant et l'arrière de leurs bar- 
[ues sont sculptés. Dans toutes les maisons, mais 
Qrtout dans toutes les pagodes, il y a toujours queU 
ue ouvrage orné de sculptures plus ou moins dé- 
cates; il est vrai qu'ils ont des bois très-propres 

ce genre de travail, ils font aussi des ouvrages 
e marqueterie et incrustations , soit en nacre de 
erle, soit en petits carrés de verre de différentes 
3uleui^. Le gouvernement a une petite fabrique 
e Terre où l'on soufûe des petites bouteilles, et 
jrtout des boules d'un verre mince qu'ils savent 
tamer avec certaines compositions métalliques de 



■■■■ * ♦ 



CHAPITRE TREIZIÈME. 



LÉGISLATION. 



Les Siamois possèdent un code de lois en cpyh 
rante volumes, et divisé en trois parties. La pr» 
roière s'appelle phra-tarara, elle comprend kl 
noms, les fonctions et les prérogatives de tous h 
offices. La seconde partie s'appelle phrchthamnm 
elle renferme les constitutions des anciens rois. U 
troisième partie, qu'on nomme phrarraxa-kamnùl 
comprend les nouvelles lois depuis le règne à 
Phra-Narèt. Cette dernière partie se subdivise « 
outre en plusieurs lakhana ou sections dont voie 
les principales : lakhana-chôriy qui traite desbri* 
gands et des voleurs; lakhana^thàt^ touchant la 



— 387 — 

aves; lak}iana'-phua''mia, code conjugal; 
kma-ku-jùm, qui traite des contrats et dos 
es; lakhana- vivat, des disputes et procès; 
lana-^moradok^ des héritages, et lakhanor^et^ 
[jui traite de diverses matières. J'ai lu tout le 
3 des lois, elles m'ont paru en général très- 
s, conformes à la loi naturelle et bien appro- 
es au caractère et aux mœurs de la nation pour 
elle elles onl été faites. On prétend que ce code 
ois, pour le fond, est à peu près le même que 
i du fameux Manu, législateur indien; il a été 
rmé et amplifié à plusieurs reprises, et surtout 
\ les temps modernes. Le roi doit toujours 
r le code dans sa chambre, et s'en faire lire 
les jours quelques pages. Tous les grands juges 
» gouverneurs de province sont obligés d'en 
r un exemplaire ; mais cela n'empêche pas que 
ois/ie sont guère suivies, comme on peut en 
r par cet exemple-ci : la loi dit : « Tout procès 
être terminé en trois jours, » et cependant les 
8 les font durer de deux à trois ans. 
y a trois sortes de tribunaux pour rendre la 
ce, eelui des gouverneurs, celui des princes et 
i du roi. Le gouverneur tient ses séances tous 
ours dans une grande salle à portée de sa ré- 



sîilence; les membres de son tribunal sont : I 
balat ou lieutenant ; le jokabat qui est comme I 
l^rociireur du roi ; sa fonction est de surveiller I 
gouverneur ; le mahaMhai ou chef du peuple : c^ei 
lui qui lève les soldats et fait exécuter tous k 
ordres du gouverneur en ce qui regarde le peupk 
I.e sQssadi, gardien des rôles du peuple ; c'est n 
oHice fort sujet à corruption, parce que les parti 
culicrs clierchent à se faire rayer des rôles pourd 
Tangent. Le luâng-muang, qui est comme le mail 
(le la ville, il est chargé de la police. Le luàig 
phêng, ou gardien du code des lois; quand onn» 
l:\ justice, c'est lui qui lit l'article des lois touchai 
It^ procès en question. Le khutirkhtiëng, qui « 
comme le prévôt^ il commande les satellites, 
comprend tous ces officiers et plusieurs aulm 
qu'il serait trop long d'énumérer, sous la déw 
niiiiation générale de kromakan. Les goui^emeoii 
de province n'ont droit de juger que les cauM 
peu importantes, et, pour toutes les causei w 
joures, ils sont obligés de faire conduire les par(i9 
au grand tribunal du roi. 

Chacun des grands princes constitua en i^ 
gnito a son tribunal, ses juges et ses officiers; 
qu'on appeWe clianq-Danc^; mais, de même que la 



— 350 -^ 

nirerneurs, il n'a pas le droit déjuger les affaires 
qeures; il doit les renvoyer toutes au grand tri- 
anal. De plus, il ne lui est pas permis de juger 
I SDJets des autres princes ou des grands manda- 
nsy sans leur consentement. 
La cour de justice s'appelle lakkon^ban, et le 
tbunal du roi se nomme sàla-luk^khun. Le mi- 
itrede lajustice, qui est un des grands princes, 
•flêiste jamais aux débats des procès ; mais tous 
i jours on \ient lui rendre compte des affaires 
fen a traitées. Le président du tribunal du roi 
ippelle phajor^ong^mùang , il a sous lui une 
laie d'officiers dont les uns sont juges, conseil- 
w%f les autres sont chargés de la rédaction des 
ttces de procès, et ont sous leurs ordres plusieurs 
Krétaires qui tous les jours les suivent au palais 
bjortice avec d'énormes paperasses sous le bras. 
^'endroit où l'on rend la justice est divisé en plu- 
turs petites salles oii il y a des estrades couvertes de 
lUes sur lesquelles sont assis les mandarins avec 
ia carreaux pour s'appuyer. La foule est à genoux 
ir le pavé, et les juges traitent les affaires tout en 
ivant le thé, fumant le cigare et mâchant le bétel. 
Quand quelqu'un veut intenter un procès, il 
immence par rédiger un acte d'accusation ou 



I 



— 360 — 

V 

riêàng-rao qu'il porte à l'uu des chefs du tribunaL 
À Tinstant même on envoie des satellites pour at- 
tacher le cou de l'accusé avec une espèce de mou- 
choir blanc, et on Temmène au thim ou prison 
provisoire ^ là on le met aux fers, à moins qu'il ne 
paie pour en être exempt. Tout le temps qu'il res- 
tera dans le thim, les parents doivent lui apporter 
à manger, et encore faut-il à chaque fois donner 
la pièce au^gardien. On mène l'accusé devant ki 
juges qui tiennent séance, on lit l'acte d'accusi* 
tion, puis on interroge les témoins, après leurafoîr 
fait prêter serment. (A Siam le serment consiste ai 
imprécations horribles contre soî-méme, si l'on ne 
dit pas la vérité.) L'accusé adroit de faire éliminer 
certains témoins * pour des motifs de parenté et 
autres prévus par les lois; il peut aussi prodoî 
des témoins à sa décharge autant qu'il peut 
trouver. Les dépositions étant écrites, on les 
avec de la cire dans laquelle les parties impriment 
leur ongle, et les débats sont remis aux jours sui- 
vants. S'il arrivait que l'accusateur fût reconnÉ 
comme ayant calomnié son adversaire, il serai 
condamné à faire une compensation à la partî8p 
lésée, et à payer tous les frais du procès. Si YjaC' 
cusation était pour cause de vol, on ferait adnu* 



— 361 — 

nistrer des coups de rotin à l'accusé afin de lui 
faire déclarer ses complices et toutes les personnes 
à qui il aurait vendu et distribué les choses volées. 
On va saisir tous ces gens-là, et le procès se com- 
plique à ne plus finir. Les deux parties, chacune 
de son côté, font offrir de l'argent aux juges qui 
.font exprès de traîner l'affaire en longueur; sou- 
vent même, au moyen d'une certaine somme, le 
coupable parvient à s'évader et à disparaître , et 
l'innocent en est pour ses frais et dépens. Presque 
toujours les parties en Htige se iniinent mutuelle- 
ment; quand elles n'ont plus rien à donner, les 
Jauges les plantent là. Le meilleur moyen de gagner 
. un procès, est de promettre une grosse somme à 
< quelque personnage influent qui se charge de votre 
l^affaire. Presque partout la justice est vénale, mais 
|peut-être plus à Siam qu'ailleurs. 
I On dit que les prisons sont quelque chose d'af- 
i^ux ; ce sont des cachots obscurs, où les criminels 
^at entassés par centaines ; heureusement qu'ils 
||i'y restent que la nuit, car on les emploie tout le 
Ijour à scier des poutres, à porter des briques ou 
^du sable, à faire des chemins, ou à d'autres ou- 
- Vrages pénibles, et on ne leur donne pour nourri- 
«tere qu'un peu de riz avec du sel ; à l'entrée de la 



— 36Î — 

nuit, ils rentrent en prison ; on les fait tous cou- 
cher les uns à côté des autres, on fait passer une 
longue chaîne dans un gros anneau de fer qu'ils ont 
à la jambe, le bout de la*chaine s'attache à un poteau 
avec un gros cadenas, de sorte qu'enchaînés ainsi 
les uns aux autres, ils ne peuvent pas se tourner, ils 
sont obligés de faire là leurs nécessités et de rester 
ainsi dans l'ordure et la vermine jusqu'au lende^ 
main. Qu'on s'imagine tout ce qu'ont à souffrir cei'> 
malheureux dans une atmosphère fétide, par upe 
chaleurde trenteàtrente-cinq degrés! Âjoutezàcela 
les disputes, les injures, les malédictions, les pt^ 
rôles sales et les mauvais traitements des geôlien 
qui ont l'art de faire souffrir les prisonniers afin d'en 
extorquer quelques pièces de monnaie. Tout cela 
ne donne encore qu'une faible idée de ces tri 
cachots; aussi, une personne qui avait passé là 
une vingtaine de jours me disait : Père ! je ne crois* 
pas que l'enfer soit plus horrible que la prisent 
Ceux qui sont jetés en prison pour dettes n'y res-* 
tent pas longtemps, parce que leurs parents et leurs 
amis font tout leur possible pour payer leurs dettes 
et les faire sortir ; mais ceux qui y sont pour vol 
ou autres crimes ne peuvent être libérés que par 
un ordre formel du roi, et cependant un grand 



r- 363 — 

imbre trouvent encore moyen d'en échapper; 
. envoient leurs parents ou leurs amis porter des 
ésents et de l'argent au prince qui a l'inspection 
s prisons et lui en promettre encore davantage 
1 veut bien élargir un tel. Celui-ci leur répond 
le cela n'est pas possible pour le moment, mais 
le cela pourra se faire plus tard. Il commencé 
r faire venir l'individu pour travailler chez lui, 
ant soin de l'envoyer coucher en prison ; quelque 
nps après il l'établit geôlier ; ensuite le garde 
leore quelque mois chez lui en loi permettant de 
rtir un peu ; enfin, après avoir reçu la somme 
avenue, il le laisse aller oii bon lui semble. 
Les prisonniers ordinaires portent seulement les 
s aux pieds qui consistent en deux gros anneaux 
fer qui sont rivés au dessus du mollet, et réunis 
u à Tautre par une chaîne d'une coudée de long, 
qui n'empêche pas de marcher, mais seulement 
courir. Les grands criminels portent ce qu'ils 
lellent les cinq fers, c'est-à-dire, un collier de 
au cou, les menottes aux mains, les fers aux 
ds et une chaîne à la ceinture, de plus on leur 
t quelquefois la cangue qui consiste en deux 
igues pièces de bois qui s'adaptent au cou au 
^yen de deux traverses. La cangue est plus ou 



— 364 — 

moins pesante se^on la gravité des crimes ; outre 
sa pesanteur, elle gêne tous les mouvements, et 
surtout empêche de pouvoir prendre aucun repos. 

Le code pénal inflige des supplices extfl^ordi- | 
naires pour certains crimes; par exemple, il or^ i 
donne de brûler vif celui qui aura fait fondre une 
idole d'or ou d'argent soustraite des pagodes. Les 
adultères sont marqués à la joue avec un fer chaud; 
pour certains autres crimes, on les marque au front 
également avec le fer chaud. Les talapoins wfm 
en adultère sont dépouillés de leur habit jaune, 
flagellés jusqu'au sang, et puis condamnés pour 
toute leur vie à couper l'herbe aux éléphants; celle 
peine équivaut aux travaux forcés ; c'est la. peine 
des plus grands criminels, on les appelle taphun, et 
aucun d'eux, malgré les plus puissantes proteçtipnsi 
ne peut se racheter de cette condition infamante. 

Il y a encore une autre peine infamante fort en 
usage, on l'appelle ta^-ven, voici en quoi elle con- 
siste : le criminel portant les fers aux pieds, et 
cangue au cou, est promené par toute la ville 
son d'une cymbale avec un cortège de satelli 
armés ; à chaque fois qu'on bat de la cymbale, 
coupable est obligé de crier à haute voîx : ^ 
commis tel crime, n'imitez pas mon exemple! 



— 365 — 

refuse de crier, ou s'il ne crie pas assez fort, 
les satellites de derrière le frappe à coups de 
e. Cette sorte de procession se renouvelle trois 
s de suite, après quoi il est encore conduit de 
ème manière en barque tout autour de la ville 
rois jours suivants. 

elon le code pénal, la peine capitale doit être 
gée pour meurtre et pour plusieurs autres 
les; mais depuis longtemps ces lois ne sont 
en vigueur, et la peine de mort est réservée 
[uement au crime de lèse-majesté ou rébellion, 
ndle cas s'en présente, le roi charge les grands 
ces et lés ministres d'instruire le procès dans 
ceinte même du palais; lorsque l'affaire est 
)e, les grands proposent au roi d'ordonner la 
16 de mort; le plus souvent lé prince fait grâce 
plus grand nombre qui sont condamnés à de 
ndres peines; les plus coupables sont emmenés 
le mandarin exécuteur de la haute justice dans 
endroit appelé samre au bas de la ville. Là on 
'coupe la tête à coups de sabre ou bien on les 
che à des poteaux, et on les perce à coups de 
^, après quoi les cadavres sont empalés et 
s à des pieus où ils deviennent la pâture des 
aux de proie. Si les rebelles sont de la famille 



— 366 — 

royale, on ne verse pas leur sang, mais on lescAfli^ 
dans des sacs de peau, où l'on met une grMP 
pierre, et on va les précipiter tout vivants au benl? 
milieu du fleuve. r 

A Stam, il y a une loi qui doit paraître biene^ 
traordinaire à des Européens, c'est que, 8*il« 
commet un meurtre quelque part , toutes les mai- 
sons environnantes, à soixante toises à la rondO) 
en sont responsables et sont sujettes à une forte 
amende ; la même règle s'observe pour unsdicide, 
c'est pourquoi, quand il y a des rixes ou desibir 
mitiés entre deux personnes, les voisins accoote&t 
pour mettre le holà , et empêchent par tous ta 
moyens que la mort ne s'ensuive. Si par hfr 
sard, pendant la nuit, quelqu'un venait à se peiH 
dre dans quelque localité, de bon matin, les hàt 
tants s'empressent d'envelopper le cadavre dam 
de vieilles nattes avec des pierres ou des briques, 
et vont le jeter dans la rivière en prenant touW 
les précautions possibles pour n'êtrb pas déco»* 
verts. 

La capitale est divisée en districts ou quarlieisj 
dans chaque quartier est établi un nai^-amphit 
qui fait les fonctions de commissaire de polte 
Quand on saisit un voleur ou un malfaiteur, c'^'f 



— 367 — 

ihei le nai^mphô qu'il faut le conduire, et on lui 
paie la somme de huit francs pour qu'il ait l'obli^' 
geance de mettre l'individu aux fers et de le con* 
duire à la prison. Il est étonnant que dans une 
ville de quatre cent mille âmes il y ait si peu de 
iroubles et de désordre ; cependant les commis- 
laires de police ne font pas la ronde ; on ne voit 
)as de patrouilles de soldats ni de satellites rôder 
\n tous sens comme dans les villes européennes. 
le qui retient le peuple thai dans le devoir, c'est la 
rainte de T autorité, et il a bien raison de crain- 
Ire, car, dans ce pays-là, l'autorité est terrible, 
supposez qu'il s'élève quelque trouble dans un 
[uartier de la ville et que la nouvelle en soit por- 
ée au palais; bientôt vous voye^s arriver deux ou 
Tois cents satellites armés de b&tons et de sabres, 
lyant à leur tête un mandarin au regard sévère 
{ui jure, maudit et fait empoigner tout le monde 
ju'il rencontre sur le lieu du désordre. Il faut voir 
ivec quelle intrépidité ses satellites s'élancent au 
nilieu de la foule, frappent, empoignent et lient les 
nains de leurs victimes. Tous ceux qui en ont le 
emps prennent la fuite» en un clin d'œil la place 
ïst vide, et le mandarin s'en retourne avec sa prise. 
)n soumet à la flagellation tous ceux qu'on a 



— 3é8 — ■ 

amenés, pour leur faire déclarer des complices 
qu'on va saisir eneuite ; tous ces badauds sont mis 
en prison, et pas un n'en sortira avant d'avoir 
payé ses quatre-vingts ticaux. Telle est la manière 
de faire la police à Siam ! 




lU. -•» 



CHAPITRE QUATORZIÈME. 



LANGUE ET LITTÉRUTURE. 



0AI6TNE ET COMPOSITION DE LA LANGUE THAÏ. 



On peut affirmer que la langue thai tire son 
igine des brames qui sont venus de la partie 
ientale de l'Inde. En effet, dans les annales 

Siam il est dit : qu'au commencement de 
re de Phra-Khôdom, deux brames , habitants 
s forêts, Tinrent fonder la \ille de Sângkhalôk 
i est la plus ancienne du royaume. La langue 
5 Siamois s'appelait autre fois sajâm-phasâ, et 
"sque les Sajdm ou Siamois eurent pris le nom 

Thai, leur langue s'est appelée phasd^thai (la 
igue des libres). C'est une langue en grande 



— 368 — 

amenés, pour leur faire déclarer d *| 

(lu'on va saisir ensuite ; tous ces h 
en prison, et pas un n'en so' 
payé SOS quatre-vingts ticauT? 
do faire la police à Siana ! 



18 1< 

es- 
.loi. 
.enferme 



.d langue te- 
neurs mots des vsr 
ans la langue vulgaire; 
e et sacrée sont presque en- ; 
.cs de mots sanscrits etbali§.iin 
accommodés au génie et au lan- 



r > 



. * n.E$ ET n l'alihabet de la langue TlUI. 

I» 

ciiv Lmcuo compte vingt voyelles, diphlhon- 
^x.uî Joîr.i-voyeîlrfN. ot quarante consonnes. 

Lv^ ^ni5:t voNoUes, ciomi-voyelles et diphthon- 






« 



\ 



T 00 
] am 



— 371 — 



.ai-voyelle brève, 
demi-voyelle longue. 
lu demi-voyelle brève. 
lîi demi-voyelle longue. 

6 long. 

ë double e long. 

ai diphihongue brève. 

ai dipbthongue brève. 

long. 

dipbibongue brève. 

demi-voyelle brève, 



; a: très-bref. 



— 370 — 

partie monosyllabique, et presque tous ses mois 
polysyllabiques tirent leur origine de langues 
étrangères. Elle est une des trois langues chan- 
tantes qui soient connues dans l'univers, les- 
quelles sont : le chinois, l'annamite et le thaù 
On pourrait dire que la langue thai en renferme 
trois, à savoir : la langue vulgaire, la langue re- 
levée et la langue sacrée. Plusieurs mots des na- 
tions voisines sont passés dans la langue vulgaire; 
mais les langues relevée et sacrée sont presque en- , 
tièrement composées de mots sanscrits et baiis, uo 
peu altérés et accommodés au génie et au lan- 
gage des Thai. 1 



DES LETTRES ET DE L'ALPHABET DE LA LANGUE THAI. . 



Cette langue compte vingt voyelles, diphlhon- 
gues ou demi-voyelles , et quarante consonnes. 

Les vingt voyelles, demi-voyelles et diphthon- 
gués sont : 



tl ao bref, 
fll a lonfî. 



i: 



— 371 — 

i bref. 



t 


long. 


u 


bref. 


II 


long. 


u 


bref- 


u 


long. 


ru 


demi-voyelle brève. 



ru demi-voyelle longue. 

lu demi-voyelle brève. 

lu demi-voyelle longue. 

e long. 

ë double e long. 

ai diphthongue brève. 

ai diphthongue brève. 

long. 

ao diphthongue brève. 

am demi-voyelle brève. 

a : très-bref. 



— 372 — 

Les quarante-quatre lettres se divisent en si: 

classes, savoir : 

■\ 

Première eUuset gutturalee : 

u t\ ^ r\ ?i V ^ 

ko khô khô klio kho kho ngo 



» » 



Deuxième elaeee, palatahs : 



'S TJ nf If ÛJ tu 

clio xô xo so xo jo 



Troisième classe, linguales : 



i^ g J «n nj w 

do to thô tho tho no 



Quatrième clatte,,dentaièe : 

f) fi ti n fi "w r- 

do to tho tho tho né ■• -^ 

Cinquième classe, labieiies : 

u.il'wpfwvlïiu 

bo^^ po ^phd fo pho fo pho rno 



— 373 — 
Sixième claasey demi-'Voyellety sifflantes, aspiréei : 

jo ro lo vo s6 $6 sô ho lo ho 

ALPHABET. 

L'alphabet thai est très-ingénieux en ce que, 
scité au complet , il forme un gros volume et 
imprend à peu près tous les mots de la langue, 
î sorte que Talphabet est comme un diction- 
aire. Je ne donnerai ici que ce qu'ils appellent 
)ë''nângm ou modèles des huit séries de Tal- 
habet. 

Première série. 

m f) n î^ S fi fi m un In 

} ka ki ki ku ku ku ku ke kê kai 

) In im tfi ns 

!t ko kao kam ka: 



Deuxième série, 

i n« lïitt nw m nw nw nw n« 

n kan kan kin kin kùn kun kun kun 



— 374 — 

ifiïi ufitt Inw mu fiQw imu i^h 

ken kën kôn kon kti-en kiren kîiren 









Troisième série. 






ÎIU 


nu 


mu 


^ é^ ^ 

nu nu nu 


^U 


nu 


kob 


kah 


kah 


kib kib kîib 


khb 


1 

kuh 



inu iifiu Ifiu fitiu mu intJiJ intin 

/:e6 fcëi kôh kob ku-eb ki-^çb ku-^b 



Quatrième série. 

nn fîîi fnn nn nn nn nn fin 

T 

kok kak kak kik kik kùk kùk kuk 

mn unn Inn ntin mn inîin i^ii 

A:e/li: A:è'A; A:d/li: A:oA: ki^ek ki-ek ku-ek 



Cinquième eèrie» 

m m m^ m m m m 

A:ongf fcangf /iian^ king king kung kùng I 

m in^ urn . In^ niM m^ if 

/cun^ keng këng kông kong kurang ki- 

ifiiJ4 im 



kû^ang kbng 



— 375 — 



Sixième série. 



m mfî m m m m m nn infi 

T ÎJ 

kat kat kit kit kùt kùt kut kut ket 

Ifif) mf] mf] imf] mtm infi 

kôt kot ku-et ki-et kù-et kot 



Septième série, 

fUi mw fw nw nw nu nw 

liam kam kim kim kum ktim kutn 

mw unw Injj ntn mv mv 

kem këm Icôm kom ku-em ki-em 

u m 

m kôm 

Huitième série. 

If) mi mv rm h m rw m nti 

T 

kai kai kai ^koro ki-u ki-u kîi4 kù-i kuri 



im 


IIÎT3 IntJ 


ma 


my 


i^yj 


ke-u 


kë-0 ko-ei ou kôi 


koi 


kttr-ei 


kiau 


1 im 


inîi; m ififi; 


Ifltl 


imz 


rn 


ki-a 


ki-a: kù-a l^t-a: 


ko 


ko: 


kura 



4 



mi ifi: 


un: 


kvra: ke: 


kë: 


f)^w 




kam. 





— 


376 — 










In: 


im: 


nu 


4 

nti 


• 

n 

« 


im 


ko: 


ko: 


ko 


Im 


1 

Awnjf 


to 



{ 



DES TONS DE LA LAJI76UE THAÏ. 

Il y a cinq tons dans la langue thai, savoir :k 
ton droit ou recto tono, le circonflexe, le bas, k 
grave et le haut. Les cinq tons s'expriment dm 
récriture par les lettres qui se divisent en lettm 
hautes, basses et moyennes, aussi bien que fuk 
secours de quatre accents lesquels servent à moM 
fier le ton. Pour se faire une légère idée des t 
supposons que le recto tono soit représenté par 
note musicale sol, le ton haut montera au h 
au si et même jusqu'au ré, selon qu'il s'agira 
prose ou de poésie; le ton bas descendra au 
et même jusqu'au ré d'en bas. Quant au grave 
au circonflexe, il est très-diffidle de les faire 
prendre au moyen des notes. 

L'observation exacte des tons est ce qu'il y a 
plus difficile dans la langue thai, et quicoo 
n'a pas Toreiflè juste ne parviendra jamais à 
bien distinguer; et, comme il y a toujours quani 



— 377 — 

Qots presque semblables qui ne diffèrent que 
les' tons, il s'ensuit que celui qui est encore 
ce dans l'étude de cette langue est exposé à 
des contre-sens absurdes et ridicules. Par 
iple, au lieu de dire hm-phet qui signifie dia- 
t , il dira kaâ-pet ( tête de canard ) ; au lieu 
ire ao fai ma, apporte-moi du feu, il dira : 
ai ma, apporte-moi du coton; ou bien au 
de klià rak khai, j'aime les œufs, il dira khà 
khàiy j'aime la fièvre. On s'est amusé à com- 
r certaines phrases assez longues où presque 
les mots se ressemblent, par exemple celle- 
khâo bok khao va klài krung kab mi khâo pen 
ïhâo mi khào khào mén khao klûn mai khào, 
it que près de l'ancienne capitale il y a une 
tagne qui a la forme d'une corne où se trouve 
iz blanc qui a une mauvaise odeur au point 
a ne peut pas le manger. 
i que je viens de dire pourrait faire supposer 
la langue thai est bien pauvre ; mais il faut 
idérer d'abord que tous ces mots qui nous 
issent semblables sont cependant bien diffé- 
; et ne s'écrivent pas de la même manière ;' 
^cond lieu, cette prétendue pauvreté est bien 
j'ensée par l'abondance des mots pour expri- 



n 



n 



1 

— 878 — i 

mer une seule et même chose; par exemple, 3^ 
y a une douzaine de mots pour dire la tète , à' 
savoir : hûay sisa , sien y sirôt, utdmang, kesdi 
kramom^ kaban, sieraklào, ket^ kesi, chom. Hf. 
a une infinité de choses qui s'expriment ainsi par 
plusieurs termes différents ; ce sont comme autant 
de synonymes , qui cependant ne pourraient pat-f 
s'employer indistinctement les uns pour les ao-l 
très ; car telle expression convient au style ydI-| 
gaire, et telle autre au style élevé. Les termes enn 
ployés dans la poésie sont différents de ceux qu'oo 
emploie en religion, et il faut avoir une granife 
connaissance de la langue pour savoir choisir les; 
mots qui conviennent aux différents styles. 

DES NOKS. 

Il y a une certaine catégorie de noms com 
ses qui sont fort curieux ; par exemple, pour di 
fleuve, on dit la mère des eaux ; le lait, c'est F 
de la mamelle; l'horizon, c'est le pied des cieux 
la volonté, c'est l'eau du cœur; un fruit, c'est 
fils de l'arbre ; le cuisinier, c'est le père de la cui«Jii 
sine; le gouvernail, c'est la queue du tigre; l 
échelons sont Ve& ew{Qc\ii& de l'échelle ; le comp^ 



— n9 — 

l le bec de corbeau ; la charrue, c'est la tête 
cochon ; les nœuds sont les yeux des arbres ; 
[armes sont Feau des yeux, etc.» etc. 

DES YEEBES. 

>ans la langue tliai le même mot peut servir 
lora, d'adjectif, de \erbe et d'adverbe, en lui 
3ignant des mots qui en modifient le sens. Les 
bes n'ont pas de conjugaisons, les modes et 
temps s'expriment par trois mots auxiliaires 
donnent le sens du présent , du passé et du 
ir; au moyen d'une particule, d'un verbe actif 
en fait un verbe passif. 

DU STYLE DE LA CONVERSATION. 

■es Thai sont d'une grande politesse dans la 
rersation ; au point que si l'on adresse la pa- 
à quelqu'un sans lui donner le titre qui lui 
rient, on serait censé lui faire injure. En par^ 
à un enfant de basse condition on l'appelle rat ; 
enfants d'un bourgeois on dit monsieur rat, 
emoiselle souris; si on exprime le nom propre, 
lit simplement monsieur, mademoiselle, en 
tant le nom, par exemple, monsieur perro- 



quet, mademojsene abeille. On appelle pèr 
mère les «fants des mandarins; pafl.exem 
père rouge, mère argent, ou bien père rat, i 
souris, quand on ne les appelle pas par leur i 
propre. Les hommes et les femmes du pe 
s'appellent monsieur, madame, mon chef, 
mère. En s'adressant à un' homme, s'il est 
jeune^on lui dit : mon frère cadet» et s'il est 
âgé, mon frère aine, ou bien mon père, mon on 
mon aïeul, s'il est beaucoup plus vieu^^f Si laf^ 
à qui l'on parle est plus jeune, il faut dire ma se 
cadette, et ma sœur ainée quand elle est plust(| 
ou bien ma tante, ma grand'mère quand elle 
déjà \ieille. En parlant à ceux qui sont consti 
en dignité, on les appelle bienfaiteur, père b 
faiteur, monsieur le bienfaiteur. Quand on { 
aux princes, il faut leur dire : puissant seign 
et en leur parlant de soi : moi qui suis la p 
sière de vos pieds, naoi qui suis sous la plant 
vos pieds. Quand on adresse la parole au roi 
dit : grand et auguste seigneur, divine mil 
corde, je suis un grain de poussière de vos pi 
vous dominez sur ma tête. En répondant i 
grand on doit dire : 6 mon père , ou bien je 
mande à recevoir vos ordres. Si l'on répond i 



— 384 — 

e ou au roi 9 à la fin de la phrase on ajoute : 
]tuguste seigneur I je demande à recevoir vos 
s. Les laïques appellent les talapoins phrd : 
gnifie grand 9 bienfaiteur, seigneur, vous qui 
e seigneur. En parlant du roi, il faut Tap- 
ie maître de la vie, le maître de la terre, le 
iupréme, le grand roi, le grand et auguste 
mr qui est à la tête. 

I petits dialogues suivants que j'extrais de ma 
naire ont été composés par un talapoin fort 
it; j'ai jugé à propos de les mettre ici pour 
sr une idée de la conversation dans les diffé- 
( classes de la société. D'ailleurs chacun de 
alogues est comme un petit drame qui ser- 
faire connaître certaines particularités con- 
at les mœurs et usages des Siamois. 



DIALOGUES. 



I. UN PRINCE AVEC SON ESCLAVE. 

r a un ordre du prince pour le page de ser- 
aonimé Sing, portant : Sing^ va nous cher- 



* 



— 382 — 

cher le nommé Phuk. M. Sing^ après aYoir- reçi 
Tordre^ va pour prendre M. Phuk en lui disanl : 
J'ai Tordre de vous afknener vers le prince. M. Phà 
et M. Sing arrivent ensemUe dans le vestibule ëi; 
palais. Le prince interroge M. Sing : Âs-tu a 
le nommé Phuk? M. Sing prosterné dit : Oai, 
guste seigneur, je l'ai amené. — Où est donc 
Phuk? M. Phuk entre en rampant dans le : 
bule. Ensuite le prince lui demande : Où es-tu 
allé? je n'ai pas vu ton visage ni tes yeux 
longtemps. M. Phuk prosterné dit : mou 
guste seigneur ! j'ai été malade, et c'est pour 
que je ne suis pas venu ; vous ferez d.e moi ce 
vous voudrez selon votre miséricorde. — Tu es 
coquin ; comment as-tu été malade? — ]don 
guste seigneur 1 j'ai eu mal au ventre. — Soi 
toi pour te guérir, ensuite tu dois venir vers 
de temps en temps. — Auguste seigneur ! je 
vos ordres. — Allons, va-t'en. — Auguste 

gneur, je reçois vos ordres. 

.•I 

il. UN GRAND AVEC UN INFÉRIEUR. 

Le premier mandarin Kra : lahôm ordondj 
M. SaniL qui ètavl àe «»ctm^ ç\x\>\\^\^axv\.\^vjK 



— 383 — 

Janit, il y a maintenant un ordre du roi (pii nous en- 
oint sur notre tête de lever une armée ^ et de placer 
lotre camp dans la ville du Gamboge. Monsieur 
^anit^ il faut porter Tordre du roi aux généraux, 
à leurs lieutenants et aux secrétaires qui ont des 
clients et le peuple du roi sous leurs ordres. Lorsque 
^ généraux, leurs lieutenants, les chefs des com- 
pagnies furent rassemblés, le grand mandarin leur 
'demanda : Vous tous, combien avez-vous d'esclaves 
^i^if combien en avez-vous de disponibles? Les gé« 
^étmx et leurs lieutenants prosternés répondirent : 
Tous, esclaves sous vos pieds, nous prions le prince 
tiséricordieux d'avoir de l'indulgence pour nous ; 
ous n'avons pas eu le temps de rassembler les 
Uents et les esclaves du roi. — Préparez-les donc 
ite, vite. — Nous recevons vos ordres, ô prince 
miséricordieux I nous les préparerons à temps. — 
îen, rassemblez les troupes pour le temps fixé. — 
Nii, prince miséricordieux, nous tous ensemble, 
^efs des compagnies, nous rassemblerons cin- 
Uante-cinq mille hommes armés ; nous recevons 
^ ordres. 



— 384 — 

m. UN CLIENT A l'aupienge bu prince. 

Sous le prince Kromaludng^ il y avait un homme 

nommé Sa. Ce M. Sa étant couché , réfléchissait 

-1* 

en lui-même en disant : Il y a déjà longtemps que 
je suis esclave, et Je n'ai encore du obtenir ni 
pierres précieuses ni gain quiconque; quoique 
je ne ne sois pas riche^ ^'e ne me plains pas ;,eih 
core un peu de temps, et je n'aurai pas même uo 
langouti pour cacher mon derrière. Nous îroosi 
l'audience du prince , nous lui demande|;oos Ja 
permission de sortir d'esclavage et de cultiver ks 
champs comme font les pauvres. Ayant médité ceb) 
M. Sa alla vers le prince. Le prince lui demanda: 
5a, pourquoi viens-tu? M. Sd, s' étant prosterné, 
dit : Mon auguste seigneur, je vous adore et je de- 
mande la permission de cultiver un peu les champs* 
— Bien ; va faire des champs et cherche-nous des 
poissons et des légumes, n'est-ce pas? M. Sa »■' 
pondit : Oui, mon auguste seigneur 1 et il adoran: 
demandant la permission de se retirer. Alors 
prince dit : Ne t'en va pas si vite. — Mon augusli|^ 
seigneur 1 je reçois vos ordres. — Écoute; la 
tu auras cultivé les champs, reviens quelquef( 



S 



— 385 — 

)us yoÏT. M. Sa répondit : Oui; mon auguste sei- 
leur, et il adora en demandant la permission de 
retirer. 

IV. ENTRETIEN DU ROI AVEC UN PAGE. 

L'ordre du roi miséricordieux fut sur les cheveux 
sur la tête de M. Saraphet-phakdi disant : Mon- 
îur Saraphety équipe*moi un navire; prends des 
archandises dans les magasins royaux, et charge- 
tout à fait. M. Sardphet reçut Tordre en disant : 
3n auguste seigneur I je reçois vos ordres sur mes 
leveux et sur ma tête. Il adora et sortit en ram- 
mt du palais, il examina le navire, l'équipa et le 
largeà' de marchandises ; ensuite il vint à la cour, 
lora et dit : Je demande par la puissance de la 
mssière de vos pieds qui couvrent ma tête, 1 es- 
ave du seigneur a chargé ce navire.' Le roi lui 
smanda : De quoi Tas-tu chargé? — Mon auguste 
dgneur! je reçois vos ordres; je l'ai chargé de 
ois cents quintaux de cardamome. — N'as-tu 
largé que cela? — Mon auguste seigneur î je re- 
)is vos ordres. — Qu'as-tu mis de plus? — Auguste 
iigneur ! moi cheveu de votre tête, je l'ai chargé 
e trente mille quintaux de poivre, — As-tu mis 



— 386 — 

(lu bois de sapan? — Mon auguste seigneui 
ai mis. — Quand donneras-lu des ordres po 
ce navire mette à la voile? — Mon augusl 
gneur ! je reçois vos ordres ; il partira le trei 
jour de la lune. — Règle et inspecte tout con 
faut. — Mon auguste seigneur ! je reçois vos 'o 

V. LA HEINE AVEG UNE ESCLAVE. 

Un jour ls( reine In désirait beaucoup des 
de dourion et de mangoustan ; alors elle api 
jeune fîUe Mi : Fille Mi, fille Mi ! Mais la 
Mi était assise au loin ; alors la vieille Suk Taf 
fille Mi l la mère reine t'appelle. Alors la 
Mi s'approcha en rampant. La reine In 1 
alors : Fille Mi, je voudrais bien manger des 
rions et des mangoustans. — mon augusti 
tresse 1 Ayant dit cela, elle donna un tica 
jeune Mi qui, ayant reçu l'argent, alla au n 
situé derrière le palais des concubines du : 
après avoir acheté des dourions et des mangoi 
elle les apporta à la reine. La reine lui demc 
Combien as tu acheté ces dourions? La jeu 
l'en instruisit en disant : J'ai acheté ces do' 
un salùng pièce. — ma mère, les fruits d< 



— 387 — 

rion de cette espèce coûtent-ils un salung ? Â la bou- 
tique de qui les as-tu achetés? — Je les ai achetés 
à la boutique de ma mère Ket, Madame. Or, ma 
mère Ket et moi nous nous connaissons. — As-tu 
dit à ma mère Ket pour qui tu les achetais ? — ^ 
Oui, Madame, je l'en ai prévenue en lui disant : 
Ma mère reine m'a envoyée pour en acheter. Alors 
ma mère Ket a .pris seulement le prix des dou- 
rions et a offert à ma mère reine vingt mangous- 
tans, ô Madame 1 — Bien ; ma mère Ket est une 
excellente femme. La reine puvrant un dourion et 
regardant la chair, dit à la jeune Mi : La chair de 
ce dourion est jaune et excellente. — Madame, ma 
mère Ket a dit que la chair en était très-bonne ; 
si c'eût été pour une autre, elle ne les eût pas 
vendus ; elle m'a dit qu'elle les vendait à bas prix 
à cause que c'était pour ma mère reine. — C'est 
vrai, certainement, elle a dit vrai; ces dourions 
ont vraiment la chair excellente; il est difficile 
d'en trouver de pareils. — Madame! ils sont 
très-bons. 

VI. UN MANDARIN AVEC lE ROI. 

L'ordre du roi fut qu'on appelât le mandarin 



i 



' 1 

— 388 — 

Kamphëng, qui était à la tête des éléphant»/ Loii' 
qu'il fut arrivé dans le vestibule du palais, le m 
lui dit : Le roi de Xieng-Sên nous a offert un élè* 
phant;Phaja-Kaniphëng, il faut aller le voir.— 
Mon auguste seigneur ! je reçois vos ordres, moi 
cheveu. — Voyez s'il est véritablement blanc oi 
rouge ou cuivré? — Mon auguste seigneur! je 

reçois vos ordres, moi cheveu. Le mandarin Kâm- 
phëng adora et remonta le fleuve pour s'assarer 
de la chose. Mais lorsqu'il fut de retour, il adi 
en disant : Je prie par la puissance de la po» 
sière de vos pieds qui protègent ma tête, votre 
séricorde m'a envoyé pour reconnaître un éB- 
phant mâle, d'excellente race ; ia chose est coi 
le roi de Xieng-Sën Ta déclaré à Votre Maj 

— Bien, mandarin Kamphëng; sa eoulenr peut 
êti*e comparée à la couleur d'une marmite de I 
neuve î — Mon auguste seigneur ! je reçois 
ordres, il en est ainsi. — Quelle est sa haut 

— Auguste seigneur ! il a la hauteur de trois 
dées trois pouces. — A-t-il belle mine? — 
auguste seigneur ! je reçois vos ordres, il est 

— Quand arrivera-l-il? — Auguste seigneur!) 
reçois vos onlres. moi cheveu : le troisième de 
lune il parviendra ici. — Hàtez-vous de Y 



Wte, vite. — Auguste seigneur 1 moi cheveu, je re- 
çois vos ordres, je me suis hâté. 

« 

li.YlI. LE ROI AVEC UN CHEF DES TALAPOINS. 

Il y ^vait un chef des talapoins que le roi ai- 
Dait plus que tous les autres. Quand il eut mangé, 
e roi lui demanda : Phra-ihèphamôli ^ après la 
îaison de la pluie, où irez-vous vous promener? 
Pfira'-thèphamôli offrit la bénédiction au roi en 
disant : Ma personne ira à Sing-Khaburi pour 
iervir mon maître qui m'a conféré ses ordres. — 
Combien de mois resterez-vous là? — Je demande 
^ offrir ma bénédiction au grand roi, ma personne 
y restera un mois. — Celui qui vous a ordonné 
vit donc encore? — Je demande à offrir ma bé- 
nédiction au grand roi , il vit encore. — N'est-il 
pas bien vieux? — J'offre ma bénédiction au 
grand roi, il est vieux d'environ soixante-dix ans. 
— Ses yeux et ses oreilles sont-ils encore en bon 
état? — Je demande à offrir ma bénédiction, ils 
sont en bon état. — Tâchez de le servir, car il est 
bien vieux. Lorsque les talapoins demandent au 
roi la permission de se retirer, ils le bénissentainsi : 
Ma personne désire que la félicité, la gloire, l'âge 



— 390 — 

heureux de toute espèce continuent pour k 
excellent, suprême et parfait ; pour le gouvem 
pour le prince doué de mérites précieux. < 
Theure favorable pour nous tous prêtres d'( 
la bénédiction avant que nous quittions notr 
très-excellent, parfait; nous offrons donc i 
bénédiction en demandant la permission de i 
du vestibule du palais. 

Vm. UN TiXAPOlN AVEC UN LAÏQUE. 

Il y avait un talapoin premier lieutenan 
faisait le plancher de sa maison ; mais il lui i 
quait environ deux planches. Alors inquiet, 
sait : Où pourrons-nous trouver au moins 
planches? Un laïque, son domestique, Taverl 
disant : J'ai vu quelque part plusieurs plaiu 
je reçois vos ordres. — Bien ! oii Monsieu 
a-t-il vues? — Je reçois vos ordres, c'est da 
maison du mandarin 5/; je reçois vos ordn 
vous allez les demander en aumône, il me ^ 
qu'on vous les offrira, je reçois vos ordres. Le 
mier talapoin Heutenant alla à la maison du i 
darin5/,qui, l'apercevant, s'écria : J'invi 
maître bienfaiteur, je reçois vos ordres. Le I 



— 391 — 

;ibin s'assit ; le mandarin Si lui demanda : Mon- 
de»r le bienfaiteur vient, a-t-il besoin de quelque 
îloseî — Persévérez dans ma bénédiction, grand 
fcandariu ; ma personne vient pour mendier deux 
blanches du grand mandarin. — Monsieur bien- 
éiteur, pourquoi me demandez-vous deux plan- 
îhesT — Persévérez dans ma bénédiction ; ma per* 
onne les emportera pour faire le plancher de ma 
liambre. — Or , deux planches suffiront-elles , 
nonsieur bienfaiteur? — Persévérez dans ma bé- 
lédiction ; ma personne a déjà fait une partie du 
ilancher. — Monsieur bienfaiteur! vous en avez 
féjà fait une partie? Moi cheveu, je pensais que 
DUS ne Taviez pas encore commencé. — Restez 
ans ma bénédiction ; j'en ai déjà fait une partie. 
lors il appela : OMa ! allez et choisissez de bonnes 
lanches, offrez-les au bienfaiteur premier lieu- 
mant. Le premier lieutenant le bénit et s'en alla 
?ec l'esclave Ma pour voir les planches dans le 
lagasin des scieurs. Quand il eut les planches, 
retourna à la pagode. 

4 

IX. UNE FEMME AVEC UN TALAPOIN. 

11 y avait une femme qui depuis longtemps con- 



• 



— 392 — 

naissait un talapoin. U anÎTa un jour que cette 
femme pensa en elle - même : M. JVu - Dhg^ 
notre fils, est déjà capable d'apprendre les livres 
thai; il nous faut le confier au bienfaiteur pour 
qu'il apprenne les livres. Ayant pensé cela, elle 
roula du bétel, chercha de l'arec, les plaça sur un 
plat de verre et mena M. Nu - Dëng jusqu'à h 
cellule du talapoin. Le talapoin lui demande: 
Femme, ma sœur, pourquoi venez-vous? La dame 
répond : J'amène M. Nu-Dëng pour le confis 
au bienfaiteur afin qu'il étudie les livres ; je ne 
puis le garder à la maison, il va de côté et d'aube 
pour jouer ; bienfaiteur, faites-moi la faveur de 
ne pas le laisser courir ; seigneur, faites-le écriie; 
s'il est négligent, que le bienfaiteur le frappe fcff- 
tement du rotin ; bienfaiteur, ne craignez pas mofl^ 
cœur, je demande seulement que vous ne lui bri- 
siez pas les os et qu'il ne perde pas les yeux, cela . 
me suffit. Le talapoin dit : Nu-Dëng, ta mèrftl 
consent à ce que je te frappe, prends garde; de ce 

■ 

moment ne fais plus le vagabond. ~ Oui, bien- 
faiteur. — Si tu vas courir, je te frapperai biea 
fort. La femme demande la permission de se re- 
tirer ; s'étant retournée, elle fait ses recommanda- 
tions à son fils en lui disant : Monsieur Nu, n^ 

s 



H 



f, 



t 



urez plus çà et làf Alors la mère retourne à la 
lison. 

X. UNE MARCHANDE AVEC UNE MARCHANDE. 

II y avait deux marchandes , l'une s'appelait 
ëm, l'autre Chan. La marchande Chëm était 
ns le marché de la ville, madame Chan dans le 
LFché sur Ife fleuve. De grand matin madarne 
êm descendit dans sa barque, alla au marché 
î se tient sur le fleuve, vit madame '(7/ian qui 
idait des bananes et des attes et elle les exami- 
it. Madame Chariy sachant certainement qu'elle 
ilait acheter des bananes et des attes, lui 
ressa alors ces paroles flatteuses et douces : ma 
srel mère qui viens en conduisant cette barque 
3C 'lès rames, j'invite ma mère à s'arrêter ici et 
acheter une partie de mes bananes et- de mes 
es; ô madame, mère bienfaitrice, mes fruits 
at beaux et invitent à les manger, ô madame! 
. lùarchànde Chêm s'arrête et demande le prix : 
jeudis, les bananes odorantes de ma mère, com- 
3n ifour un fûang? — Mes bananes, quarante 
ur UTï fuang, ô madame ! — Les attes de ma 
fere, combien pour un /«an j, madame? — Trente 



— 394 — 

pour un fàanQj Madame. La mère Chmit 
pondit : Si ma mère n'a pas ce prix, vendnH-tlIt 
ou non î La marchande Chan dit : Comme il pU 
à ma mère, marchandez, madame, — Je dirai iw 
seule parole. Madame. — Que ma mère^dised» 
paroles comme il lui plaira. — Des banarwj 
donnez-m'en cinquante pour un fiiang^ MadaMt 
et des attes, donnez-m'en quarante, Madame.-I| 
ne puis. Madame. — Or, il ne me plaît dedoa* 
que cela. Madame. — Si ma mère achète, je I* 
donnerai* quarante-cinq bananes et trente^ûl 
attes. — S'il en est ainsi,* je demande la penn** 
sion de me retirer, Madame. Et elle s'en alM« 
ramant. Bientôt la mère qui vendait les ban** 
et les attes l'appelle : J'invite ma mère à revcnifi 
Madame, prenez, Madame ; ma mère veut aAcW 
à ce prix, je vendrai, mais je perds beaucoupjji 
n'ai absolument aucun bénéfice. 



^1 XI. DES FEMMES QUI BE DISrOTENT. 



Madame Suk alla pour demander à madan 
Thong de lui prêter un fJiang^ en disant : Ma mèf 
Tliouf/y Madame, ma mère Tliongî je viens oii- 
vrant la bouche à ma mère Thongj je prie ma mèv 



— 395 — 

ig 9 prêtez-moi au moins* un ftiang, j'en ai 
d besoin; je ne retiendrai pas le bien de ma 
B Thong jusqu'à dix jours, ô Madame, je Tap- 
erai à ma mère Thong certainement, Madame. 
ame Thong donna l'argent à madame Suk; 
lout de dix jours madame Suk ne paya pas. 
Ame Tliong va pour le redemander en disant : 
irez-vous me rendre mon argent ou non ? Je 
ande à différer jusqu'à cinq jours. Les cinq 
9 étant passés, madame Thong redemande de 
veau son argent ; cellcrlà demandait un délai 
leux jours. Alors madame Thong se fâche : 
i^Suk, en voyant ta figure, nous pensions que 
lais juste et fidèle ; mais maintenant je vois que 
&une menteuse ; quoi que tu dises, il n'y a ab- 
îment rien devrai. femme effrontée! ô trom- 
se ! ô déliontée ! tu as emprunté pour dix jours, 
naintenant il y a plus de dix jours écoulés, 
iment n'as-tu pas de honte pour les paroles 
tu as prononcées? ô fourbe! ô impudent 
ame Suk répond : madame Thony^ mad' 
ng, combien vous rac dites d'injures ! Un fùany 
ainement n'a pas la grosseur du genou. — Oh I 
obstines encore à disputer 1 S'il n'a pas la gros- 
du genou, pourquoi ne le cherches-tu pas 



» 



— 3Ô6 — 

pour me payer? — ma mère ! je n'ai pas encore . 
pu le trouver. — Tu cours après ton galant, c*al 
pour cela que tu ne Tas pas cherché. — mi 
mère, femme Thong, vous m'injuriez beaucoup, 
vous me coupez en morceaux par yos paroles. - 
C'est ainsi que je t'accablerai d'outrages ; pourquoi 
ne me paies-tu pas ce que tu me dois? — Âi-jedit 
que je ne vous paierais pas? je vous paierai certai- 
nement. — Pourquoi donc ne me paies-tu ptfy I 
ô voleuse! à Tinstant même, ta mère, je te soot- 
fletterai. — Très-bien ! viens me souffleter, mus, 
viens donc. Femme Suk viens jouer ensemble. Mar 
dame Suk accourt pour se donner mutuellement 
des soufflets ; les assistants les arrêtent ; les deus 
femmes ne purent pas se souffleter mutuellement. 



XII. UN M£D£GIN AVEC SON MALADE. 

Il y avait un médecin nommé Klwng, habileà 
guérir toutes les maladies. Un jour un homme vint 
pour l'inviter en disant : Mon père médecin! je 
vous invite à voir la maladie de mon épouse au 
moins une fois. Le médecin lui demande : L'épouse 
de Monsieur, quelle maladie a-t-elle? L'horomc 
répond : Mou èçou'g»^ e^V. \ûsi\aÀ^ ^^ %j\\Va. d'une 



— 397 — 

Nichë. — * S'il en est ainsi, allons* L'homme avec 
médecin viennent à la maison de la malade ; la 
lalade dit : En voyant mon père médecin , j^ai 
3aucoup de joie ; je ne sais déjà à qui avoir re- 
mrs; je vois seulement le visage de mon père 
lédecin et de mon mari ; ma maladie est très- 
"ave ; je peiise que peut-être je ne pourrai pas en 
échapper. 1!ie médecin lui demande : ma mère, 
>rouvez-vous une oppression sur la poitrine et sur 
cœur? — Je suis à l'extrémité, mon père mé^ 
icïn ! Je sens dans ma poitrine comme si elle était 
IJà brisée ; elle est oppressée, et cette oppression 
kinonte de manière à fermer les mâchoires ; je ne 
lis prendre les remèdes; depuis trois jours je n'ai 
18 pris de nourriture ; si mon père médecin ne 
9ut pas guérir cette raideur des mâchoires, je 
>is que je ne vivrai pas plus de deux jours» parce 
le je n'ai pas un instant de repos. Le médecin 
^nd : Ma mère, n'ayez pas l'esprit si faible; ce 
W rien ; lé sang a trop de force ; c'est ce qui 
iuse l'oppression et la raideur des mâchoires par 
i faute du sang ; si je puis guérir pour le sang, ce 
B sera rien certainement; ma mère ne vous in- 
tliétez pas. — Mon père médecm a dM, \^ ç,^çî\%- 
9 médecin prépare un pot de reiu^àe ç>aa>\^«>^^ 



- 398 - 

Toffre à boire ; auseilôt Toppresâion disparait. Le 
iDari élèY6 les maioSi salue : Le remède de moo 
père médecin est vraiment eiccelleût. 



OBSERVATIONS DIVERSES SUR LA LANGUE THAÏ. 

Cette langue, à proprement parler^ n'a pas de 
dialecte, d'un bout du royaume à l'autre ç*est toib 
jours le même langage ; excepté Ligor et XaUnj 
où l'on n'observe pas les cinq tons dont .nous 
avons parlé. La langue tliai est très-difficile à 
apprendre pour plusieurs causes, savoir : quel^ 
lettres qui lui sont particulières et dont la pronoB- 
ciation est très-difficile, les cinq tons qu'il n'est 
pas aisé de saisir, le choix des mots lorsqu'il y. ep 
a plusieurs pour désigner une même chose, te 
nombreux idiotismes et enfin le manque de bons 
maîtres. 

Le [thai à proprement parler n'a ni déclinai- 
sons, ni conjugaisons,, ni genres, ni nombres; il 
a une quantité de verbes auxiliaires ou verbes 
composés. Très-souvent on se sert de deux mois 
au lieu d'un, c'est ce qu'on appelle des couples; 
ce sont des espèces de synonymes qui s'aident iïHt 

\ 



If 



-* 399 ^ 

tuellement h mieux exprimer la ebone ou qui for* 
ment une «orte d'harmoaie imitative. 

Les Siamois écrivent comme nous de gauche a 
droite ; ils se servent de crayons de craie pour écrire 
«ur le papier noir, et d'un crayon noir pour écriro 
cur le papier blanc; mais pour les livres de biblio* 
thèque, ils écrivent avec de Tencre de Chine ou 
«yec une dissolution jaune dé la gomme de €am^ 
J^oge et par le moyen d'un style fait de bambou. 
laeufB livres sont une espèce de carton plié en zig-* 
ing comme les marchands plient leurs pièces do 
drap. Quant aux livres de religion, ils sont corn? 
|osés de trente à quarante feuilles de palmier, do- 
rées sur tranche, et enfilées dans un cordon de 
ioie. Comme je l'ai déjà dit ailleurs, on trace les 
Bsuractères sur ces feuilles avec un stylet de fer, puis 
on y passe de l'encre faite avec du noir de fumée 
et de l'huile de bois ; en essuyant bien la feuille 
qui est très-lisse, il ne reste de l'encre que dans 
les traces du stylet. 

LITTÉRATURE. 

La collection des livres sacres des Thai s'ap- 
lieUe Traipidçk^ qui signifie les trois véU\cAxk^^\ 



— 400 — 

servent à nous faire traverser la grande mer de ce 
monde. Elle se divise en trois séries, à savoir : phror 
vinai (règles), phrormt (sermons et histoires), pAro- 
baramat (philosophie). Elle forme un total de quatre 
cent deux ouvrages et trois mille six cent quatre* 
vingt-trois volumes. Tous ces ouvrages sont compo- 
sés en langue bali ; mais un grand nombre ont été 
traduits en langue thai; soit les originaux, soithi 
traductions, sont écrits en caractères camlx^enif 
et l'on regarderait comme un manque de respect 
et une sorte de profanation de les écrire avec les 
caractères communs et vulgaires. Les livres sacrés 
sont très-répandus, puisque la plupart des pagodei 
en ont la collection plus ou moins complète. 

Quant aux ouvrages de littérature profane, il y 
en a environ deux cent cinquante dont plusieun 
sont d'une haute importance, tels que : 

Annales de8 royaumes du nord 3 toI. 

Annales des rois Sajam 40 toI. 

Différents codes des lois 38 toI. 

OuTrages de médecine 50 toI. 

OiiTrages d'astronomie et d^astrologie S5 toI. 

Annales chinoises 49 Toi. 

Ouvrages philosophiques 80 Toi. 

Annales des Pégouans 9 vol. 

Lois et coutumes du palais 5 vol. 

Les autres ouNtage^ wwV. ^^ \à&\si\\«»^ ^\^ 



— 401 — 

romans, comédies, tragédies, poèmes épiques, 
chansons, elc. Les romans sont presque toujours 
en vers ; un seul forme quelquefois de dix à vingt 
volumes ; je ne crois pas exagérer en disant que 
leur littérature profane, tant prose que poésie, 
comprend plus de deux mille volumes. Il est pro- 
bable qu'à l'époque de la ruine de Juthia, où tout 
le pays a été bouleversé et saccagé, il s'est perdu 
un grand nombre d'ouvrages dont les anciens se. 
rappellent les noms et qu'on ne peut retrouver 
nulle part. 

Je vais donner quelques spécimens de prose et 
de poésie avec le Pater en langue thai, accompagné 
d'une traduction interiinéaire, afin de donner une 
légère idée du style siamois. 



SPÉCIMEN DE PROSE. 



I. PROVERBES POPULitIRES. 



Quand vous irez dans les bois, n'oubliez ^<& 
noire couteau. 



Ne mettez pas voti^ bdrqué en traters du coth 
ranl du fleuve. 

L'éléphant, quoiqu'il ait quatre piedi, peut en» 
core faire un faux pas; ainsi un docteur peutaum 
se tromper. 

Celui qui donne à manger à Téléphant se n<Ml^ 
rit de la fiente de l'éléphant. 

Si vous montez à terre, vous rencontrez le tigre; 
si vous descendez dans une barque^ vous rencoiH 
trez le crocodile. 

La noblesse dénote l'origine, les mœurs ^ 
noient la personne. 

Si un chien vous mord, ne mordez pas le chiefl* 

Celui qui est sous le ciel, comment peut4 
craindre la pluie ? 

II. FABLE. 

La fortune s'évanouit par une trop grande avi- 
dité, et l'avidité conduit à la mort. Il y avait un 
chasseur qui se promenait tous les jours et tuait 
à coups de flèches les éléphants pour nourrir sa 
femme et ses enfants. Un jour, qu'il parcourait les 
forêts, il lança une flèche sur un éléphant qui, 
percé par le travl el e^^dVfe^^^ \^$^Q>àa\«^^i^ 



— 403 — 

cipitâ sûr le chas^ui* pour le tuer. Mais le ehas-^ 
;eur s'enfuit et monta sur un nid de fourmis blan^ 
îhes sur lequel restait une vipère qui mordit le 
chasseur. Celui-ci irrité tua la vipère. L'éléphant, 
jui le poursuivait (parce que le venin de la flèche 
ivait pénétré jusqu'au cœur), tomba et mourut 
3rè9 du nid de fourmis. Le chasseur mourut aussi 
iu venin de la vipère ; mais son arc était encore 
iendu dans ce lieu. Alors un loup qui cherchait 
le la nourriture arriva dans cet endroit ; en voyant 
tela il se réjouit beaucoup : Cette fois, dit**il, me 
foilà très-riche, il m'arrive une très-grande fof^ 
une. Je mangerai cet éléphant au moins pendant 
rois mois, je me nourrirai de l'homme pendant 
iept jours, je mangerai le serpent en deux fois ; 
nais pourquoi laisser la corde de Tare pour qu'elle 
e perde en vain ? il vaut mieux la manger main- 
enant pour apaiser d'abord ma faim. Ayant ainsi 
ûédité, il mordit la corde ; celle-ci étant rompue, 
'arc se détendît, frajppa et brisa la tête du loup qui 
lérrt sur-le-champ. 

iti. PÉTITtON ÀDAiESSÉE AU ROI. 

JHof, monsieur Si j^ai composé ee ^X^c^V .^Wi^^ 



— 404 — 

battre le tambour et le présenter au mandarin du 
roi ; je demande qu'il Tofire et qu'il le fasse coo-* 
naître à la miséricorde du roi sous ses pieds. Parce 
que j'ai emprunté autrefois cinq livres d'argent 
de M. Màk, demandant à payer les intérêts sdm 
la coutume. Mais le dimanche du cinquième mois 
de la neuvième lune de l'année du Singe du do^ 
nier cycle, j'ai apporté le capital et les intérêts 6t 
j'ai donné le tout à M. Màk; mm M« Màk ne m'a 
pas rendu mon billet ; seulement il m'a fait un 
reçu signé de sa main. Mais le vingtième jourdd 
la lune du sixième mois, M. Màk m'a apporté mon 
billet en exigeant l'argent ; il m'a mis aux fer; el 
j'ai enduré de grands tourments ; je suis très*indi- 
gné. Est-ce juste ou non? lien sera comme Sa Ma- 
jesté décidera dans sa miséricorde. 

IV. ACTE d'accusation. 

Moi, monsieur To, je viens au tribunal portao 
une accusation en présence des magistrats si thaï 
maràt cha sân pha : na : hua chàû thàn asseffl 
blés. Auparavant j'ai attaché cinquante buffle 
dans mon étable. Mais le mardi , la seconde lu» 
du septième mois de la dernière année du Singeai 



— 405 — 

la septième heure de la nuit, quinze voleurs (j'ai re- 
connu la figure de quelques-uns. quelques-uns me 
sont inconnus ; mais je connais très-certainement 
M. Ju seul) brisèrent mon étable et enlevèrent les 
buffles. Il y a vingt témoins, hommes et femmes; 
je demande que vous appeliez M. Ju pour qu'il 
amène les voleurs au jugement selon la coutume. 

V. ÉCRIT d'emprunt. 

Le mercredi, sixième mois, vingt-cinquième 
hine de la petite ère 1211, la première année du 
Coq, moi, monsieur Këo mari, madame Ket^ sa 
femme, avons affaire, venons emprunter de l'ar- 
gent à M. Mùn Si; le capital est de dix livres d'ar- 
gent marqué. Je demande à payer les intérêts selon 
la coutume. Quand monsieur redemandera le ca- 
pital et les intérêts, je le paierai alors. Si monsieur 
n'a pas le capital et les intérêts, qu'il exige et qu'il 
réclame selon les lois du royaume de notre roi. En 
- foi de quoi j'ai apposé ma signature. 

STYLE ÉPISTOLAIRE. 
VI. D*UN PARTICULIER A UN PARTICULIER. 

Lettre deltf • That, qui demeure dans le village 



— 406 — 

de Lamphu, à M. Sang, dans le tillagê de Khlon^ 
sa: bua. Parce que j'ai besoin de vingt mille tuiles, 
je prie M. Sang de se les procurer, de les acheter 
et de me les amener dans une barque. Ensuite je 
donnerai le prix et la récompense des ouvrier». 
Quand M. Sang sera averti de cela , qu'il dô Dé* 
glige pas ; il doit faire attention à notre ancienne 
amitié. La lettre vient le jour du soleil , sixième 
mois, vingt-cinquième lune de la première année 
du Goq« 

VII. B'tîK aHANB AV PËÉIffcT totl LA fHOVlIftllî. 

Lettre scellée du grand A : phai phiri pra Krm 
phaliu samu phra : Ka : lahôm, envoyée au man- 
darin préfet et aux autres officiers de la ville de 
Kanburi. Parce que nous avons besoin de deui 
mille pieux pour les abords d'une pagode , lon- 
gueur et épaisseiir déterminées. Arrangez-vous 
pour qu'on nous les amène le onzième ou douzième 
mois. La lettre scellée vient le lundi, sixième 
mois, vingt-sixième lune de la première année du 
Coq. 



— 407 — 

SPÉCIMEN DES LOIS. 
Vni. CHAPITRE DES ESCLAVES. 

Si quelqu'un a vendu à un autre un homme, 
568 hls, sa femme ou quelqu' autre chose que ce 
soit, et s'il lui a fait un billet, l'acheteur a donné 
de confiance l'argent au vendeur; mais le ven- 
deur, après avoir reçu l'argent, n'a pas livré la 
chose vendue ; le législateur dit : c'est tromper son 
prochain. Si après examen il est constant qu'il en 
est ainsi, que le vendeur paie deux fois le prix de 
la chose ; que le prix soit rendu au maître, et que 
le reste soit partie pour l'amende, partie pour le 
trésor public. 

IX. DU CHAPITRE DES VOLlîXmS. 

Le gardien de la prison a envoyé pour prendre 
dé» coupables et ensuite il les a relâchés; le légis- 
lateur ordonne que le gardien de la prison les 
cherche jusqu'à ce qu'il les trouve ; s'il ne les ra- 
itaëne pas, qu'il soit puni lui-même du même chà*^ 
timent auquel ils étaient condamnés. Si le roi lui 
accerde Ja vie, qu'il soit battu avet wv^VwvSfet^ ^^ 



— 408 — 

cuir ou avec un rotin, selon la gravité de la faute. 

X. FEAGMENT HISTORIQUS* 
La reine Surijôthai meurt pour lOfli mari. 

Dans ce temps-là le roi de H6ng$âvadi otàffHt 
à ses troupes de se précipiter sur Tamiée du roi dfi 
Juthia. Mais le roi de Juthia fit ranger son année 
en deux ailes. Les soldats des deux côtés, poussant 
des cris, s'attaquèrent avec un grand tumulte, m 
frappant mutuellement, perçant, combattant, ti- 
rant des coups de canon et de fusil; tout l'air ei( 
obscurci par la fumée. Des deux côté» une partie 
des soldats sont tués, une partie sont blessés et 
roulent en grand nombre dans la plaine. Le foi 
de Juthia excite son éléphant qui attaque TéK*' 
phant au front de Tarmée du roi de HângêdvaA; 
l'éléphant du roi ayant manqué son but, tourna 
le dos aux ennemis. Le roi de Mùang^Prè exdle 
son éléphant et poursuit le fuyard. Mais la reine 
Surijôthai, voyant le roi son mari vaincu et pré- 
voyant qu'il tomberait entre les. mains des en- 
nemis, poussée par l'amour conjugal, elle excite 
son éléphant à combattre contre l'éléphant du roi 
de JUfiang-Prè . U èlèv^i^^^' ^^ ^»^ wsûJ^ l^mba à h 



i 



— 409 — 

?erse ; lé roi de Mùang-Prè fit avec sa lance 
grande blessure à l'épaule de la reine Surijô^ 
l, en effet son épaule fut coupée et arrachée 
[u'à la mamelle. Les deux fils de la reine, sa* 
' : Ramesuén et Mtthintharathiràt, accoururent 
r délivrer leur mère ; mais elle avait déjà cessé 
ivre ; les deux frères soutinrent le choc des en- 
lis pendant qu'on transportait dans la ville 
orps de la reine. 

XI* FRAGMENT !>£ PRÉDICATION HISTORIQUE. 
(Tiré de Mahé-xàt,) 

uxokyïeviX, décrépit, au lever de l'aurore des- 
jlit avec courage du sommet de la montagne. 
B hâta d'arriver au lieu où restait le grand 
\dndon. Dès qu'il fut arrivé, il l'adora, ensuite 
irla de ses malheurs et de sa maladie. Mais 
ad il trouva l'occasion de demander les deux 
du roi, il employa la comparaison des cinq 
ids fleuves : grand bienfaiteur ! de la même 
lière que sont ces cinq fleuves , de la même 
lière est le cœur de mon seigneur. Un men- 
it est arrivé ; mon seigneur ne regarde à la 
opne de qui que soit. Moi Vveun^ âi^w^^^cs^^ 



je demande en aumône les deux fils de mon sô- 
gneur Kanlià et Xali à Tinstant même pour moi 
brame décrépit. Lorsque le saint roi eut entendi 
le discours du brame qui demandait ses âb, il fttt 
Irè^-réjoui , parce qu'il avait fort à cœur de faire 
l'aumône; il les livra donc au vieillard décrépit 
tjui, après avoir adoré le roi^ attacha avec du liem 
ies mains des enfants^ et, tout en les frappant di 
sa baguette, il les menait à sou gré. 

Xtt. fîlAGMEOT DB PUÉDICATÎÔN MORALE. 



Panô pana : sànjita vata chittang upakkamo : 
lena : tnaranang (texte baii). La question du meurtre 
des animaux embrasse cinq manières. La pre- 
mière, quand il s'agit des animaux doués de vie et 
de sens. La seconde, quand celui qui tue sait ce^ 
tainement que c'est un animal. La troisième, s'il 
a l'intention de tuer. La quatrième, tuer avec 
quelque peine. La cinquième, prendre pour soi 
l'animal tué avec quelque peine. Celui qui tue un 
animal de ces cinq manières réunies ensemble est 
dit avoir véritablement tué et avoir violé le pré- 
cepte. Si l'animal est gros, le péché est plus grand;. 
si l'animal est ^elvX., \^ \^\iV.^ ^v. ^V\i& l^èrc. 



Quoique l'animal soit petit, s'il e^t utile, la faute 
devient plui» grave. En outre, m l'animal est petite 
et ri la peine pour le tuer est grande et l'intentiop 
de le tuer bien ferme et arrêtée, la faute est 
liratide. Celui qui tue tombera après sa mort dans 
Ptnfer sano^iph, où il sera tourmenté pendant cinq 
aille ans. Mais lorsqu'il sera sorti de l'enCer et 
[tt'il aura repris naissance parmi les hommes, il 
lattra difforme et privé de quelque membre ; sa 
ie sera courte; il y aura quelqu'un qui le tuera 
e la même manière qu'il aura tué lui* même Ta- 
limal, pendant cinq cents générations, par l'effet 
lu péché que l'on commet en tuant lee animaux. 
!elui qui connaît cela, qu'il s'abstienne de ce 
frand péché. 



SPÉUMEN DE POÉSIE. 



I. TIRÉ DU LIVRE APPELÉ Phra : paramàt. 

Les tourments chez les hommes sont cent mille 
ois au dessous des tourments des enfers. Le 
amné est tourmenté cruellement par le roi des 
fiffers. 



— 412 — 

Son péché fait qu'il est enfenné dans une prim, 
retenu par un cangue et des fers, à cause du pédiè 
qu'il a commis lorsqu'il a jeté saus pitié les autrei 
dans les fers. 

On le couche sur du fer rouge, on le perce, sob 
sang coule , il meurt et renaît sept fois dans un 
jour. 

Avide de présents, il n'a pas craint le men- 
songe ; sa langue sera arrachée parce qu'il a jugé 
injustement. 

Quand il était juge, il faisait des menaces pour 
extorquer de l'argent et, après l'avoir reçu, il a 
donné gain de cause au coupable, faisant pass^le 
faux pour le vrai. 

Certainement quand il mourra, il n'évitera pu 
la vengeance ; il n'a pas parlé selon la vérité, c'eil 
pourquoi il tombera en enfer pour longtemps. 

Il n'a pas vu son crime, il a méprisé les r^es 
des ancêtres; c'est pourquoi des chiens de la tailb 
d'un éléphant, des vautours et des corbeaux déco- 
reront ses chairs. 

II. TIRÉ DU LIVRE APPELÉ Phra : paramat. 

Que pourron&-tiou^ eovsvç^:^^^ ^\£k\si^T&s& de b 



— 413 — 

mère? Que pourrons-nous peser dans le plateau de 
la balance pour connaître entièrement les mérites 
de la mère qui sont sur nos tètes? 

Le globe même de la terre ne peut porter les 
mérites de la mère. Ces mérites brillent-ils comme 
le Yer luisant? point du tout, mais comme le soleil 
hi-mèine, n'en doutez pas. 

Le firmament lui-même et Tair^ si vous les 
pesez ayec les mérites de la mère, ces mérites se- 
ront plus lourds, et le firmament paraîtra plus léger. 
Si vous pesez d'un côté toutes les eaux, les eaux 
n'atteindront pas la moitié du poidsdes mérites de la 
ttïère ; ces mérites sont cent mille fois plus lourds. 
Si vous prenez le mont Meru dont la hauteur 
bjgale les astres, qui est grand, immense, si vous 
l« pesez , vous le trouverez beaucoup plus léger 
ijue les mérites de la mère. 

Si vous pesez ensemble le firmament, le globe 
Ae la terre et le mont Meru, ils seront encore plus 
légers que les mérites de la mère. 

LE PATER AVEC TRADUCTION INTERLINÉAIRE. 

Khà te phra : pkuthi hida hëng khà plira : 
grand auguste Père, de nous tous vos ser- 



— 414 — 

chao thmg lâi, thàn ju saiodn; Kh6 \ 
viteun, Seigneur qui êtes au ciel, accordéx 

hài phra: nam rang niang pat; Mt 
votre grand nom soit glorifié, le royaume quen 

phra: phuthi bida khrôb khrong nan, 
grand auguste père gouverne, nous demandons ( 

hài ma thùng; hài iâmret lëo tara pi 
arrive ; que tout se fasse selon votre divin cceui 

htirrîithai na: phën din samÔ na: m 
h terre comme au ciel; les aliments pourt 

ahân lieng. khà phra: chào thuk \ 
nourrir chaque jour, nous en demandons Tauir 

khô prathan na: kala van ni; 
aujourd'hui ; nous demandons de votre grande 

phra: mahâ karuna prêt jok ni khà p 
sériéorde de remettre les dettes de vos servit 

chào màén khà phra; chào prêt 
comme vos serviteurs les remettent à autrui ; i 

khâo; khô phra: ong ja la: vang 
vous demandons, ô Seigneur! de ne pas al 

phrà: chào nai prachon lô luang prc 
donner vos serviteurs dans les tentations et tn 



Të va hài kbà pkra: chào titangldi 
es quelconques; mais que tous vos serviteurs 
ri chak annarai. Amen. 
ippent aux malheurs. Amen. 




-•'OJO*' 



CHAPITRE QUINZIÈME 



ANALYSE DU SYSTÈME BOUDDHISTE, TIRÉE DES LIVRES 

SACRÉS DE SIAM. 



Les Siamois ont un ouvrage en soixante voluiM 
qui s'appelle Trai^-phum (les trois lieux) ; il em- 
brasse tout le système des bouddhistes. Ce livre 
fut composé par Tordre d'un roi de Juthia l'aDoée 
de phra : khôdom 2345, par d'illustres docteun 
qui le corrigèrent ensuite avec le plus grand sM 
et le rédigèrent d'après les livres sacrés. Aiosi 
l'analyse de ce livre sera l'exposition claire et nft- 
turelle du système bouddhiste chez les Siamois. Il 
se divise en trois parties : la première traite delV 
nivers en général, et de la terre en particulier; li 



— 417 — 

econde expose le système des cieux, et la troisième 
lécrit les enfers. 

PREMIÈRE PARTIE. 



BS L'UNIYSRS. 

Il y a neuf degrés de sainteté ; quatre appelés 
uik (voies), quatre autres ont la dénomination de 
hân (fruits), le neuvième s'appelle niphan (extinc- 
on). Ces neuf degrés de sainteté pris collective-* 
lent sont appelés moyens de traverser le monde* 

Les arijasong sont les talapoins disciples de 
duddha; on les divise en huit ordres, et ils sont 
)ués de piété, de constance et de sagesse. Ratana^ 
ni sont les trois diamants savoir : Bouddha, les 
rres sacrés et les talapoins. Il y a trois manières 
adorer : Tadorationdu corps, Tadoration verbale, 
idoration mentale. Le plus grand pécheur peut 
)tenir son salut en adorant les trois diamants,, ex- 
!pté celui qui a commis un des cinq crimes sui-* 
ints : le meurtre de sa mère, le parricide, le 
eurtre d'un saint, tirer une goutte de sang du corps 
s Bouddha, la dispersion violente des talapoins. 



-«8- 

BE l'excellence ET DES MÉRITES. SB DOUPDBA* 

Si un homme avait mille têtes, cent bouc 
dans chaque tête, cent langues dans chaque bouc 
et par conséquent s'il avait dix millions de langi 
quand il vivrait depuis la formation jusqu'à la ( 
truction du monde, il ne pourrait pas célébrer! 
fisamment Texcellence dé Bouddha. Cette exe 
lence consiste surtout dans une miséricorde 
finie, une science universelle. On peut avoir 
léger aperçu de l'excellence de Bouddha par 
noms qu'on lui donne. On Tappelle : 1* Arahù 
c*est-à-^ire éloigné des pécheurs, près des jus 

éloigné des ennemis, c'est-à-dire des mauvais 

sirs, pur et chaste. 

2^ Samma-samphutthô, c'est-à-dire sachant 

lui-même les lois de la nature et connaissant to 

les créatures d'une manière certaine, vraie, cl 

et distincte. 
3*" Vixacharana'sampanô, c'est-à-dïre doui 

huit arts et de quinze industries. 
- VSukhatôy marchant avec majesté, le bienvi 

s'avançant vers la perfection, ne rétrogradanl 

vers la concupiscence. 



— 419 — 

5"" LôkavithUj connaissant le monde dans toutes 
is parties, connaissant les mérites et les déraé- 
tes, tous les animaux, la terre et le ciel. 

6' Anullarô, très^xcellent, qui n'a pas de sem- 
!able, Qt k qui toutes les créatures sont soumises. 

T Pumo^thamma^sarathif punissant ou domp^ 
nt les grands personnages entre les anges, les 
>mmes et les géants qui ont besoin de se con- 
îrtir. 

S"" Sassada, maître des anges et des hommes, 
octeur dos animaux, qui enseigne le chemin des 
ieux. 

O"" Phutthô, connaissant les quatre belles vérilés, 
»t amenant toutes les créatures à cette science, doué 
le la sainteté qui est la source des mérites, doué de 
outes les connaissances, exterminant les mauvais 
lésirs, exempt de la concupiscence, vigilant. 

10** Phakhava^ glorieux, plein de majesté, il 
lérite qu'on lui offre les quatre aumônes néces- 
tires aux talapoins, doué de mérites immenses 
Cumulés pendant un temps immémorial, ayant 
n corps et un esprit appliqués à la prière, qui 
Birvient à la sortie du monde, c'est-à-^îre à l'a- 
éantisseraent. 



— 4«0 — 



DE L^EXGELLKlfGS DE LA REU6I0N. 

Sous un point de vue la religion se divise en trois 
livres appelés jpicio/^ (les trois moyens de tranq)orl)f 
sous un autre elle se divise en neuf degrés de sain- 
teté dont nous avons parié ci-dessus. 

DE L^EXGELLENGE DES TALAPOINS. 

Les talapoins saints et véritables se divisent en 
huit classes selon les huit degrés de sainteté. Les 
talapoins sont dignes de recevoir les offrandes des 
fidèles. Celui qui les salue ou qui leur offre des 
présents acquiert des mérites infinis. 

DE l'espace DES MONDES. 

Chaque monde ou chakravan a un soleil et une 
lune qui tournent autour du roi des monts situé au 
milieu. Par espace on entend la distance à laquelle 
peuvent parvenir les rayons du soleil, de la lune et 
aussi tout le firmament des cieux. L'espace se di^ 
vise en huit Ueu\, sasou \ 



— 421 — 

i"" La terre destructible par le feu, l'eau et le 
irent. 
2*" La terre reconstituée à son premier état. 
3"" Les enfers grands et petits. 

V La région des monstres et des géants. 
ë"" La région des animaux privés de raison. 
& La région des hommes. 

V Les six ordres des cieux. 

8"* Les deux supérieurs qui se divisent en deux 
régions, celle des anges corporels et celle des anges 
incorporels. 

La terre est supportée sur les eaux, les eaux sur 
Tair, à chaque point de l'horizon sont placés dix 
[aillions de millions de mondes, ou plutôt les 
mondes sont infinis. De là Bouddha dit dans un 
le ses sermons que quatre choses sont infinies : 
1* les animaux, 2"" l'air. S'' les mondes, 4"" la science 
de Bouddha. 

DS LA DESTRUCTION DES MONDES PAR LE FED. 

Les mondes sont détruits par parties, comme ils 
lont réorganisés par parties, et à chaque fois les 
lix millions de millions de mondes sowl ^^\x\ï^ 
es uns après les autres dans la direcWoiEv ô^w \v^^\&^ 

1K 



— in — 

point de Thorizon (mais tour à tour et gradudle- 
menl). La destruction des mondes se fait tantôt 
par le feu, tantôt par l'eau et même par le vent, de 
sorte que cette destruction est successive et contH 
nu elle. 

L'âge de chaque monde comprend soixante- 
quatre âges intermédiaires; mais qu'est-ce qu'un 
âge intermédiaire? La vie des hommes la plus 
courte est de dix ans; lorsque les mérites crois- 
sent, la vie des hommes augmente peu à peu jus- 
qu'à ce qu'elle parvienne au nombre appelé amf' 
khâi (l'unité suivie de cent soixante huit zéros). 
Ensuite la vie de l'homme décroît jusqu'à dix ans. 
Cet espace incroyable de temps s'appelle un Age 
intermédiaire. 

Tous les Bouddhas qui ont paru successivement 
jusqu'à ûos jours (et ils sont en plus grand nombn 
que les grains de sable de la mer), comme iM 
ceux qui paraîtront dans la suite à l'infini, ont 
tous pris naissance dans notre monde ; c'est poiu^ 
quoi notre monde a reçu le nom de monde glo- 
rieux. 

Dix mille mondes autour de notre monde éproa- 
vent un tremblement à la conception et à la nais- 
sance de Bouddha. Dix millions de millions de 



londed autour du nôtre sont pénétrét de la ma^ 
»té et de la sainteté de Bouddha ; mais les mou- 
es infinis, sans en excepter un seul , sont éclairés 
ar la science de Bouddha ; c'est là ce qu'on ap- 
elle phtOhakhet ou limites do Bouddha. 
* Lorsque le temps de la destruction d'un monde 
pproche, il apparaît une grande nuée illusoire à 
iquelle succède une sécheresse de dix mille ans ; 
uelques anges, prévoyant la destruction du 
londe, descendent tous les cent ans sur la terre 
lour prédire la destruction du monde aux hommes 
t aux animaux qui, s'étant convertis de leurs pé- 
ihés et étant enlevés par la famine, transmigrent 
lans les cieux supérieurs* Les damnés et les im-** 
)ies transmigrent dans les enfers d'autres mondes 
(ui ne seront pas encore détruits. Alors se lèvent 
leux soleils qui brûlent tour à tour la terre, de 
orte qu'il n'y a pas de nuit, mais un jour conti*- 
mel sans nuages ; toutes les rivières et tous les 
leuves sont desséchés, excepté les cinq grands 
leuves. Ensuite se lère un troisième soleil qui 
lessèche les grands fleuves. Les sept grands lacs 
font desséchés par un quatrième soleil qui sur- 
rient. A l'arrivée d'un cinquième soleil, la mer 
dont la profondeur est de quatte->i\tv%\. xss\\\^ 



lieuesy la lieue étant composée de huit miBe 
toises) se dessèche peu à peu. Mais quand un 
sixième soleil se lève, le monde répand de la fu- 
mée pendant cent dix mille ans, et lorsque le 
septième soleil se lève, le monde s'enflamme et 
brûle entièrement. Il faut remarquer que ce n'est 
pas seulement un monde qui est consumé par le 
feu ; mais qu'en même temps dix millions de mil* 
lions de mondessont brûlés par soixante-dix millions 
de millions de soleil. La combustion des mondes 
s'augmente encore par l'huile de grands poissonsde 
sept espèces, dont les uns ont huit cents lieues de 
longueur, d'autres neuf cents, d'autres mille. Le 
feu est si ardent qu'il consume les six cieux infé- 
rieurs, et trois degrés des deux supérieurs. U ne 
reste rien, pas même de la cendre, de cette épou- 
vantable conflagration à laquelle succèdent des té- 
nèbres très-épaisses pendant des siècles innom- 
brables. 



DE LA RECONSTRUriTION DES MONDES. 

Lorsque l'époque de la reconstruction des mon- 
des approche , il apparaît une grande nuée qui 
répand une pluie fine sur tout l'espace des mondes 



i 



1 



— 425 — 

létruits : les gouttes de pluie grossissent peu à peu, 
le sorte qu'elles deviennent bientôt d'immenses 
cataractes. Il y a un certain vent qui retient ces 
^ux comme dans un vase, pour qu'elles ne se ré- 
>andent pas, jusqu'à ce que les eaux atteignent les 
cieux supérieurs qui n'ont pas souffert de Tincen- 
Ije, et alors les pluies cessent. Par la vertu des 
Hérites antérieurs, un vent violent souffle sur les 
saux qui deviennent plus épaisses; quand ces eaux 
&ont aussi épaisses que l'argile d'un potier, ce vent 
e& réduit en masses qui occupent l'espace des 
netix, et ces masses forment de nouveaux cieu^^ 
[Mir étages. Mais lorsque les eaux sont diminuées 
usqu'au lieu que doit occuper la terre, alors se 
brme la surface du globe; mais» avant tout, le 
;rÔQe de Bouddha se forme à l'ombre d'un grand 
peuplier de l'Inde. Près de ce trône naît un nym-^ 
phéa qui, s'il n'a pas de fleurs, indique qu'il n'y 
lura pas de Bouddha ; s'il n'a qu'une seule, fleur, 
c'est signe qu'il n'y aura qu'un Bouddha, et en 
général il y aura autant de Bouddha que de 
fleurs. 

Ensuite plusieurs des anges supérieurs, leurs 
mérites étant anéantis, ont pris naissance sur la 
terre^ dans un âge et une forme parfaite comme 



— 426 — 

des angeS) sans distinction dé scxé, brillants, glo* 
rieux, revêtus d'ornements et d'h&bits précieux, 
doués de vertus et de courage, pouvant se trani^ 
porter à leur gré dans les airs, vivant de joie flu 
lieu de nourriture, et ils ont passé ainsi longtempi 
une vie fortunée. 

Âpres cela, il y en eut un d*entre eux qui, 
poussé par la gourmandise, voulut goûter la «k 
Veur de la terre. Cette saveur se répandit An ftuitê 
dans tout son corps. D'&utres^ le voyant^ Titiiitè* 
retit, et ils furent bientôt en proie à la Mneuf^ 
cence, ils perdirent léur éclat, leur gloire et lettt 
ancienne vertu et demeurèrent dans les ténèbtei, 
jusqu^à ce qu^enQn un soleil de citiquatile lieiM 
de diamètre se leva et les éclaira. 

Quand le soleil se coucha, le globe de la lune^ 
ayant quarante-neuf lieues de diamètre, parut; 
ensuite parurent ensemble toutes les autrél dOnê^ 
tellations. Après Cela se formèrent lô Meru, Wi 
des montagnes, les montagnes qui entourent la 
terre et qui en sont comme les murailles, les au- 
tres montagnes, la mer, les lacs et les fleuves, Itt 
arbres et les plantes. 

La saveur de la terre disparut peu à peu, parte 
que les premiers habitants de la terre avaient do 






ûépris les uns pour les au 1res. Alors, on vit pa- 
(litre une espèce de champignons agréables, odo^ 
ifèrants et savoureux, que les hommes mangèrent 
tisqu'à ce que cette nourriture disparut peu à peu, 
cause de leur orgueil. Ensuite on tit Ci*ottre des 
liantes rampantes^ belles et savoureuses^ qui ser- 
Itént de nourriture aux hommes, jusqu'à ce que 
sur orgueil les fit disparaître entièrement. Après 
ela ôii tit crottrA une espèce de froment appelé 
tiUj avec de grands épis, des grains blancs et sans 
eorees, què Von moissonnait aujourd'hui et qui, 
b lendemAin, repoussaient et parvenaient à niatu** 
ité^ et ainsi continuellement» Ce froment avait tous 
M goûts selon la volonté de celui qui le mangeait, 
léanmoins il contenait un résidu grossier ; de là 
lurent les voies excrétoires et la différence des 
Btèêf puis lés mariages et les enfantements. A 
ause de la paresse des hommes, le froment sali fut 
hangé en riz, que Ton voit encore aujourd'hui ; on 
It obligé de labourer et de cultiver les champs. 
Test dans ce temps que prirent naissance les vols, 
Bi calomnies, les mensonges, les disputes et les 
ombats. Les vieillards, ayant tenu conseil, se 
réèrent un roi à qui ils payèrent la dime des ré- 
oltes. 



— 428 -^ 

Quelques hommes, pleurant sur les péchés des 
autres, se retirèrent dans les forêts et les déserts, 
errant et mendiant, ou bien habitant des cellules 
au milieu des bois ; de là l'origine des brames. 

L'espace de temps depuis la construction des 
mondes jusqu'à leur embrasement forme une pre- 
mière époque. Après la conflagration, l'espace de 
temps pendant lequel des ténèbres très-épaieses 
occupent la place des mondes jusqu'à rapparilkm 
de la grande nuée, compose la seconde époque. De 
l'apparition de la nuée jusqu'à l'apparition dueiH 
leil, c'est la troisième époque. Le temps qui i^ 
coule depuis l'apparition du soleil jusqu'à l'appen- 
tion de la nuée illusoire qui annonce la fia dl 
monde, forme la quatrième époque. Chacune de 
ces quatre époques comprend soixante-quatre àgei 
intermédiaires, et ces quatre époques prises collec- 
tivement s'appellent mahu kabj c'est-à-^ire le 
grand âge. 

L'âge dans lequel paraîtra un seul Bouddha s'ap- 
pelle sarakab; celui qui en verra fleurir deux 
prend le nom de manthakub: s'il y en a trois, vêt 
rakab; s'il y en a quatre, saramanthakah^ et Tift 
dans lequel on \eTta dçiwvv ciac^^Bouddhas (comiM 
dans le nôtre) setvovnxu^ çKauW\w*b ^^Xssbsrss^^ 



429 — 



DE LA lŒSTRUGTION DES MONDES PAR L'EAV. 

La destruction des mondes par l'eau ne diffère 
ie celle par le feu qu'en ce qu'après la longue se-- 
pheresse parait un nuage immense qui laisse tom- 
ber une eau corrosive. Cette pluie tombe conti- 
iiaellement et augmente jusqu'à ce qu'elle remplisse 
]m dix millions de millions de mondes et atteigne 
^ quatrième degré des cieux supérieurs appelés 
pkrom. Aucune substance ne peut résister à la 
brce corrosive de cette eau ; aussitôt tout est dis- 
ibus. Les eaux corrosives s'évanouissent avec les 
Séments dissous, l'air et des ténèbres très-épaisses 
occupent leur place. Mais les mondes sont recons- 
truits comme on l'a dit après la conflagration. 

1 

■ • 

DE LA DESTRUCTION DES MONDES FAR LE VENT. 

/ Quand les mondes doivent être détruits par le 
Isnty après une très7longue sécheresse s'élève un 
lent d'abord doux, ensuite peu à peu il devient 
fins violent, et enfin si furieux qu'il soulève même 
t^ collines et les montagnes , les bm^ W \iw^ 
0Dtre les autres et les réduit en ^\xàt^ vcKÇîJSr' 



pable. Enfin le vent soulève les mondes eui-mèmei, 
les secoue, les brisé les uns contre les autres jus- 
qu'à ce qu'ils soient réduits en poudre ; il brise pa- 
reillement les neufs ordres inférieurs des cietu el 
les détruit de telle sorte qu'il n'en reste plus rien, 
pds même la poussière. Alors le vent s'apaise et 
s'arrête. Le reste arrive comme nous l'avons dK 
après la conflagration. 

On demande quelle est donc la cause de la des- 
truction et de la reconstruction dés oiondes! On 
répond que le démérite général de fous lesnti*' 
maux est la véritable cause de la destruction des 
mondes, comme le mérite général de tous les ani- 
maux est la véritable cause de leur reconstruction. 

La concupiscence de la chair est la cause des 
maladies et de la conflagration des mondes; la co- 
lère est la cause des guerres et de la destruction 
des mondes par l'eau ; Faveuglement de l'esprit est 
la cause de la destruction des mondes par le vent. 
La destruction des mondes se fait sept fois par le 
feu et la huitième fois par l'eau ; et il en est aM 
sept fois de suite. Après soixante-trois mahâ M 
ou grands âges, c'est-à-dire toutes les soixante 
quatrième fois, les mondes sont détruits par le vent. 

La vie des hommes augmente à cause du m^ 



— 481 — 

I OU diminue à cause du démérite^ et ordinaire- 
nt aile augmente ou diminue d'une année tous 
cent ans. La religion du Bouddha actuel doit 
'er cinq mille ans« 

2uaiid les hommes se pervertissent, les anges 
me» se pervertissent de proche en proche jus- 
aiix ordres des cieux supérieurs ; de là décou- 
t toutes les calamités. 

[1 y a dans le corps de Tbomme quatre«-vingts 
^èces de vers. Les aliments que Ton prend s'en 
ut eu cinq parties ; la chaleur de Testomac en 
lorbe une, la seconde s'écoule en urine, la troi- 
me en excréments, la quatrième nourrit les 
rs, la cinquième alimente la chair et le sang. 

jfvn GHAKRA.VA.V OU S'UN VOHDB. 

Un Bumde a au milieu le Meru^ roi des monts^ 

II est entouré de sept rangées de montagnes ; il 
quatre grandes îles ou thavib^ situées aux quatre 
»ints cardinaux ; il 7 a deux mille petites iléa qui 
rtourent les grandes, et il est lui-même entouré 
i hautes montagnes qui sont comme ses .mu* 
iiles, et la circonférence de ce monde s'appelle 
i él^mçnt de. l'univers. . 



— 432 — 

Chaque monde est composé des régions des 
cieux, de la région des géants ; il a un soleil et une 
lune, huit grands enfers entourés de leurs enfers 
plus petits, et au-delà un enfer d'eau corrosive que 
que Ton nomme Lokan. Un monde a trois cent 
soixante-dix mille trois cent cinquante lieues de 
circonférence. (Il faut remarquer que les lieuei 
dont il s'agit ici sont quatre fois plus grandes que 
les lieues de nos jours, qui sont évaluées huit 
mille toises.) Or, la terre du monde a deux ceot 
quarante mille lieues d'épaisseur ; Feau qui ap- 
porte la terre en a quatre cent quatre-vingt nuUe, 
et le vent qui supporte Teau a neuf cent soixante 
mille lieues d'épaisseur. Sous le vent il n'y a que 
l'air simple qui est infini. 

Le mont Meru est enfoncé de moitié dans b 
grande mer nommée Sithandon, à une profon- 
deur de quatre-vingt-quatre mille lieues, eti 
s'élève de quatre-vingt-quatre mille lieues iv 
dessus du niveau de la mer; il a deux cent on- 
quante-deux mille lieues de circonférence. r^ ^ 

La première chaîne de montagnes qui entoflitf ^ 
le Meru, s'appelle Jukhunthon; elle a la forme A f^*' 
muraille et s'élève de quarante-deux mille lien* p 
au dessus de la mer. Elle est à quatr^vingt-quaM p^^ 



— 433 — 

le lieues de distance de Meru. La seconde, ap- 
te Isinthon, a vingt mille lieues de hauteur au 
sus de la mer, elle entoure la chaîne Jukhun^ 
n, à la distance de quarante-deux mille lieues, 
troisième chaîne, appelée Karavik, s'élève de 

mille cent lieues au dessus de la mer, et en- 
tre les monts Isinthon, à une distance de deux 
le cent lieues. La quatrième, appelée, Suthat, 
inq mille deux cent cinquante lieues de hau<> 
r, elle entoure les monts Karavik, à une dis- 
ce de dix mille cinq cents lieues. La cinquième, 
^lée Neminthon, a deux mille six cent vingt- 
q lieues de hauteur, elle entoure les monts Su- 
tj à la distance de quatre mille deux cent ciu- 
mle lieues. La sixième, nommée Vinatok, a 
lie trois cent douze lieues de hauteur, elle en- 
tre les monts Neminthon, à une distance de 
IX mille six cent vingt-cinq lieues. La sep* 
ne, appelée Assakan, a six cent cinquante-six 
les de hauteur, elle entoure les monts Vinatok, 
me distance de mille trois cent douze lieues. 
; sept chaînes de montagnes sont la demeure 

Jaky des Kumphan et des Suban. 
^ grande mer Sithandon, qui occupe les in- 
iralles des sept chaînes de montagnes, a autant 

25 



à 



de profondeur que les montagnes ont d'élévatioi 
ainsi la profondeur de la mer diminue graduell 
ment jusqu'aux lieux où sont situées les lies; 
elle a environ cent toises de profondeur. Mais, d 
puis les ileS| en s'avançant vers les montagnes ( 
sont les murailles du monde, la profondeur de 
mer augmente graduellement, de sorte qu'au pi 
des montagnes qui forment la circonférence 
monde, elle a quatre-vingt-deux mille lieuas 
profondeur. 

Les montagnes qui sont les murailleg du mon 
ne font qu'un avec l'immense rocher qui sert 
fondement à la terre. A partir de la septièi 
chaîne de montagnes qui entoure Phra^Meru, ji 
qu'à la terre où nous sommes, il y a une étend 
de mer de soixante-six mille cinq cent trois lie» 

Notre terre, qui s'appelle Xom-Phur-Thavib, < 
placée au midi de Phra^Meru; AmarakMan 
Tluivibj est située à l'occident; Udorakarô-Tkam 
au nord; BupImviihe-'Thavib^ à l'orient. 

Un vent violent soufflant des montagnes i 
monde occasionne le flux et le reflux de la me 
lorsque le vent souffle, le flux a lieu, si le vei 
s'apaise, c'est le tedun. 

L'eau de la met c\^\ ^ws«!ç^V\\\\«r\^i^ \fï&« 



-43d - 

montagnes qui entourent Phra^Meru, est si légère 
et si subtile que même une plume de paon des- 
cend au fond des eaux ; elle n'est agitée ni par le 
Tent ni par la tempête, maïs elle est toujours 
très-unie. 

Dam la grande mer, outre les petits poissons, il 
y a sept espèces de poissons énormes : le poisson 
V iimi, qui a deux cents lieues de long; le timing- 
I khon^ long de trois cents lieues ; le timiraming-^ 
khon, qui a cinq cents lieues; les poissons anon, 
p timinthon, ûxanahàn^ mahdtimi^ ont jusqu'à mille 
p lieues de long. 

K La base de notre terre est une pierre immense 

p sans aucune fissure ; c'est pourquoi elle est portée 

^ par les eaux comme une marmite, parce qu'elle ne 

^ forme qu'un seul corps avec les montagnes qui 

p oatourent le monde, et ces montagnes sont comme 

. lesrabordsde la marmite. Le pied de PhrorMeru 

r repose sur une autre montagne qui a la forme 

d'un trident ou d'un trépied. Entre les trois pieds 

de la naontu^ne est un espace de dix milles lieues ; 

là est la demeure des géants, et ce lieu s'appelle 

Amraphiphob, région des géants. 



— 436 — 



D£S THAYJB OU ILES. 

La partie de la mer qui regarde le côté orienta 
du mont Meru se nomme mer de Lait, parci 
qu'elle reçoit un reflet blanc de ce côté qui es 
d'argent. La partie qui regarde le midi du mon 
Meru s'appelle la mer Yérte, parce qu'elle re 
çoit un reflet vert de ce côté qui est d'éoie 
raudes. Celle qui regarde le côté occidental d 
Phra-Meru, reçoit le nom de iner de Cristal, \ 
cause de l'éclat du cristal qui forme ce côté de ï 
montagne ; mais la partie qui regarde le côté d 
nord de PhrorMeru s'appelle mer d'Or, à caus 
de la couleur provenant du côté septentrion^ 
formé d'or. 

Xomphuthavib, qui est notre terre, est situe 
au milieu de la mer Verte, au midi du mont Mm 
cinq cents petites iles l'entourent. 

Amarakhô^ana est située au milieu de la m< 

de Cristal, elle est entourée de cinq cents petib 
iles. 

Udarakharô est située au milieu de la m 

d'Or, cinq cents îles plus petites l'entourent parei 

» 

lement. 



— 437 — 

Buphavithe est située au milieu de la mer de 
Lait, elle est aussi entourée dé cinq cents îles. 

/ BU XOMPHTJTHAYIB OU ILE DES JAMBOUS. 

Cette île reçoit son nom du jambou, arbre élevé 
de cent lieues de hauteur, portant des fruits agréa- 
bles^ qui se changent en or lorsqu'ils tombent de 
Tarbre. Cel arbre prodigieux durera jusqu'à là 
destruction du monde. Notre terre a la forme d'un 
chariot, elle a mille lieues de circuit. Trois mille 
sont habitées par les hommes ; lés forêts en occu- 
pent trois mille, et la mer occupe quatre mille 
lieues. 

DES MONTAGNES HIMAPHAN. 

Les montagnes de YHimaphan sont au nombre 
de quatre-vingt-quatre mille. Le sommet de la 

plus haute atteint environ cinq cents lieues de 

hauteur. Himaphan signifie région de la neige et 

de la rosée. De ces montagnes sortent cinq grands 

fleuves, savoir : Khongka ou Gange, le Jamuna, 

VAchiravadiy le Saraphum et le Mahi. Il y a en 

outre des fleuves et des rivières innombrables qui 



coulent de ces mèmet montagne». Là aimî iobI 
de grands lacs très-agréables^ ayant cent cin- 
quante lieues de tour. Parmi ces lacs, le premier, 
qui s'appelle AnôdaUisaj a quatre embouchures : 
l"" la bouche du Lion, d'où découlent les eaux qui 
arrosent la partie orientale d'Himaphan et ensoite 
coulent dans la mer ; 2* la bouche de TÊléphant, d'où 
sortent les eaux qui arrosent la partie occidentale 
jusqu'à la mer ; 3^ la bouche du Cheval , qui fournit 
les eaux qui arrosent la partie septentrionale et en- 
suite se jettent dans la mer ; V la bouche du Bœuf. 
Les eaux qui coulent de cette bouche se précipitent 
vers une montagne divisée comme les doigts delii 
main, d'où elles forment les cinq grands fleuves 
qui arrosent la partie méridionale de notre terre 
et se jettent pareillement dans la mer. 

Dans les environs du lac appelé Xathan est un 
antre d'or où demeure le roi des éléphants avec 
son cortège nombreux de huit mille éléphants. 
Tout son corps est très-blanc, excepté ses pieds qui 
sont rouges ; il a une taille prodigieuse, car ses dé- 
fenses sont longues de sept toises. 

Dans les forêts Bimaphan il y a des animaux e' 
des arbres de toute espèce ; là habitent les r&»j 
les jaky les naghas, les kinon et enfin le roi (te 



h 



1 



— 4a9 — 

lions qui habite dans des antres d'or, d'argent on 
de cristal ; son rugissement inspire de la terreur 
à tous les animaux. 

Il s'y trouve aussi un oiseau prodigieux appelé 
karavek, qui par son chant charme et fascine tous 
les animaux. 

Les jaksi y apparaissent sous la forme de belles 
femmes avec des parfums agréables et des charmes 
décevants pour attirer l'homme qu'elles veulent 
dévorer. 

On compte quatre éléments, savoir : la terre, 
l'eau, le feu, l'air. On les nomme les grandes 
formes diaboliques, parce qu'elles trompent les 
hommes à l'instar des démons. 

DB L'INDE OtJ CONTRÉE DIT MUilBU. 

^ 

Matxima pratlièt, ou contrée du milieu, a neuf 
cents lieues de circonférence; elle est située au 
milieu de notre ter re. Un peuplier prodigieux, à 
Fombre duquel est le trône de Bouddha, s'élève 
au milieu de cette contrée. C'est le roi de tous les 
arbres, il est le plus élevé et son tronc à soixante* 
quinze toises de circonférence. Tow^ Ve&'&wàSSïûaa. 
naissent successivement dans Malxitua -pTaxVvet 



— 440- 

tous arrivent au faite de la sainteté et prêchent 
sous son ombre ; c'est pourquoi les anges et les 
hommes ont un grand respect pour cet arbre. 

Matxima prathèt (le pays du milieu, aujour- 
d'hui l'Inde) contenait autrefois seize royaumes et 
seize capitales qu'on appelle pour cela sôlotsa na 
khon (les seize cités). 

Dans notre âge il a déjà paru quatre Bouddhas, 
savoir : Phra-Kukuson , Phra-Kônaklwm, Phra- 
Kasop, Pkra-'Khôdom qui est né à Kabillajàat, 
Sa religion durera cinq mille ans. Ensuite paraî- 
tra le cinquième Bouddha sous le nom de Phra- 
Métrai. 

Alors régnera l'âge d'or : il n'y aura nt guerres, 
ni maladies, ni pauvreté, il n'y aura plus de voleurs, 
tout le monde sera riche, il n'y aura ni polygamie 

« 

ni adultère. La terre produira sans culture des 
fleurs, des fruits et des moissons en abondance. H 
n'y aura ni chaleur ni froid excessifs^ A chaque 
angle des remparts des villes naîtront les arbres 
appelés Kamaplmik^ qui produiront continuelle- 
ment de l'or, de l'argent, des habits précieux, des 
pierres précieuses et tous les biens selon la volonté 
et le désir des c\lo^ex\^. ^ ^ ëv^^^^^ aji-atare-yingl- 
quatre mille cîlès oç\v\etv\es»\\^\i^V.^^fe^^^«^^^- 



— 441 — 

blieront leur férocité. Un seul grain de blé tom- 
bant sur la terre produira seul et de soi-même 
deux mille cent vingt chars de grains. 

Plvra^Metrai parviendra à l'âge de quatre -vingt 
mille ans, il aura une taille extraordinaire, il aura 
quatre-vingt-huit coudées de hauteur. 

DE l'île SEPTENTKIONALE APPELEE UDORAKARO. 

Udorakarô a la forme d'un carré ; les habitants 
de cette ile surpassent les hommes et même les 
anges, parce qu'ils jouissent de trois avantages pré- 
cieux : l"* ils n'ont ni désirs ni concupiscence; 
2"" .ils atteignent toujours un âge fixe de mille ans; 
3"* après leur mort ils reprennent nécessairement 
naissance dans les cieux ; ils trouvent leur nour- 
riture dans un froment qui croit sans culture ; ils 
récoltent les habits et les autres biens sur un ar- 
bre merveilleux ; ils sont exempts de maladie, ils 
ont une taille d'environ trois toises, la figure 
carrée, etc. 

DE L*ILE OCCroENTALE. 

Amarakhôjana a la forme à'ww^ ôietwA\sçv^^ 
comme la lune parait le hu\t\ëme \o\vc • V.a. ^^"^^ 



— 4« — 

des habitants est aussi semblable à une demi-lune. 
Les uns sont blancs, d'autres noirs, d'autres jaunes, 
quelques-uns dediversesescouleurs. Pour le reste, 
ils di£Eèrent peu des habitants de notre contrée. 

DB l/riÊ (mEBNTALS. 

Bupphavithe a la forme tout à fait ronde; cette 
forme a passé dans la figure des habitants qui dif- 
fèrent peu des habitants à' Amarctkhôjana et de 
ceux de notre contrée. 

DEUXIÈME PARTIE. 



DE LA RÉGION DES ANGES OU DES GIEUX INFÉRIEUES. 

Les anges qui habitent sur les arbres et les mon- 
tagnes sont appelés anges de la terre ; ceux qui tra- 
versent les airs dans des palais mobiles se nom- 
ment anges de Tair; ceux qui ont leur demeure 
sur le sommet de Jiikhunthon ou dans la partie su- 
périeure de Tair égale à la hauteur de cette mon- 
tagnci sont appelés les quatre grands roi» et ang^ 
en même temps (c'est le premier ordre des deux 



— 443 — 

proprement dits). Ceux qui habitent sur le sommet 
du raont Meru sont appelés anges davadung (se- 
cond ordre des cieux); les anges jama (troisième 
ordre des cieux) ; les anges dusit (quatrième ordre 
des cieux); les anges nimmanaradi (cinquième 
ordre des cieux); les anges paranimit (sixième 
ordre des cieux). 

m LA. KÉâlOK ]>B3 PHROir OU OTSTJX mMRomRs. 

Au dessus des six cieux inférieurs sont seize 
ordres de phrom corporels, et par conséquent seize 
ordres de cieux supérieurs, au dessus desquels il y 
a encore quatre ordres de phrom incorporels. Nous 
allons parler de chacun de ces ordres d'anges. 

DES ANGES DE LA TERRE. 

Les anges de la terre naissent de quatre ma- 
nières : 1** dans le sein d'une mère comme les 
hommes; 2* des œufs comme les oiseaux; 3* des 
fleurs comme du nymphéa ; 4"* quelques-uns nais- 
sent d'eux-mêmes dans un état parfait. Ceux qui 
font leur demeure sur les arbres sont aussi appelés 
anges des arbres. Quelques-uns sont dowii^ ^\ xv^ 



— 444 — 

causent aucun dommage aux hommes qui coupent 
les arbres sur lesquels ils habitent, et vont s'éta- 
blir ailleurs; d'autres au contraire sont irascibles, 
et en tirent vengeance. Le plus puissant d'entre les 
anges de la terre et leur roi est appelé commuDé- 
ment Phra-in-suen (c'est le dieu Siva des Indiens). 
II moate un bison à longue crinière et d'une force 
extraordinaire qui a la faculté d'être porté dans les 
airs. Mais Vet-sû-van est le gouverneur générd des 
anges de cette espèce. 

DES ANGES DE L^AIR. 

Ces anges sont portés dans les airs avec le pa- 
lais qu'ils habitent. Quelques-uns de ces palais soot 
de cristal, d'autres d'argent ou d'or et de pierreries 
très-brillantes. Ils sont abondamment pourvus de 
fleurs célestes, de musique et de délices de tout 
genre. Le soleil, la lune et toutes les étoiles sont 
autant d'anges aériens. 

Le palais de la lune a quarante-neuf lieues de 
diamètre, mais celui du soleil en a cinquante. L'in- 
térieur du palais de la lune est formé d'une pierre 
fr/ïusparente, Ve\lémwT ^^\.lww\fe d'îir^ent ; mais 
Je palais du so\e\\ e^t îotmfe \yV\wVfe\v^\« «^^,^\\ 



— 445 — 

Textérieur de cristal. Tous deux parcourent la cir- 
conférence du mont Meru dans une situation ho- 
rizontale. Dans l'espace d'un jour et d'une nuit le 
soleil parcourt toute la circonférence ; ;naLS la lune 
est en retard : ainsi, pendant trente jours, elle ne 
fait que i^ingt-neuf fois le tour de la montagne. 
£n outre, le soleil dans son cours s'éloigne chaque 
jour un peu du mont Meru pendant l'espace de six 
mois, et ensuite pendant six autres niois il revient 
à son point de départ, et cela se fait naturellement. 
L'espace du vent qui souffle autour du mont Jlf eru 
est appelé chakrarasi, c'est le zodiaque. On le di- 
vise en douze parties, et chaque partie porte le 
nom d'un des douze signes du zodiaque. Les cons- 
tellations, au nombre de vingt-sept, doo^-nak" 
khatarôk, autrement appelées dao-phrùky sont 
disposées dans cet espace de vent, et achèvent na- 
turellement avec lui leur révolution. 

Voici les noms des ving-sept constellations : le 
cheval, le trépied, le poussin, le poisson taphien, 
la tète du cerf, la tortue, le navire , le cancer, 
l'oiseau, le singe, le taureau, la vache, la tête 
d'éléphant, le tigre, le serpent boa, la tête de 
buffle, le paon, la chèvre, le chatoie to\ d^V\w\%^ 
la reine des lions, J 'ermite, le r\c\v^* ^"^ %feôxv^«>^^ 



— 446 — 

rhinocéros mâle, le rhinocéros femelle, le grenier. 

Lorsque le soleil se lève dans notre terre, il est 
midi dans la terre orientale ; c'est le coucher du 
soleil pour la terre septentrionale, et c'est minuit 
dans la terre occidentale. 

L'âge du soleil et de la lune atteint quatre-vingt- 
dix millions d'années. Phrorathit (le soleil) eiPknh 
chan (la lune) sont deux frères qui ont un frère 
cadef appelé Rahû. Dans sa génération passée Vhini^ 
athit donnait l'aumône aux talapoins dans un tase 
d'or, Phrorchan dans un vase d^argent , et AdAudans 
un vase de bois noir ; c'est pourquoi Bahû prit nais- 
sance dans la région des géants au dessous dn 
mont Meru ; il est d'une taille de quatre mille 
huit cents lieues ; sa bouche énorme a une pro- 
fondeur de trois cents lieues. Ayant été un jour 
frappé par ses frères, il en conserve encore un es- 
prit de vengeance, et de temps en temps il sort de 
la région des géants, et ouvre sa bouche énorme, 
attendant le soleil ou la lune pour dévorer leurs 
palais lorsqu'ils passeront ; mais lorsqu'il a saisi le 
soleil ou la lune, il ne peut pas les retenir long- 
temps à cause de la rapidité de leur course ; et s'il 
ne les lâchait pas, \e;^ ^^VmVs^S&^^^Nfttit k tête du 
monstre. C'est a\ns\ qjoi ou w.^\\a^^\^ Wàî^w*. 



— 447 — 

Le vent, la pluie, les nuages, les brouillards, la 
chaleur et le froid sont produits par certains anges 
nommés phalaJiok. Sita^Phalahok est l'ange du 
Troid; Una-Phalahok est l'ange de la chaleur; 
Aphor-Phalahok , l'ange des brouillards; Vata^-^ 
Phalahok, l'ange du vent ; Vassa'^Phalahok, Tange 
de la pluie. Quand cet ange veut que la pluie 
tombe, il lève la main, chante une certaine chaii«« 
son, et aussitôt il pleut. 

Il y a une ange femelle nommée Mekhala, qui, 
jouant entre les nuages, y^ume de côté et d'autre 
un cristal éblouissant qu'elle tient à la main : de 
là proviennent les éclairs ; mais il y a un jak ou 
géant qui, voyant ce miroir dans la main de cette 
ange, veut le lui ravir ; alors, il l'attaque avec une 
flèche ou une pierre qui tombent sur la terre ; les 
hommes les appellent la hache du ciel, la foudre. 

BBS ÛÏÏAT&E EOIS ANCRES. 

Ces quatre rois anges sont appelés : Thatarot, 
Virulahok, Virupak, Vètsuvan. Le roi Thatarot 
est établi sur le sommet de la montagne Jukhun^ 
thon, du côté oriental de PArâ-Mcru. ^oiVk ^^^k^ 
est entouré de murs d'or, tfua^Yv^u^ôi^VwbSss^ 



— 448 — 

Les anges qui sont sous sa domination sont appe- 
lés tlièphakhon'-ihan j anges des parfums, parce 
qu'ils sont nés dans des lieux odoriférants. Sa do- 
mination s'étend jusqu'aux murailles du monde 
du côté de l'orient. Le roi Virulahok règne sur le 
sommet de la montagne Jukhunihon^ du côté mé- 
ridional de Phror-Meru, jusqu'aux murailles dq 
monde. Les anges, ses sujets, sont appelés thèfiwr 
kumphan, anges ventrus. 

Le roi Virupak règne sur le sommet de la 
montagne Jvkhunihoiij du côté occidental, et sa 
domination s'étend également jusqu'aux muraiUes 
du monde. Tous lès naghas (serpents fabuleux cpii 
peuvent prendre à leur gré la forme humaine ou 
une autre forme ) qui sont dans les eaux ou sur 
la terre, sont soumis à son empire. 

Le roi Vetsuvan habite aussi le sommet de la 
montagne Jukhunthon, mais du côté septentrio- 
nal. Son empire s'étend, de ce côté -là, jusqu'aux 
extrémités du monde, sur tous les anges qui ne sont 
pas soumis aux trois premiers rois et sur tous les 
géants à tète de cheval, sur les démons des eaux 
et sur ceux de la terre. L'âge de ces quatre rois- 
anges est de cinq eeuls années célestes^ qui font neuf 
cent mille années tettesV.t%;s. QviV& ^^>jsîôi& og^'è.- 



— 449 — 

quefois les quatre rois administrateurs du monde. 

DES ANGES DAYADUN6. 

Le ciel davadùng a dix mille lieues de largeur ; 
il est placé sur le sommet du mont Meru; il a mille 
portes. Le palais du roi Indra ou Phror-Ine^t place 
lu milieu, haut de sept cents lieues et construit de 
sept espèces différentes de pierres précieuses. 
Phra-lrty a vingt-cinq raillions d'anges femelles 
pour le servir. 

Dans le davadùng^ sont'des fleurs célestes du 
parfum le plus agréable ; si quelqu'un en désire, il 
n'a pas besoin d'aller les cueillir, car elles viennent 
îlles-mèmes entre les mains de celui qui les dé- 
sire. Autour de la ville céleste sont des arbres mer- 
veilleux qui, au lieu de fruits, portent toujours des 
iiabits précieux et des ornements de toute espèce. 

Quand l'heure de la mort des anges est arrivée, 
Is tombent dans la tristesse ; Phra-In (le roi des 
iiiges) les conduit dans un jardin très - agréable 
)ù ils se divertissent, et leur corps s^évanouit tout 
i coup comme la lumière d'un flambeau que le 
rent éteint. 

Les anges s'assemblent de temip^ ewVfôOi^ ^''^sv'^ 



une salle immense. Là, Phra-In ordonne aux 
quatre rois-anges d'envoyer çà et là les anges qui 
sont sous leurs ordres, pour veiller au salut'des 
talapoins dans tel ou tel temple ; là ils entendent 
un sermon, ils jouissent des parAims et de la sa- 
veur des fleurs célestes ; c'est là aussi qu'on lit le 
catalogue des péchés et des mérites des hommes. 
Après avoir entendu les péchés, les anges perdent 
courage et adressent à Tenvi des reproches aux 
pécheurs; mais après avoir entendu les mérites, 
ils félicitent les hommes de hien et leur donnent 
de grandes louanges. Les mérites, écrits sur des 
tablettes d'or, sont gardés dans le ciel ; mais Phra- 
In envoie au roi des enfers le catalogue des pé- 
chés écrits sur des peaux de chien. 

Phrorln a un éléphant monstrueux de quinze 
lieues de hauteur, nommé Eravan^ sur lequel il 
monte pour se promener. Mais, quand il va com- 
battre les anges rebelles, il monte un autre élé- 
phant, nommé Samithi, muni d'armes de toute 
espèce et doué d'un courage extraordinaire. Mais 
voici quelle est la cause de la guerre que les anges 
rebelles déclarent très-souvent à Phra-In. Dans 
Je commencement \l% Vv^bvlaieut dans le Davadung 
avec les autres anges \ m^\s\vev\w« o^*^^ \t\m^ 



-451 — 

ivres de vin, Phra-In ayant tenu conseil avec ses 
autres anges, les précipita du sommet de la mon- 
tagne Phra-Meru; dans le même moment, fut 
créée la région appelée Asura-Phiphob, sous le 
Meru, où ils habitèrent dans la suite. Ces ange» 
rebelles sont appelés Asura, parce que lorsqu'ils 
furent précipités du ciel ils criaient : Nous ne boi- 
rons plus de vin ! Nous ne boirons plus de vin I 
Se rappelant les délices de leur ancienne demeure, 
souvent ils essaient d'escaler le mont Meru; mais, 
ne pouvant résister au pouvoir de Phra-Iriy ils 
sont toujours repoussés, et vaincus ils se réfugient 
dans leur demeure souterraine. 

Phra-In a construit une pyramide de pierres 
précieuses, haute d*une lieue, dans laquelle il a 
renfermé la chevelure et une dent du Bouddha 
Phra^Khôdom, c'est pourquoi on l'appelle la py- 
ramide de Verre de la Chevelure. C'est dans ce 
lieu que tous les huitièmes et quinzièmes jours de 
la lune, tous les anges s'assemblent, même ceux 
des cieux supérieurs, pour adorer les reliques de 
Phra-Khôdom et pour entendre un sermon. 



DES ANGES JAMA. 

Les anges jama sont ainsi appelés^ parce quils 
jouissent de la félicité sans crainte d'aucun en- 
nemi. Leur ciel est une surface de cristal qui s'é- 
tend jusqu'aux murailles du monde et qui est sup- 
portée par le vent. Sur cette surface sont placés 
en ordre des palais innombrables de pierres pré- 
cieuses; ils n'ont pas besoin de soleil ni de lune, 
parce qu'il s'échappe une vive lumière des pierres 
précieuses, des ornements, et même du corps de 
ces anges qui surpassent de beaucoup en beauté 
les anges inférieurs. Leur vie dure deux mille 
années célestes, ou quarante-quatre millions d'an- 
nées terrestres. Ce ciel est placé au dessus du Da- 
vadùng;k une hauteur de trois cent trente-quatre 
mille lieues. 



DES ANGES BUSH*. 



Les anges dusit sont ainsi appelés parce qu'ils 
obtiennent tous les biens selon leurs désirs; là 
naissent les phôthisat qui dans la suite deviendront 
Bouddhas, leurs pète^, \cvx\^\ofet^ ^v \ssvis.\». 



— 453 — 

hommes excellents. La vie des anges dusit par- 
vient à quatre mille années célestes ou cinq cent 
soixante-seize millions d'années terrestres. Ce ciel 
est semblable au ciel jamay mais plus magnifique 
et abondant eb plus grandes délices. Les anges qui 
sont dans le dusit, quand la fin de leur vie est arri- 
vée, ferment les yeux , et aussitôt ils meurent et 
disparaissent. Le Dmit est placé à sept cent quatre- 
vingt-quatre mille lieues au dessus du Jama. 

D£S ANGES NIMMANARADI. 

Les anges nimmanaradi sont ainsi nommés 
parce qu'ils jouissent d'un pouvoir illimité de 
créer tous les biens. dont ils désirent jouir, et cela 
par le seul acte de leur volonté. Leur. félicité est 
beaucoup plus grande que dans les cieux inférieurs, 
et leur vie plus longue. Ce ciel est placé à dix mil- 
lions trois cent cinquante-deux mille lieues au- 
dessus du Dusit. 



DES ANGES FARANiMlT. 



Les anges paranimit sont ainsi aççelés ^avcA 
^7& ne créent pas par eux-mè\aesà\«8»\3NK0Sk^^^^ 



— 4M — 

ik Yeulent jouir, mais ce iont d'autres anges qui 
le8 serrent, qui prévoient leurs désirs et aussitôt 
créent et leur offrent tous les biens désirés. Ik 
jouissent par les sens, c'est-à-dire par la forme, la 
Yoix, l'odeur agréable, le goût et le toudbter. Leur 
Tîe parvient à seize mille années célestes ou neuf 
milliards deux cent seize millions d'années ter* 
restres. Chaque ange de ce ciel a plusiemfs cen- 
taines de milliers d'anges femelles d'une besaté 
extraordinaire et différente pour le servir. Par(h 
nimit est placé à une hauteur de quatre cent 
quatre-vingt-cinq mille six cents lieues au dessus 
de NimmoHaradi. Phajamanf qui envoya ses trois 
fiUes pour tenter Phra-^Khâdam^ et ensuite alla 
l'attaquer avec une armée innombrable, était un 
des anges paranimit. 

Les six ordres des deux dont on a parlé s'appel* 
lent les six régions de la volupté des anges. Dès 
que la nourriture des anges est mise dans leur 
bouche, elle se répand par tout le corps ; de là 
vient qu'il n'y a point de matière grossière ni d'ex- 
créments. Dans ces six ordres des cieux seule- 
ment il y a des anges femelles , il n'y en a point 
dans les cieux supérieurs. Quand elles enfantent, 
leun fila ou leutâ fiiiea t^aÀ^^uX^xx^iaxi ^^^^^ks^s^. 



J)£ I.A BÉGtîON BXS PH&OM OU DES ANQM SUPÉRIEURS. 

U y a seize ordres de phrom corporels et quatre 
ordres de phrom incorporels. Quelques«uhg ne 
comptent que neuf ordres de pJirom, parce que 
plusieurs ordres se louchent et habitent dans le 
même ciel. Ceux-là seulement peuvent monter à 
à la région dçs phrom qui se sont adonnés à la 
contemplation, et^ parce qu'il y a plusieurs degrés 
de contemplation, ils naissent dans différents de«* 
grés des cieux des phrom. La beauté et la splen-* 
deur de ces anges sont telles que Téclat lancé seu-* 
lement par nit de leurs doigts peut éclairer tout un 
monde. Tous sont hommes ; les femmes contem- 
platives, lorsqu'elles prennent naissance dans la 
région des/;^ro}n, deviennent liommes. Le» phrom 
n'ont ni sexes, ni intestins, ni voies excrétoires; 
ils ne mangent rien et sont rassasiés d'une félicité 
continuelle. Ils n'ont pas le sens de l'odorat, du 
goût, ni du toucher. Dans un palais il n'y a qu'un 
seul phrom avec un lit, des tapis, des habits et des 
ornements brillants et rien autre chose. Les cieux 
des phrom sont élevés au dessus de Paronimit d<^ 
ua mitiwn huit cent trente^ la^ ^'^^> ^\.\^^ 



— 456 — 

différents ordres dephrom sont plus élevés les uns 
que les autres de plusieurs millions de lieues. 
L'âge des anges phrom varie selon les différents 
ordres ; ceux qui habitent Tordre inférieur ont une 
vie d*un kab (l'âge de la terre) ; mais ceux qui sont 
dans Tâge supérieur vivent jusqu'à vingt-six mille 
mahà4cab. 

Les anges phrom ont six facultés spirituelles 
savoir: 1* vitok, de même que les ailes de Toiseau 
rélèvent dans les airs, ainsi le vitok élève l'esprit 
des anges phrom à la contemplation. 2* Vichan, 
c'est la contemplation elle-même, et elle est com- 
parée à un oiseau qui plane dans les airs. 3^ Pith 
est la joie qui remplit et rassasie le corps et Tâme, 
comme cela arrive par exemple dans les extases 
des saints. 4"" 5fiA:/ félicité qui provient du piti; 
cette félicité bien établie engendre sâm^ithi ou le 
dégagement absolu des sens. 5"" Ekhata, fixité de 
l'esprit dans un seul et même objet. 6"" Ubekhd, 
l'absence totale d'affection pour toute chose. Dans 
le dixième ordre des anges phrom, on en trouve 
qui ont une forme ciselée ou moulée sans esprit et 
sans vie ; après cinq cents malid-kab ils s'évanouis- 
sent et vont renaître ailleurs* 
Il y a quatre oràres de pHtom *vckR»t^w^.V^ 



— 457 — 

arupaphrom n'ont point de corps, ils ont seule- 
ment une âme avec les esprits vitaux des yeux , 
des oreilles, des narines, de la langue, du cœur et 
des autres membres sans aucune forme ni couleur. 
Cependant ils habitent dans des palais, mais ils 
sont tout-à-fait invisibles. 

DU NIPHAN OU EXTINCTION. 

Le niphan est l'extinction de la forme du corps, 
du goût et des autres sens, de l'expérience des 
choses, de notre constitution selon le mérite ou le 
démérite de l'âme ou de l'esprit. Toutes ces choses 
sont entièrement anéanties ; et il n'y aura pas de 
nouvelle naissance ; la fin de l'existence, la fin des 
maladies et de toute tristesse, cet anéantissement, 
selon les bouddhistes, est la souveraine et parfaite 

béatitude, 

TROISIÈME PARTIE. 



DE liA RECIION DES ENFEAS* 



Ceux qui pendant leur vie ont fait de bonnes 
actions par le corps, par les paroWs, ^^^ \ ^^\rôx.. 



mtttroot après leor mort pwrmi las hommes 
Dobles et ridies oo dam qiid^ie ordre des ci^i. 
liais cenx qm, pendant leur ne, mit commîsde 
manvaîies aetîons par le oorps^ les parx^et l'es- 
prit, iront, après leur mort, dans le lieu de don- 
leor, 00 dans Fenfer, ou dans la région des mons- 
tres, ou deriendront animaux privés de raison, ou 
bien fantômes. Ceux qui ont commis beaucoup 
de péchés descendront ausâtât dans les enC»^; 
mais ceux qui ont des péchés m^és de bonnes 
actions naîtront dans la région du roi des enfers. 
Alors les satellites des enfers les prendront par les 
bras et les traîneront au palais du roi des enfers, 
qui leur demandera s'ils n'ont jamais vu les dé- 
putés des anges, c'est-à-dire un petit enfant dam 
l'ordure, un vieillard décrépit, un malade, un pri- 
sonnier chargé de chaînes, un condamné flagellé 
et un mort. Si vous en avez vu, pourquoi n'avez- 
vous donc pas pensé à la mort et à faire des actes 
méritoires? Alors il leur rappellera les bonnes ac- 
lions de leur vie passée, et s'ils peuvent se les rap- 
peler, ils sont délivrés dai enfers; s'ils en ont 
perdu le souvenir, les satellites les attachent et les 
conduisent dans quelqu'un des enfers, selon qu'ils 
le méritent. 



— 4W — 

Il y a huit grands enfer»^ savoir : r êanxipa* 
narok; V kala^mtCHtarok ; 9" ^ng-hhatcHfuirok ; 
4* rdruvchtiarok ; 5** maha^druva^narok ; 6* dapha^ 
narok; T mahéhdapha'-narok; 8* avichi^narok. 
Chacun des grands enfers, est entouré de seiase 
autres enfers qui eux-mêmes sont entourés de qua* 
rante enfers plus petits. Les huit grands enfers ont 
la forme d'un coffre de fer carré, de cent lieues 
de longueur, autant de hauteur, de largeur et d'é* 
paisseur. A chacun des côtés est une porte^ à Ten^ 
trée de laquelle Pliaja-jom, les rois des enfers, ont 
placé leur tribunal. 

DU nUÎMlËll ENFEK. 

Le premier enfer s'appelle sanxip à cause d'un 
certain vent qui ressuscite les morts pour être 
tourmentés de nouveau. Ceux qui ont tué les ani- 
maux, les voleurs, les ravisseurs, les rois qui en«- 
treprennent des guerres injustes, les oppresseurs 
des pauvres iront dans le êdnxip. Là, les satellites 
de Tenfer, armés de couteaux et de haches, les 
coupent par morceaux^ de sorte qu'il ne reste que 
k^Mt^Alûca il souffle un vent pat Va^^^Vx^^^^ 
jJs r^rennent la vie, et leurs cotip^ TfediWVèXNXNfô^ 



; en se rencontrant les 
i^ki^ jflires îkMBt Iniisporlés dé fureur, leurs 
«wdks si^ Aingft « lanees et en épées; ilsse 
pHtol et se tecBt flmtiieilenienL Ds renaissent 
dfr BovTua par k^otn dn Tent ei sont de nouTean 
oiHqw en mottctta par les satellites ou les dé- 
mottïw et ik périssent et rmaissent successiyement 
jieqa^à ce qa*ik reprennent une nouYeUe vie dans 
h r^pon des monstres ; ensuite ils deviennent ani- 
maux, puis hommes lépreux, fous, pauvres ou dif- 
formes Un jour dans cet enfer équivaut à neuf 
cent mille années terrestres. 

se ]>EllliftE ISVEK. 

Le second enfer s*appdle kalormt à cause d'une 
lame de fer élastique qui frappe les corps des 
damnés. Il est situé au dessous de sanxipornarok. 
Les démons de cet enfer attachent les damnés avec 
des chaînes de fer et les étendent sur un pavé de 
fer rouge ; alors ils font vibrer une lame de fer qui 
les coupe et les dissèque par morceaux. Mais les 
morts ressuscitent et cherchent à fuir ; bientôt re- 
pris par les satellites, ils sont soumis à des. sup- 
plices nouveaux et variés et en même temps ils sont 



— 461 — 

brûlés par le feu. Un jour dans cet enfer équivaut 
à trente-six millions d'annés parmi les hommes. 

Quand les damnés sortent de cet enfer, ils sont 
encore tourmentés dans l'enfer supérieur, et en- 
suite passent par tous les ordres mentionnés plus 
haut. Tous ceux qui, excités par la colère, ont 
chargé de liens d'autres hommes ou des animaux, 
les faux talapoins, les menteurs, les brouillons, 
ceux qui ont étouffé par le feu dans leur retraite 
les rats ou les serpents vont dans le kalasuta-- 
narok. 

DU TROISIÈME ENFER. 

Le troisième enfer tire son nom d'une mon- 
tagne qui écrase les damnés ; il est situé au dessous 
du précédent. Ceux qui sont condamnés à cet en- 
fer ont un corps de bœuf, de buffle, de cheval, 
d'éléphant, de cerf, avec une tête d'homme, ou 
un corps d'homme avec une tète de bœuf, de che- 
val, etc. Les démons les chassent comme des trou- 
peaux, les frappent fréquemment avec des barres 
de fer rouge. Us fuient entre deux montagnes qui 
bientôt se heurtent l'une contre l'autre, et les 
damnés sont tous broyés. Là aussi, aux quatre 



— 46t- 

points cardinaux, sont des montagnes rondes qtn 
roulent tour à tour et écrasent les animaux de cet 
enfer. Après la mort, la résurrection et de nou- 
veaux tourments. Sont condamnée au sangMde* 
tanarok tous ceux qui traitent durement les 
troupeaux et les bétes de somme; leA pécheurs e( 
surtout les chasseurs. Ceux qui sortent de cet enfer 
doivent passer par tous les enfers supérieurs et par 
tous les autres degrés déjà cités. 

DU QUATRIÈME ENFER. 

Le quatrième enfer râruva tire son nom des 
pleurs et des gémissements des damnés ; il est situé 
au dessous du précédent. Il est rempli de fleurs de 
nymphéa, de fer rouge, très'serrées, épineuses, 
au milieu desquelles les damnés sont plongés et 
brûlent aussi bien intérieurement qu*à Textérieur, 
en poussant des hurlements et des gémissements 
épouvantables. Sont condamnés à cet enfer pour 
quatre mille ans surtout les adultères de Tun et 
l'autre sexe, les faux témoins, les calomniateurs. 
Un jour dans rôruva-narok équivaut à cinq cent 
soixante-seize millions d'an nées terrestres. Lorsque 
leur temps est expvtfe , \^s î^^mxv^% ^ç^ys^^s^X. fes& 



— 463 — 

tons les petits enfers qui Tenvironnent^ ensuite ils 
montent aux enfers supérieurs avec leurs adjacents, 
et ensuite par tous les autres degrés de peines déjà 
cités*. 

Le mahé-rôruva, situé au dessous du précédent, 
est ausi planté de fleurs de nymphéa armées de 
pointes de fer rouge sur lesquelles sont placés et 
brûlent les damnés qui poussent des hurlements 
horribles ; mais toutes les fois qu'ils sautent en bas, 
les démons les broient aussitôt avec un maillet de 
fer. Nouvelle résurrection ^ nouveaux supplices. Â 
cet enfer sont condamnés surtout ceux qui ont 
brisé les têtes des animaux, etc.^ et ils sont tour^ 
mentes pendant huit mille'ans. 

W StXlÈVX BNFEIt. 

Le nom de cet enfer désigne la chaleur intense 
des charbons ardents et des flammes. Les damnés 
y sont mis à de grandes broches de fer; alors s'al- 
lume un grand feu qui les cuit. Quand ils sont 
tout à fait r&ti&, les portes deV^idw iî^\s^\:^\^ 



d'elIesHnèmeSy et des chiens énormes armés de dents 
de fer se précipitent aussitôt et dévorent les chairs 
rôties des damnés, qui bientôt ressuscitent, soni 
de nouveau mis à la broche et de nouveau dé- 
vorés. Les incendiaires surtout et tous ceux qui ont 
fait cuire des animaux sont condamnés à dapha- 
narok. Leur supplice dure seize mille ans. 

BU SEPniMB ENFER. . 

Dans le mc^xd-^phc^narok le feu est beau- 
coup plus intense que dans le précédent. II y a 
une montagne très-élevée et escarpée que les 
damnés s'efforcent d'escalader pour échapper aux 
démons qui les poursuivent. Dès qu'ils sont arriTés 
au sommet de la montagne, un tourbillon de vent 
très-violent les saisit/ les précipite en bas, et ils 
tombent sur des pieux de fer rouge qui les percent 
et les brûlent. Leur supplice dure un âge ania- 
rakab. Sont condamnés à cet enfer les rois cruels 
qui ont fait empaler des hommes. 

BU HUTTlilE ENFEfi. 

Avichi'-mTok e«l avxvsi xkO\Mûfc ^^x^^ o^v^ te (eu 



— 465 — 

' brûle sans cesse et que d'ailleurs cet enfer est 
ibsolument plein de damnés, de sorte qu'il n'y a 
«s de place vide. C'est le dernier et le plus pro- 
bnd des enfers, il est plein d'un feu continuel au 
nilieu duquel les damnés percés de toutes parts 
le broches brûlantes sont tourmentés par des 
lammes dévorantes depuis l'apparition du soleil 
li de la lune jusqu'à l'apparition du nuage qui 
mnonce la destruction du monde. On met dans 
îe lieu tous ceux qui ont commis des péchés con^ 
inuels, les rois avides de guerres, les persécuteurs 
les saints, les parricides, ceux qui ont tué leur 
nère ou un saint, les infidèles, c'est-à-dire, ceux 
{ui sont hors de la religion, et ceux qui trompent 
es hommes par des comédies, des danses et des 
)ouffonneries. 



DES SEIZE ENFERS QUI ENTOURENT CHACUN DES GRANDS 

ENFERS. 

Nous avons dit que chacun des huit grands en- 
ers a pour cortège seize enfers plus petits dont le 
lombre s'élève donc à cent vingt-huit. Ils ont aussi 
a forme d'un coffre de fer de trente lieues de lon- 
gueur, de largeur et de hauteur . \\s wxvV ^'ô.^^^Jf^ 



— 4W — 

quatre, aux quatre angles de chacmi des grandi 
enfers. Ces quatre petits enfers sont appelés ! le 
premier klntlha-^narok y à cause des excréments 
dont il est rempli ; là fouratillent de grands ren 
qui percent et tourmentent les damnés. Le second 
se nomme hikula-^narok], il est plein de cendre 
brûlante dans laquelle les damnés sont plongés 
et se roulent jusqu'à ce qu'ils soient réduite en 
cendre. Le troisième porte le nom de : alipata- 
vana^narok; il est planté d'arbres dont les feuilles 
sont des glaires à deux tranchants. Lorsqu'un 
Tent violent soufQe, les feuilles tombent de toutes 
parts sur les damnés et coupent leurs mem- 
bres par morceaux. En outre, des corbeaux et des 
vautours aux becs de fer se jettent sur eux, les 
déchirent, les dissèquent et dévorent toute leur 
chair avec les entrailles. Le quatrième s'appelle 
vetarani-natihi , fleuve salé, il est plein d'eau ex- 
In^mement salée. Les damnés font tous leurs ef- 
forts pour arriver près de ce fleuve afin d'apaiser 
leur soif; mais il faut marcher sur de grandes 
épines de fer qui leur déchirent tout le corps; et 
aussitôt qu*ils sont descendus dans l'eau, les dé- 
mons les percei\V a cow\^ Aa Vca\i& ou de trident, 
ou les pèchent avec A^ \ïms\^^wv5i ^«tûssk^ ^^ 



he de» poissons, et lorsqu'il les ont tirés à 
re» ih les broient, leur arrachent les entrailles 
l^ coupent en raorceaun* Quelquefois même, 
ir étancber leur soif, ils leur versent du fer 
du daof la boucbet 



M9 nrtm mwBm. 

Su debors des enfers secondaires il y a dix au- 
s p^its enfers qui les entourent de chaque côté, 
qui fait quarante pour chaque grand enfer ; on 
appelle ioma/oA:i/i:a; régiops du roi des enfers, 
ils sont au nombre de trois cent vingt; mais 
uffira de parler de dix, parce qu'ils sont dis* 
;és dix par dix et que chaque dixaine est sem- 
ble* Le premier de ces petits enfers s'appelle 
ic ; IMa^kumphi-^narok, à cause d'une grande 
route de fer dont l'ouverture a soixante lieues 
diamètre ; elle est pleine de fer fondu et bouil- 
tf dans lequel on fait cuire les damnés comme 
grains de riz dans un chaudron. Le second 
le le nom de simphaliva-'narQk à cause des 
res épineux dont il est remplie I^s damnés, 
rés de près par les satellites, essaient de monter 
les arbres idont les épines déchirent leurs 



i 



— 468 — 

corps ; les corbeaux et les vautours se jettent sui 
eux et avec leurs becs de fer ils les déchirent, leur 
arrachent les entrailles et dévorent leur chair. Le 
troisième est appelé ajôthcJca-narok, à cause du fer 
fondu et bouillant dans lequel les satellites plon- 
gent les damnés après les avoir enchaînés. Le qua- 
trième se nomme phusa-narok, enfer de balles de 

y. 

riz, parce qu'il y a un fleuve auprès duquel accou- 
rent les damnés pour étancher leur soif; mais dès 
qu'ils ont mis de l'eau dans leur bouche, elle se 
change en balle de riz ardente qui brûle leurs en- 
trailles. On appelle le cinquième sunakha-narok, 
à cause des chiens monstrueux armés de dents 
de fer qui se précipitent sur les damnés et dévo- 
rent leur chair. Mais le sixième porte le nom de 
misaka'banphatornarok ; là sont des montagnes 
ardentes qui par une rotation rapide écrasent les 
damnés et les réduisent en poudre. Le septième 
est : tamphôthaka-narok ou mer d'airain fondu 
dans laquelle nagent les damnés qui sont pris i 
l'hameçon par les satellites, traînés au rivage, et 
alors on leur fait avaler de l'airain fondu. Le 
huitième s'appelle ajôhkulcMiarok ; il est plein de 
boulettes de fer rou^e <\ue les satellites font avaler 
aux damnés. Le \\euN\t«\^ ^^Y^^<^ a«v»»\>ÛR»r 



— 409 — 

^larok ; dans cet eiifer les damnés ont aux pieds et 
îux mains des lances au lieu d'ongles, et ils se dé- 
chirent eux-mêmes. Les satellites munis de dif- 
!ërentes armes les percent et les coupent de toute 
[nanière. Le dixième porte le nom dejantapha- 
mna-narok, enfer des pierres qui écrasent. Là 
les damnés sont exposés à une pluie continuelle 
de pierres brûlantes qui les écrasent et les rédui- 
sent en poudre» 

BU LÔKANTA-NAROK. 

On appelle ainsi autant d'enfers qui occupent 
l'espace entre les mondes joints les uns aux autres, 
et là oii il y a trois mondes qui se touchent, là au 
milieu se trouve un lôkanta-narok. Dans cet enfer 
régnent des ténèbres éternelles et très-épaisses; 
c'est la demeure des infidèles et des impies qui as- 
surent qu'il n'y a ni péchés ni vertus. Us naissent 
dans cet enfer avec une figure horrible et un corps 
énorme ; ils sont accrochés par leurs ongles aux 
montagnes qui sont les murailles du monde, comme 
les chauves-souris se suspendent aux arbres; si 
quelquefois ils se rencontrent, ils se mordent et se 
luttent jusqu'à ce qu'ils roulent en bas dans l'eau 

27 



— 470 — 

qui supporte le monde. Cette eau devient aussilôl 
corrosive et dissout tout leur corps. Ensuite ils res- 
suscitent et s'efforcent de remonter avec leurs 
ongles sur les murailles du monde ; ils se rencon- 
trent de nouveau, se luttent, sont précipités dans 
les eaux corrosives où ils sont dissous, et leur sup* 
plice recommence sans interruption. 

DES PRET OU MONSTRE». 

Au dessus des enfers et dans les forêts Himaphan 
est la région des monstres. Ces j^re^ ont une forme 
hideuse et tout à fait horrible. Us souffrent une soif 
continuelle ; mais il ne leur plaît pas de boire de 
Teau ; ils vont errant de côté et d'autre pour boire 
l'humeur qui découle des narines, la sueur, la sa- 
live, les flegmes, le pus, Turine, les excréments et 
toutes les ordures de cette espèce qui font leurs dé- 
lices. Quelques-uns d'eux mangent les charognes. 
D'autres, dont le corps est très-gros, ont une bouche 
aussi petite que le trou d*une aiguille et souffrent 
une faim continuelle. D'autres, très-maigres, res- 
semblent à des squelettes, et leur corps répand au 
Join une puauleirc \xi^\v^^qîv\sJû\^* ^if^ci^^^es-uns 
ont la forme de sev^e^V^, ^^ ^^^^^-^ ^^ ^\mv> 



— 471 — 

tigres, etc. 11 y a des prêt qui n'ont qu'un pied, 
un œil, une maiii; il y en a qui ^omissent des 
flammes parla bouche, dont le corps est enflammé, 
et qui ont des cheveux hérissés et brûlants ; il y $i 
<les prêt blancs, noirs, jaunes, gigantesques, oou- 
Terts de tumeurs qui répandent du sang et du pus, 
tlemi^urris, avec une tête énorme, des on^es de 
fer rouge; qui ont un corps humain avec une tète 
de bêle ou un corps de béte avec une tête humaine. 
Les peines des damnés peuvent être abrégées et 
même supprimées par les su&ages et les aumônes 
des vivants. 

DES AIOMAIÎX PRrVÉS M RAISON. 

• - " » 

Les animaux sont incapables de sainteté même 
cdans le premier degré« On les divise en quatre 
classes : T Içs animaux sans pieds, 2^ les bipèdes; 
3"* les quadrupèdes, 4* les multipèdes. Parmi léfe 
animaux on compte les naghas ou s0rpénts, qui 
ont la faculté de prendre la forme des hommes et 
même des anges. Ils ont sous tetre uii royaume de 
. cinq cents lieues de largeur et une ville magnifique 
resplendissante d'or et de piertea ^tfecv^v^afô^ \nô\sv- 
mée Hiranjavadi, où habite leur to\*\jfô^^^^^'®*' 



— 472 — 

des nagkas est appelé Badan. Les naghas sont 
doués d'une force admirable; ils soufflent un poi- 
son mortel, et même ils peuvent tuer les hommes 
par leur seul regard ou par le contact. 

Les khrut ou garuda sont des oiseaux mons- 
trueux, avec le corps d'un homme et le bec d'un 
aigle; ils habitent le bas du mont Meru; ils peu- 
vent saisir et dévorer les naghas de la petite es- 
pèce, mais ils ne peuvent pas enlever les gros. 

DE l'homme. 

L'homme est appelé manut, parce qu'il est doué 
de raison et d'intelligence plus que les autres ani- 
maux. Les hommes se divisent en deux classes : les 
hommes méchants, les hommes sages. 

11 y a quatre espèces de mauvais discours : le 
mensonge, la langue méchante et perverse, les 
médisances, les bouffonneries. 

Il y a cinq commandements qui défendent : i^^de 
tuer les animaux, 2** de voler et tromper, 3* de 
commettre la fornication et l'adultère, 4"* de men- 
tir, 5* de boire toute espèce de liqueurs enivrantes. 

JI y a huU coTumai\âLevxi^w\& oj^v ^^c^^kt observés 
par les hommes pvewx.', '\\^ w\s\Yt^wv^\v\V^<x^\ 



— 473 — 

commandements ci-dessus avec les trois suivants : 
s'abstenir de nourriture pendant le temps défendu, 
c'est-à-dire depuis midi jusqu'à l'aurore ; s'abstenir 
des comédies, de la danse, des chansons, des fleurs 
et des parfums ; ne pas dormir ni s'asseoir sur un 
lit précieux ou élevé de plus d'une coudée, ni sur 
des coussins. 

Il y a trois prières fort en honneur parmi les 
bouddhistes; ceux qui les récitent pensent s'acriué- 
rir un grand mérite. 

La première est intitulée dkan-sâm-sib^nong 
et commence ainsi : Kesà-lômannakhâ-thanta^ etc. 
Ce n'est pas autre chose que la récitation des 
trente-deux parties du corps humain, par laquelle 
on se rappelle l'instabilité des choses humaines et 
la mort. Yoici, selon les bouddhistes, l'énuméra- 
tion des trente-deux parties du corps : les che- 
veux, les poils, les ongles, les dents, la peau, la 
chair, les nerfs, les os, la moelle, la rate, le cœur, 
le foie, les poumons, l'estomac, le péritoine, les 
gros boyaux, les petits boyaux, le chile, le suc gas- 
trique, le fiel, les flegmes, le pus, le sang, la sueur, 
la graisse, les larmes, la graisse liquide, la salive, 
la morve, les tendons, l'urine, la cervelle. 

La seconde prière commence a\m\ \ Uxigfwsà -^^wv- 



— 474 — 

khava arahang sdmma sàtnphUtthÔ vixa charaM 
sdmpanô, etc. C'est l'éaumération des qualités 
divines de Bouddha. 

La troisième prière s'appelle phra^trai-sara-^ 
nakhom, c'est ùiie invocation à Bouddha, à la na- 
ture et aux talapoins. Elle commence ainsi : Pku:^ 
thang saranang khaxâmi , thammang $aranmg 
khjammi, sangkhang saranang khaxâmi, etc. Ce 
qui veut dire : Je sais et je crois^ que Bouddha est 
mon refuge, je sais et je crois que la nature est 
mon refuge, je sais et je crois que les talapoins 
sont mon refuge. 

DE L'ORtiGim£ DES CHOSES* 

^ Selon les bouddhistes, toutes les créatures ont un 
commencement qui n'apparatt pas; c'est-à-dire 
qu'ils avouent qu'ils ne connaissent pas l'origine 
des choses ; bien plus , ils défendent de faire des 
recherches sur cette origine. Ils reconnaissent ce- 
pendant que Phra-tham est éternel. Mais qu'est-ce 
que Phra^tham? C'est ce qui est vrai, ce qui est 
juste, les lois de la nature, les lois naturelles. 
Phra-tham est quelcja^ chose d'incorporel, ce 
n'est pas un espfvV, i\\ wue dw5» Qf5L^\\\si.^5îgXi^- 



— 475 — 

tîon puisse concevoir; c'est quelque chose d'inef- 
fable. 

BU MERITE ET DU DÉMÉRITE. 

Les bouddhistes ne reconnaissent donc aucune 
cause première créatrice, mais ils supposent toutes 
choses créées , et alors ils disent que tout se fait, 
est gouverné et coordonné par le mérite ou par le 
démérite. Ils attribuent aux vertus générales des 
animaux la reconstruction des mondes, des cieux 
et tous les biens en général ; mais ils attribuent 
aux vices des animaux, pris collectivement, la des- 
truction des mondes, les enfers, le^ différents de- 
grés de peines et tous les malheurs en général. 
Par animaux on doit comprendre toutes les créa- 
tures douées de la vie* Le mérite et le démérite 
ne sont pas quelque chose de corporel ou de spi- 
rituel, ce ne sont pas des êtres, c'est une simple 
vertu qui provient des bonnes ou des mauvaises 
actions. La beauté, la noblesse, les honneurs, les 
richesses, la santé et une vie heureuse provien- 
nent des vertus de chacun dans ses vies anté- 
rieures; de même que la difformité^ uue W^^e. 
extraction, les opprobres, la pausveVfe, X^'èi \sssic\- 



— 476 — 

dies et les infortunes découlent du démérite de 
chacun dans les temps passés. 

DE LÏ TRANSHI6KÂTI0N DES AMES. 

Quand quelqu'un meurt, aussitôt le mérite et 
le démérite se présentent à lui. Si ^'est le mérite qui 
ouvre la voie le premier, il prend naissance dans 
une condition meilleure et plus heureuse, ou bien 
il monte à quelque ordre des cieux. Mais si, au 
contraire, c'est le démérite qui ouvre la voie, il 
nait dans une condition plus méprisable, ou bien 
dans quelque degré des enfers^ ou dans la région 
des monstres, ou parmi les géants, ou au milieu 
des animaux privés de raison. La jouissance du 
bonheur use le mérite, de même que le démérite 
s'efface par la souffrance des peines et des mal- 
heurs. Ceux qui sont dans les cieux, lorsqu'ils 
meurent, passent sur la terre ou dans les enfers; 
mais ceux qui sont dans les enfers ne peuvent re- 
prendre une nouvelle vie parmi les hommes, qu'a- 
près avoir passé par tous les enfers supérieurs en 
suivant les degrés, ensuite dans la région des 
/nonslres, la Té^\ot\ dçi% %éauts et enfin par le 
corps ries an\mav\\. Ç\\^e.vv\\ sv^îxV ^^v^\^^^ 



lions innombrables, ce qu'on appelle vien^kot 
vien-taiy ou succession continuelle de naissances 
et de morts. Excepté Bouddha et les saints du pre* 

mier ordre, tous oublient leurs vies passées dont 
le souvenir est effacé à chaque fois par un certain 
vent. 

Les âmes doivent nécessairement subir des 
transmigrations jusqu'à ce que, s'élevant peu à 
peu par les huit degrés de sainteté, elles soient 
délivrées de toute concupiscence ; et alors, ayant 
traversé la mer orageuse de ce monde, elles abor-* 
dent au rivage tranquille et étemel que l'on ap- 
pelle : Muang-kèO'-amatha^maM'nirîiphan, le 
royaume immortel et précieux de la grande ex- 
tinction ou anéantissement. 



CONCLUSION. 



Quoique les bouddhistes donnent de grandes 
louanges à leur Bouddha, cependant ils ne le re- 
gardent pas comme un Dieu, puisqu^il n'a pas 
participé à la création et qu'il n'a aucune part au 
gouvernement du monde. D'ailleurs, de même 
que les innombrables Bouddhas qui Font précédé, 
il est déjà anéanti. Mais ils \e NfeTv^\ewV.^wa:«v^>x^ 



— 47S — 

taint^ lin bon docteur et un excellent prédicateur, 
dont la doctrine doit former les hommes à la 
piété et à là vertu pendant cinq mille ans. Ik m 
regardent pas non plus Phra-tham comme Dieu , 
puisqu'ils af&rment que ce n'est pas un être, que 
ce n'est ni un corps ni un esprit. On doit dire la 
même chose du ipérite et -du démérite. On peut 
donc conclure que la religion des bouddhistes est 
une religion d'athées ; et quoique cette religion 
cherche à réprimer les vices par la crainte des 
châtiments, ^le n'offre cependant aucune récom-* 
pense aux vertus, sinon des plaisirs passagers, et à 
la fin l'abime épouvantable de l'anéantissement! 



FIN DU PREMIER YOLUMB. 



TABLE DES MATIÈRES 



CONTSIIUES 



DANS LE PREBIIER VOLUME. 



I^RÉFACE, «,..,....« i 

CHAPITRE PREMIER , 5 

. DIVISION GÉOGRAPHIQUE ET POUTIQVE DU ROYAUME BE SUM. 

Étendue, position et limites du royaume. — Superficie. — Di- 
vision politique. — Population répartie entre les diverses 
nations. — Aspect du pays. — Montagnes. — Ports. — Moyen 
de purifier Teau. — Golfe. — Courants. — Climat. — FiôVre 
des bois. — Saisons. — Moussons. — Rosée. — Rivières, 
fleuves. — Le M^-Kkong, — Le WS-Nam. — Inondations. — 
Fertilité. — Abondance des fruits, volailles, poissons, gi- 
bier, etc. 

CHAPITRE DEiraÈME. 21 

DES ÉTATS TRIBUTAIRES DE SIAM, 

Portrait des Malais et de Ja presqu'île. — Langue lAalaise. ^ 
Religion des Malais. -^ Trtnqanu, — KalanUm, -^ Patani. — 
Quedah, — Ligor, — Le Camboge. — - Limites et population 
du Camhoge. — Udong, capitale. — Le lac Thalesap.-- Ruines 
de Nokonxa. — Portrait des Cambog^Vea^. — \AX\^\\fc ^ass^:ssi- 



— 480 — 

gienne. — Kârat. — Portrait et mœurs des Lao. — Tatouage. 

— Monnaie Lao. — Laogne et écriture Lao. — Habillemeots. 
^ Habitations. ^ Alimeals. — Meubles. — Amusements. - 
Culture. — Médecine. — ^ Musique. — Religion des Lao. - 
Xieng-Mai. — Vestige du pied de Bouddha. — Laphun. — hh 
khon, — Pktif. — Nàn. — Lwmg-Phra-Bcmg. — Phu-Ehin, 

— Suvannaphum, — Tribu des Xàng, — Leurs mœurs. — 
Récolte de la cire. -* Récolte du goudron. — FabricatioD des 
torches. — Mines de pierres précieuses. — Tribu des Karmg. 

— Portrait et habillement des Eaneng, — Habitations. — Re- 
ligion. — Qualités et mœurs. — Lava. 



CHAPITRE TROISIÈME 60 

DESCRIPTION DE LA CAPITALE ET DES PROVINCES. 

Description de Bangkok. — Population. — Canaux. — Palais 
du roi. — Pagodes royales. — Habitations. — ProYinoes : 
neuf au milieu, cinq au nord^ dii à Test^ sept à Touest et dix 
au midi. — Paklat, ville. — Paknam, ville. — Bois Sanùf. — 
Sixàng, ile. — Nids d'hirondelles. — Kro-Kram^ île. — To^ 
lues de mer. — KoSameL — Chanthaburi, — Chasse aux 
tigri^^ aux ours> etc. — Pèche. — La montagne Sabab, — 
Pierres précieuses. -^ lie ds Ko-Xang. — Bang-fHorsoiy ville. 

— La ville de Fétriu, — Sucreries chinoises. — La ville de 
Aoro/u^. — Nuées de moustiques. — La ville de Talat-Khuàn. 

— La ville de Pak-Tret, — La ville de Sam-Khok, — Ruines 
de Juthia. — La nouvelle ville de Juthia, — La montagne 
d'or. — La ville d'Ang-Tfumg, — La ville de Muang-Phrom. 

— La ville de Muang-ln. — Collines des Trois-Rois. — La 
ville de Xainàt. — La ville de ThàrSung. — Ville de Euàdën. 

— Ville de Nakon-Savàn, — Montagnes appelées Kào-Luâng, 

— La ville de Xophaburi. — Palais de M. Constance. — Ville 
do Mahà-Xai.-^ Ville de 7%à-CAm.— VUle de M'é-Khlong,^ 
Ville de RàpH. — Ville de Pak-Phrék, — Troupes de singes. 

— Provinces de ^akhon-Xaisi, — Idoles de Buddka volées.— 
Ville de Suptoi. — Village de Thà-Rua. — Phrfk-Bat où est 

^vstijx^ du \HeAde Boiuddlui. — \AT^^&^^^w<AJN«\,— Cas- 



— 481 — 

cades près du village de Pak-Priau, — Monastère de Pkra- 
Bat, — Le prince abbé du monastère. — Plante dont les 
feuilles ressemblent à des papillons. 

CHAPITRE QUATRIÈME 113 

OBSERVATIONS GÉOLOGIQUES ET MmÉRAinC. 

Cristaux transparents de sulfate de chaux. — Niveau primitif 
du terrain. — Jonques enseyelies dans la terre. — Coquil- 
lages trouvés loin de la mer. — La mer se retire. — Traces 
de pieds de plusieurs animaux empreints dans les rochers. — 
Salines. — Salpêtre. — Mines d'or. — Mines de cuivre. — 
Mines d'ctain. — Mines de plomb. — Antimoine. — Zinc. — 
Mines de fer. — Forges chinoises. — Cristal de roche. — 
Pierres cliatoyantes. — Topazes. — Hyacinthes. — Grenats. 

— Saphirs. — - Rubis. — Corindon. 

CHAPITRE CINQUIÈME 122 

PRODUCTIONS VÉGÉTALES. 

Riz commun, riz gluant, riz des montagnes, riz rouge. — Ma- 
nière de cuire le riz. — Eau-de-vie de riz. — Arec et bétel. 

— Curcuma. — Maïs. — Diverses espèces de légumes. — Pis- 
tache de terre. — Petit sésame. — M'éng4ak, — Lotus. — Li- 
seron aquatique. — Cresson. — Palmier. — Vin de palmier. 

— Sucre de palmier. — Feuilles de palmier pour écrire. — 
Cocotier. — Huile de coco. — Sagou. — Dourion. — Man- 
goustan. — Manguier. — Arbre à pain. — Jaquier. — Jam- 
boisier. — Ma-prang, — LamutSida, — Takhob, — Figuier» 

— Trois espèces de lÀtchi, — Sathon, — Tamarin. — Goyave. 

— Papayer. — Corossol. — Bananier. — Diverses espèces 
d'orangers. — Citronniers.— Jujubes. — Ananas. — Caram- 
bole. — Olives sauvages. — Amandiers. — L'arbre Makok,-— 
Peupliers d'Inde. — Arbre pipai. — Vigne sauvage. — Bam- 
bous. — Rotins. — Bois de teinture. — Bois de Tek, — Ca- 
ndie. — Huile de térébenthine. — Sandal. — Gingembre. — 



I 



^4tt — 

— TatAT. — Café. — Golaii. — Socpe. — Bajoin. 

— Bois <raig1e. — CaidamoiDe. — Gomise-gotle. — Indigo. 

— Gutta-percha, — Aiive UL — Diffiérentes espèces de 
flrurs. — Nymphéa. — Maii. — Ckampa. — Kadtmga. - 

CHAPITRE SlXœilE. . . «*9 

AXIIIACI. 

Éléphant. — Cha«5î^ aux éléphants. — âéphant blanc. — Trois 
cspm-s de tigres, — Manière de les prendre. — Rhinocéros.— 
Chevaux. — Bœufs. — BafDes. — Oors. — Cochons. — San- 
frtiers. — Porc-épic. — Élan. — Cerfs. — Daims. — Cbe- 
Trenils. — Gazelles. — Chèvres sauvages. — Chiens. — Chats. 

— CiTctte. — Différentes espèces de singes. — Écoreoils. - 
Écureuils blancs.— Loutres. — Lièvres. — Dififérentes espèces 
de rats. — Petit aigle. — Épervier. — Deux, espèces de vau- 
tours. — Argala. — Corbeaux. — Chouette. — Petit duc. — 
EnîToulevcnt. — Grand duc. — Kanen. — Pélicans. — Grues. 

— Hérons. — Cormorans. — Cigognes. — Oies sauvages. - 
Canards sauvages. — Plongeons. — Poules d'eau. — Sar- 
celles. — Mouettes. — Alcyons. — Ibis blanc. — Paons.— 
Diverses espiices de faisans. — Coqs sauvages. — Toucan. — 
Calao. — Perroquets. — Perdrix. — Pigeons. -7- Tourterelles. 

— Merles. — Dominicains. — Colibris. — Chauves-souris.— 
Crocodiles. — Crocodiles terrestres. — Diverses espèces de 
lézards. — Caméléons. — Lézard volant. — Boa constrictor. 

— Différentes espèces de serpents. — Grenouilles. — Mille- 
pieds. — Scorpions. — Cancrelas. — Moustiques. — Fourmis. 
-- Mouches luisantes. — Diverses espèces de tortues. — Ba- 
leines. — Souffleurs. — Marsouins. — Requins.— La scie.- 
Daupliins. — Bonites. — Dorades. — Raies. — Soles. — Sau- 
mons.— Sardines. — Crevettes de mer. — Kapi. — Crabes. 

— Bichons, de mer. — Le poisson Kahô. — Krai, — Ménr 
À "~ !'î^*^^^"^ fuyards. — Langue de^chien. — Écrevisses. 
Anguilles. -. Huîtres. - Moules. - Porcelaines. - Tri- 

«ïacuc. - ANKuk^^Hv^^^^ -. Buccin. ^ Taret naval. 



— 483-. 
CHAPITRE SEPTIÈME . 199 

MCEURS ET COUTUMES DES THAÏ. 

Portrait des Thai. -^ Gnstume des Siamois. -^ Bijoux d^or et 
d'argent. — Amulettes. — Nudité. — Caractère des Thai. r— 
Hospitalité. — Humanité. — Respect pour Tautorité. — Qua- 
lités et défauts. — Habitations. — Incendies fréquents. — 
Meubles. — Nourriture. — Ragoût. — Cuisine chinoise. — 
Cuisine siamoise. — Carry, — Repas : manière de les prendre. 

— Boisson. — Manière de faire le thé. — Café. — Arak. — 
Opium. — Manière de le fumer. — Tabac à fumer, — Les 
filles et les femmes mâchent le tabac. — Propreté. — Usage 
pour les femmes en couches. — Manière d'élever les enfants. 

— Cérémonie pour raser le toupet. — Enfanta élevés par les 
talapoins. — Éducation des filles, — Respect des enfants pour 
leurs parents. — Les parents peuvent vendre leurs enfants. — 
Les Thai se marient fort jeunes. — Mariages. — Polygamie. — 
Esclavage. — Contrat de vente d'esclave. — Occupations. — 
Politesse et civilité. — Manière de parler aux grands. — Vi- 
sites. — Amusements et jeux. — Combats de coqs. — Comé- 
dies. — Combats d'éléphants. — Feux d'artifice. — Tempéra- 
ment des Thai, — Funérailles. — Jours de fête. —Le roi 
cloche-pied. — Ère religieuse. — Ère civile. — Année, — 
Petit cycle. — Grand cycle. — Les Thai comptent par nuits,— 
Monnaies. — Poids. -*- Mesures, 

GHAPITRE HUITIÈME 269 

DU GOUVERNEMENT DES THAI. 

Le gouvernement est despotique.— Respect que Ton rend au roi. 

— Titres du roi. -^ Succession au trône. — Cérémonies pour 
rintronisaliondu roi. — Précautions quand le roi sort du paiais. 

— 11 faut se découvrir en passant devant le palais et le pavil- 
lon royal. — Le roi a un règlement qu'il doit suivre.— Peines 
portées contre la reine et les concubines infidèles. — Audiences 
solennelles du roi. — Audience donnée par le roi de Siam à. 

- M. Edmond Roberts^ chef d'ambassade doa ^\»\a»-VkV\& ^ K\svi- 



— 484 — 

nque« — Sceaux du roi et des mandarins. — Audiences a 
luiiKs du roi. — Tambour que Ton battait lorsqu'on anit 
placet à remettre au roi. — GouTemear, gardes et pages do 
Lii$. — Appartements du roi. — Trésors du roL~> La rein 
l\iiais de b reine. — Gouf emante de la reine et des eonc 
nés. — Jardin délicieux dans le palais des femmes. — Le set 
roi.— Palais du second roi. — Ses devoirs et ses attribution 
Des prim'es. — Douze dignités auxquelles on élève les prin 
— Les autres reçoivent du roi un traitement insuffîsanL— 
tik^fue des dignités premières. — Qnq ordres de mandai 
^ SMiJif^-iWPAj^. — CkàthPkaja. — Phàja. — Pkn 
iMmy. — Les villes sont divisées eo quatre ordres. — L 
tottvvmeurs. — ^ Les chan?» sont héréditaires. — L'eai 
9^nKBC> — SoUe annuelle que le roi donne aux divers n 
^|;iir^tie(^ — Oonées. — Taxe des chinois. — Travaux que 
'*ju: <r!iwttter par ks sens de corvée. — Impôts que pa 
vv'«\ >;ci ne <oat jvis as^ujeitis aux corvées. — Gients. — 
cU»%fs. — Pn\ iWs isclavtfs. — Recensement. — Rapport 
^.•u*i.'r»f«Krt ji^ec les autres pays. 



iUv^HrKE: MWlEME 

K^.'^ciiu$ iu r»'& 01.' Nd;a. — Tributs des rois dépendants. — 
^■•''•i?^ sur A-s cOiAX-iak — iiupôcs sur les jardins et les plai 
txuas ^ H.LVivleSw — VçXJLik-ffcsi de ceux qui ont le m 
\\:^\ — lVi.\i:>:>» — VsîUf its torques par les douanier 
Vax: .:<* v" :ucs v; iç-s uav*j«i eurv^pêens. — Amende 
vV.-ilscAîAK-ii. — tJirjL.tfVfc" à::> i-bjets s<.mmis aux droit 
dv<va:v. — N-.\k^ io> «ufCN.ies et dcs talapoins payées 



(ll\l\rKK l^MLMF 



— 483 — 

^ Armes, — Habillement des soldats. — Cérémonie supersti- 
tieuse avant le départ des troupes. — Manière de faire la 
guerre. — Disposition des troupes. — Camps. — Siège d'une 
ville. — Noms allégoriques des généraux. — Le général en 
chef porte des habits de différentes couleurs chaque jour de la 
semaine. — Arsenal. — Forteresses. — Captifs faits à la 
guerre. — État de la marine. Différentes espèces d'embarca- 
tions. — Description d'un combat naval. 

CHAPITRE ONZIÈME . 324 

COMMERCE. 

Les principaux négociants. — Difficultés du commerce pour les 
Européens. — Détail des principaux articles d'exportation et 
d'importation. — Traité de commerce entre le roi de Siam et 
les États-Unis d'Amérique. 

CHAPITRE DOUZIÈME 337 

ARTS ET INDUSTRIE. 

Astronomie. — Mathématiques. — Abaque chinois. — Peu de 
progrès de l'histoire et de la Géographie. — Médecine. — 
Médecins payés par le roi. — Médecins qui exercent sans di- 
plôme. — Le peuple se méfie des médecins. — Deux systèmes 
de médecine. — Médecine chinoise. — Médecine siamoise. — 
Formule de médecine. — Régimie qu'on fait suivre aux ma- 
lades. — Médecins masseurs. — Principales maladies à Siam. 
— Musique. — Instruments de musique. — Caractère de la 
musique siamoise. — Chansons. — Peinture siamoise. — Pein- 
ture des pagodes. — Agriculture, -r Jardins. — Engrais. — 
Navigation. — Chasse. — Instruments de pêche. -^ Manière 
de conserver le poisson. — Architecture. — Sculpture. — ' 
Verrerie. — Batteurs d'or. — Fondeurs. — Orfèvres. — Pro- 
fessions diverses. 

CHAPITRE TREIZIÈME 356 

LÉGISLATION. 

Code de lois. — Tribunal des gouverneurs. — Tribunal des 



— 486 — 

princes. — Tribunal dn roi. — Ministre de la justic 
d'accusation. — Vénalité de la justice. — Les priso 

— Régime des prisons. — Fers, caugue> etc. — Supi 
certains crimes. — Peine Ta-ven. — Peine capiti 
Siamois sont responsables des meurtres commis 
voisinage. — Commissaires de police. — Gomment i 
les troubles. 

CHAPITRE QUATORZIÈME 

LANGUE ET LITTÉRATURE. 

La langue Thai vient des Brames. — C'est une des tr 
chantantes. — - Elle se divise enirois langues. — U 
phabet de la langue Thai. ■— Cinq tons de la langi 
Richesses de la langue Thai. — Des noms. «• Des 
Style de la conversation. — Dialogues. — !• Uà 
son esclave. — 2® Un grand avec un inférieur. — i 
à l'audience du prince. — 4» Entretien du roi avec 
Ô® La reine avec une esclave. — 6** Un mandarin av< 
T Le roi avec un chef des talapoins. — 8*^ Un ta 
un laïque. — 9** Une femme avec un talapoin. • 
marchande avec une marchande. — 11® Des fenu 
disputent. —^12** Un médecin avec son malade. - 
tioos diverses de la langue Thai, — Catalogue de 
de littérature profane. — Spécimen de prose, 
verbes populaires. — 2® Fable. — 3** Pétition adre 

— 4t^ Acte d'accusation. — 5** Écrit d'emprunt. — 
tolaire. — Un particulier à un particulier. — Un 
préfet de province. — Spécimen des lois. — Chap 
claves. — Chapitre des voleurs. — Fragment his' 
Fragment de prédication historique. — Fragment 
tion morale. — Spécimen de poésie. — 1* Tiré du 
Paramat, — 2° Tire du livre Phra-Paramat, — Le 
traduction interlinéaire. 

CHAPITRE QUINZIÈME 

ANALYSE DU SYSTÈME BOUDDHISTE, TIRÉE DES LIVRES SACR 

Ouvrage appelé Trai-pHum I^^^vtqv^Xv^w^,— w^N 



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j a neuf degrés de sainteté. — Lestalapoins sont divisés en 
it ordres. — Il y a trois manières d'adorer. — Excellence et 
rites de Bouddha. — Titre de Bouddha, — Excellence de la 
igion. — Excellence des talapoins. — Espace des mondes 
t espace se divise en huit lieux). — Système des mondes. 
Destruction des mondes par le feu. — De la reconstruction 
\ mondes. — Age des Bouddhas. — Destruction des mondes 
' Peau. — Destruction des mondes par le vent. — Causes 
la destruction et de la reconstruction des mondes. — Quatre- 
gts espèces de vers dans le corps de Thomme. — Descrip- 
1 d'un monde. — Le mont Meru. — Gha&ies de montagnes 
entourent le mont Meru. — La grande mer Sithandon.-- 
m-Phu-Thavib (notre terre), au midi de Meru. — Amarakô- 
ichTfuivib, à l'occident . — Udorakarô-Thavib, au nord. — 
ohavithe-Thavib, à l'orient. — Flux et reflux de la mer. — 
ssons de plusieurs centaines de lieues de longueur. — Base 
la terre. — Le pied du mont Meru est un trépied. — 11 y 
uatre mers, la mer de lait, la mer verte, la mer de cristal 
a mer d'or. — Ile des Jambons. — Montagnes Himaphan. 
Les cinq grands fleuves. — Demeure du roi des éléphants. 
Diverses espèces de monstres qui habitent les monts fftmo- 
m. — Quatre éléments. — L'Inde ou contrée du milieu où 
t J9o«rfc?/w.— Il y a eu déjà quatre Bouddhas. —Le cinquième 
aï Ira sous le nom de Phra-Metrai. — Description d'Uddro- 
rô et de ses habitants. — Description d'^Amarakô-Jana. — 
;cription de Buphavitlie. — Anges terrestres, leur nais- 
cc, leurs habitations. — Anges de l'air. — Noms des con- 
lations. — Le soleil, la lune, cause des éclipses. — Anges 
vent, de la pluie, etc. — Ce qui cause les éclairs et la 
dre. — Les quatre rois anges. — Les anges Davaduny. — 
a-In. — Pyramide qui renferme les reliques de Phra-Khd- 
ri, — Anges Jama, — Anges Dusit. — Anges Nimmaradt, 
Anges Paranimit. — Anges Phrom ou anges supérieurs.— 
'/wzn ou extinction. — Les enfers. — Description des en- 
;. — Enfer Sanxip, — Enfer Kala-Sut. — Enfer Sang^ 
2'Narok. — Enfer Rôruva. — Mahà-Rôruvà. — Dapha- 
'ok. — Mahà-DaphchNarok. — Avichi-NaTok. — ^ ^ ^ 



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seize enfers qui entourent chacun des grands enfers. — 
description. — 11 y a en outre quarante petits enfers qui 
tourent chacun des enfers secondaires. — Leur dcscriptic 
JjokantorNarok. — Les Prêt ou monstres. — Des anii 
privés de raison. — Les Naghas. — L^oiseau Garuda.' 
L'homme. — Commandements de la religion Bouddhiste- 
Trois prières fort en honneur parmi les Bouddhistes : la| 
mière est la récitation des trente-deux parties du corps 
main; la seconde est Fénumération des qualités de Bouddki 
la troisième est une inTocation à Bouddha, à la nature et i 
talapoins. — De Torigine des choses. ^ Le mérite et le déi 
rite. — Transmigration des âmes. — Conclusion. 






FIN DE LA TABLE ANALYTIQUE. 



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